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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 17:27

 

Michel Gurfinkiel

Mercredi 10 avril 2013

 

Jérusalem/ Trois synagogues à côté du Mur

 

 

La visite qu'Obama n'a pas voulu faire

 

 

http://www.michelgurfinkiel.com/articles/472-Jerusalem-Trois-synagogues-a-cote-du-Mur.html

 

A l’été 2008, quand il n’était encore que sénateur et candidat à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama avait tenu à se rendre à Jérusalem. Et à se recueillir devant le Mur Occidental (Kotel Maaravi) – appelé également Mur des Lamentations. Ce vestige du Temple est, on le sait, le Lieu le plus saint du judaïsme.

 

La semaine dernière, alors qu’il effectuait à nouveau une visite à Jérusalem, le même Obama, élu président à l’automne 2008 et réélu à ces fonctions à l’automne 2012, n’est pas retourné au Mur. Parce que celui-ci se situe dans le Quartier Juif (Rova Yehudi) de la Vieille Ville : un secteur de Jérusalem qui, de 1948 à 1967, avait été occupé par la Jordanie. Et qui, de ce fait, ne pourrait être actuellement israélienne.

 

Le sénateur, me semble-t-il, avait des idées plus claires que le président.

 

Si Obama, retrouvant l’élan de 2008, était retourné dans le Quartier Juif, il aurait pu y visiter deux synagogues. Et les vestiges d’une troisième. Cela aurait nourri sa réflexion.

 

La première synagogue, toute neuve, s’appelle la Ruine : Hurvah en hébreu. Selon certaines sources, elle aurait été fondée vers l’an 100 de l’ère chrétienne : à une époque où le Second Temple avait déjà détruit, mais où Jérusalem était encore une ville presque exclusivement juive. Seize siècles plus tard, en 1700, un rabbin polonais, Yehudah le Pieux, entreprend d’édifier un lieu de prière et d’étude sur le même emplacement, afin de permettre à la communauté ashkénaze, de plus en plus nombreuse dans la Cité sainte, de prier selon ses traditions.

 

Il acquiert une parcelle de terrain non loin du Mont du Temple, fait bâtir , dépose quarante rouleaux de la Loi. Mais il a financé cette opération en s’endettant auprès de notables musulmans. Après sa mort, ses héritiers ne parviennent ni à poursuivre les travaux, ni à rembourser les emprunts. Un pogrome éclate en 1721, à l’instigation des créanciers : la synagogue est profanée, puis incendiée. Ce que l’on appelle désormais la Ruine  fait office de dépotoir, entre deux ruelles. Sur le pourtour, des familles arabes construisent des habitations.

 

En 1816, Rabbi Menahem Mendel de Shklov, un rabbin lithuanien installé à Jérusalem, propose aux autorités ottomanes de payer les dettes de Yehudah le Pieux et ainsi de reprendre possession de la Ruine au nom de la communauté ashkénaze. On lui oppose une fin de non recevoir. Mais dans les années 1830, Jérusalem est occupée par les forces du vice-roi d’Egypte, Mehemet-Ali : en 1832, un autre rabbin, Avraham Shlomo Zalman Tzoref, obtient l’assentiment des nouveaux maîtres.

 

La première pierre est posée en 1856. Les travaux, confiés à Nickolas Balian, architecte du Sultan ottoman, durent huit ans. Le baron Alphonse de Rothschild offre les premiers fonds, la riche famille Sassoon, originaire de Bagdad mais installée à Londres et en Inde, prend la suite, et un souverain chrétien, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, apporte lui aussi une aide financière substantielle.

 

L’édifice - volumes classiques, décoration baroque – est inauguré en 1864. Il surplombe les toits plats de la Ville sainte et rivalise ainsi avec le Saint-Sépulcre d’une part, les Mosquées d’Omar et Al-Aqsa d’autre part. La yéshivah Etz-Haïm s’installe dans ses murs. Mais il conserve le nom de Ruine . Habitude – ou funeste prescience ? Quatre-vingts ans plus tard, en 1948, les Jordaniens, s’emparent de la Vieille Ville de Jérusalem et font sauter le quartier juif à la dynamite. La Ruine n’est pas épargnée.

 

La synagogue Splendeur d’Israël ( Tifereth Israel) connaît presque le même destin. En 1839, Israël de Sadigora, un des maîtres du mouvement hassidique, apprend que le tsar Nicolas Ier envisage de faire bâtir une cathédrale grecque-orthodoxe au cœur du quartier juif de Jérusalem. Il ordonne à l’un de ses disciples, Nissan Bek, de préempter le terrain et d’y faire construire « la plus belle synagogue du monde ». En 1843, la parcelle est acquise. Reste à trouver de nouveaux fonds pour les travaux, à engager un architecte à dresser les plans, à procéder à de  premiers terrassements, à obtenir tel puis tel autre permis des autorités. Ce qui prend quinze ans. Puis, en 1858, un nouveau gouverneur turc menace de retirer les autorisations accordées par ses prédécesseurs. Sujet autrichien, Bek fait appel à son souverain, François-Joseph, qui intervient auprès du Sultan : les autorisations sont maintenues et la construction peut enfin commencer.

 

Dix ans plus tard, quand François-Joseph se rend pour la première fois en Terre sainte, la coupole manque encore : l’Empereur-Roi s’en étonne. « C’est qu’elle tenait à se découvrir  devant Votre Majesté », lui dit Nissan Bek, avant de lui avouer que ses fonds sont épuisés. Allant jusqu’au bout de sa bienveillance, François-Joseph offre mille francs-or : la maçonnerie reprend, et la Splendeur est enfin inaugurée en 1872. Presque aussi imposante que la Ruine, elle sera également détruite en 1948.

