Treize morts et 28 blessés serait un triste jour
pour l’armée des USA en Afghanistan et une grande victoire pour les Taliban. Quand cela arrive au Texas, au cœur de la plus grande base militaire de la nation, dans un centre de sélection pour
des soldats, au retour ou au départ de combats outre-mer, ce n’est pas seulement une « tragédie » comme trop de gens l’ont appelée, mais un coup d’oeil furtif dans une faille
potentiellement fatale au cœur de ce que nous avons appelé, depuis le 11 septembre 2001, la « guerre contre le terrorisme ». De courageux soldats formés à pourchasser et tuer l’ennemi
de l’Amérique à l’étranger, ont été tués dans la sécurité et la sûreté à la maison par, fondamentalement, le même ennemi : un homme qui croit et soutient tout ce que l’ennemi fait.
Et c’est un commandant de l’armée des USA.
Et ses officiers supérieurs et d’autres autorités étaient au courant de ses convictions mais semblaient penser que
c’était juste un fragment de diversité multiculturelle inoffensive – comme si croire que « les Musulmans doivent résister et combattre l’agresseur », c'est-à-dire ses compagnons
d’armes américains, et écrire sur Internet des hymnes au « noble héroïsme » de ceux qui commettent des attentats suicides à la bombe et, de fait, soutenir
objectivement l’adversaire dans une guerre active, doit être considéré simplement comme une espèce de style de vie alternatif qui ajoute à la vitalité de la base.
Quand on sut jeudi après-midi que le tireur était Nidal Malik Hasan, il y eut peu après sur ‘Twitter’ une rafale
de messages avec cette formulation frappante : « De grâce, jugez le commandant Malik Nadal pour ses actes et pas pour son nom ».
Les utilisateurs de Twitter peuvent se détendre : il n’y a jamais vraiment eu de danger pour cela – et pas
seulement dans ce sens que le premier reportage du ‘New York Times' sur le commandant Hassan n’a jamais mentionné les mots « Musulman » ou « Islam », ou que la seule
observation sur son nom par Martha Raddatz sur la chaîne ‘ABC’ était que « pour le suspect, Nadal Hassan, comme la femme d’un officier me l’a dit, j’aurais préféré que son nom fût
Smith ».
Quelle étrange réaction. Je suppose que ce qu’elle voulait dire était que si son nom avait été Smith, nous
pourrions tous retourner vers les mêmes illusions confortables qui ont permis à la bureaucratie de faire progresser Nidal Malik Hasan au grade de commandant, au cœur de Fort Hood, tout en
ignorant tout ce qui importait sur l’essence de cet homme.
Depuis le 11 septembre 2001, nous avons, comme les amateurs de Twitter le recommandent, jugé des gens sur leurs
actes – projeter des avions sur des gratte-ciel, se faire exploser dans des night-club à Bali ou dans des wagons de métro à Londres, placer des engins explosifs à distance sur les bas-côtés des
routes à Bagdad ou Tikrit. Et dans l’ensemble, nous répondons avec efficacité par nos propres actions.
Mais nous refusons scrupuleusement d’émettre un jugement sur l’idéologie qui conduit un homme à piloter un avion
dans un immeuble, ou à se faire exploser dans le métro, et ainsi nous avons un trou au cœur de notre stratégie.
Nous utilisons des commodités rhétoriques comme « Islam radical » ou, si cela semble un petit peu
islamophobe, le bon vieil « extrémisme radical ». Mais nous ne faisons jamais l’effort de délimiter la ligne qui sépare « l’Islam radical » de l’Islam non radical. En effet,
nous faisons de grandes contorsions pour rendre cela encore plus confus. Et quelque part, dans ce brouillard qui fait tourner la tête, les pathologies d’un Nidal Malik Hasan couvent. Psychiatre
des armées, le commandant Hassan est un Américain, né et élevé aux USA, diplômé de l’Université de Technologie de Virginie, puis docteur en médecine de l’Université des sciences de la santé du
Service des armées, à Bethesda. Mais il s’est opposé aux actions de l’Amérique au Moyen-Orient et en Afghanistan, et a fait connaître son approbation des jihadistes agissant sur le sol des USA.
« Vous devez la fermer, commandant » lui a dit son officier supérieur, le colonel Terry Lee.
Mais il n’a pas eu vraiment besoin de « la fermer ». Il pouvait joliment dire tout ce qu’il voulait, et
si des « feux rouges » s’allumaient, ils étaient vite dissimulés. Quantité de gens sont « anti-guerre ». Certains d’entre eux sont objectivement de l’autre côté –
c'est-à-dire qu’ils encouragent et soutiennent des attaques contre des soldats et des civils américains. Mais peu d’entre ceux de cette dernière catégorie sont des commandants de l’armée des
USA. Ou bien on pourrait au moins l’espérer.
Alors pourquoi être surpris ? Azad Ali,
un homme qui cite en les approuvant des observations telles que : « si je voyais un Américain ou un Anglais portant un uniforme de soldat en Irak, je le tuerais parce que c’est mon
devoir », cet homme est conseiller du service du procureur de la couronne britannique (équivalent des avocats généraux aux USA). Cette semaine à Toronto, la courageuse ex musulmane Nonie
Darwish a indiqué que, sur un vol des USA vers le Canada, elle fut questionnée en long et en large sur le motif de sa visite par un officier des frontières apparemment musulman. Quand elle
révéla qu’elle allait faire une conférence sur la loi islamique, il la réprimanda : « Nous n’allons pas mettre en question la shariah ».
C’est le type qui tient le bureau de sécurité de l’aéroport.
Dans le ‘New York Times’, Maria Newman n’a évoqué la foi d’Hassan que de façon indirecte : « Il était
célibataire, selon son curriculum, et n’a pas indiqué de préférence religieuse ». Bonté divine, hum ? Un voisin au Texas déclara que le commandant avait accroché un « Allah et un
autre mot » en arabe sur sa porte. « Akbar » peut-être ? Jeudi matin, on rapporte qu’il a distribué des exemplaires du Coran à ses voisins. Il a hurlé en arabe pendant qu’il
tirait.
Mais ne vous inquiétez pas : comme le porte-parole du FBI nous l’a assuré : un point c’est tout, il n’y
rien à voir avec le terrorisme.
C’est vrai, dans un sens très étroit : le commandant Hassan n’est pas détenteur d’une carte de membre de la
branche au Texas d’al Qaïda, rapportant à un officier traitant au Yémen ou au Waziristan. S’il l’était, les choses seraient beaucoup plus faciles. Mais les mêmes maladies qui motivent al Qaïda
font aussi vibrer le commandant Hassan, et pour finir, ses pulsions islamiques ont surpassé sa coûteuse éducation occidentale, sa formation psychiatrique, sa discipline militaire – la totalité
de son identité américaine.
Ce qui est arrivé à ces hommes et femmes à Fort Hood comportait un horrible symbolisme : des
membres les mieux entraînés et les mieux équipés des forces de combat sur la planète ont été tirés dans le dos par un gaillard qui déclara quelques trucs dingues que personne n’avait pris au
sérieux. Et là est le problème : l’Amérique possède les meilleurs soldats et la puissance de feu la plus intense, mais aucune stratégie pour étrangler l’idéologie qui motive l’ennemi – en
Afghanistan et au Texas.
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