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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 09:29

 

Cet article est extrait d’un livre dont le premier tome paraîtra au premier semestre 2012 sous le titre :


La Shoah revisitée.

50 idées reçues et événements méconnus.  

 

       Pas d’aide des Alliés pour les neutres 

                  accueillant les réfugiés.

                            1942-1944.

 

        Des dizaines de milliers de Juifs auraient pu être sauvés.

 Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2011

 

Pour © 2011 lessakele  et © 2011 aschkel.info 

   

Dans les mois qui suivent la victoire allemande sur la Hollande, la Belgique et la France, des milliers de personnes fuyant les nazis cherchent refuge dans les pays européens neutres. Parmi eux on compte de nombreux Juifs qui veulent échapper à leurs tortionnaires. La situation géographique de l’Espagne et de la Suisse les place au premier rang des pays d’accueil possibles. Au début de l’année 1942, la situation devient pressante. Les Etats-Unis sont entrés en guerre, les massacres de la Shoah ont débuté ; en novembre, la zone libre française, point de passage vers la liberté, est occupée par la Wehrmacht.

 

L’Espagne n’a jamais toléré plus de 2 000 réfugiés sur son sol. Son ministre des Affaires étrangères explique « qu’en aucune circonstance nous ne permettrons aux Juifs de rester en Espagne ». Un réfugié n’y est admis légalement que s’il possède un visa pour un autre pays. Les réfugiés qui ont passé la frontière clandestinement sont internés dans le trop fameux camp de Miranda de Ebro où les conditions de survie sont aléatoires. Une perspective décourageante pour les candidats au départ. L’Espagne est un pays affamé et ruiné par des années de guerre civile. Une aide financière et des approvisionnements venus d’outremer auraient permis l’accueil de plus nombreux réfugiés.

 

Pendant la guerre, la Suisse, encerclée par le Reich et l’Italie, n’a pas pu jouer le rôle de pays de transit comme l’Espagne. Les 21 500 réfugiés juifs qui sont arrivés pendant cette période sont restés bloqués dans le pays pendant toute la durée de la guerre. Avec une volonté déterminée, il aurait été possible de doubler voire de tripler ou de quadrupler ce chiffre et des approvisionnements conséquents envoyés par les Alliés auraient facilité cet accueil. De plus, ce petit pays de 4 millions d’habitants a craint d’être submergé par un flot incontrôlable de réfugiés s’il ouvre largement ses frontières et de devoir faire face après la guerre à des dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires. Cette dernière préoccupation se retrouve à l’époque chez les Alliés. Elle sera contredite dans les faits. Très rapidement après la victoire, une reprise économique très forte a assuré le plein emploi.

 

Les appels à l’aide aux Alliés se sont multipliés. Le 30 décembre 1942, le Board of Deputies, l’organisation faîtière juive anglaise, demande au sous-secrétaire au Parlement britannique Richard Law de donner des garanties aux gouvernements des pays neutres que les réfugiés seront évacués de leurs territoires à la fin de la guerre.

 

L’appel lancé de Genève par le Congrès juif mondial et le Conseil mondial des Eglises le 18 mars 1943 va dans le même sens. Il demande d’urgence aux Alliés de donner une garantie définitive aux Etats neutres que les réfugiés seront rapatriés ou pourront émigrer rapidement à la fin de la guerre.

 

Un exemple : en janvier 1943, les Suisses sont prêts à accueillir 5 000 enfants  juifs de France, mais ils veulent l’assurance qu’après la victoire ils seront accueillis dans d’autres pays. Londres et Washington refusent de s’engager pour l’après-guerre. Les Américains allèguent que ces enfants pourraient bien d’ici là être devenus adultes ce qui les disqualifieraient. Pour Londres, la période d’admission en Palestine aux termes du Livre blanc se termine en 1944 ! Une argumentation fallacieuse. Malgré ces refus, la Suisse demande au gouvernement de Vichy de libérer ces enfants qu’elle accepte chez elle. Vichy refuse.

 

Alors que penser de la lettre que Churchill adresse à Roosevelt, le 1er janvier 1943 : « Nous sommes très désireux d’établir des plans pour l’évacuation d’enfants norvégiens, belges et d’autres pays vers la Suède et la Suisse (...) Ils pourraient y être entretenus par des importations supplémentaires à travers le blocus ».

 

En octobre 1943 à la Conférence de Québec, les Anglais, qui restent sensibles au problème, proposent d’approcher les pays neutres pour leur garantir une aide financière et leur promettre de rapatrier les réfugiés après la guerre. Ils seront ainsi encouragés à en recevoir un plus grand nombre. Cette proposition n’a pas de suite. Les Américains, à la demande de leur ambassadeur à Madrid, veulent que l’Espagne soit exclue de cet arrangement. Les Anglais en exigent autant pour la Turquie, passage obligé vers la Palestine. 

