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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 11:04

Rapport spécial : la révolte en Egypte et la politique américaine

 

Par Barry Rubin, GLORIA 30 Janvier 2011

 

 

Adaptation : Marc Brzustowski

 

Pour © 2010 lessakele et  © 2010 aschkel.info


Avec l’aimable autorisation de Yeru Aharoni

Directeur des Publications/Rédacteur en chef du

Global Research in International Affairs (GLORIA)

Center Interdisciplinary Center

Special Report: The Revolt in Egypt and U.S. Policy



http://www.israpundit.com/archives/33134#more-33134

 

Il n’existe pas de bonne politique pour les Etats-Unis, au regard du soulèvement en Egypte, mais l’Administration Obama pourrait bien adopter une approche qui s'avérerait, finalement, être la pire des options. C’est sa première crise internationale. Et elle semble adopter une posture politique, qui bien qu’apparaissant équilibrée, est en train de pousser dehors le régime égyptien. La situation peut ne jamais avoir été plus dangereuse, et pourrait bien tourner au pire désastre pour la région et les intérêts occidentaux depuis la révolution iranienne, il y a trois décennies.


Les experts et les nouveaux medias semblent pécher par optimisme,de la même façon qu'ils l’ont généralement été dans le dossier iranien. Les élans pleins de bonne volonté et de générosité, jusqu’à un certain point, remplacent toute analyse sérieuse et objective. En effet, l’alternative qui en résulterait est rarement présentée pour ce qu'elle est : un tel processus est susceptible de conduire tout droit à une Egypte islamiste, et si ce n’est pas dès aujourd’hui, du moins, dans à peine quelques années d'ici.

 

Ce qui fait problème dans ce cas, c’est qu’une large part de cet enthousiasme repose sur des points tels que de dire que les manifestants sont sans leaders et agissent spontanément. Alors que, précisément c'est bien une situation inverse, où quelques-uns [les Islamistes], qui disposent de leaders, sont bien organisés et savent exactement contre quoi ils se battent et où ils veulent en venir.


Regardons ce qui se passe en Tunisie. L’élite avance avec le soutien de l’armée et met sur pied une coalition de dirigeants, comprenant aussi bien d’anciens éléments du pouvoir que des hommes issus de l’opposition. Nous ne savons pas ce qu’il adviendra, mais on peut garder un espoir raisonnable de stabilité et de démocratie. Ce n’est pas la même situation en Egypte, où l’élite semble avoir perdu toute confiance et où l’armée apparaît se comporter de façon passive.


Omar Souleimane, depuis longtemps chef des renseignements, actuel vice-président et ancien chef de l’armée de l’air (les postes que Moubarak lui-même avait l’habitude de garder pour lui), Ahmed Shafiq, en tant que Premier Ministre, vont-ils être en mesure de stabiliser la situation ? Peut-être. Souleiman est un homme plein de ressources. Mais se trouver avec l’homme qui a organisé la répression, à la tête du pays n’est pas, à proprement parler, l’étape rêvée vers une démocratie de type libertarienne.


Il ne subsiste essentiellement que deux possibilités : le régime va aller en se stabilisant (avec ou sans Moubarak), ou le gouvernail deviendra hors de contrôle. Maintenant, voilà les précédents qui correspondent à la seconde situation :

- Souvenons-nous de la Révolution iranienne, quand toutes sortes de gens se précipitaient dans les rues pour exiger la liberté. Qu’est-il advenu ? Mahmoud Ahmadinedjad est aujourd’hui Président.

- Souvenons-nous du Printemps de Beyrouth, quand les gens se précipitaient dans les rues pour exiger l’Indépendance et la liberté? C’est le Hezbollah qui, désormais, contrôle le Liban.

- Rappelons-nous alors ce qu’il advint de la démocratie parmi les Palestiniens, lors d’élections libres ? C’est le Hamas qui tient la bande de Gaza entre ses mains.

- Bien, souvenons-nous de la démocratie en Algérie...? Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées lors de la guerre civile qui s’ensuivit.

Ce n’est pas fatalement ce qui doit arriver, mais les précédents sont quand même assez peu encourageants.