 

En 1967, quand les Israéliens reprennent le contrôle de la Vieille Ville et décident de reconstruire le Quartier Juif, le Rova Yehudi , il est question de rebâtir la Ruine, dans un style plus moderne. L’architecte américain Louis Kahn est pressenti. Mais son projet – splendide - n’aboutit pas. Les urbanistes qui réédifient le Quartier Juif se contentent d’une arche, qui rappelle l’ancien sanctuaire. Finalement, Nathan Sharansky, alors ministre du Tourisme, décide en 2002 de reconstruire la Ruine à l’identique.

 

Coïncidence : les travaux durent, à nouveau, huit ans. Cette fois, c’est un architecte israélien, Nahum Meltzer, qui dirige le chantier, avec le concours d’un expert religieux, le rabbin Yishai Levy. En creusant les fondations, on découvre d’innombrables vestiges archéologiques, remontant à l’époque du Second Temple ou à l’occupation romaine : notamment des bains rituels et un prolongement du Cardo, la grande galerie marchande du IIIe siècle.

 

La nouvelle Ruine a été inaugurée le 16 mars 2010 : le 1er nissan selon le calendrier juif, anniversaire de la consécration du Premier Temple de Jérusalem. Sur le parokheth, le rideau de l’Arche sainte, le plus célèbre verset biblique concernant Sion est brodé : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ».

 

Tiféreth Israël, elle, a failli être oubliée. En 1960, les communautés hassidiques en avaient édifié une réplique à Jérusalem-Ouest. Personne, cependant, n’envisagea après 1967 de rebâtir le bâtiment original. Mais en 2010, les donateurs qui avaient financé la restauration de la Ruine envisagent de consacrer les mêmes efforts à la Splendeur. En fin de compte, un seul donateur – qui tient à rester anonyme – offre 10 millions d’euros en 2012 : ce qui permet à la mairie de Jérusalem d’avaliser le projet. Comme pour la Ruine, on reconstruira à l’identique. Et après des fouilles archéologiques minutieuses.

 

Bâtie en 1862 à quatre-vingt mètres seulement du Mur, la synagogue Tente d’Isaac (Ohel Yitzhak) n’a pas été détruite en 1948 : elle a été abandonnée dès 1938 par ses fidèles juifs, à la suite d’un pogrome. Et transformée en habitation arabe.

 

En 1967, Ohel Yitzhak est confiée à un libraire juif, Ben Arza. Après sa mort, dans les années 1990, sa veuve cède l’édifice à une ONG américaine, les Amis de l’Everest, qui en assurent la restauration. Les fouilles permettent de dégager de multiples vestiges, sur plus de mille cinq cents ans : de l’époque du Second Temple à celle des Mamelouks.

 

Magnifiquement remise en valeur, la synagogue a été rendue elle aussi au culte et à l’étude.

 

 

© Michel Gurfinkiel, 2013

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 09:54

 

Shmuel Trigano (Copier)

 

“Il existe un grand égarement sur la notion de peuple juif ! »

 

Un entretien avec le Pr. Shmuel Trigano Israël Magazine, mai 2013 

 

Avec la récente parution aux Editions François Bourin à Paris de son dernier ouvrage intitulé Politique du peuple juif, Shmuel Trigano, qui est professeur des Universités et directeur des revues Pardès et Controverses, est l’auteur prolixe de 21 livres écrits en quelque 36 années. Cet ouvrage est l’un des aboutissements de sa réflexion au souffle long sur l’identité juive et le peuple d’Israël, appréhendée aux niveaux culturel, religieux, politique et philosophique. Avec le brio et la précision d’un sociologue passé maître dans l’art des synergies entre la pensée juive (toujours fondée chez lui sur des sources authentiques) et la sociologie politique moderne quand il analyse des notions centrales comme l’Etat, la nation, le peuple et la religion pour définir ce qu’est le peuple juif, il répond aussi dans ce livre – et à quel niveau ! - aux aberrations postmodernistes et autres envolées idéologiques des négationnistes de l’histoire juive, comme celles de l’Israélien Shlomo Sand dans son livre Comment le peuple juif fut inventé, devenu un best-seller en France car il surfe allégrement sur la vague antisémite et antisioniste d’aujourd’hui…

 

-Israël Magazine : Politique du peuple juif  est un livre-clé en forme de mise au point sur ce que sont le peuple juif et le véritable monothéisme, sur l’importance incontournable, pour ce peuple singulier, de la terre d’Israël, ainsi que sur le rôle central  de l’Etat hébreu. Pourquoi avoir choisi ces axes ? 

 

-Shmuel Trigano : Il me semble qu’il existe un égarement sur la notion de peuple juif. C’est l’effet de la nouvelle idéologie dominante du postmodernisme, dont l’une des cibles est la déconstruction  du récit collectif général. Ainsi, dans le monde juif, le postmodernisme de l’extrême gauche anti-souverainiste remet-il directement en question l’idée même de peuple juif, car s’il n’y a plus de peuple juif… il n’existe aucun fondement pour une nation israélienne ni pour un Etat juif souverain !

 

-Le livre de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé ?, aurait-il constitué pour vous « la dernière goute faisant déborder le vase », dans ce flot ininterrompu des propos intellectuels et médiatiques délégitimant en Occident Israël et son peuple ?

 

-C’est un élément parmi d’autres, car Shlomo Sand n’est pas seul… Nous avions analysé dans un numéro de la revue Controverses l’univers mental des alter-Juifs qui dénient toute légitimité à l’Etat d’Israël en prétendant incarner la « morale juive »  et la « véritable » identité juive !

Dans les quatre tomes de l’ouvrage collectif écrits par 60 chercheurs que j’ai dirigés intitulé La société juive à travers l’histoire (parus entre 1992 et 1993), nous avons démontré que malgré la dispersion des Juifs aux quatre coins du monde, on retrouvait chez eux, tout au long de l’histoire, les mêmes systèmes sociétaires, juridiques, collectifs et comportementaux : du Yémen au Maroc, en passant par la Pologne et la France. Preuve qu’il existe bien un peuple juif malgré et dans la dispersion, elle-même pensée comme un exil.

