Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 11:23

 

 

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Tzvi C. Marx

 

tzvi marx

Tzvi Marx

 

 

“Mai 1948 a marqué le début d’une nouvelle ère dans les relations Christiano-Juives. Le rétablissement de l’Etat d’Israël a été ressenti comme une intrusion théologique dans la conscience chrétienne. Il a interrompu le « long fleuve tranquille » de l’auto- complaisance chrétienne à se poser en « Verus Israël » dans le regard de D., par la substitution de la Chrétienté à l’ancien Israël. Cela constituait la théologie chrétienne classique de la Substitution -1-.


“Le fait, proprement indigeste, de la renaissance de l’Etat d’Israël a sapé les fondements de 1800 ans de théologie chrétienne.  De toute évidence, D. n’avait, ainsi, pas révoqué le sens de Ses Promesses faites aux Juifs.  Cela a été le catalyseur d’une remise en question, dans certains cercles chrétiens, de leur position à l’égard des Juifs.

 

Tzvi C. Marx participe à des conférences sur le Judaïsme au Collège Widesheim (Utrecht), aux Pays-Bas. C’est un Rabbin ordonné par la Yeshiva de l’Université. Il a également obtenu un Doctorat de l’Université Théologique Catholique d’Utrecht.

 

Marx ajoute que la restauration d’Israël a provoqué le déploiement de beaucoup d’énergie dans les cercles chrétiens. « Certains Chrétiens se sont consacrés au déni, en prétendant que l’Etat ne représentait aucun enjeu théologique, mais n’aurait servi que de mesure de compensation, à cause de la culpabilité éprouvée pour la Shoah. Selon cette conception, Israël n’était, tout simplement, qu’un centre de réhabilitation pour des Juifs déportés et victimes de guerre, et il devrait, éventuellement, être absorbé au sein d’un Etat arabe à vocation plus universelle, dans lequel les Juifs seraient les bienvenus, mais ne seraient pas dominants. Par contre, beaucoup, parmi ceux qui n’étaient pas engagés dans ce processus de déni, ont adopté un nouveau point de vue sur le Judaïsme et se sont lancés dans son étude ».

 

Marx insiste sur le fait que la Shoah n’a pas provoqué de débat, au début des années 1950, sur une approche chrétienne non-prosélyte à l’égard du Judaïsme. « Tout au contraire, la souffrance juive à quelque degré que ce soit, est parfaitement compatible avec la théologie normative chrétienne. St Augustin soulignait à quel point les Juifs sont destinés à souffrir, à cause de leur refus d’adopter le Christianisme et de la crucifixion de Jésus -2-. Leur exil et leur dispersion est un signe éternel de colère divine.

 

“C’est aussi pourquoi le Pape Pie X a refusé la main tendue d’Herzl. Herzl l’exhortait à reconnaître le mouvement sioniste et la revendication de retour du peuple juif à son ancienne patrie. Le Pape a rétorqué que, puisque le peuple juif n’avait pas reconnu Jésus, il ne pouvait pas reconnaître le peuple juif. Il a ajouté que si les Juifs acceptaient de se convertir au Christianisme, il déléguerait des prêtres pour les baptiser et les accueillir, lors de leur retour chez eux, comme Chrétiens en Terre Sainte [ i.e : "Promise"]-3-.

 

“Les relations christiano-juives impliquent plusieurs composantes. Un de ces aspects relève du fait que des Chrétiens étudient le Judaïsme. Un second repose sur le dialogue inter-religieux et un troisième concerne l’attitude des Chrétiens envers Israël. Tous ces points sont, d’une manière ou d’une autre, étroitement imbriqués. Les motivations multiples qui expliquent le soudain intérêt chrétien pour l’étude du Judaïsme incluent :

 

  • Le désir de comprendre “Jésus le Juif”, ou les racines juives de la Chrétienté.
  • Reconfigurer l’identité chrétienne, maintenant qu’elle ne peut plus prétendre être le « Nouvel » Israël.
  • Comprendre le Judaïsme dans ses propres termes, en tant que foi vivante. Cela s’accompagne de la volonté de découvrir le monde de l’exégèse juive, qui est très différente de son homologue chrétienne. Les Chrétiens peuvent apprendre la façon juive d’interpréter la Bible, la prière juive, sa philosophie, les contes hassidiques et ainsi accéder à l’Héritage juif au sein du Christianisme, particulièrement dans le « Nouveau » [Second] Testament, où les prédicateurs, les érudits juifs et les Rabbins sont omniprésents. Cela conduit à considérer Jésus comme un enseignant [prophète] juif.
  • Rechercher un sens spirituel plus personnel, parce qu’on a perdu prise dans l’identité chrétienne.
  • Confirmer les espérances chrétiennes dans le Tanach.
  • Etudier le Judaïsme comme partie intégrante du phénomène religieux à travers le monde, particulièrement dans les universités.
  • Participer d’un acte de repentance [réparation], qui consiste à maintenir vivante la conscience juive à travers sa propre formation, comme compensation pour la Shoah.

