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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 06:59

Le fossé se creuse entre l'expérience vécue et les discours des experts

Jeudi 28 Mars 2013 à 16:00 | Lu 4917 fois I 11 commentaire(s)


Philippe Petit



Le philosophe et essayiste, Alain Finkielkraut, Paris - BISSON BERNARD/JDD/SIPA
Le philosophe et essayiste, Alain Finkielkraut, Paris - BISSON BERNARD/JDD/SIPA

 

http://www.marianne.net/Le-fosse-se-creuse-entre-l-experience-vecue-et-les-discours-des-experts_a227498.html

 

Marianne : Si les idées du FN ont pu prospérer, si 37 % des Français affirment aujourd'hui en partager les idées, est-ce que cela tient, selon vous, à une défaite de la pensée de gauche ?

Alain Finkielkraut : Si faillite il y a en France, elle tient au fait que ceux-là mêmes qui devaient faire vivre les idées sont tombés dans l'idéologie, et que les idées majoritaires, notamment à gauche, ont servi à masquer la réalité que nous connaissons, en rabattant le nouveau sur l'ancien, en projetant sur l'actualité des catégories et des inquiétudes liées aux traumatismes du XXe siècle : l'affaire Dreyfus et les années noires. Cette hantise a conduit soit à minimiser les difficultés actuelles du vivre-ensemble, soit à les imputer au peuple, incapable de s'ouvrir aux vertus de la rencontre et du métissage. C'est, je crois, cette idéologisation de la vie intellectuelle qui a profité considérablement au FN. Le fossé n'a cessé de se creuser entre l'expérience vécue et le discours des experts. Nous en payons le prix.

Dans les années 30, c'était le juif Stavisky l'étranger. Aujourd'hui, ce sont essentiellement les populations immigrées d'origine africaine...

A.F. : Certes. Mais, dans une enquête récente de l'Ipsos pour le Monde et le Cevipof, la majorité des personnes interrogées disaient à la fois, et avec la même sincérité, qu'il y avait trop d'étrangers en France et qu'elles ne supportaient pas les propos racistes. Les commentateurs de ce sondage n'en auront pas moins dénoncé la crispation de la société française. Mais ils se trompaient, car ces gens, quand ils disent qu'ils ne se sentent plus chez eux, expriment un sentiment nouveau : non pas le rejet de l'autre, mais le malaise né du fait d'être soi-même l'autre.

Ils vivent dans des cités et sont vécus comme des étrangers. Il est absurde de dénigrer ce comportement, et il encore plus absurde de le rabattre sur le passé des années noires. Sur ce point, je crois que les intellectuels et les politiques de gauche manquent à leurs devoirs. Ils délaissent un terrain, celui précisément de la réalité présente et de la crise du vivre-ensemble, au seul bénéfice de la démagogie du FN.

Cette démagogie du FN, selon Bernard Stiegler, s'appuie également sur une crise de civilisation, à commencer par la crise de l'éducation, la toute-puissance du marketing, le culte du court terme, l'incohérence de la politique européenne. Qu'en pensez-vous ?

A.F. : Je comprends son inquiétude. Je crois qu'il a raison de relier ce phénomène politique à une crise de civilisation, mais malheureusement Bernard Stiegler parle très souvent dans le livre d'une révolution conservatrice qui serait à l'œuvre, et c'est là sans doute que nos positions divergent. Je crois qu'en France aujourd'hui aucun mouvement, aucune famille politique n'est conservatrice.

Tout le monde a les yeux fixés vers l'avenir, la droite, la gauche dans toutes ses versions, molle et radicale, partagent un même fétichisme de la technique. Nul ne songe à s'interroger sur le choix délirant de numériser l'école pour résoudre tous les problèmes. Même les écologistes, qui devraient incarner le parti de la préservation, défendent le «mariage pour tous», se prononcent pour la légalisation du cannabis, pour le droit de vote des étrangers non européens, et croient pouvoir remplacer la lutte contre la criminalité par la lutte contre les prisons. Il s'agit d'étendre les droits. Le principe de responsabilité n'est porté par personne ; or, c'est bien de cela que nous aurions besoin.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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