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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 18:07

 

 

 

 

Des enregistrements dérobés au Kremlin démontrent comment les Soviétiques, y compris Gorbatchev, ont fomenté la plupart des conflits actuels au Moyen-Orient.

 

Par Claire Berlinski|20 juin 2012 7:00 AM|

 

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(Photo-illustration Tablet Magazine; photo originale Vitaly Armand/AFP/Getty Images et carte de l’Université du Texas Libraries.)

Le récit dominant concernant l’histoire moderne du Moyen-Orient insiste sur le pillage des richesses de la région par la colonisation européenne et accepte comme un truisme que les anciennes puissances coloniales ont priorisé la protection de leurs intérêts matériels –en pétrole, par-dessus tout- au détriment de la dignité et de l’auto-détermination des habitants de la région. Ainsi, la décolonisation ratée aurait eu pour conséquence une instabilité sans fin. Le plus insoluble des conflits régionaux auquel cela a donné lieu, celui entre Arabes et Israéliens, est attribué, dans ce récit, à l’absence de volonté d’Israël d’accepter les aspirations nationales palestiniennes. Ce serait donc ainsi que s’expliquerait que la région soit devenu le terreau fertile du radicalisme, s’intensifiant par les rivalités de la Guerre Froide entre les Superpuissances, qui ont remplacé les colonisateurs européens, en tant que suzerains y faisant de l’ingérence. Puis vint Mikhaël Gorbatchev – un réformateur occidentalisé. Finalement, il mit fin à la Guerre Froide. Un nouvel ordre du monde était à portée de main.

Que se passe t-il si jamais cette légende acceptée par convention s’avère fausse? C’est pourtant ce que soutient Pavel Stroilov, un Russe exilé, dans son livre à paraître : Sous l'écran de fumée deTempête du Désert. « Pas un mot de ce qui est dit là n’est vrai », écrit-il. « C’est bien l’Empire Soviétique – et non l’Empire britannique- qui fut le grand responsable de l’Instabilité au Moyen-Orient ».

 

L’historien Stroilov, qui vit aujourd’hui à Londres, a fui la Russie en 2003, après avoir dérobé 50 000 documents du Kremlin classés Top-Secret, aux archives de la Fondation Gorbatchev, où il travaillait en tant que chercheur. On lui a donné accès aux archives en 1999, mais Gorbatchev lui avait interdit de photocopier les documents les plus significatifs. Ayant observé l’administrateur du réseau quand il entrait le mot de passe dans le système, Stroilov a alors pu reproduire les archives et les répartir dans des localisations sécurisées partout à travers le monde.

Le trésor caché de Stroilov comprend des centaines de transcriptions de discussions entre Gorbatchev et des dirigeants, hommes politiques et diplomates étrangers (les originaux sont encore sous scellées, à cause des pressions du Kremlin). Il y a des notes émanant du Politburo et d’autres réunions sensibles et hautement décisionnelles, des notes rédigées par les aides de camp de Gorbatchev, Anatoly Chernyaev et Georgy Shakhnazarov, ainsi que par Vadim Medvedev, membre du Politburo.

 

Aucun n’a jamais été mis à la disposition de chercheurs indépendants, bien que quelques-uns ont été publiés par la Fondation Gorbatchev dans une version largement censurée. Stroilov a aussi volé le journal de bord de 1972 à 1986 d’Anatoly Chernyaev, chef-adjoint du Parti Communiste du Département International de l’Union Soviétique et principal conseiller de Gorbatchev sur les questions internationales, de 1986 à 1991. Il a dérobé des rapports datant des années 1960, écrits par Vadim Zagladin, chef adjoint du Département International jusqu’en 1987 et conseiller de Gorbatchev de 1987 à 1991. (Stroilov a également tiré parti de la vaste collection de documents volés par le dissident soviétique Vladimir Bukovsky, autant que des archives de Mitrokhin, un recueil de notes prises secrètement par Vasili Mitrokhin, au cours de ses trente ans en tant qu’archiviste du KGB dans les services de renseignement extérieurs et le Premier Directoire en Chef).