 

“Depuis les années 1960, ces initiatives de retour aux sources ont forgé une conscience profonde, parmi de nombreux Chrétiens, de l’importance du Judaïsme pour l’identité chrétienne. Les Protestants, en retournant aux racines juives de la Chrétienté dans la Bible, perçoivent en un Jésus historiquement « Juif », une résolution possible de leur difficulté [contradiction] théologique avec la « foi trinitaire »,  ou le caractère expiatoire de la « mort » de Jésus.

 

Marx observe que : “L’attente optimiste que le troisième millénaire introduirait à une nouvelle période de réconciliation universelle ne se réalisera pas. Il existe des tendances troublantes qui requièrent un effort renouvelé pour transférer les avancées de la dernière moitié du vingtième siècle vers le vingt-et-unième siècle, période généralement marquée par un militantisme culturel islamique résurgent en Europe.

 

“L’actuel conflit palestino-israélien fournit un bon prétexte pour réhabiliter les vieux ressentiments antijuifs. Ils reposent dans des couches si profondes [de la conscience] qu’ils sont rarement dépassés. Même à travers les déclarations théologiques remaniées, comme celle de Nostra Aetate et les déclarations de l’Eglise Evangélique de Rhénanie -4-. Ces deux documents représentent les efforts des Chrétiens pour surmonter leur antijudaïsme théologique multiséculaire, qui est profondément ancré dans leurs traditions, leurs écritures et leur liturgie.

 

“Les préjugés chrétiens contre les Juifs restent vivaces, à travers leur mémoire, leurs coutumes, leur langage, leur rituel, leur canon et la liturgie des églises. Nous devons faire face à cette fureur décuplée par le réveil de ces sentiments, à présent, sous l’étendard de l’Islam, dans son rejet de toute présence juive au Moyen-Orient, en tant qu’entité politique indépendante : Israël. La culture de l’antijudaïsme paranoïaque est encore bien vivante. Nous devons faire l’impossible pour mobiliser nos énergies et nos alliés dans la bataille et l’emporter sur cette culture ».

 

Ceci est la version abrégée d’une interview parue en néerlandais dans le livre bestseller de Manfred Gerstenfeld : “ The Decay: Jews in a Rudderless Netherlands » (2010).   [La décadence : les Juifs dans la tourmente d’une Hollande sans gouvernail (2010)]

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.



-1- Cette théologie est aussi appelée la Théologie du Remplacement.

-2- La doctrine d'Augustin (354-430) du témoignage (Testimonium) “ a généré une image du Juif comme fossile vivant accroché à la lettre morte de sa Loi, aveugle à l'interprétation correcte de la Bible et piégé dans la ritualisation de ses Ecritures, un type de Juif qui n'a jamais vraiment existé", excepté dans l'imagination fertile d'Augustin. Ce Juif, à travers sa condition humiliante, était un témoin nécessaire de l'authenticité du Christianisme. Ram Ben-Shalom, “Medieval Jewry in Christendom,” in Martin Goodman, ed., The Oxford Handbook of Jewish Studies, (Oxford University Press, Oxford, 1999), 162-63.

-3- Tiré de : “Pope Benedict XVI: Preliminary Observations by Rabbi Gilbert S. Rosenthal,” 21 April 2005. Downloaded from internet, 2007, Central Conference of American Rabbis, 355 Lexington Ave., NY,   NY 10017. Voir : www.ccarnet.org/Articles/index.cfm?id=353&pge_id=1001&pge_prg_id=4108

-4- Déclaration du Synode de l'Eglise Evangélique de Rhénanie  “... Le Synode de l'Eglise Evangélique de Rhénanie  accepte la nécessité historique de parvenir à une nouvelle relation entre l'Eglise et le Peuple Juif, ... selon laquelle la continuité de l'existence du Peuple Juif, son retour vers la Terre Promise, et, également, la Fondation de l'Etat d'Israël, sont les signes de la Fidélité de D. envers son peuple". Déclarations Offocielles de l'Eglise durant les années 1980, citées dans :  Dr. Dagmar Pruin, “The Jewish-Christian Dialogue in Germany: What Lessons Can We Draw from It for a Dialogue with the Muslim World?” www.aicgs.org/analysis/c/pruin021507.aspx. 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Cat Ola Hadacha 02/03/2012 09:55

La peste soit de ces hordes de cretins evangelistes qui sevissent de plus en plus nombreux dans notre bonne ville de Yeroushalayim.

Quant a la Shoah, n'est-elle pas le resultat logique (et neanmoins effroyable... mais la logique n'est-elle pas souvent effroyable au fait) de 1900 ans de haine et de diabolisation des Juifs ?

Mais voila : corrigez-moi si je me trompe, mais il me semble que pour un chretien, la Shoah etait un chatiment divin largement merite et pour le peuple "deicide" toute nouvelle catastrophe
affectant notre peuple, je sais pas, une secheresse (ah ah tu verrais le deluge ici...) UNE BOMBE OU PLUSIEURS EN PROVENANCE D'RAN...(la, je me marre moins fort) une punition du Ciel, donc il
faudrait cesser de se soucier de ce que pense la chretiente, voire les Nations, de nos decisions concernant le danger que represente l'Iran.

Mais corrigez-moi si j'me trompe, hein.

Merci. Shabbat shalom.

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis