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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 19:18

 

 

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Par David P. Goldman
Asia Times
10 juin 2013
 

http://www.meforum.org/3528/russia-middle-east-role 

 

La Russie a mis des bâtons dans les roues aux plans occidentaux sur la Syrie, en promettant de livrer ses systèmes de missiles haut-de-gamme S-300 au gouvernement de Bachar al Assad. Il reste à déterminer quand exactement ces missiles pourront arriver sur site ; les derniers mots de Moscou à ce sujet, c’est que ces missiles ne sont pas installés pour le moment, ce qui signifie que le dossier fait encore l’objet d’un marchandage.


Il est humiliant pour l’Occident d’avoir à courir après une technologie russe qui a le pouvoir de modifier la donne, près d’un quart de siècle après la chute du Mur de Berlin. Mais, le plus gros scandale, c’est que l’Occident manque de contre-mesures contre ce système russe, situation qui est la conséquence de priorités de défense mal avisées, au cours de ces dizaines d’années passées. Si les Etats-Unis avaient dépensé ne serait-ce qu’une fraction des ressources gaspillées à reconstruire une nation, en Irak et en Afghanistan, à des recherches sur des technologies anti-missiles, ce serait, en tout premier lieu, la Russie qui manquerait de moyens de faire de la surenchère. Il ne sert, cependant, à rien de pleurer sur le lait renversé, et la question pressante reste : qu’est-ce que l’Occident pourrait bien faire, à présent ?


Les questions qu’on doit se poser, sont :


1. La Russie est-elle un acteur rationnel?


2. Si la réponse à la première question est affirmative (comme le pense la majorité écrasante des analystes), comment se comporter de façon rationnelle, face à cela ?


3. Les Etats-Unis sont-ils en mesure de faire quoi que ce soit, dans un avenir prévisible, pour changer le régime existant en Russie ?


4. Si la réponse à la troisième question est négative, alors que voulons-nous exactement négocier avec Vladimir Poutine?


La bonne façon de procéder, sur ce dossier, je pense, est de poser une règle explicite entre l’interventionnisme opportuniste de la Russie dans les affaires du Moyen-Orient et les problèmes existentiels pour l’Etat russe. Pour autant que nous puissions détester la façon dont les Russes traitent leurs affaires, il est hors de portée de l’Occident de changer la nature du régime russe.


Qu’est-ce que cherche Moscou au Moyen-Orient? Depuis quelques temps, il a pris une part plus active dans les actes de tous les malfaiteurs de la région. Jean Aziz, d’Al-Monitor explique que la rencontre, le 28 avril, du Vice-Ministre russe des affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov avec le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, au Liban, marque un tournant dans les relations entre la Russie et le Hezbollah. La nouvelle alliance –cela semble être le terme approprié- de la Russie avec l’organisation terroriste libanaise implique une volonté russe de le concevoir comme appartenant à sa sphère d’influence.


D’autre part, la Russie ne semble pas vraiment vouloir d’une alliance pleinement épanouie, avec le régime iranien et son satrape  syrien. L’Iran poursuit actuellement la Russie, pour avoir refusé de livrer les systèmes S-300 promis, au même moment où la Russie affirme qu’il va envoyer les mêmes systèmes à la Syrie. Le refus de la Russie d’honorer son contrat avec Téhéran est un signe que le régime Poutine n’éprouverait pas un chagrin inconsolable si quelqu’un anéantissait  les capacités de l’Iran à fabriquer des bombes nucléaires. La Russie n’a aucun intérêt à aider un régime fanatique à déployer des armes nucléaires sur son flanc Sud.