Qu’est-ce que les Egyptiens ont déclaré, lors du récent sondage de Pew, lorsqu’on leur a demandé s’ils préfèrent « les modernistes » ou les « Islamistes » ? Islamistes : 59%, Modernistes : 27 %. Maintenant, peut-être voteront-ils en fait, pour le type occidentalisé en costume-cravate qui promet une démocratie libérale, mais souhaitez-vous vraiment parier l’avenir du Moyen-Orient sur sa bonne tête ?

C’est bien là qu’est le problème.

D’un côté, chacun sait que le gouvernement du Président Moubarak, s’appuyant sur le régime qui a dirigé l’Egypte depuis le matin du 23 juillet 1952, est une dictature avec un lourd passif de corruption et de répression.

Ce gouvernement égyptien a généralement été un bon allié des Etats-Unis, bien qu’il ait parfois laissé tomber Washington. Par exemple, le gouvernement Moubarak a continué à alimenter son peuple en propagande anti-américaine ; il s’est aussi abstenu de participer à la résolution du conflit israélo-palestinien (il n’a pas soutenu le Plan Clinton en 2000, bien que je dispose de bonnes sources affirmant que Moubarak aurait dit, plus tard, regretter cette décision) ; il n’a pas, non plus, appelé publiquement et fermement à faire pression sur l’Iran. Et ainsi de suite.

Depuis longtemps, on a dit que l’Egypte était l’allié le plus important des Etats-Unis dans le monde arabe. Il y a du vrai en cela, mais c’est devenu moins vrai récemment, en partie, découlant de sa passivité en matière de politique étrangère plus qu’à une hostilité déclarée.

Clairement, donc, l’Egypte est globalement un allié américain, et sa perte s’il tombait, aux mains d’un gouvernement anti-américain, sonnerait comme une défaite retentissante pour les Etats-Unis. Qui plus est, un gouvernement populiste et radical de type plus ou moins nationaliste et islamiste suffirait à enclencher à nouveau le conflit arabo-israélien qui se traduirait en dizaines de milliers de pertes humaines.

Aussi y a t-il un enjeu important pour les Etats-Unis, qui réside dans la survie de ce régime, si ce n’est dans celle de Moubarak en personne, ou dans la succession de son fils, Gamal. Cela signifie que la politique américaine devrait plutôt mettre l’accent sur la survie du régime. Le régime pourrait être bien meilleur sans les Moubarak, pour autant qu’il pourrait tirer argument du fait de prendre un nouveau départ et ainsi, regagner un capital de crédit politique en se débarrassant du dictateur honni. Etant donnée la faiblesse du successeur désigné, Gamal Moubarak, qui est probablement trop faible pour gérer la situation, le régime pourrait s’en sortir très bien sans eux.

D’un autre côté, les Etats-Unis veulent démontrer qu’ils soutiennent la réforme et la démocratie, pensant que cela les rendra plus populaires parmi les masses du monde arabe, tout en étant persuadés que c’est la manière “juste” d’être « américain » que de procéder de la sorte. Aussi, si la révolution l’emporte effectivement, la vision consiste à croire qu’elle sera probablement plus amicale envers l’Amérique, si les Etats-Unis démontrent par avance leur soutien au changement.

Finalement, l’approche “pro-démocratique” est fondée sur la croyance que l’Egypte ne pourra produire qu’un état modéré, démocratique, pro-occidental qui n’en sera que d’autant plus capable de résister au défi islamiste. Peut-être même que les Islamistes pourront être incorporés au système. Peut-être, disent certains (et c’est une voix très puissante dans les mass-médias américains), que, finalement, les Frères Musulmans ne sont vraiment pas du tout une menace pour quiconque.

Ainsi, si on se fie à ce point de vue, la politique américaine devrait favoriser les forces du changement.

Bien entendu, il est tout-à fait possible de mixer ces deux postures et c’est bien ce qu’est en train d’essayer de faire le Président Obama.