 

En décembre 1943, Henry Morgenthau, ministre américain des Finances, résume la position anglaise sur le sujet.  Les Anglais « sont apparemment prêts à accepter la mort de milliers de Juifs en territoires ennemis du fait des difficultés de pouvoir s’occuper d’un nombre considérable de Juifs s’ils pouvaient être sauvés ». Une critique que les Etats-Unis auraient aussi pu prendre à leur compte. Les Alliés ont constamment dit redouter de voir les nazis « déposer dans les pays neutres 100 000 Juifs ».

 

Tardivement, au printemps 1944, l’Agence pour les réfugiés de guerre, le WRB, demande aux missions américaines dans les pays neutres proches des territoires nazis d’insister auprès des gouvernements locaux pour qu’ils autorisent l’entrée des réfugiés qui arriveraient jusqu'à leurs frontières et le fassent savoir. Pour donner plus de poids à son message, l’Agence assure aux puissances neutres qu’elle subviendra aux besoins de ces nouveaux réfugiés et se chargera aussitôt que possible après la guerre de leur évacuation. Ces promesses restent au niveau des déclarations d’intention. Le WRB ne dispose pas des ressources financières nécessaires pour y faire face et ne possède pas de mandat pour engager les Etats-Unis à terme.

 

Au même moment Josiah DuBois, un haut fonctionnaire du ministère américain des Finances, propose une solution plus immédiate. Etablir aux Etats-Unis un refuge temporaire pour toutes les victimes de nazis qui auraient pu s’enfuir. Des réfugiés pourraient être évacués de Turquie, de Suisse, d’Espagne et du Portugal, permettant l’arrivée d’autres fugitifs du Reich. DuBois ajoute que si les Etats-Unis n’entreprennent pas ces évacuations, les neutres déjà surchargés de réfugiés seront tentés de refouler de nouveaux arrivants comme cela a déjà été le cas en Turquie et en Suisse. Aucune suite conséquente ne sera donnée à cette proposition.

 

Pendant la durée de la guerre, les Alliés ont livré des centaines de milliers de tonnes de matières premières et de produits agricoles pour faire face aux besoins des Etats neutres. Ce ne sont pas quelques bateaux supplémentaires d’approvisionnements destinés aux réfugiés qui auraient modifié la donne. Le blocus économique reste strictement observé, rien n’arrive aux ennemis. L’évacuation, après la guerre, de quelques dizaines de milliers de réfugiés supplémentaires accueillis par les pays neutres ne pose pas non plus de problème. Les Alliés ne se sont-ils pas préoccupés très tôt du rapatriement des dizaines de millions de réfugiés et de personnes déplacées dans les mois qui suivront la victoire ? En novembre 1943, 44 pays alliés se réunissent à la Maison-Blanche pour créer un organisme qui les prendra en charge : c’est l’United Nation Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA). A l’échelle de l’immense problème à venir, les Etats-Unis s’engagent à fournir un financement énorme à l’époque de 1 milliard 350 millions de dollars.

 

Ce refus d’intervention des Alliés constitue une occasion manquée relativement méconnue de sauver des dizaines de milliers de Juifs, sans intervenir sur place, ni interférer dans leurs opérations militaires, tout en respectant le blocus économique. Ces chiffres peuvent paraître modestes par rapport aux millions de victimes de la Shoah, mais chaque sauvetage est essentiel et moralement impératif.

 

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2011

 

 

AVNI Haim, Spain , the Jews and Franco, The Jewish Publication Society of America, Philidelphia, 1982, p. 182.

Cet article ne traite pas des refoulements de fugitifs aux frontières.

PENKOWER Monty Noam, The Jews were Expandable : Free World Diplomacy and the Holocaust, University of Illinois Press, Urban, 1983, p. 30. 

GILBERT Martin, Auschwitz and Allies : The Politics of Rescue, Henry Holtand Company, New York, 1981, p. 123.

La Grande Bretagne rencontre déjà des difficultés majeures pour évacuer ses propres enfants outremer et les soustraire ainsi aux bombardements allemands.

  BAUER  Yehuda,  American Jewry and the Holocaust : The AJJDC 1930-1945,  Wayne State University Press, Detroit, 1981, p. 262. 

  LEVINE, Paul A, From Indifference to Activisme : Swedish Diplomacy & the Holocaust 1938-1944, Uppsala University, Stockholm, 1996, p. 197.

FEINGOLD Henry L, The Politics of Rescue : The Roosevelt Administration and the Holocaust, 1938-1945,  Rutgers University Press, New Brunswick, 1970, p. 224.

WASSERSTEIN Bernard,Britain and the Jews of Europe, 1939-1945, Clarendon, Oxford, 1979, p. 248.

COHEN Asher, La Shoah, Editions du Cerf, Paris, 1990, p. 86.

WYMAN David, L'abandon des Juifs. Les Américains et la solution finale, Flammarion, Paris, 1987, p. 275.

Pour la Suisse, à partir de la libération du Sud de la France, en juillet 1944.

  BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 196. DuBois pouvait ajouter l’Espagne à sa liste.

Une petite exception, les 818 réfugiés juifs qui furent internés dans un camp militaire d’Oswego au nord de l’Etat de New York en juin 1944. Les 630 réfugiés qui arrivèrent à la même époque dans un camp ouvert par les Etats-Unis en Afrique du Nord.

URRA : Administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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