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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 12:21

Pr Benno Gross

http://www.leptithebdo.net/2012/02/14/pr-benno-gross/

Le sens véritable du destin juif

Le professeur Benno Gross, doyen honoraire de la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université Bar-Ilan, est toujours aussi prolifique. Il vient de publier un nouveau livre, «Les défis du destin juif, politique et religion dans la pensée du Rav Kook».

 

Le P’tit Hebdo: Qu’est-ce qui vous a incité à écrire ce livre?

Pr Benno Gross: J’ai écrit ce livre parce que je pense que le rapport entre la politique et la religion est un problème essentiel de notre époque et qu’il n’a pas été résolu. Il m’a semblé très important de montrer le véritable sens de l’Etat juif à un moment où on assiste à une délégitimation de l’Etat d’Israël, c’est-à-dire à une incompréhension de sa véritable vocation.

 

LPH: Comment présentez-vous l’analyse du Rav Kook sur ce sujet dans votre ouvrage?

BG: Le Rav Kook, étant donné que sa pensée s’est développée à une époque récente, propose une approche intéressante des problèmes de l’heure et également, de façon plus générale, des problèmes profonds du judaïsme. Son idée de départ, sur la question qui nous préoccupe, est que l’humain repose sur deux points essentiels: la vie spirituelle et la vie sociale, que le Rav Kook appelle respectivement «l’idée divine» et «l’idée nationale». L’idée divine, c’est la spiritualité et l’idée nationale, c’est l’aspect plus matériel, sous-entendant une vie en société. Or dans la réalité, ces deux notions élémentaires se sont dissociées. La tendance générale veut qu’on donne la priorité soit à la vie spirituelle, en négligeant la vie nationale, c’est-à-dire la réalité sociale, soit au contraire qu’on mette l’accent sur la vie matérielle en dépréciant la vie spirituelle. C’est ce que montre l’histoire des sociétés. Lors de la Première Guerre mondiale, le Rav Kook a compris que les nationalismes établis en Occident menaient le monde à sa perte parce qu’ils impliquaient un renforcement de l’immanence sociale au détriment de la spiritualité de la société. Nous connaissons le même problème à notre époque. En France par exemple, les revendications de l’individualisme moderne exacerbé incitent à déprécier totalement la valeur sociale et cela entraîne notamment la violence dans les sociétés. Parallèlement à cette dépréciation, le Rav Kook a vu le peuple juif «rentrer dans l’histoire» après toute une série d’échecs. C’est-à-dire que le peuple juif, en tant qu’entité sociale, a été libéré dans l’exil, de façon providentielle, de toutes les responsabilités nationales pour apprendre à se débarrasser d’un nationalisme étroit et païen qui avait causé la ruine de sa société.

 

LPH: Comment le Rav Kook, qui n’a pas connu la renaissance du peuple juif sur sa terre, concevait-t-il l’avenir du destin juif?

BG: Au début du XXe siècle, le Rav Kook a vu en même temps la détérioration des sociétés et un certain réveil au sein du peuple juif signifiant un retour à l’idée de Nation. Le peuple juif, qui s’était entièrement spiritualisé dans l’exil et par conséquent coupé de toutes les réalités nationales, reprenait goût à cette vie nationale. Le Rav Kook a compris qu’une force intérieure, mue par la Providence, allait peut-être permettre, pour la première fois, au peuple juif d’arriver à maturité. Prévoyant la création de l’Etat, il lui semblait important que la société juive renaisse de manière saine dans le pays.

 

LPH: Vous êtes un intellectuel de culture française très concerné par la vie politique israélienne. Comment comprenez-vous l’évolution de l’Etat d’Israël?

BG: Il est évident que la vision du Rav Kook comporte une part d’utopie. Mais comme le dit Paul Celan, «la clarté de l’utopie, c’est la dignité de l’homme». La réalité actuelle de l’Etat d’Israël ne répond pas à cette vision idéale. Il faut dire, sur ce point, que notre confrontation avec le monde arabe constitue une difficulté qui nous empêche d’accomplir notre véritable existence. Mais même si, à l’heure actuelle, bien des réalités sont décevantes, nous devons œuvrer pour éviter l’échec et pour que cet idéal soit réalisé. Cela exige une grande patience: il faut savoir que les grandes choses ne peuvent s’accomplir de façon immédiate.

 

LPH: Après des événements traumatisants, comme ceux du Goush Katif, certains sionistes fervents ont perdu confiance, refusant même de fêter la Journée de l’Indépendance. Que pensez-vous de cette réaction?

BG: L’expulsion du Goush Katif constitue pour moi un grave échec. Mais des erreurs de gouvernements ne doivent pas nous conduire à désespérer de la réalité de notre vocation. Il n’y a pas de fatalité. Le Rav Kook a formulé une espérance pour l’Etat d’Israël et cela dépend de nous que cette espérance devienne une réalité.

 

LPH: Comment expliquer au monde le sens de l’Etat juif?

BG: La pensée du Rav Kook nous aide à expliquer qu’il n’est pas question pour nous d’un nationalisme étroit. Le retour du peuple juif sur sa terre n’a rien à voir avec un quelconque nationalisme, malgré les apparences. L’essentiel pour nous est de sauvegarder, pour l’humanité, la véritable nature de l’homme, c’est-à-dire l’idée divine et l’idée sociale. En cela, Israël peut être un exemple. Il nous appartient d’expliquer cela mais ce n’est pas facile. Tout au long de l’histoire, le peuple juif a tenté de réaliser sa vocation mais les nations ont toujours réagi par un recul, provenant à la fois d’une fascination et d’une opposition à la vocation même du peuple juif. On le voit à la sortie d’Egypte ou lors de la meguilat Esther. Nous espérons que la fascination prendra le dessus. Yitro et Amalek ont vu la sortie d’Egypte. Amalek a considéré que c’était un bluff et qu’il fallait anéantir Israël alors que Yitro a compris l’ampleur de l’événement. Nous assistons aujourd’hui au même phénomène: les nations nous disent: «vous êtes un Etat comme les autres» et n’acceptent pas la notion d’Etat juif avec ses singularités.

Benjamin Gross: Les défis du destin juif. Politique et religion dans la pensée du Rav Kook. Albin Michel.

En vente dans les librairies françaises. Pour tout renseignement: Tel/Fax: 025669974

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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