 

Le livre de Stroilov qui publie ces documents, dont beaucoup ne sont traduits qu’aujourd’hui en anglais, défie les croyances traditionnelles selon lesquelles on doit accuser les colonialistes occidentaux du chaos dans la région. Tous ses principaux conflits, argumente t-il, ont été provoqués par l’expansionnisme soviétique. Le terrorisme et l’agitation anti-israélienne enragée dans le monde arabe étaient d’inspiration soviétique. Et les révolutions auxquelles nous assistons aujourd’hui devenaient inévitables, pour les Etats clients des Soviétiques qui étaient des régimes socialistes, et tôt ou tard, le socialisme met les économies en état de surchauffe et exacerbe la patience des peuples qui y vivent.

 

Stroilov centre son attention autour des intrigues de Gorbatchev au Moyen-Orient, expliquant le Printemps Arabe comme représentant “l’acte final de la Guerre Froide”. Cette thèse est surestimée –Stroilov est un peu trop amoureux de sa propre collecte pour admettre la complexité de ces évènements – mais, il subsiste, néanmoins, de nombreux éléments émanant de ses archives qui soutiennent cette description. Les documents suggèrent clairement que de nombreux conflits contemporains au Moyen-Orient ont été fomentés par l’Empire Soviétique, particulièrement au cours des dernières années avant son effondrement. Et les évènements qu’il décrit ont eu un impact significatif sur l’état actuel de la région – depuis le conflit en Irak jusqu’au processus de paix israélo-palestinien, et au développement d’une alliance de facto entre l’Union Européenne et les Etats Arabes. Peut-être que, de façon la plus significative, il y a là de nombreuses raisons de suggérer qu’il est grand temps de réexaminer la réputation toute faite de Gorbatchev, en tant que réformateur et libéralisateur. Le livre de Stroilov suggère qu’au Moyen-Orient, la politique de Gorbatchev était conforme à la vieille école de l’impérialisme soviétique, tout au long de sa carrière et jusqu’à la fin.

***

Depuis l’approche de la Première Guerre Mondiale, la grande cause à laquelle attacher le prix le plus élevé, au Moyen-Orient, a toujours été le Golfe Persique. Au cours de la Guerre Froide, l’Amérique et ses alliés en Europe et en Asie dépendaient de son pétrole pour 90% de leurs besoins énergétiques ; les pays développés auraient instantanément été paralysés par des tarifs pétroliers trop élevés. Mais, pour les Soviétiques, prendre le contrôle du Golfe est un but qui ne peut être atteint que par une agression militaire. A la suite du retour des forces britanniques au Koweit en 1961, pour défendre l’Emirat contre Abd al-Karim Qasim d’Irak – dont les ambitions envers le Koweit ont été, par la suite, même si temporairement, réalisées par Saddam Hussein – il est devenu clair pour les Soviétiques que l’Occident volerait à la rescousse, à n’importe quel prix, pour défendre son pétrole. « C’est pourquoi les Camarades ont remis à plus tard la conquête du Golfe », écrit Stroilov, « bien que certains d’entre eux se sentaient cruellement déçus par cette décision ».

Quel était, alors le Plan B? Il s’agissait de « la subversion et de l’éventuelle destruction d’Israël ».

Bien que ne représentant pas une carte aussi valable que les champs pétroliers du Golfe, Israël était aussi un atout précieux. C’était la seule démocratie dans la région, la plus grande puissance militaire du Camp pro-occidental et, effectivement la tête de pont du monde occidental. Mais plus important, lancer un processus de croisade (ou de Jihad) contre Israël offrait des opportunités politiques fantastiques. Israël assiégé signifiait effectivement que des millions de Juifs étaient des otages entre les mains des Camarades, et que la menace de génocide pouvait intimider l’Occident, au point de l’amener à faire d’énormes concessions dans le Golfe ou n’importe où ailleurs. D’un autre côté, en faisant du conflit israélo-palestinien le problème central du Moyen-Orient, les Soviétiques pouvaient exploiter le nationalisme arabe, l’antisémitisme et même les sentiments religieux islamiques, afin de mobiliser un soutien à leurs politiques. Effectivement, sous la bannière de la solidarité arabe, l’influence socialiste dans la région s’est accrue et étendue bien au-delà des régimes et des partis socialistes.