Or dans ce dernier livre, j’ai voulu donner un fondement théorique à la notion de peuple juif. D’autant que j’ai constaté qu’il n’y avait pas d’approche sociologique sur cette notion, en dehors des discours métaphysiques ou mystiques. Voilà pourquoi je tente de trouver ici un langage axé sur des perceptions à la fois religieuses et non religieuses.

 

-En tant que sociologue spécialiste des fondements politico-historiques et philosophiques du peuple juif, vous mettez en exergue la singularité de ce peuple qui n’est ni une ethnie ni seulement une communauté religieuse : il  a pu traverser l’histoire et survivre à 2 000 ans d’exil grâce à sa langue, l’hébreu, et à sa loi, la Torah…

 

-Avec le texte fondateur du peuple d’Israël – celui de la rencontre avec D. au Sinaï -, on a le condensé de la signification de l’être collectif juif. Or ce texte prend le soin de constater que tout le peuple hébreu – nourrissons et vieillards, hommes et femmes de tous les âges – étaient présents avec les esclaves non hébreux sortis d’Egypte (le Erev rav). C’est là le récit de la constitution du peuple juif, dont l’être collectif se forge face à une transcendance extérieure à lui-même. Laquelle s’exprime, non de façon mystique, mais par une Loi. Ce texte est donc à la fois celui de l’alliance verticale entre D. et la collectivité d’Israël, et celui d’une alliance horizontale  entre ses membres. Ce qu’avait perçu au 10ième siècle Saadia Gaon en disant : « Le peuple juif n’est un peuple que par ses lois ». Une parole extraordinaire autant que moderne, car – toutes proportions gardées -, elle permet de comparer ce système fondateur à celui du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, avec cette différence que la Loi du Sinaï est hétéronomique (elle vient de l’extérieur de la société), alors que chez Rousseau, c’est le principe d’autonomie des hommes qui prime puisqu’ils se donnent eux-mêmes une loi. Et ce, même si Rousseau se sent ensuite obligé de recourir à une « religion civile » sans laquelle les citoyens ne se sentiraient en rien obligés face à une loi dont ils sont les créateurs…  

J’en déduis par là qu’il n’existe pas de groupe humain sans une « foi commune », entendue comme une transcendance. Et donc je repose ainsi la question de savoir si le judaïsme est un peuple ou une religion… Or il est les deux à la fois ! Ce que je définis en français comme « peuple-église » (à partir du mot originel hébreu : Knesset – assemblée). Au Sinaï, tous les membres du peuple d’Israël n’ont-ils pas accédé sans intermédiaire à la Révélation de D. ?

D’où l’importance déterminante pour Israël de sa langue, du principe de la Loi et de son unification dans des ouvrages centraux comme le Shoul’han Arou’h de Yossef Caro, qui ont maintenu un lien très fort entre les Juifs, malgré leurs disparités. Le tout ajouté au dispositif unique de la doctrine juive de l’exil : « Je sais d’où je viens, et où je vais » -  une notion-clé qui a empêché les Juifs de s’enraciner là où ils étaient… Car ceux qui se sont vraiment enracinés ont bel et bien disparu en tant que Juifs

 

-C’est là que vous distinguez la galout de la gola… 

 

-Notion plus politique, la gola – l’exil des Juifs dispersés et privés de leur souveraineté en tant que peuple car soumis aux lois des nations - est censée prendre fin avec la création de l’État d’Israël. Par contre, dans le monde tel qu’il est, la galout ne finit pas - même avec le retour à Sion -, car c’est une notion plus métaphysique à travers laquelle nous percevons notre existence humaine dans ce monde. Or dans la diaspora d’aujourd’hui, les Juifs ne sont plus en galout ni en devenir Et si celle-ci apparaît terminée pour eux, alors dans quoi vivent-ils ?  D’où le trouble profond pour l’être juif où la diaspora est devenue le contraire de l’exil, toujours défini jusque-là comme transitoire et passager. Aujourd’hui, nous avons donc affaire à un exil inédit des Juifs dans lequel ils s’enracinent : le présent se cristallise et se fige, alors la fin est à l’horizon ! Quant aux Israéliens, ils ne doivent pas confondre la fin de la gola avec celle de la galout

 

-Vous développez l’idée que cette histoire singulière d’Israël permet de re-questionner, pour l’humanité tout entière,  les notions galvaudées de peuple, d’État, d’identité, de démocratie et de souveraineté. Comme si la définition de ce qu’est Israël portait en elle des fondements valables pour toute communauté humaine au plan universel…

 

-Je tente de distinguer différentes époques dans l’histoire du peuple juif : l’époque biblique, celle de l’exil, et ensuite l’émancipation, puis l’auto-émancipation, en esquissant une 5ième ère : celle du début de la souveraineté hébraïque en terre d’Israël.

L’expérience des Juifs de l’émancipation est une leçon pour comprendre la modernité : ils ont été émancipés à titre individuel, mais leur identité juive collective n’avait plus aucune place car elle devait disparaître dans leur nouvelle citoyenneté. Or 40 ans après, il s’est produit vers 1840 un phénomène imprévu : l’antisémitisme qui, avec ses théories sur le « complot juif », s’est attaqué  à ce peuple en tant que  collectivité cohérente, créant ainsi un lien entre tous les Juifs de diaspora ! Les « Israélites » émancipés découvrent alors, ébahis, qu’ils sont restés un peuple…

En fait, il s’avère que ce décalage entre la condition individuelle des Juifs et leur condition de peuple se retrouve à tous les niveaux des peuples humains dans la distorsion entre la notion de nation et leur vécu de citoyens.