 Ainsi, Obama a t-il déclaré :

“J’ai toujours dit à [Moubarak] que de se diriger résolument dans le sens de la réforme – réforme politique, économique- est absolument crucial pour le bien-être de l’Egypte sur le long terme, et vous pouvez voir l’expression croissante de ces frustrations qui se répandent dans les rues… La violence n’est pas la réponse qui permet de résoudre ces problèmes en Egypte, aussi le gouvernement doit être très attentif au fait de ne pas s'ne remettre à la violence et le peuple dans la rue doit faire attention à ne pas laisser libre cours à sa propre violence. Je pense que c’est très important que le peuple puisse disposer de mécanismes appropriés pour exprimer ses doléances légitimes. Comme je l’ai déclaré dans mon discours lors de l’Etat de l’Union, il existe certaines valeurs centrales que nous pensons être portées par les Américains, mais qui sont foncièrement universelles : la liberté d’expression, la liberté de parole – le peuple doit être en mesure d’utiliser les réseaux sociaux ou tout autre mécanisme pour communiquer les uns avec les autres et d’exprimer ses préoccupations ».

Sur le papier, c’est là une politique idéale : Moubarak devrait procéder à des réformes, l’opposition ne devrait pas employer la violence et tout irait bien dans le meilleur des mondes possibles. Une fois encore, c’est bien la politique parfaite en théorie, et croyez-bien que je ne suis d’aucune façon sarcastique en le disant.

Malheureusement, cela n’a pas grand-chose à voir avec la réalité. Et si le régime fait ce que Obama voudrait qu’il fasse, il va sans dire qu’il tombera. Et qu’est-ce qui le remplacera ? Par son absence de soutien – la tonalité de son discours va bien plus loin qu’il ne devrait aller – le Président est, tout simplement, en train de démoraliser un allié.

Et il est tout aussi utile de croire, de façon toute aussi idéaliste, que même si les Egyptiens veulent vraiment être libres, on doit être en mesure de définir clairement ce que la « liberté » signifie pour eux. Aussi, le dirigeant qui émergera, sera probablement issu du groupe le mieux organisé, le plus discipliné. Le peuple en Russie, en 1917, ne souhaitait également, au plus profond de son âme, rien d'autre qu'être libre et c'est ainsi qu'il gagna son ticket pour le paradis bolchévique. Alors qu’en Iran, lorsque le peuple voulut être libre [en juillet 2009], l’Administration Obama ne leva pas même le petit doigt.

Peu importe, au fond, ce que les Etats-Unis disent ou font, à ce stade, ils ne sont pas prêts de récolter la profonde gratitude de millions d’Egyptiens comme s’ils en étaient les libérateurs. Pour ce qui concerne les nouveaux dirigeants du mouvement contre le régime, ils accuseront l’Amérique de son soutien passé à Moubarak, de son opposition à l’Islamisme, de soutenir Israël, de son influence culturelle, des incidents résultant du supposé impérialisme, et surtout pour le fait de ne pas être musulmane [et ne pas vouloir le devenir]. Si quiconque pense que le seul problème, c’est Israël, alors il ne comprend rien à rien.

Ce n’est pas la première fois que ce genre de problème survient et il est révélateur et surprenant qu’on n'ait pas éprouvé le besoin d’expliciter pleinement les précédents. Le plus évident est le cas de l’Iran en 1978-1979. A cette époque, comme j’ai pu l’écrire dans mon livre : « Pavée de bonnes intentions : l’Expérience américaine et l’Iran", la stratégie des Etats-Unis correspondait très exactement à ce qu’Obama est en train de faire actuellement : annoncer son soutien formel au gouvernement, mais le presser de procéder à des réformes. Le Shah ne s’est pas lancé dans la répression, en grande partie, parce qu’il ne disposait pas du soutien américain. La révolution s’est renforcée et le régime est tombé. Le résultat n’a pas été aussi bon qu’on aurait pu l’imaginer.

Il existe aussi une seconde partie de l’histoire : les experts à la télévision et en tant que consultants du gouvernement assuraient à quiconque les écoutait que la Révolution serait modérée, que les Islamistes ne pouvaient, de toute façon, pas l’emporter, et que même si cela arrivait, ce qui était bien improbable, ce nouveau directorat pourrait prendre le dessus. Aussi, puisque l’ayatollah Ruhollah Khomeiny ne pouvait pas triompher – les Islamistes dirigeant un pays, quelle rigolade !- il ne pourrait parvenir à réaliser ce qu’il disait. A croire que cela n’ait pas précisément tourné aussi bien que prévu.