“SIG” – pour Sionistskiye Gosudarstva, ou “Gouvernements Sionistes”, était le nom de code de cette opération contre Israël, selon le Général Ion Mihaï Pacepa,  le transfuge le plus haut gradé du bloc soviétique. Dans un article de National Review , Pacepa rappelle une conversation qu’il a eu avec le Président-Directeur du KGB, Yuri Andropov, qui envisageait de fomenter « une haine de type Nazie envers les Juifs à travers le monde islamique… Il ne nous reste qu’à continuer à répéter indéfiniment nos mantras et thèmes centraux – que les Etats-Unis et Israël sont « des pays fascistes, impérial-Sionistes financés par la ploutocratie juive ».

 

Au milieu des années 70, se souvient Pacepa, le KGB a ordonné à ses petites sœurs, les agences d’espionnage d’Europe de l’Est, d’écumer le Moyen-Orient pour y placer des agents de confiance, de les former à la désinformation et au terrorisme, et d’y exporter une « haine enragée et démentielle contre le Sionisme Américain ». Ils ont inondé la région de la traduction en arabe du « Protocole des Sages de Sion » et de documents fabriqués par le KGB, affirmant qu’Israël et les Etats-Unis se consacraient à convertir le monde islamique en une vaste colonie juive.

A la suite de la défaite des Egyptiens durant la guerre des Six Jours, les Soviétiques en sont venus à un second type de réalisation : une confrontation militaire conventionnelle avec Israël, et, par extension avec l’Occident, véhiculait bien trop de risques très élevés de provoquer une escalade jusqu’à la guerre nucléaire. Un changement de tactique était vivement requis. Le Général Alexander Sakharovsky, alors chef de la branche du renseignement au KGB, expliquait ainsi les choses à ses collègues d’Europe de l’Est : « Le Terrorisme doit devenir notre arme principale ». Sakharovsky se vantait du fait que les détournements d’avions étaient le fruit de sa propre invention ; il décorait son bureau avec une carte du monde, couverte de petits drapeaux, chacun d’entre eux marquant un détournement d’avion victorieux. Bien que l’OLP se soit employée à unifier les organisations terroristes diverses et variées, « les quartiers-généraux suprêmes du réseau tout entier se trouvaient, bien entendu, au Kremlin », écrit Stroilov et « les preuves accumulées sur ce point ne laissent aucun doute sur le fait que l’ensemble du système ait été inventé par Moscou comme une arme contre l’Occident, et que l’OLP était le joyau de cette couronne ».

Pacepa fait la liste des exemples d’actes de terrorisme parrainés par le KGB :

Novembre 1969 : l’attaque à mains armées du bureau d’El Al à Athènes, faisant un mort et 14 blessés ; 30 mai 1972 : l’attentat contre l’aéroport Ben Gurion, faisant 22 morts et 76 blessés ; décembre 1974 : l’attentat à la bombe contre le théâtre et cinéma de Tel Aviv, faisant deux morts et 66 blessés ; mars 1975 : l’attentat contre un hôtel de Tel Aviv, faisant 25 morts et 6 blessés ; mai 1975 : l’attentat à la bombe de Jérusalem, faisant un mort et 3 blessés ; 4 juillet 1975 : attentat à la bombe au Square Zion de Jérusalem, faisant 15 morts et 62 blessés ; avril 1978 : l’attentat à l’aéroport de Bruxelles, faisant douze blessés ; mai 1978 : l’attentat contre un avion d’El Al à Paris, faisant 12 blessés.

Les documents de Stroilov indiquent qu’on peut aussi créditer les Soviétiques et les Syriens pour l’explosion des baraquements de Marine's au Liban en 1983.

Deux des documents de Bukovsky apparaissent en anglais pour la première fois dans : "Derrière l'écran de fumée de tempête du Désert ». Le premier correspond à un memo de Yuri Andropov à l’adresse de Léonid Brejnev, en 1974, détaillant une rencontre du KGB avec le terroriste palestinien Wadie Haddad. Il recommande que le gouvernement soviétique fournisse un soutien logistique au Front Populaire de Libération de la Palestine de W. Haddad. Le second est la transcription d’une rencontre du Politburo en 1984, approuvant le convoyage d’armes et de munitions d’une valeur de 15 millions de roubles en direction du Front Démocratique de Libération de la Palestine, en échange d’une collection d’art antique. L’invention du terrorisme moderne : on en doit tout le crédit au Kremlin.