Cela s’est aussi produit avec Théodore Herzl qui avait voulu initier l’auto-émancipation des Juifs en créant une citoyenneté juive nationale, ce qui réitère l’impasse propre à l’émancipation. Je le traduis aujourd’hui en disant qu’il subsiste toujours une « question juive » au sein même de l’Etat d’Israël.

 

-L’un des axes de votre ouvrage, ce sont ces articulations complexes  entre le politique et le religieux, le transcendant et l’immanent, l’universel et le particulier.  Pensez-vous que le message d’Israël n’est pas particulariste mais singulier quand il s’adresse à l’universel ?

 

- J’ai essayé d’élaborer un développement historique de ce peuple où l’on voit une tension continue dans l’être juif entre le transcendant et l’immanent qui connait des modalités différentes dans l’histoire : il y a des moments où le peuple juif se confessionnalisme et d’autres où il est un peuple comme les autres. Deux extrêmes d’un système homéostatique aux perspectives mobiles, caractérisé par la recherche permanente de l’équilibre entre ces deux extrêmes, l’idéal se trouvant à équidistance de ces deux pôles opposés.

J’ai voulu dresser une cartographie de l’être juif en élucidant des notions hébraïques clés revenant dans le texte biblique - comme mamle’het cohanim (assemblée de prêtres), goy kadoch (peuple saint), guer vé tochav (étranger résident) – qui sont des expressions de cette tension fondamentale. Selon les circonstances, le fléau de la balance va vers un pôle ou l’autre, ce qui assure la continuité juive dans les mutations de l’histoire.

Israël est un peuple singulier : il a une identité spécifique, mais parce que cette identité accueille la transcendance, elle a une portée qui la dépasse.

Ainsi, dans le récit du Livre des Nombres, la description du campement d’Israël dans le désert signale une disposition de l’ensemble des groupes de la société hébraïque autour du michkan (le Tabernacle) et du ohel moed (la Tente d’assignation), son « Saint des Saints » : on entend par là un lieu-concept échappant à la maîtrise de la cité et où la transcendance est inscrite dans l’immanence.

Or chaque peuple est singulier : la quête de l’universalisme, c’est la « babélisation » de l’humanité ; alors que sa vocation, c’est la multiplicité des singularités. Et c’est donc dans l’intériorité (pnimiout) la plus profonde que les singularités permettent de tisser l’universel, à savoir la transcendance – et aussi la possibilité de communiquer avec les autres singularités. Ainsi, est-ce dans l’intériorité que je trouve D., et c’est bien là que m’apparait le visage d’autrui : le contraire de la « communication » dont les acteurs se reproduisent eux-mêmes dans les termes d’une généralisation excluant autrui…

 

-Pourquoi être passé par ce long parcours historique pour définir le peuple d’Israël et mieux comprendre ce que sont l’État moderne et la démocratie ?

 

-Je soutiens l’idée qu’il y a une profonde cohérence dans toutes les manifestations de l’histoire du peuple d’Israël, et ce depuis les origines à nos jours. Tout cela n’est pas l’effet du hasard ou des circonstances, mais celui d’une organisation structurelle systémique qui permet de toujours rattacher les pans de cette histoire avec un « fil conducteur » unique rendant possible un repérage cohérent. L’histoire du peuple juif doit donc être l’objet d’une science, et non d’une homélie ! Pour en comprendre les éléments fondateurs, il faut articuler les enseignements de la pensée juive avec les sciences contemporaines de la société et du politique. Apparaitra alors une véritable science politique hébraïque.

Qu’est-ce que tout cela enseigne sur l’État moderne ? Le fait qu’il n’a jamais pu se passer  de ce que la sociologie appelle « la religion civile ». Or tout le problème, c’est que cette transcendance séculière – sans laquelle la démocratie n’est pas possible – a produit au 20ième siècle des monstruosités, que Raymond Aron a définies comme « les religions politiques ». Il y a donc des leçons politiques à tirer sur les façons de nouer des transcendances dans un univers démocratique.

 

-A l’opposé du discours déconstructionniste des négateurs de l’histoire d’Israël – dont Shlomo Sand est l’une des figures  avec ses postulats idéologiques jamais fondés sur le réel -, vous appréhendez quant à vous la réalité à l’aide d’une méthodologie, de sources , de concepts et de catégories sociologiques élaborant une analyse philosophique, historique et sociétaire qui met en exergue la nature et la permanence du peuple juif. Le recours à ces référents comme manifestations du mode de l’être juif serait-il une manière de penser le judaïsme à partir de lui-même ?

 

-Sand part d’une affirmation idéologique purement théorique, puis il cherche dans la réalité des confirmations de son préjugé initial ! Le problème des postmodernistes comme lui, c’est de croire que le monde se réduit à un « narratif », comme s’il n’existait pas de réalité objective et extérieure. Aussi, pour nier l’existence même du peuple juif, imaginent-ils que le phénomène national juif n’est qu’un simple « discours »…

Or c’est là une terrible régression par rapport aux sciences sociales ! Car lorsque l’on analyse l’existence collective d’un groupe humain, on doit traiter de réalités objectives cernables par l’enquête, la statistique et les textes en tant qu’aspects composant cette réalité extérieure. Je crois savoir que Sand est spécialiste de… cinéma, et non pas d’histoire, de sociologie, de politologie : il n’est donc qu’un idéologue !

Dans mon livre paru en 2012 intitulé La Nouvelle Idéologie dominante, le postmodernisme, j’analyse ce courant idéologique, politique et culturel qui ambitionne de dominer le monde occidental. Il s’agit en fait d’une mutation du marxisme en post-marxisme, marquée par la haine et l’incapacité de comprendre le phénomène national. Cette évacuation systématique de la notion de nation crée en Occident un vide qui appelle à être rempli par d’autres valeurs, comme celle de l’islam…

 

-Le rétablissement de la souveraineté juive à la création de l’État d’Israël engage, selon vous, différents enjeux et défis d’une « continuation –transformation » du peuple juif qui serait déjà contenue dans « le modèle biblique de l’identité collective ». Qu’entendez-vous par là ?