Être encore plus oublieux du passé, au sujet de l’Egypte, consisterait à omettre la façon dont l’affaire a globalement commencé! En revenant en 1952, comme je l’écris dans mon livre, « les Etats arabes et le conflit en Palestine », les décideurs américains soutenaient, à l’époque – n’exagérons pas ce point, ce n’était pas un coup totalement commandité par les Etats-Unis, mais du moins y étaient-ils favorables – une prise de pouvoir par l’armée. L’idée était que les officiers se montreraient amicaux envers les Etats-Unis, hostiles à l’URSS et au Communisme, et qu’ils étaient ainsi plus susceptibles de jouir du soutien des masses.

En d’autres termes, les décideurs et experts se font aujourd’hui les champions d’une stratégie qui a conduit tout droit à deux des plus grands désastres de l’histoire des politiques américaines au Moyen-Orient Et, à présent, c’est même bien pire, alors que nous disposons de l’expérience de ces deux précédents et, plus particulièrement, du point crucial concernant ce qui arrive quand les Islamistes prennent le pouvoir.

Il n’y a aucun groupe modéré organisé en Egypte. Même la plus importante de ces organisations dans le passé, le mouvement Kifaya, est déjà tombé entre les mains des Frères Musulmans. Depuis 2007, son dirigeant est Abdel Wahab al-Messiri, un ancien membre de la Fraternité Musulmane et un antisémite virulent.

Mohammed El-Baradei, dirigeant du movement réformiste, a émis les arguments suivants qui vont à l’encontre de mon analyse :

“Moubarak est parvenu à convaincre les Etats-Unis et l’Europe qu’ils n’ont que le choix entre deux options : soit ils acceptent ce régime autoritaire tel qu’il est, soit l’Egypte tombera entre les mains des semblables de Ben Laden et d’Al Qaeda. Evidemment, ce n’est pas tout-à-fait exact. Moubarak utilise le spectre de la terreur islamiste afin d’empêcher une troisième voie : la démocratisation du pays. Mais Washington doit savoir que le soutien à un régime répressif ne crée jamais que les apparences de la stabilité. En réalité, il ne fait que promouvoir la radicalisation du peuple. »

Cette formulation est, a priori, raisonnable. Mais on peut tout aussi bien dire que rien ne ferait mieux la promotion de la radicalisation du peuple que le fait d’instaurer un régime radical. Même el-Baradei en personne affirme que s’il était Président, il reconnaîtrait immédiatement le Hamas comme dirigeant de la bande de Gaza et mettrait un terme à toutes les sanctions contre lui.

Il ne s’agit pas de faire croire qu’il n’existe pas de gens bien, modérés et pro-démocrates en Egypte, mais ils n’ont qu’une infime partie de l’influence, de l’argent ou de modes d’organisation. De surcroît, l’Egypte est le seul pays arabe, où beaucoup des réformistes vont au-devant des Islamistes en ayant l’assurance – et je pense que c’est un tort – qu’ils pourront contrôler les Islamistes et les dominer, lorsque leur alliance avec eux arrivera au pouvoir.

Rien ne me rendrait plus heureux que d’affirmer que les Etats-Unis devraient apporter leur total soutien à la réforme, et qu'ils devraient chérir les insurgés sans restriction. Mais, malheureusement, ce n’est ni l’analyse la plus rigoureuse ni la seule qui soit requise par les intérêts américains. Dans mon livre : « La longue guerre pour la Liberté », j’ai exprimé ma très forte sympathie pour les réformistes libéraux, mais aussi les très nombreuses raisons pour lesquelles il est très improbable qu’ils triomphent et pourquoi ils sont incapables de concourir avec les meilleures chances face aux Islamistes.

J’ai indiqué que le nouveau dirigeant des Frères Musulmans adopte un ton très proche d’Al Qaeda et qu'il a appelé à la guerre sainte aussi bien contre Israël que contre l’Amérique.


Voici ce que dit Rajab Hilal Hmida, un membre des Frères Musulmans au Parlement d’Egypte, qui prouve  que vous n'avez pas besoin d’être modéré pour concourir à une élection :

“De mon point de vue, Ben Laden, ni al-Zawahiri ni Al Zarqawi ne sont des terroristes, au sens où l’entendent certains. Je soutiens toutes leurs activités, dans la mesure où ils sont une épine dans le pied des Américains et des Sionistes… [D’un autre côté], celui qui tue des citoyens musulmans n’est pas un combattant du Jihad ni un terroriste, mais tout simplement, un meurtrier et un criminel. Nous devons appeler les choses par leur nom ! ».