D’un autre côté, le soutien russe au régime Assad est une réalité de la vie. La Russie doit bien se réjouir de la paralysie de l’Occident dans la région et cherche à embarrasser les Etats-Unis et ses alliés, mais c’est une affaire secondaire. Il peut aussi vouloir faire la démonstration au monde qu’il n’abandonne pas ses alliés de la même façon que les Etats-Unis ont lâchement laissé tomber le Président égyptien Hosni Moubarak. Une fois encore, c’est une affaire mineure. L’intérêt de la Russie quant aux conséquences de la guerre civile syrienne dépend de deux sujets de préoccupation cruciaux.


Le moindre d’entre eux est la station navale de ravitaillement à Tartous, qui sert de base d’appui à l’expansion de la présence maritime russe à l’Est de la Méditerranée. La préoccupation la plus importante reste la crainte des Jihadistes sunnites qui dominent l’opposition rebelle.


La Russie a mené une guerre impitoyable contre les Jihadistes dans le nord du Caucase, depuis 20 ans, ponctuée par  quelques-uns des actes terroristes les plus horribles jamais perpétrés, à commencer par le massacre de 380 otages, en 2004, en Ossetie du Nord, dont principalement, les jeunes enfants d’une école. Le terme de « Russie paranoïaque » pourrait bien être un pléonasme, mais dans ce cas, la Russie a beaucoup de bonnes raisons d’être paranoïaque à ce propos. Le terrorisme caucasien a débouché jusqu’aux Etats-Unis, avec les attentats à la bombe du Marathon de Boston.


« En Russie, la plupart des analystes, des hommes politiques et des citoyens ordinaires croient en la puissance illimitée de l’Amérique et, pour cette raison, ils rejettent l’idée que les Etats-Unis ont fait, et continuent à faire des erreurs au Moyen-Orient. Au lieu de cela, ils supposent que cela fait partie intégrante d’un projet planifié et complexe en vue de restructurer le monde afin d’étendre leur domination planétaire », écrivait Fyodor Lukyanov, sur le site internet d’Al Monitor, le 19 mars.


Lukyanov, qui préside le Conseil des politiques étrangères et de défense de Russie, écarte ce genre de mentalité comme relevant d’une « théorie de la conspiration ». Mais il est on ne peut plus sérieux dans son compte-rendu de l’état d’esprit au sein du gouvernement Poutine. L’Elite russe pense vraiment que les Etats-Unis sont en train de répandre le chaos au Moyen-Orient, comme expression de la mise en œuvre de leurs véritables intentions géopolitiques.

 

Lukyanov écrit :


Du point de vue des cercles dirigeants en Russie, la guerre d’Irak ressemble au commencement de la destruction accélérée de la stabilité  régionale et globale, sapant ainsi les derniers principes d’un ordre mondial durable. Tout ce qui s’est passé depuis – y compris le flirt avec les Islamistes au cours du « Printemps Arabe », les politiques américaines en Libye et sa politique actuelle en Syrie – servent d’éléments de preuves du délire stratégique qui s’est emparé du la dernière superpuissance restante.


Il est impossible de convaincre Vladimir Poutine que les politiques moyen-orientales des deux dernières administrations américaines étaient tout simplement stupides, parce que Poutine ne parvient pas à croire que des personnalités stupides tiennent les rênes des grandes puissances. Tous les gens stupides qu’il a rencontrés sont morts. Du point de vue de l’Administration Obama, le chaos au Moyen-Orient est un sujet de lamentations de la part des semblables de Samatha Power, prête à partir en croisade anti-génocidaire, et désormais désignée comme Ambassadrice aux Nations-Unies. Du point de vue russe, il s’agit d’une menace existentielle.


La population ethnique russe est en déclin, et la Russie pourrait bien se retrouver avec une majorité musulmane au milieu du présent siècle. Si le chaos englobe tout le monde musulman à sa frontière sud, il pourrait se répandre en Russie par la région du Nord du Caucase. Au cours de la guerre froide, l’Amérique a soutenu des Jihadistes en Afghanistan et partout ailleurs, pour répandre le désordre dans l’Empire soviétique (à proprement parler, parce que la menace soviétique pour la sécurité américaine surpassait tous les inconvénients dont les Etats-Unis pourraient souffrir, de la part des Jihadistes). La Russie est convaincue que l’Amérique tente à nouveau de promouvoir le Jihad, dans le but de déstabiliser son vieil opposant de la Guerre Froide.