 

-Avec son expression israélienne, le judaïsme se retrouve dans un paysage biblique : c’est à ce moment-là que nous retrouvons la possibilité de lire un enseignement politique dans la Torah ! Mais le problème est de savoir comment le comprendre dans notre univers d’aujourd’hui qui est celui de la démocratie. L’expérience israélienne est bien celle de l’Etat-nation démocratique qui a produit, lui aussi, une religion civile aujourd’hui en déclin dans la société israélienne. La question qui se pose est alors de savoir comment définir ce qui se joue  au niveau du politique dans la Torah.

Car le problème de l’Etat d’Israël, c’est d’arriver à situer la place de l’identité juive telle que nous l’avons définie dans l’Etat-nation démocratique actuel : un problème qui reste encore aujourd’hui sans autre solution que le statut quo  de 1948.

On sait que les post-sionistes israéliens veulent promouvoir « l’Etat de tous ses citoyens » : une notion qui n’existe nulle part au monde, aucune citoyenneté individuelle n’ayant jamais pu exister sans s’appuyer sur une identité collective et nationale ! C’est donc l’identité juive qui est difficile à définir par rapport à l’identité nationale israélienne et au peuple juif.

Il faut là distinguer la nation israélienne du peuple juif, en raison du fait que l’existence de la diaspora ne se réfère pas à l’Etat juif : les Juifs vivant en dehors d’Israël ne sont-ils pas avant tout les citoyens d’autres Etats !? La question se pose donc de savoir comment la nation israélienne intégrera en elle-même le peuple juif et quels en seront les modus-vivendi. On retrouve l’axe immanence-transcendance : le peuple juif renvoie à la transcendance, alors que la nation israélienne ne se définit que par rapport à l’État.

Voilà pourquoi nous avons besoin d’un nouveau vocabulaire qui puisse rendre compte de ces phénomènes, avec comme critère le modèle du peuple juif. Car si l’on ne comprend pas la nature de ce peuple, on ne peut rien comprendre à la situation actuelle. Or c’est malheureusement le cas de la majeure partie des élites juives et israéliennes...


Propos recueillis par RICHARD DARMON

 

Publié dans Israël Magazine, mai 2013

 

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 16:54

 

 

 

 

PIE XI

 

PIE XII

 

 

Par Marc-André CHARGUERAUD.

 

Les « silences » de Pie XII pendant la Shoah ont été dénoncés sans relâche dans de multiples livres et articles. Ils ont fait l’objet d’un film et d’une pièce de théâtre, tous les deux ouverts à la controverse.-1-[1] On relève bien deux allusions de Pie XII aux exactions nazies, celle de son message de Noël 1942 et l’autre en juin 1943 devant le Sacré Collège. « Ni l’une ni l’autre ne sont des dénonciations solennelles que la conscience universelle reproche au pape de ne pas avoir prononcées contre le IIIème Reich », écrit pertinemment l’historien Bernard Reymond. -2-[2]

 

Si le pape refuse toute condamnation formelle de l’anéantissement des communautés juives et de l’intelligentsia catholique polonaise par le régime nazi, il est alors impératif qu’il appelle publiquement ses fidèles à « tendre la main à leur prochain ».-3-[3] Qu’ils se portent par tous les moyens disponibles au secours des victimes quelle que soit leur « race ». Ces messages « de charité chrétienne » auraient être critiqués par Berlin, mais pas fait l’objet de représailles. Le pape n’a pas répondu à cette attente.

 

On argumente que, comme son prédécesseur, Pie XII a clairement et à de nombreuses reprises condamné le racisme. Pour Rome, la doctrine est univoque : « La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité terrienne, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion »,-4-[4] souligne Humani Generis Unitas que fit préparer Pie XI avant de mourir en février 1939. L’encyclique ne fut pas publiée. Elle n’en reste pas moins la position réfléchie et constamment réaffirmée par Rome. Pour les nazis la race et le sang, pour les catholiques la religion et la culture. La distinction est claire, absolue et définitive.

 

Cette dénonciation répétée du racisme est un grand pas dans la bonne direction. Elle aurait dû mobiliser les catholiques pour se porter au secours des Juifs condamnés par les nazis du fait de leur race. Malheureusement l’antisémitisme revêt deux aspects : le racisme et l’antijudaïsme. Le comportement de l’Eglise catholique est ambivalent. Elle dénonce le racisme et poursuit en même temps, malgré la persécution meurtrière de Juifs, une politique violemment antijudaïque.

 

Un article paru en novembre 1939 dans le magazine américain Catholic World est un exemple de cette ambivalence. On y lit : « L’antisémitisme est injuste, brutal et en opposition avec les enseignements du Christ. Si des personnes un peu simples d’esprit ont parfois pensé qu’elles devaient venger notre Sauveur du traitement qu’il reçut de son propre peuple, elles se trompent lourdement. Il est vrai que les Juifs furent rejetés par Dieu en tant que nation par laquelle le salut du monde devait venir, parce que les Juifs et leurs enfants portent le sang du Christ. Il est probablement exact que beaucoup des difficultés qui ont confronté le peuple choisi par Dieu sont la punition du Père céleste qui désire les ramener à lui ».-5-[5]

 