Une étude, portant sur les membres de la Confrérie Musulmane du Parlement égyptien, démontre à quel point leurs propositions et discours sont radicaux. Ils veulent un état islamique radical, guidé par la Charia et la guerre contre Israël et les Etats-Unis.

Mais, par ailleurs, on dit aussi que les Frères Musulmans ne sont pas aussi populaires qu’on le dit en Egypte. Alors qu’on m’explique pourquoi ils obtiennent 20% des suffrages à n’importe quelle élection, alors qu’ils sont réprimés et que le vote est tronqué ? Ce ne peut être uniquement une forme de vote protestataire, parce que les électeurs disposent de l’option de voter tout aussi bien pour les réformistes laïques et qu’en fait, très peu s'y résolvent.

Les medias sont aussi bourrés “d’experts” qui vous affirment que les Frères Musulmans ne sont pas directement impliqués dans le terrorisme. Bien, admettons que ce soit partiellement vrai Ils soutiennent le terrorisme contre les Américains en Irak et contre les Israéliens, avec une mention spéciale, lorsqu'il s'agit du soutien sans réserve au Hamas. Dans les cas majeurs de terrorisme en Egypte, - par exemple, dans l’assassinat de Farag Fouda et la tentative d’assassinat contre Naguib Mahfouz – les imams de la confrérie étaient totalement impliqués dans l’incitation à la violence, avant que les actes n’aient lieu et ont applaudi à tout rompre, lorsqu’ils ont été commis.

La question fondamentale est : “pourquoi les Frères Musulmans ne pratiquent-ils pas directement la violence en Egypte? Et la réponse n’est pas qu’ils soient modérés, mais simplement qu’ils sentent que leur heure n’est pas encore arrivée. Savoir qu’ils seraient écrasés par le gouvernement, et leurs principaux dirigeants envoyés dans des camps de concentration, torturés et sans doute exécutés, comme cela est déjà arrivé sous Gamal Abdel Nasser dans les années 1950 et 1960, est très dissuasif. Cela ne correspond pas à un accident de l’histoire que le Hamas et le Hezbollah –qui ne sont pas sous la contrainte, à cause de gouvernements faibles- soient engagés dans le terrorisme violent, alors que les Frères Musulmans confrontés à des régimes forts et déterminésen Egypte et en Jordanie n’osent pas passer à l’action.

Ayant dit tout cela, il est évident que l’influence américaine sur le cours des évènements, déjà rejetée par le gouvernement égyptien, ne peut être que marginale. Il est bon sur le plan moral de parler de liberté et de faire semblant de soutenir les manifestants, mais également tout aussi dangereux et cette attitude ne s’attirera pas la gratitude des masses égyptiennes dans l’avenir. Après tout, si on s’en tient au radicalisme probable de leurs dirigeants, un régime révolutionnaire devrait raisonnablement être hostile aux Etats-Unis, du simple fait que l'Amérique devrait être accusée d’avoir soutenu la dictature égyptienne durant des décennies. Le Président Obama ne parviendra pas à les charmer par ses bons mots qui les guideraient vers plus de modération.

L’élite égyptienne cherche surtout à se sauver elle-même et si elle doit se débarrasser de Moubarak pour y parvenir – comme on a pu l’observer en Tunisie – les forces armées et les autres s’y résoudront assurément. Mais si le régime lui-même s’effondre et génère un vide, il est à redouter que les pires conséquences en découlent. Si je pensais vraiment que quoi que ce soit de mieux pouvait en sortir qui ressemblerait à la stabilité et pourrait être grandement bénéfique pour les Egyptiens, je me rangerais sans conteste à cet avis. Mais, très sincèrement, est-ce le cas ?

Prenons bien conscience de ce point. Les ressources en Egypte et le capital sont limités. Il n’y a pas tant que cela de travail disponible ou d’espaces de nouvelle richesse à conquérir. De quelle façon un nouveau régime pourrait-il s’arranger de ces problèmes et mobiliser un soutien populaire ? L’une des voies possibles serait de s’embarquer résolument dans un programme de développement de plusieurs décennies pour faire en sorte que le désert fleurisse, etc. Mais encore, dans le cadre d’une compétition effrénée, d’où pourrait bien provenir l’argent ? Comment l’Egypte pourrait-elle tenter de conquérir les marchés actuellement dominés par la Chine, par exemple ?