Puis vint la Révolution Iranienne de 1979. Stroilov suggère, une fois encore, que le récit admis par convention se trompe. Il ne s’agissait pas d’un soulèvement islamiste spontané, mais d’une révolution communiste bien organisée qui a tournée de travers. Elle était planifiée depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, lorsque les forces soviétiques se sont retirées d’Iran sous la pression occidentale, mais qu’elles ont laissées derrière elles un vaste réseau d’espionnage massif. Le ratio moyen de centres résidentiels du KGB était d’un par pays, en Iran les Soviets en disposaient de près de 40. Ils ont travaillé durant les 33 années suivantes à fomenter cette révolution, en formant des illégaux des républiques soviétiques à passer pour des membres de groupes ethniques d’Iran. Malheureusement pour eux, ils ne savaient pas que Vladimir Kuzichkin, leur maître-espion essentiel à Téhéran, avait été recruté par le MI 6. Les Britanniques ont partagé l’information sur la révolution en préparation avec le SAVAK – mais trop tard. A ce moment-là, la révolution battait déjà son plein. Les Mollahs ont saisi les enregistrements de la SAVAK et, tirant partie de ce savoir, ont encerclé jusqu’au tout dernier agent soviétique.

Une étrange anecdote apparaît dans le compte-rendu de Stroilov des derniers jours de la guerre Iran-Irak. Khomeiny avait pris connaissance par la presse occidentale, que Gorbatchev était un homme avec lequel on pouvait faire des affaires, un grand réformateur. Assurément confus, il envoya alors un Ayatollah pour apporter une lettre manuscrite à Gorbatchev. « Ce texte, hélas, est encore ignoré des historiens », écrit Stroilov, « mais la totalité du Politburo est enregistrée en train de rire aux éclats, au moment de la lire » On peut en déduire le contenu, dit-il, à partir des retranscriptions du Politburo qui y ont fait suite. Khomeiny avait proposé à Gorbatchev qu’il abandonne le Marxisme et se convertisse à l’Islam ».

Cela dit, remarque Stroilov, “tout ceci n’était guère plus stupide que l’attitude de la plupart des faiseurs d’opinion occidentaux, qui espérait que Gorbatchev se serait miraculeusement transformé de communiste en démocrate ».

L’envoyé fut poliment dissuadé quant à cette idée, mais on pris soin de le rassurer sur le fait que le Kremlin et les Ayatollahs trouveraient un terrain d’entente correspondant à leurs objectifs partagés de détruire le Grand Satan :

“Sans mondanités diplomatiques”, comme disait Gorbatchev, il expliqua à l’Ayatollah comment les Américains et les Pakistanais minaient les efforts bien connus des Soviétiques pour ramener la paix en Afghanistan, et, faisant allusion à cela, quoi qu’il en soit de la détente et du désarment, il ne croyait absolument pas dans les assurances d’amitiés américaines. Il opposait cela à la sincérité des relations soviéto-iraniennes. Bientôt, les Camarades et les Ayatollahs découvriraient qu’ils étaient en parfait accord, non seulement concernant la situation au Moyen-Orient, mais aussi, à propos de l’Afrique du Sud, de l’Amérique Latine, sur le désarmement Est-Ouest, et particulièrement, sur la façon de « transformer l’Océan Indien en une zone de paix », ce qui signifiait d’en chasser les Américains. Des comités conjoints soviéto-iraniens travaillant sur ces sujets proliféraient en 1989, alors que les Ministres des Affaires étrangères Shevardnadze et Velayati se rencontraient 4 fois en moins de six mois.