Le 11 janvier 1939 dans le Corriere della sera, le Père Gemelli, recteur de l’Université catholique de Milan, écrit : « Tragique sans doute et douloureuse est la situation de ceux qui ne peuvent pas faire partie, par le sang et par leur religion, de cette magnifique patrie ; tragique situation dans laquelle nous voyons, une fois de plus, comme en beaucoup d’occasions au cours des siècles, se réaliser cette terrible sentence que le peuple déicide a appelée sur lui et pour laquelle il va, errant de par le monde, incapable de trouver la paix d’une patrie pendant que les conséquences de l’horrible crime le poursuivent en tous temps et en tous lieux ».-6-[6]

 

Les encycliques de Pie XI et de Pie XII rappellent aux fidèles la dénonciation du judaïsme par l’Eglise catholique. Dix-huit mois après la publication des lois racistes de Nuremberg, quelques lignes dans Mit Brennender Sorge soulignent « l’infidélité du peuple choisi (…) s’égarant sans cesse loin de son Dieu (…) qui devait crucifier le Christ ».-7-[7]

 

L’encyclique Humani Generis Unitas va dans le même sens et même au delà. Bien qu’elle soit restée à l’état de projet, elle reflète parfaitement la politique du Vatican. Les Juifs, peut-on y lire, « rendus aveugles par leur vision de domination matérielle et de gains n’ont pas reconnu le Sauveur ». Ses dirigeants « ont eux-mêmes appelé sur leurs têtes la malédiction divine » qui condamne les Juifs « à errer perpétuellement à la surface de la terre ». Le texte va plus loin en précisant que l’Eglise « ne doit pas être aveugle devant ce danger spirituel auquel les esprits sont exposés au contact des Juifs et qu’il est nécessaire de rester attentif à protéger les enfants contre une contagion spirituelle ».-8-[8]

 

De telles déclarations ne vont pas inciter les catholiques sur le terrain à se porter au secours des Juifs et en particulier de leurs enfants. A moins que ce ne soit pour tenter de les convertir au christianisme, seul moyen pour eux de « sauver » leurs âmes perdues. L’encyclique de juin 1943 Mystici Corporis Christi répète une fois de plus que c’est la seule façon d’assurer leur salut et de les rendre fréquentables. S’il est dit dans cette encyclique que Dieu demande aux chrétiens d’aimer tous les peuples quelle que soit leur race, elle précise que tous les hommes quelle que soit leur race ne sont unis au sein de l’Eglise que s’ils se sont convertis. Si les Juifs ne se sont pas convertis, leur destin échappe à l’Eglise parce qu’ils ont brisé l’Alliance. Parce que les Juifs ont crucifié le Messie, ils ont créé leur propre destin désastreux d’éternels voyageurs sur terre. Le christianisme a supplanté le judaïsme. Les Juifs ont perdu leur statut de peuple élu.-9-[9]

 

Le prêtre prêche à chaque office « l’amour du prochain » mais en même temps il exclut les Juifs qui ne sont pas convertis. L’ensemble de ces positions idéologiques est depuis des siècles bien implanté dans chaque paroisse. Elles ont perverti l’ensemble des fidèles jusqu’au fond des campagnes. C’est un antisémitisme primaire destructeur de toute bienveillance envers les Juifs. Il faut attendre Vatican II et Nostra Aetate publié en 1965 pour que le Vatican exonère le peuple juif de sa responsabilité dans la crucifixion.-10-[10] Nostra Aetate a provoqué bien trop tardivement un lent changement dans les mentalités.

 

Certes de nombreux catholiques, individuellement ou au sein d’organisations confessionnelles, ont aidé des Juifs matériellement, allant jusqu’à les cacher avec tous les risques que cela comporte pour eux et leurs proches. Certes des prêtres dans leurs homélies ont appelé leurs fidèles à intervenir.  Mais si Pie XI et Pie XII comme des membres du haut clergé, sans changer la politique tracée par leurs prédécesseurs, s’étaient abstenus de rappeler les « errements » du peuple élu et la conduite négative à suivre vis-à-vis des Juifs, leurs fidèles se seraient portés en plus grand nombre à leur secours.

 

L’exemple en France des protestants réformés est éloquent. L’examen de la liste des « Justes parmi les Nations » en France, montre que près de 20% d’entre eux sont protestants, alors qu’ils ne représentaient que 1% de la population française.-11-[11] Le père Pierre Chaillet qui en 1941 et 1942 s’est dépensé pour mobiliser les catholiques en faveur des camps d’internement de Vichy a dénoncé cette « carence de la charité catholique ». Il écrit : « Jusqu'à présent, en dépit de quelques efforts méritoires mais très dispersés et sans coordination de la part de l’Eglise catholique, on constate douloureusement que l’œuvre d’assistance matérielle, sociale et morale, dans de nombreux « camps d’hébergement » et auprès des réfugiés isolés des villes, est pour ainsi dire totalement accompli par les grands comités protestants d’aide aux réfugiés».-12-[12]

 

On reproche aux deux papes leur silence. Pie XI n’a pas dénoncé les persécutions dont les Juifs ont été les victimes avant la guerre. Pie XII  ne s’est pas élevé publiquement contre les exterminations nazies de la Shoah. Au moins devaient-ils impérativement éviter de répéter dans leurs encycliques les propos antijudaïques d’une doctrine qu’ils n’ont pas amendée en temps utile. Leurs fidèles ainsi démotivés ont pour un trop grand nombre exclu les Juifs de leur devoir de chrétiens. Des milliers de vies auraient pu être sauvées si les papes s’étaient abstenus de répéter ces anathèmes dépassés.



[1]-1- COSTA-GAVRAS, Amen et  Hochhuth Rolf, Le vicaire. Malheureusement, ils mélangent la fiction à la réalité et le spectateur, incapable de faire la part des choses, succombe à la thèse défendue par l’auteur.

[2]-2- REYMOND Bernard, Les églises et la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, in FURET François, dir. L’Allemagne nazie et le génocide juif, Gallimard, Paris, 1985, p. 388.

