Le voyage de Marine Le Pen en Israël ne devrait plus tarder. Il était même semble-t-il programmé dans la foulée de son élection à la tête du Front National. Il y a eu cependant des problèmes de dernière minute qui expliquent un retard et quelques incertitudes.
Avant même de devenir présidente du FN, Marine Le Pen avait manifesté à plusieurs reprises sa volonté de se rendre en Israël. Cela fait parti de sa stratégie de dédiabolisation. Elle veut se positionner sur une ligne populiste ferme, mais débarrassé de tout soupçon d’héritage des combats de l’extrême-droite pendant la période de la montée des fascismes et de la deuxième guerre mondiale.
Ce projet s’est toujours heurté à deux oppositions. Celle dans son propre camp, de ceux qui dénonçaient une démarche de reniement et de repentance à la Gianfranco Fini, chef de l’Alliance Nationale italienne. Cette ligne a été nettement battue lors du dernier congrès. Elle ne se sent plus obligée d’en tenir compte. L’autre obstacle, plus sentimental, concerne son père et sa lecture de la seconde guerre mondiale. Il semble qu’elle ait reçu le feu vert. Jean Marie ne cède sur rien ; il laisse à sa fille le droit d’avoir, sur ces sujets, une vue différente. C’est ce qui explique quelques déclarations très « politiquement correctes » de la présidente du Fn, sur les camps de concentration par exemple.
Israël rempart de l’Europe « blanche » ?
La principale opposition venait d’Israël. Les Israéliens ne veulent surtout pas prendre à contre-pied les organisations militantes juives françaises, qui ont fait du FN depuis des années un parti infréquentable. Or, de nombreux autres leaders européens de la droite populiste anti-immigration et dénonçant l’islamisation de l’Europe ont déjà été reçus dans l’Etat hébreu ces derniers mois, sans que cela ne provoque des tollés d’indignation. Et Israël a décidé que le danger principal était l’immigration musulmane en Europe et que la montée de certains mouvements non-nostalgiques, était une bonne chose pour la diaspora et pour son image de rempart de l’Occident contre le monde arabo musulman au Proche Orient ( voir livre Goldadel-Crif). La situation française est donc particulière.
Geert Wilder : un habitué des voyages en Israel
La montée, réelle, exagérée ou fabriquée, de Marine Le Pen dans l’opinion pousse les dirigeants sionistes et leurs partisans, qui ont donné un feu vert à ce voyage, à activer sa concrétisation. La créditant de 23% des intentions de vote au 1er tour, devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry au coude à coude à 21%, et provoquant un séisme dans la classe politique, ce n’est pas le dernier sondage publié ce week-end qui modifiera cette position. Car Marine Le Pen a assuré dimanche concourir "pour gagner et pas pour faire de la figuration", tandis que la polémique se poursuivait de plus belle sur l’usage par Nicolas Sarkozy des questions de laïcité et de religion. Cela donne au voyage en Israël une nouvelle dimension.
Et va peut être une hésitation inattendue, car du côté de Marine, certains se demandent maintenant s’il sera forcément une bonne chose. Les événements dans le monde arabe changent la donne. On ne sait pas vraiment ce qui va se passer et qu’elles en seront les conséquences pour Israël, son image. Ce qui était hier un voyage presque obligé pourrait, demain, devenir un guêpier. Ceux qui incitent à la prudence font remarquer qu’Obama lui-même, malgré la puissance du lobby juif qui aux Usa se revendique fièrement comme tel, prend ses distances avec Tel–Aviv.
Pour le moment cependant, le principe du déplacement reste d’actualité. La balance penche plutôt toujours vers le voyage au Mur des lamentations et au Musée de l’holocauste, afin que les positions de papa ne soient plus qu’un point de détail dans la stratégie présidentielle de Marine. Reste à choisir une date emblématique.
NDLR - Ceci montre qu’il y a un débat au sein du Front National sur la nécessité de se rapprocher ou pas des Juifs et d’Israël. La position prévisible de Marine Le Pen dans les sondages, son image de femme qui adoucit les angles fait du FN le point de rassemblement de tous les mécontents.
Dans une société de plus en plus irritée par l’influence croissante de l’Islam et de l’islamisme, en pleine crise économique, et où tous les ingrédients sont là pour alimenter un racisme sous-jacent, les méthodes radicales semblent séduire.
Les échecs répétés de classe politique (gauche et droite confondues) les procès des hommes politiques pris en flagrant délit de profanation des règles morales, et de mépris à l’égard du peuple sont autant de raisons pour tenter, enfin pense-t-on, d’autres solutions.
Doit-on lever nous-mêmes les derniers verrous, en lui offrant des tribunes communautaires comme le fera Radio J ?
Le débat frontal avec la communauté juive doit avoir lieu. Il doit être sans concession. Nous savons d’avance ce qui sera dit, parce que cela a déjà été dit par ailleurs. Reste que ce débat n’est pas à faire par des "institutions", mais par d’autres canaux.
Reste aussi un autre débat, est-ce bon pour la Communauté juive que d’afficher ce qui pourrait être interprété comme une sympathie à l’égard du FN ? Le rapprochement de la droite Européenne avec Israël alors qu’il y a un débat sur l’islam, participe peu ou prou au choc des civilisations.
Il est fort à craindre que la Communauté va encore plus se diviser sur ce rapprochement contre nature.
La radicalisation et la droitisation de la politique et de la société israélienne tend à isoler Israël et maintenant les juifs par un phénomène de mimétisme, mais aussi d’auto-défense. L’ennemi de ton ennemi est ton ami dit-on mais à tord.
Car si derrière la porte vitrée il y a Marine Le Pen en ouvrant la porte on fera entrer Jean-Marie (Le Pen), Bruno (Gollnisch) et les autres, et là c’est une autre chanson.
Il serait peut-être plus sage de ne pas lui offrir cette caution morale, car si "la communauté juive" la lui concède, qui pourra la lui refuser ?
Un FN troisième au premier tour de 2012, autorise peut-être une alliance UMP-FN une fois dédiabolisé, sans doute beaucoup moins quand le FN arrive en tête, où la pseudo coalition républicaine restera la seule réponse. Qui en profitera alors : Sarkozy ou DSK ?
Mais qui paiera l’addition ? Ceux qui ne se seront pas suffisamment battus contre le FN.


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