L’énergie nucléaire était en tête de liste des domaines majeurs de coopération :

Les “Arabes Rouges”, comme les appelle Stroilov – l’Egypte, la Libye, la Syrie – étaient des régimes socialistes et des clients soviétiques ; même le Président égyptien démis Hosni Moubarak, argumente t-il, n’a jamais totalement répudié ses liens avec l’Union Soviétique et devrait plus proprement être interprété comme le successeur de Nasser, plutôt que comme un réformiste occidentalisé. Par exemple, en décrivant fièrement les fruits de l’un de ses plans sur cinq ans à Gorbatchev, Moubarak lui dépeignait aussi bien son attitude réelle envers les Etats-Unis et sa conception étonnement moderne sur le remboursement des dettes :

GORBATCHEV. Mais, d’où obtenez-vous de l’argent ? Est-ce qu’il en flotte sur le Nil ?

MOUBARAK. Nous devions en emprunter beaucoup. […]. Tout le monde a des dettes dans le monde d’aujourd’hui. […]. Les Américains empruntent de l’argent aux Japonais, mais Bush ne leur rembourse rien. Et alors quoi ? Est-ce que le Japon déclare pour autant la guerre aux Etats-Unis ? […]. J’ai dit à Reagan que l’Union Soviétique n’avait jamais appliqué de taux d’intérêts pour les prêts qu’elle nous a accordés. Nous n’empruntons plus du tout d’argent aux Etats-Unis. Nous acceptons seulement une aide non-remboursable, lorsqu’ils sont prêts à en accorder une. […].

GORBATCHEV. A combien s’élève votre dette totale?

MOUBARAK. 50 milliards de $. […]. Mais nous pouvons toujours renégocier ces dettes et obtenir des reports de remboursement encore et encore. De nos jours, presque plus personne ne rembourse ses dettes. Je vous en parle tout-à-fait franchement.

A la suite de quoi, Moubarak ajoutait :

J’aimerais aussi vous dire que nous poursuivons notre coopération militaire avec les USA. Ils nous offrent une aide pour un montant de 1, 3 milliard de $. Nous ne pouvons pas encore faire sans cela. Nous avons besoin de pièces détachées pour nos équipements militaires, et ainsi de suite. Mais le temps viendra où les choses changeront de direction. Je vous le dis de façon absolument franche.

Enchanté par ce qu’il avait entendu, par la suite, Gorbatchev le garda bien à l’esprit, avec l’idée que de détourner l’Egypte de l’influence des Etats-Unis restait tout-à-fait faisable. Pendant ce temps, il travaillait avec acharnement afin d’unir les « Arabes Rouges », dans le but d’expulser complètement les Etats-Unis  de la Région. Page après page de ces retranscriptions, nous ne voyons s’efforcer d’atteindre son but, particulièrement au cours de ses rencontres avec Hafez al Assad :

GORBACHEV. […] L’Union Soviétique, étant données les capacités dont elle dispose, est aussi prête à contribuer à l’unification des rangs arabes. Bien entendu, nos ennemis ne manqueront pas l’occasion de présenter nos efforts sincères comme une « conspiration moscovite », aussi devrons nous agir de façon précise et prudente. En tout état de cause, vous pouvez compter sur notre soutien […]. Le succès de cette cause serait une grande victoire historique porteuse de conséquences formidables.

En 1986, comme le montre une série de memos émanant du Politburo, les Syriens ont fièrement rapport qu’ils avaient détruit les perspectives de paix entre Israël et la Jordanie, « anéanti » la coopération entre la Jordanie et les Palestiniens, « et effectivement bloqué » le Plan de Paix du Président Reagan. Gorbatchev les encouragea à poursuivre leurs efforts, en faisant l’éloge de la Défense Syrienne des forces « progressistes » au Moyen-Orient. Gorbatchev pourrait, à juste titre, prétendre avoir pu miner toute perspective de paix régionale, dans les années 1980.

La réalisation dont les Soviétiques sont le plus fier à l’époque, cependant, c’est la Première Intifada. En avril 1988, Yasser Arafat se rendit à Moscou pour expliquer son plan et en obtenir l’approbation. « Gorbatchev recolnnaissait qu’il comprenait totalement les tactiques de l’OLP, consistant à utiliser différentes méthodes de combat ». Arafat était parfaitement clair sur ce qu’il entendait par là :

ARAFAT. Nous poursuivons la lute sous d’autres formes, sur d’autres fronts. La lutte armée ne s’arrête pas au Sud Liban. Les tirs d’artillerie, les raids aériens, d’autres actions encore se déroulent quotidiennement.