[3]-3- Près de 2,5 millions de civils polonais sont morts à la suite des persécutions allemandes, un véritable génocide.  

[4]-4- PASSELECQ Georges et SUCHECKY Bernard, L’Encyclique Cachée de Pie XI : l’Occasion manquée de l’Eglise face à l’antisémitisme, La Découverte, Paris 1995, p. 205.

[5]-5- Anscar Hans, Catholics and Anti-Semitism, in Catholic World, novembre 1939, cité par DINNERSTEIN Leonard, Anti-Semitism in America, Oxford University Press, New York, Oxford, 1994, p. 118.  

[6]-6-  FABRE Henri,L'Eglise catholique face au fascisme et au nazisme, Editions espaces de liberté, Bruxelles 1994, p. 158.

[7]-7-  PASSELECQ Georges et SUCHECKY Bernard, op.cit. p. 153. Mit Brennender Sorge, p. 18 et 19.

[8]-8-  KERTZER David I. Unholy War. The Vatican’s Role in the Rise of Modern Anti-Semitism,  Macmillan, Londres, 2001, p.281. 

[9]-9- PHAYER John Michael, The Catholic Church and the Holocaust, 1930-1965. Indiana University Press, Bloomington, Ind. 2000, p. 255.  C’est mettre, une fois de plus, en avant la doctrine catholique de la « substitution ».

[10]-10- MARCHIONE Margherita, Pope Pius XII : Architect  for Peace,  Paulist Press, New York 2000, p.18. 

[11]-11- Les « Justes parmi les Nations» sont les non juifs reconnus par le Yad Vashem à Jérusalem  pour avoir sauvé des Juifs.

[12]-12- BEDARIDA Renée, Pierre Chaillet, Témoins de la résistance spirituelle. Paris, 1988, p.125.

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:21

 

 

Les Vengeurs juifs, ou comment l'Allemagne a échappé à un massacre


 

 

http://www.express.be/joker/fr/platdujour/les-vengeurs-juifs-ou-comment-lallemagne-a-echappe-a-un-massacre/189549.htm

 



  • 24 avr. 2013
  • par Audrey Duperron

 

http://www.jforum.fr/forum/international/article/les-vengeurs-juifs-ou-comment-l


Récemment, des chercheurs se sont rendus compte que l’ampleur de l’holocauste avait été sous-estimée. Alors qu’on pensait qu’il n’y avait eu qu’environ 7.000 camps nazis et ghettos, il y en aurait eu en réalité près de 42.500. Entre 15 et 20 millions de personnes, majoritairement Juives, sont mortes dans ces camps et ghettos.


Cependant, un aspect de l’holocauste reste encore largement méconnu : celui de l’impunité quasi-totale dont ont bénéficié les tortionnaires nazis qui ont perpétré ces crimes. Les chiffres sont choquants : alors que des centaines de milliers d’Allemands ont participé au génocide des Juifs, seulement 3,5 millions d’entre eux ont été inculpés, et parmi eux, 2,5 millions furent relâchés sans être jugés. Le million restant a été condamné à des peines qui excédaient rarement une amende ou la confiscation des biens qu’ils avaient pillés, assortie parfois d’une interdiction d’embauche temporaire dans l’administration. En 1949, seulement 4 ans après la fin de la Guerre, on ne comptait plus que 300 Nazis incarcérés. Quant aux procès de Nuremberg, ils n’ont concerné que 24 hauts gradés nazis.


Pourtant, rien qu’en Allemagne de l’Ouest, les Alliés avaient identifié 13,2 millions d’hommes qui avaient fait partie de l’appareil nazi.


Pourquoi les Alliés ont-ils renoncé à poursuivre ces criminels en justice ? « Parce que cela aurait été une tâche interminable », affirme David Cesarani, professeur de recherche à Royal Holloway, de l’Université de Londres, qui est un spécialiste de l’holocauste. Il aurait fallu juger des centaines de milliers de personnes, et cela aurait pu aboutir à l’incarcération de presque la totalité des hommes allemands. Les Américains étaient également soucieux d’inclure l’Allemagne de l’Ouest dans une nouvelle alliance appelée à contrer le bloc soviétique.


Mais un groupe de survivants des camps de concentration et des ghettos qui en avaient connu les horreurs, et qui y avaient perdu des pans entiers de leur famille, n’ont pas accepté ce défaitisme. Selon certains, le groupe, appelé Noknim, le mot hébreux pour « Vengeurs », se serait formé lors d’un rassemblement de survivants à l’occasion de la Pâque juive, à l’initiative d’Abba Kovner, un survivant de l'insurrection juive du ghetto de Vilnius. Ils ont décidé de faire justice eux-mêmes.


Le groupe a débuté en poursuivant des individus qu’il avait identifiés comme étant des Nazis. Les cibles étaient ensuite exécutées, et la plupart du temps, ces règlements de compte étaient maquillés en suicides. Beaucoup furent pendus dans leur garage. Certains furent retrouvés dans des fossés sur le bord de la route, dans ce qui semblait être des accidents de la circulation dont l’auteur s’était enfui. D’autres moururent dans des accidents de voiture, victimes de mystérieuses pannes mécaniques. Un ancien officier de la Gestapo qui devait subir une intervention mineure à l’hôpital a été retrouvé mort. Ses analyses sanguines ont révélé qu’il avait du kérosène dans le sang. Des douzaines de Nazis ont été ainsi liquidés par les Vengeurs.


Pour accomplir leurs sentences, les membres du Noknim pouvaient se déplacer à l’étranger. Ils ont poursuivi leurs victimes en Espagne, en Amérique Latine, au Canada, dans tous les endroits où les bourreaux nazis s’étaient réfugiés. L’un d’entre eux, Alexander Laak, responsable de la mort de 100.000 Juifs dans le camp estonien de Jägala, avait trouvé refuge dans la banlieue de Winnipeg, au Canada. Le groupe a attendu que sa femme sorte au cinéma un soir, le laissant seul à son domicile. Ils lui ont rappelé ses crimes, et l’ont forcé à se pendre.