Il est bien plus probable qu’un gouvernement n’obtiendrait son soutien que grâce aux artifices de la démagogie : accusons l’Amérique, accusons l’Occident, accusons Israël et proclamons haut et fort que l’Islam est l’unique solution ! C’est pourtant bien ainsi que les choses se sont passées au Moyen-Orient, en tellement d’endroits. Dans au moins deux cas de promotion de la démocratie au Liban et dans la Bande de Gaza (quoi qu’on puisse aussi dire que d’autres facteurs y étaient actifs), elle a débouché sur l’instauration de régimes islamistes qui soutiennent pleinement le terrorisme et sont les alliés directs de l’Iran et de la Syrie.

L’Amérique est-elle prête à parier que tout sera tellement différent en Egypte? Et sur quels éléments de preuves irréfutables cela serait-il fondé ?

Dès lors, l’accent pris par toute politique américaine devrait être mis sur le soutien au régime global de l’Egypte, quelle que puisse être la rhétorique empruntée au sujet des réformes. Les dirigeants au Caire devraient n’avoir aucun doute sur le fait que les Etats-Unis sont et seront derrière eux. S’il s’avère nécessaire de changer le cercle dirigeant ou de faire des concessions, c’est quelque chose que le gouvernement des Etats-Unis peut encourager en coulisse.

Mais la rhétorique d’Obama se situe à l’exacte inverse de celle qu’il a employée lors des bouleversements en Iran alors qu’il aurait dû soutenir le peuple et semble la réminiscence de celle utilisée par le Président Jimmy Carter en 1978 à propos de l’Iran. Il a laissé entendre, par les mots et nuances employés, si ce n’est par intention réelle – que Washington ne soutenait plus le gouvernement égyptien. Et ce gouvernement l’a même dit ouvertement.

Sans la confiance nécessaire pour résister à ces bouleversements, le système égyptien est susceptible de s’effondrer, laissant se creuser un vide qui ne va pas être occupé par des dirigeants amicaux.


Il s’agit d’un désastre potentiel pour les Etats-Unis et le Moyen-Orient. Ils sont nombreux ceux qui diront qu’un gouvernement islamiste anti-américain allié à l’Iran et prêt à déclencher à nouveau la guerre avec Israël ne « peut » pas émerger. C’est un risque majeur à prendre en se fiant seulement à la parole de ceux qui se sont si fréquemment trompés par le passé.

Suggestions de lecture :

Barry Rubin, Islamic Fundamentalism in Egyptian Politics, Second Revised Edition Palgrave Press (2002, 2008).

Barry Rubin, The Muslim Brotherhood: A Global Islamist Movement (Palgrave-Macmillan, 2010)

For the Brotherhood’s political views on supporting Hamas “by any means necessary”

MERIA Articles

Barry Rubin, COMPARING THREE MUSLIMS BROTHERHOODS: SYRIA,JORDAN,EGYPT”, Vol. 11, No. 2 (June 2007)

Adel Guindy, “THE ISLAMIZATION OF EGYPT”, Vol. 10, No. 3 (September 2006)

Magdi Khalil, ” EGYPT’S MUSLIM BROTHERHOOD AND POLITICAL POWER: WOULD DEMOCRACY SURVIVE?” Vol. 10, No. 1 (March 2006)

 

 

Barry Rubin est directeur du Centre pour la Recherche Globale en affaires internationales (GLORIA) et éditeur du journal : la revue des Affaires Internationales et du Moyen-Orient (MERIA). Ses derniers ouvrages sont « le lecteur israélo-arabe (7è édition), La longue guerre pour la liberté : la lutte arabe pour la démocratie au Moyen-Orient (Wiley), ainsi que La vérité sur la Syrie (Palgrave-McMillan). Le site internet du Centre GLORIA est à l’adresse : http://www.gloria-center.org et celle de son blog, Rubin Reports, à :http://www.rubinreports.blogspot.com.

 

Par Gad Publié dans : idc herzliya 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

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