Moscou approuvait.

Mais le but ultime serti d’or demeurait le même : le Golfe – la ligne de vie de l’Occident. Dans le « discours officiel », selon les termes de Stroilov, la coopération américano-russe pour évincer Saddam du Koweit marquait la fin de la Guerre Froide et le commencement d’un Nouvel Ordre Mondial. En réalité, commente Stroilov, le plan de Gorbatchev «  consistait à emprunter le côté occidental, en s’assurant qu’il aurait son mot à dire dans la résolution de la crise. Ensuite, il pourrait utiliser cette position pour minimiser les dégâts causés par Saddam, et pour faire progresser son propre agenda au Moyen-Orient ». Parmi les objectifs de cet agenda : remplacer le pouvoir de Washington par un « gouvernement mondial » qui éprouverait de la sympathie pour les aspirations communistes. Les dirigeants du Parti Communiste italien se sentaient particulièrement inspirés par cette idée :

OKKETTO. L’ONU doit devenir un instrument du Gouvernement Mondial :

RUBBI. Berlinguer a parlé du gouvernement mondial dès le 15 ème Congrès du Parti Communiste International

OKKETTO. A l’époque, la plupart des gens présents à cette conférence ont souri à cette seule idée.

GORBACHEV. Chez nous aussi, beaucoup de gens trouvent cette idée fantaisiste. Peut-être, effectivement, est-il préférable de penser mettre sur pied des façons, pour les Communistes, les Sociaux-Démocrates et quelques autres, de travailler sur une proposition constructive et concertée. Il ne s’agirait alors plus de propagande, mais de politique réelle.

OKKETTO. [Le dirigeant des Démocrates Sociaux d’Allemagne de l’Ouest, Willie] Brandt veut impliquer des représentants des partis, des hommes d’Etat et d’autres personnalités de premier plan dans ce travail, pour discuter des problèmes au cours de séminaires et de conférences.

GORBACHEV. OK, mettons tout cela en place, et consultons Brandt et d’autres.

Les archives de Stroilov détaillent par le menu la mediation soviétique de négociations secrètes entre Washington et Bagdad au cours de la fin de l’année 1990. Les superpuissances étaient apparemment parvenues à un accord en des termes assez extraordinaires : Saddam se retirerait du Koweit en échange d’un schéma, proposé par les Soviétiques, de la tenue d’une conférence internationale parrainée par les instances mondiales, déstinée à conduire au désarmement et au démembrement d’Israël.

Les documents démontrent que George H.W. Bush était d’accord sur le principe de cet accord – aussi longtemps que le lien entre les deux affaires resterait secret.

G. BUSH. Je suis parfaitement d’accord avec tout ce que vous venez de dire. Vous n’êtes pas en quête de lauriers pour une victoire individuelle ou collective dans le combat contre Saddam Hussein. Mais autant vous que moi voulons qu’un nouvel ordre prévale pour l’avenir du monde. Pour cela, nous devons trouver une réponse telle qu’elle fournisse des garanties contre une agression dans l’avenir. Aussi loin que je puisse voir, c’est exactement ce pour quoi beaucoup des propositions de votre plan ont été conçues.

Il voulait que Saddam se retire inconditionnellement du Koweit ; les Etats-Unis auraient alors fait pression sur Israël pour qu’il se joigne à un « processus de paix » apparemment sans rapport avec ce qui précède. Bush a demandé à Gorbatchev de voir ce que Saddam en pensait. Saddam objecta : il ne serait seulement d’accord que si l’accord était conclu ouvertement.

Il est fascinant de comparer les retranscriptions de Stroilov avec les mémoires écrites par Bush, Brent Scrowcroft et James Baker. Ces dernières mémoires suggèrent que Gorbatchev voulait mentionner Israël et les Palestiniens dans une déclaration publique conjointe, mais qu’il finit par faire des concessions sur ce point. En fait, l’argumentaire portait sur un accord secret, et non pas sur une déclaration publique.

