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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 22:47

 

Les mutations contemporaines de l’idéologie palestinienne

 

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Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

 

Pour © 2011 lessakele


A l’occasion d’une interview donnée en Egypte au journal américain Forward, le 20 avril 2012, Abou Marzouk (chef adjoint du Bureau politique du Hamas) a laissé entrevoir une attitude nouvelle du mouvement islamiste à l’égard d’Israël. Ce responsable palestinien, pressenti comme successeur potentiel de Khaled Mechaal (dont la démission présentée en janvier 2012, n’a pas encore été acceptée par le Conseil), a certes confirmé l’autonomie du mouvement islamiste à l’égard de l’Autorité palestinienne, mais toutefois, en se référant…. au Premier Ministre Benjamin Netanyahou comme pour marquer une certaine proximité (une fois n’est pas coutume): « le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahu, arrivé au pouvoir, a choisi de ne pas respecter les Accords d’Oslo signés par son prédécesseur Yitzhak Rabin ». Aussi, et de la même manière, Abou Marzouk qui conteste à Mahmoud Abbas son statut de Président des palestiniens a-t-il annoncé : « un futur gouvernement du Hamas ne serait pas lié par un traité de paix accepté par l’ex-président palestinien et chef du Fatah Mahmoud Abbas ».

Pour autant, et rompant avec la position traditionnelle du Hamas, Abou Marzouk a recommandé une suspension des hostilités avec l’Etat hébreu qui devrait s’inscrire dans le temps et plus précisément : « une « hudna » (ou trêve), semblable à celle qui prévaut entre Israël, le Liban et la Syrie ». Faisant preuve d’un certain réalisme, ce dirigeant du Hamas a même reconnu que : « Cela vaut mieux que la guerre, mieux que la résistance [armée] continue contre l’occupation, et mieux que de voir Israël occupant la Cisjordanie et Gaza, à l’origine de difficultés et problèmes des deux côtés» (encourageant).

Pour ne pas trop s’écarter de la doctrine classique du Hamas, Abou Marzouk a bien entendu, répété son opposition à tous pourparlers avec l’entité sioniste mais en tolérant « cependant que l’Autorité de Ramallah dirigée par le Fatah négocie, en vertu d’une entente préalable ». Ce faisant, le responsable du Hamas ne ferme pas le dialogue avec Israël qu’il entend accompagner, ne serait-ce qu’indirectement. Il souhaite même que le débat soit organisé de façon démocratique puisqu’il appelle chaque palestinien à s’exprimer sur la question : « tout accord conclu entre l’Autorité de Ramallah et Israël devra être soumis à référendum et approuvé par tous les Palestiniens, y compris les réfugiés et ceux de la diaspora ».

Il n’est pas question d’abroger trop rapidement les principes et standards classiques du Hamas. Aussi, Abou Marzouk a-t-il glissé son souci d’intégrer la question des (soit disant) réfugiés palestiniens : « L’accord doit inclure le droit de tous les réfugiés palestiniens à revenir dans leurs terres », tout comme son refus de renoncer définitivement à la lutte historique : « la stratégie nouvelle ne signifie pas que le groupe ait renoncé à la résistance armée ».

Néanmoins, ces rappels apparaissent comme étant de pure forme, comme s’il s’agissait de ne pas affoler les palestiniens abreuvés de ce discours depuis des décennies. En effet, des dispositions d’esprit qui constituent l’essence même de la pensée palestinienne semblent être profondément remises en question.