De quelle manière l’Amérique doit -elle répondre?

D’abord, les Etats-Unis devraient appuyer la partition de la Syrie entre un Etat à majorité Sunnite et un état-croupion alaouite, dans le quart nord-ouest du pays, où le port maritime russe est situé. Les Kurdes devraient obtenir leur autonomie, tout comme leurs compatriotes irakiens.


La Turquie objectera en vociférant parce que cela ferait progresser l’indépendance kurde, que le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan voit de la même façon que le Capitaine Hook voyait le crocodile.


Tant pis pour les Turcs! Quelqu’un doit perdre, et cela pourrait bien être eux. La partition est la seule façon d’arrêter la guerre civile et d’éviter des massacres de masse quand elle s’achèvera. La victoire totale de n’importe laquelle des parties serait inévitablement suivie de massacres. La solution la plus humaine est la rupture, sur le précédent de ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie. Assad peut rester au pouvoir dans un état-croupion où les Alaouites seront à l’abri des représailles sunnites, et les Russes peuvent conserver leur station de ravitaillement. On se demande pourquoi la fameuse « responsabilité de protéger les civils » n’a pas encore envisagé cela, à Washington.


Deuxio, les Etats-Unis devraient user de leur influence sur la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar pour éliminer les éléments jihadistes les plus redoutables parmi les rebelles sunnites syriens. Ils devraient aussi dire clairement aux Russes qu’ils ne s’ingèreront pas dans leurs opérations anti-terroristes dans le Caucase, aussi macabres pourraient-elles être.


Tercio, les Etats-Unis devraient attaquer l’Iran et détruire ses capacités lui permettant d’atteindre la bombe nucléaire et des bases essentielles des Gardiens de la Révolution (et, peut-être, quelques autres infrastructures, divers officiers, portant le drapeau américain, disposent de leur propre liste de priorités).


Neutraliser l’Iran est la clé du problème : cela fermerait le robinet du soutien à Assad et à diverses organisations terroristes, de la part de l’Iran et les réduirait au rang d’acteurs locaux nauséabonds mais stratégiquement désœuvrés.


La Russie a, de toute évidence, de moindres objections envers une frappe aérienne américaine sur l’Iran, plutôt que sur Damas. Elle l’a signalé aussi clairement qu’elle le pouvait en refusant de livrer des systèmes S-300 au régime iranien, tout en promettant de les livrer au régime syrien. La mauvaise nouvelle est que nous ne pouvons pas évincer le Russie de la région ; l’Amérique a fait trop de bévues dans la région pour faire marche arrière.


La bonne nouvelle, c’est que les problèmes occasionnés par le rôle renforcé de la Russie peuvent être localisés et contenus. Bachar al Assad et son armée alaouite, refoulés dans leurs casernements continueraient d’être une nuisance, mais pas une menace stratégique. Un régime sunnite doté d’une zone d’autonomie kurde dans le reste du pays serait sensible à une pression occidentale visant à purger les Jihadistes les plus dangereux.


En fait, la Russie manifeste moins d’objections envers une attaque américaine contre le programme nucléaire de l’Iran et ses capacités de subversion à l’étranger que n’en a l’Administration américaine. Il est pénible de lire les Jérémiades des conservateurs américains contre la résurgence de l’influence russe au Moyen-Orient, quand si peu de conservateurs américains proposent ouvertement de frapper l’Iran. Ils sont effrayés à l’idée que les électeurs ne leur fassent plus confiance, s’ils reprennent les armes en main, après les piètres résultats des campagnes pour la reconstruction des nations d’Irak et d’Afghanistan.