***

Tôt ou tard, comme le Remarque très justement Stroilov, tous les régimes socialistes s’effondrent. Il développe que ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à l’effondrement de l’Empire Soviétique au Moyen-Orient – un processus identique à ce qu’on a pu voir en Europe, dans les années 1989-1991. Mais, à la grande différence de la chute des despotes de l’Europe de l’Est, les Arabes Rouges ont été autorisés à survivre. Plutôt que de chasser Saddam et faire pression sur l’Union Soviétique – qui n’a plus que quelques mois encore à vivre – pour qu’elle réduise son influence du Moyen-Orient, Bush a mis comme priorité d’apaiser Gorbatchev pour le dissuader de faire pression contre l’avantage obtenu par les Etats-Unis. Selon le point de vue de Stroilov, ces régimes pouvaient et auraient dû être renversés il y a 20 ans. La raison pour laquelle ils ne l’ont pas été, explique t-il, c’était parce que le Moyen-Orient était le domaine que Gorbatchev avait déterminé de conserver et parce que les Américains, naïvement enchantés par son charisme se sont permis de se laisser bernés.

Si Tempête du Désert avait été jusqu’à Bagdad, le paysage de la région en aurait été entièrement modifié, aujourd’hui. « Le plus grand (bien que connu) secret de l’Opération Tempête du Désert, c’est qu’elle a échoué à atteindre ses objectifs », écrit Stroilov. Selon la Directive 54 de la Sécurité Nationale, qui a autorisé l’action militaire, puisque l’Irak cherchait à détruire les champs de pétrole du Koweit, « cela devenait un objectif explicite des Etats-Unis de remplacer l’actuelle caste dirigeante en Irak ». Le 22 février 1991, Saddam a mis le feu aux puits de pétrole du Koweit. Aussi, pourquoi est-ce que cela a pris douze ans de plus pour se débarrasser de lui ? Parce que Gorbatchev et Mitterrand craignaient que la chute de son régime laisserait trop d’influence aux Etats-Unis dans la région et ont alors choisi de se retirer de la coalition. « Sans hésitation », écrit Stroilov, « Bush plaçait le nouvel ordre du monde au-dessus de tout. Les rebelles furent massacrés, le régime de Saddam survécut et les forces américaines se retirèrent ».

Lorsque, douze ans plus tard, elles sont revenues,

Les Experts au sein du Département de l’Etat ont conclu : “quelle surprise, le régime de Saddam était plutôt populaire, après tout ! D’autres experts accusaient la main invisible d’Al Qaeda. Une autre école encore insistait sur le manque de tradition démocratique dans l’histoire du monde islamique en général et en Irak en particulier.

Mais, si vous répétez la même expérience dans n’importe quel autre pays, le résultat sera exactement le même. Dites aux citoyens de s’élever contre la tyrannie, promettez-leur le soutien des forces américaines, et lorsque le massacre commence, retirez-vous tranquillement. Revenez douze ans plus tard et voyez par vous-mêmes, si les locaux seront d’humeur pro-américaine ou anti-américaine.

Il est impossible de dire s’il a entièrement raison, mais cela reste certainement une thèse qui mérite toute la considération nécessaire.

Une Remarque finale : alors que cela n’est pas suffisamment exposé dans ce livre, les archives de Bukovsky démontrent clairement que les campagnes pour le désarmement nucléaire, à travers l’Europe, ont largement été financées par le bloc soviétique. L’argent était transféré par l’entremise des partis communistes et d’autres organisations pro-soviétiques.

La Baronne Catherine Ashton était la trésorière de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire, entre 1980 et 1982. Cette CDN restait notoirement secrète, en ce qui concerne ses sources de financement et refusait de soumettre ses livres de compte à une audit indépendante ; quand elle fut finalement contrainte de le faire sous le poids d’énormes pressions, les auditeurs ont découvert que 38% de leur revenus annuels ne pouvaient pas être retracés jusqu’à leurs donateurs d’origine. Will Howard, un membre du Parti Communiste de Grande-Bretagne, était responsable de cette partie des caisses de financement.

La Baronne Ashton est désormais la cheffe de la politique étrangère de l’Union Européenne, c’est elle qui mène les négociations entre le P5+1et l’Iran.

 

Quel qu’en soit le résultat, nous devrions sûrement remercier le Kremlin pour cela, également…

Adaptation : Marc Brzustowski
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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