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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 18:13

 

ANALYSE-A-LA-UNE

 

Dominant par l’intimidation, le Hezbollah révèle son isolement, face à tout projet de guerre contre Israël, via Wikileaks.

 

 

par Marc Brzustowski

 

Pour © 2011 lessakele  et © 2011 aschkel.info


 

 

Michaël Young, chroniqueur du Daily Star libanais relève que le quotidien du Hezbollah, Al-Akhbar, a jugé opportun de publier des câbles diplomatiques de Wikileaks : ceux-ci, envoyés par l’ancien ambassadeur américain Jeffrey Feltman, font étalage du soulagement de la classe politique libanaise, lors de la défaite de la milice de Nasrallah face à Israël, durant l’été 2006. Le Hezbollah, a, évidemment, exploité ces fuites pour prouver à quel point ses ennemis politiques étaient, en fait, dans le camp israélien : des "traîtres". Mais, selon un de ses amis, journaliste chi’ite, elles font la preuve de l’isolement et de l’impopularité de la milice au Liban.

 

En effet, la plupart de ces câbles parlent moins des ennemis avérés du Hezbollah -le Bloc du 14 mars, autour de Saad Hariri-, mais plutôt de ses alliés directs dans la plateforme libanaise, qui expriment leur inconfort ou leur désagrément à l’égard du Parti de D. Parmi eux, deux parlementaires du bloc chrétien de Michel Aoun, Farid el-Kazhen et Ibrahim Kanaan, ainsi que l’ancien Ministre de la Santé, Muhammad Javad Kalifeh, très proche du porte-parole du Parlement, Nabih Berri (il décrit, d’ailleurs, la colère de Berri à l’encontre du Secrétaire Général Nasrallah).

 

Les raisons de cette publication, par al-Akhbar, alors qu’on évoque, de plus en plus, la formation imminente d’un gouvernement dominé par le Hezbollah, ne sont pas claires. Un de ses effets les plus nets est de mettre en lumière les tensions et dissensions dans les rangs de cette nouvelle coalition majoritaire. Ces fuites, sont, par exemple, très embarrassantes pour Walid Joumblatt, le leader druze, autrefois partisan du bloc du 14 mars et qui s’est, tout aussi fidèlement, rallié au parti chi’ite.

 

Elles pourraient souligner à quel point Nasrallah garde l’œil grand ouvert sur ses partenaires d’humeur et d’alliance changeantes, comme Berri et Joumblatt. Ils servent aussi à discréditer Kazhen et Kanaan, à un moment où le gendre d’Aoun, Gebran Bassil tente d’éliminer ses rivaux immédiats, susceptibles de faire de l’ombre à l’ascension de son étoile au firmament du parti aouniste. On l’y voit, quant à lui, décrit comme un ardent partisan du Hezbollah, lors du conflit.

 

Cela dit, tout ceci confirme les assertions du journaliste chi’ite, ami de Young : Nasrallah ne peut s’empêcher de menacer ses propres alliés, de façon à ce qu’ils restent à bord de la même barque politique. Pour monter en puissance, le Hezbollah n’est parvenu à renforcer un consensus quelconque autour de lui qu’à travers des manœuvres d’intimidation.

 

Mais, le contrat implicite qui le lie à l’Iran est bien de faire avancer les intérêts de Téhéran au Levant. Cela sous-entend que le Hezbollah soit en mesure de répliquer, notamment si Israël attaque les installations nucléaires de l’Iran. Et, pour ce faire, cette mission implique que la milice pro-iranienne ait les mains libres et puisse compter sur un soutien politique et multiconfessionnel au Pays du Cèdre. Est-ce le cas ?

 

Le Hezbollah a, depuis longtemps, perdu tout relais dans la communauté sunnite. Les Druzes ont suivi Joumblatt, mais pas au point de devoir payer un lourd tribut au nom du Hezbollah, si celui-ci se lançait dans une guerre contre Israël. Il pourrait en découler des frappes sur la communauté druze des montagnes du Chouf ou à l’Ouest de la Bekaa et Hasbaya.

 

Il en va de même des Chrétiens aounistes : Kazhen et Kanaan reflètent l’essentiel de l’état d’esprit de cette communauté, bien plus que Bassil, en recherche de notoriété. On ne discerne pas d’enthousiasme débordant dans le camp chrétien, et cela, y compris parmi les partisans fidèles d’Aoun en personne, de s’engager sur un projet de guerre du Hezbollah contre l’état hébreu.

 

Ces réticences risquent fort d’être partagées dans de larges franges de la communauté chi’ite du Sud-Liban, si des représailles sévères d’Israël devaient à nouveau la frapper.

 

Récemment, le soutien inconditionnel de Nasrallah à l’opposition chi’ite au Bahreïn s’est soldé par une mise en garde sérieuse de la part du royaume du Golfe. Les Chi’ites d’ici et là-bas peuvent s’attendre à une suspension de leurs permis de résidence et visas ou à voir rapidement leurs intérêts et investissements financiers ruinés.

 

Si on ajoute à cela la colère des petites communautés rurales locales, prises dans la tourmente d’une nouvelle conflagration dévastatrice avec Tsahal, on peut en déduire que la marge de manœuvre du Hezbollah est loin d’être aussi large que ses partisans et lui-même le prétendent.

 

Dès qu’un gouvernement libanais sous sa coupe serait enfin formé, le Hezbollah sera, effectivement, en mesure de consolider ses positions et son statut. Il bénéficiera d’une majorité parlementaire et du soutien syrien et iranien, qu’il faut encore mesurer à l’aune de la crise contre le pouvoir à Damas, sans parler d’un relent d’agitation, toujours possible à Téhéran.

 

Cependant, en jouant un rôle dominant au gouvernement, il risque alors d’être identifié aux carences récurrentes de l’état libanais. Un gouvernement « d’une seule couleur » ne fera qu’accentuer les contradictions inhérentes à la gouvernance libanaise, qui sont exactement les mêmes que celles qui ont empêché le Hezbollah de se voir accorder la pleine bénédiction de tous les partis, quand il cherchait à prouver son rôle d’avant-garde de la « résistance ».

 

Il ne s’agit pas de suggérer que le Hezbollah est en train de s’affaiblir, mais plutôt que sa capacité à imposer son agenda à une majorité de Libanais repose moins sur la conviction et la persuasion et bien plus que jamais sur la coercition et l’intimidation.

 

En période de conflit ou de crise majeure, ce genre de tactique ne le mène pas bien loin. Si la situation au Liban devait changer de façon radicale, le Hezbollah pourrait bien  se retrouver à ne pouvoir compter que sur lui-même, sans véritables alliés politiques ni amis prêts à mourir pour lui.

 

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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