Il en est tout d’abord du meurtre de juifs. Certes, le responsable du Hamas n’a pas encore définitivement admis le principe de l’interdiction de tuer en plaçant son discours dans le cadre d’une légitime défense : « les forces israéliennes ont assassiné, ces dernières années, des milliers de civils palestiniens, beaucoup plus que le nombre de civils israéliens tués par des militants palestiniens ». De même, il refuse de « faire la comparaison entre les civils tués par Israël et les civils tués par la résistance », tout comme les excuses d’Israël pour les victimes collatérales parce que « un meurtre c’est un meurtre ». Il n’en demeure pas moins un progrès considérable dans le principe de l’assassinat systématique de juifs puisqu’il indique être : « contre le fait de cibler les civils ». Un tel discours contrevient naturellement aux prévisions de l’article 7 de la Charte du Hamas qui dispose : « Le jour du Jugement ne viendra pas tant que les Musulmans combattent les Juifs et tant que le Juif se cache derrière des pierres et des arbres. Les pierres et les arbres diront : "Oh ! Musulmans, Oh ! Abdulla, il y a un Juif derrière moi. Viens et tue-le». Cette évolution de la pensée palestinienne, si elle se confirme, est véritablement révolutionnaire.

Par ailleurs, Abou Marzouk s’est placé, dans la relation avec Israël, sur le terrain national (même si le raisonnement ne résiste pas à l’analyse) et non plus sur un principe religieux d’éviction des juifs. Aussi, a-t-il insisté sur la différence entre « l’occupation israélienne et le peuple juif » (ce que le Hamas n’avait jamais fait auparavant). Il a même confirmé : « Nous n’avons rien contre les Juifs en tant que religion ou contre les Juifs en tant qu’êtres humains » (ce qui est un revirement vis-à-vis de la position classique). De même, il a confirmé que le fondement de l’action et de la revendication devait être, non pas religieux mais national : « Le problème est que les Israéliens ont chassé ma famille. Ils ont occupé mon pays et ont fait souffrir des milliers et des milliers de Palestiniens». Ce fondement annonce une fracture avec les principes religieux de l’action.

Abdou Marzouk a même fait preuve d’une certaine empathie à l’égard des juifs, ce qui est vraiment extérieure à la doctrine classique du Hamas : « le soutien américain à Israël trouve son origine dans la sympathie à l’égard de la souffrance historique du peuple juif » (respect). Il a même reconnu la responsabilité européenne dans la tragédie du peuple juif : « Ces gens qui ont de la sympathie pour les Juifs, c’est à cause de leur histoire. Si vous regardez attentivement ce qui s’est passé pour les Juifs à Moscou ou à Madrid, en Espagne ou en Allemagne ou en Pologne, c’est très très mauvais... Quiconque dont le père ou le grand-père a commis de tels actes [contre les Juifs], devrait avoir honte» (admiration).

Cette prise de conscience et ce gain de maturité du Hamas est bien évidemment lié au nouvel environnement géopolitique et à la perte successive de ses appuis financiers. Le Président Bachar El Assad, est mal mené en Syrie et de nombreux cadre du Hamas ont du quitter le pays pour rejoindre l’Egypte. Par ailleurs, le soutien du Hamas au mouvement de protestation populaire en Syrie a passablement énervé le régime iranien qui devrait les sanctionner financièrement. Côté égyptien, la victoire des Frères musulmans (dont le Hamas est issu) aux élections législatives est insusceptible d’assurer la pérennité du mouvement. L’organisation panislamiste fait (elle aussi) preuve d’un certain pragmatisme concernant la politique extérieure de l’Egypte et n’entend pas remettre en question le traité de paix avec Israël. Enfin, il n’y a rien à attendre de la part de l’Autorité palestinienne, confrontée à une terrible débâcle financière, dont les revenus trouvent essentiellement leur source des dons de la communauté internationale mais aussi des revenus des palestiniens qui travaillent à l’étranger (grandement absorbé par les salaires des fonctionnaires). Les richesses crées sont, quant à elles, incapables de financer les besoins.

La paix devrait donc venir d’une prise de conscience : la rhétorique est une chose mais la réalité en est une autre. Pour éviter de disparaître, le Hamas devra s’entendre avec Israël, tout comme l’Autorité palestinienne, d’ailleurs.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

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Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

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