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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 11:53

 

Une interview de Manfred Gerstenfeld avec Johannes Houwink Ten Cate

 

Houwink TenCate (Copier)

Johannes Houwink Ten Cate

 


“La plupart de mes amis et connaissances juifs hésitent à être Juifs de façon active et en toute occasion. Ces personnes agissent souvent en fonction de considérations sociales, et non parce qu’elles ne voudraient pas s’impliquer plus dans leur judaïsme.

 

“Les Juifs assimilés et cultivés pensent souvent qu’il y aura toujours des répercussions sociales si quelqu’un affirme à d’autres Hollandais qu’untel est lié à la culture juive. Ils pensent que s’ils adoptent de façon plus ostentatoire les pratiques juives à domicile, cela engendrera des problèmes à leurs enfants. Je leur rétorque habituellement : « C’est absurde. Comment pouvez-vous seulement penser une chose pareille ? ». Ils me regardent alors avec une expression qui veut dire : « Mais, franchement, qu’est-ce qu’il en sait, lui ? ».

 

Johannes Houwink Ten Cate est Professeur d’études sur la Shoah et les Génocides à l’Université d’Amsterdam. C’est un spécialiste de l’histoire des politiques antijuives de l’Allemagne Nazie dans les Pays-Bas occupés.

 

Il ajoute : “Cela m’a surpris lorsque quelqu’un que je connais bien, qui a dans les quarante ans – et qui est marié avec un non-Juif – m’a appris qu’elle souhaitait être plus active en tant que Juive. J’ai alors pensé : « Vous êtes la première, depuis longtemps, qui me dit une chose pareille ». Elle présentait cela, apparemment, comme s’il s’agissait d’un simple article de presse qu’elle souhaitait partager avec un collègue. Il est probable que son attitude a changé – mais je n’en suis pas sûr et je n’ai pas osé le lui demander – lors d’une visite que nous avons faite, quelques années plus tôt, au camp d’extermination de Majdanek. Elle a, soudain, découvert sur une photographie qui était exposée, des Juifs qui portaient le même nom de famille qu’elle. J’imagine qu’une telle expérience a influencé sa décision.

 

“Il n’est pas aussi évident de savoir s’il existe encore des stéréotypes antisémites classiques au sein de la société néerlandaise, tels que : « Le Juif est un brave type, mais on ne peut pas lui faire confiance ». « Vous lui donnez un doigt, il vous prend toute la main ». L’image du Juif en tant que victime de la Shoah était très présente durant la Guerre des Six-Jours, mais elle a disparu peu de temps après le boycott pétrolier des Pays-Bas par les pays arabes, au cours de la Guerre du Kippour. A mon avis, il s’agit là d’un évènement essentiel de l’histoire hollandaise.

 

“J’enseigne à l’Université d’Amsterdam, une institution gauchiste où les sentiments anti-israéliens ont souvent atteint le summum de l’absurde. A certains moments chauds, par le passé, l’idée d’un boycott académique d’Israël s’y est même propagée. Elle était fondée sur l’ignorance. L’Université hébraïque, par exemple, est un endroit où on peut rencontrer de nombreux étudiants arabes et on peut même y apprendre l’arabe à un niveau très avancé.

 

“On promeut même des postures anti-israéliennes dès l’école primaire. En décembre 2006, il m’est arrivé de jeter un œil aux actualités avec un enfant de 11 ans. Elles montraient que l’armée israélienne avait accidentellement tué des civils palestiniens. Pourtant, cet enfant ne voulait pas croire que ce puisse être le fruit d’une erreur.

 

“Je trouvais que ce qu’il disait était absurde et lui ai rétorqué : “Tu sais, qu’en général, l’armée israélienne essaie d’éviter qu’il y ait des pertes civiles ». Et lui m’a répondu : « Je ne pense pas. Mes instituteurs de l’école m’en parlent différemment ». Cet enfant hollandais de 11 ans refusait, purement et simplement, d’accepter les faits tels que je les lui présentais.

 

“Les Pays-Bas sont en train de devenir un pays provincial. Notre enseignement au lycée confie aux medias tout ce qu’on doit savoir sur les problèmes à l’étranger. On peut passer les examens de terminale au lycée [l’équivalent du  baccalauréat français] sans avoir jamais ouvert un livre ni même un journal. Les étudiants sont ainsi entièrement tributaires de ce qu’ils voient à la télévision.

 

“Nous ne devrions pas idéaliser notre passé. Après la Shoah, on a voulu exagérer la réussite de l’intégration des Juifs au sein de la société hollandaise. L’intégration a bien eu lieu, mais cela ne s’est pas fait sans problèmes et de nombreux stéréotypes sont demeurés prégnants.

 

“Lorsque l’importante immigration des non-occidentaux a démarré, il y a quelques décennies, beaucoup de leaders d’opinion ont prôné les valeurs d’une société multiculturelle. Elle se fondait sur notre soi-disant tradition de tolérance. Nous nous référions alors à un passé inexistant. Cette tradition, cependant, a d’ores et déjà, cessé d’exister il y a fort longtemps. A présent, nous commençons tout juste à nous apercevoir que nous n’étions finalement pas si tolérants que cela, après tout.

 

“Il est naïf de penser que les Juifs hollandais puissent constituer un exemple pour les immigrés marocains, en ce qui concerne l’acquisition de positions sociales. L’attitude des Juifs a toujours été différente de celle des Marocains aujourd’hui. Les Juifs considèrent traditionnellement l’éducation comme importante et, au sein de leurs familles, on réfléchit beaucoup aux professions auxquelles leurs enfants pourront se préparer en étudiant. Le prolétariat juif d’avant-guerre – par exemple, les travailleurs du diamant – produisaient des efforts considérables pour apprendre en dehors du système éducatif officiel.

 

“Je n’ai jamais entendu parler de Marocains qui seraient focalisés sur l’éducation de leurs enfants. En même temps, il est douteux de penser que la société hollandaise souhaite vraiment donner leur chance aux jeunes hommes marocains. Ils sont discriminés sur le marché du travail.

 

Ten Cate conclut : “Depuis longtemps, il n’est pas évident de savoir ce qui lie exactement les Hollandais les uns aux autres. Les Pays-Bas d’aujourd’hui à un château inhabité qu’il est difficile de défendre. Aussi longtemps que nous ne serons pas capables de développer une nouvelle identité, il subsistera un grand risque de polarisation [et donc, de conflit].

 

Il s’agit de la version abrégée d’une interview parue dans le livre bestseller de Manfred Gerstanfeld :  The Decay: Jews in a Rudderless Netherlands (2010).   [La Décadence : Juifs dans une Hollande sans gouvernail” (2010)]

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.


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commentaires

ghys maryvonne 20/02/2012 13:47

mais pourquoi il ne font pas leur alya l'Eternel attend que tous ses enfants reviennent au pays la Torah est clair a ce sujet ou veulent il faire comme les juifs de Berlin qui n' ont pas cruent à
menkampf et qui aujourd'hui ne sont plus là

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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