Il est plus facile de rallier les troupes en criant : « Les Russes reviennent! » que de mettre l’accent sur le fait que l’aversion idéologique de l’Administration Obama à employer la force contre l’Iran est bien le cœur du problème. En fait, la position de Poutine est mieux disposée aux prérequis stratégiques de l’Amérique que ne l’est celle d’Obama, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître.


De façon plus générale, les Etats-Unis devraient élaborer une ligne claire entre les régions du monde où ils détiennent des intérêts inviolables et les zones sujettes à négociation. C’était un acte suprême de stupidité d’abandonner le déploiement de systèmes anti-missiles en Pologne et en République Tchèque, comme l’a fait l’Administration Obama en septembre 2009. La Russie n’appréciait pas, mais la Russie n’est pas supposée aimer ça. Faire assaut de faiblesse envers les Russes suscite tout simplement le mépris. Les Etats-Unis auraient mieux fait d’afficher clairement que des liens de culture et de sang liaient les Polonais et les Tchèques au Peuple américain, et que nous nous tiendrons derrière eux quoi qu’il arrive.


L’Ukraine est un dossier différent. Les Russes composent la moitié de la population d’Ukraine, et la Russie ne peut pas se détourner d’eux, pas plus que des 22 millions de Russes laissés à l’extérieur de la Fédération, dans les fameux pays limitrophes, après l’effondrement de l’Union Soviétique, en 1991.


Comme je l’ai mentionné dans un essai de 2008 (Les Americains jouent au Monopoly, Les Russes aux Echecs, Asia Times Online,19 août 2008), « Le désir de quelques milliers d’Abkhazes et d’Ossètes du Sud de rester au sein de la Fédération de Russie, plutôt que d’appartenir à la Géorgie peut sembler trivial, mais Moscou crée un précédent qui s’appliquera à des dizaines de millions de citoyens potentiels de la Fédération – de façon la plus controversée, en Ukraine ».


L’Amérique n’a pas d’intérêt stratégique en Ukraine. Neuf ans après la soi-disant « Révolution Orange », le Parti des Régions favorables à Moscou reste fermement attelé au gouvernail. L’opposition est parcourue par d’odieuses tendances à l’antisémitisme, comme Rachel Ehrenfeld, directrice du Centre Américain pour la Démocratie, l’a rapporté le 30 mai.


Les nationalistes que soutenait Washington dans les premiers jours après l’invasion de l’Irak ne sont pas, à proprement parler, de bons gars. Ce que nous avons appris d’une décennie de trébuchements, c’est que la Russie peut avoir facilement l’Ukraine si elle le veut avec force, et que nous n’en voulons vraiment plus. A l’exception de la Hongrie, l’Ukraine a le taux de fertilité le plus bas de tous les pays d’Europe. Son importance stratégique se détériorera au même rythme que sa démographie.


Les propositions ci-dessus sont des mesures palliatives visant à limiter les dégâts, dans une situation en voie de détérioration. Si les Etats-Unis veulent réellement attirer l’attention de la Russie, ils doivent faire précisément ce que Ronald Reagan et son équipe étaient disposés à faire, en 1981 : convaincre les Russes que l’Amérique les surpassera, en matière de technologie militaire. Cela signifie un financement agressif de la recherche fondamentale, sur le modèle de l’ancienne DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Si Poutine est persuadé que son avantage résiduel en matière de technologie des missiles sol-air a atteint sa date de péremption, il se montrera bien plus souple pour toute une série de problèmes à négocier.


Je suis douloureusement conscient du fait que l’environnement politique n’est pas particulièrement propice à cette approche. Cela ne change rien au fait que c’est pourtant bien ce qui doit être fait.


David P. Goldman est chercheur associé du Middle East Forum, et auteur de :  How Civilizations Die (and Why Islam Is Dying, Too)and the essay collection It's Not the End of the World, It's Just the End of You.


Adaptation : Marc Brzustowski.

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

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Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

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Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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