 


Mais Noknim a aussi envisagé des projets de plus grande envergure. La plus grande opération est celle du Stalag 13, menée en avril 1946. Le groupe a réussi à infiltrer l’un des siens, qui a empoisonné à l’arsenic les miches de pain qui étaient servies à près de 1.900 prisonniers SS. Selon certaines sources, près d’un millier de ces hommes auraient été tués.


Mais ceci n’était que le plan B qui avait succédé à un plan A d’une bien plus vaste échelle. Noknim avait en effet envisagé d’empoisonner l'approvisionnement en eau de 5 villes allemandes, Munich, Berlin, Weimar, Nuremberg et Hambourg, tuant ainsi indistinctement de grandes parties de la population de ces villes. Kovner s’était rendu en Palestine pour se faire soutenir dans ce projet, et il y avait rencontré celui qui allait devenir le premier président de l’Etat d’Israël, qui avait aussi été chimiste: Chaim Weizmann. Kovner a quitté la Palestine avec deux bidons de poison dans son sac à dos, mais il s’est fait arrêter par la police britannique sur le bateau qui devait le ramener en Europe, et il a dû se débarrasser du poison en mer. Les Vengeurs ont pensé que des officiels sionistes les avaient dénoncés, parce qu’ils craignaient que leur plan de meurtre collectif ne sape leur projet d’obtention d’un territoire pour les Juifs.

 


Kovner est mort en 1987. Il avait espéré se faire un nom dans l’Histoire comme l’un des grands défenseurs des Juifs. « Il voulait que 2000 ans plus tard, les gens parlent de Judah Maccabee et d’Abba Kovner ». (photo: Holocaust Research Project)

 

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 13:41

 

 

 

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Propos recueillis par Nicolas Weill

 

Deux films, commercialisés coup sur coup en 2013, portent sur la question très controversée de l'attitude des dirigeants juifs nommés par les nazis pour administrer les communautés vouées à l'extermination, les Judenrats (ou Judenräte, "conseils juifs"). Le premier est Hannah Arendt, de Margarethe von Trotta, sorti le 24 avril. Cette fiction se concentre sur la polémique qui a entouré la parution, en 1963, du livre Eichmann à Jérusalem, écrit par la philosophe après le procès du criminel nazi en Israël. Elle y évoquait le rôle néfaste joué, selon elle, par les conseils juifs dans le processus d'extermination.


Le second film sortira en octobre. Présenté à Cannes, Le Dernier des injustes est un documentaire de Claude Lanzmann consacré au grand rabbin de Vienne Benjamin Murmelstein (1905-1989). L'auteur de Shoah donne la parole à ce responsable juif du camp-ghetto de Theresienstadt (aujourd'hui en République tchèque). Annette Wieviorka, historienne spécialiste de la Shoah, lève le voile sur les ambiguïtés qui émaillent l'histoire de ces conseils.


Pourquoi cette question des Judenrats resurgit-elle aujourd'hui ?

 

Il y a un demi-siècle, un film comme celui de Margarethe von Trotta aurait suscité un débat passionné, alors qu'il n'a engendré aucune polémique depuis sa sortie. Cela signifie que ces objets, de brûlants qu'ils étaient au début des années 1960, sont en train de se "refroidir", et qu'on peut peut-être les aborder avec une certaine sérénité. Cette sérénité tient pour l'essentiel au fait que les contemporains de l'événement ne sont pratiquement plus parmi nous. La question peut être abordée d'un point de vue historique.

 

Historiquement, donc, que recouvre l'expression "Judenrat"?

 

Dès leur arrivée au pouvoir, en janvier 1933, les nazis ont une obsession : séparer ceux qu'ils désignent comme "juifs" de la population allemande "aryenne". Les juifs sont empêchés d'exercer certaines professions en contact avec le public, leurs enfants sont chassés des écoles ; et, petit à petit, ils se voient privés des moyens d'exercer toute activité économique. Parallèlement, les nazis veulent que les juifs s'organisent eux-mêmes et prennent en charge leur "économie-croupion", la santé, l'éducation, la culture, etc. Pour ce faire, les Allemands essaient de former une organisation juive unique.

 

Dès le départ, la situation est ambiguë. Une telle organisation est rendue nécessaire puisqu'il faut bien que les juifs se procurent les moyens de survivre. Mais en même temps elle leur est imposée, et ce sont les ordres des persécuteurs qui transitent par elle. Les juifs impuissants sont pris dans ce piège. Après l'écrasement de la Pologne, en 1939, où les juifs constituent une minorité nationale de près de 10 % de la population (et, dans les villes, parfois de 30 % à 50 %), des ghettos sont institués. L'administration de ces enclaves est confiée à des Judenrats. On peut dire qu'ils remplissent toutes les tâches d'une municipalité "ordinaire". Sauf que la situation ne l'est pas.

 

Qui sont ces dirigeants juifs qui, de gré ou de force, acceptent de jouer ce rôle ?

 

En règle générale, ceux qui sont choisis sont d'anciennes personnalités communautaires. Le terme de "collaborateur" me paraît inadéquat, car il ne s'agit nullement, au moins dans la tête de ceux qui forment les conseils juifs, de "collaborer" avec les nazis – comme c'est le cas par exemple des collaborateurs dans la France occupée. Il s'agit de protéger les juifs de ce qui est en train de leur arriver, même si ce qui leur arrive dépasse les persécutions du Moyen Âge ou les massacres commis par les cosaques de Bogdan Khmelnitski au XVIIe siècle, qui ont laissé une trace dans la mémoire juive de Pologne et de Russie. Même si la question reste débattue entre historiens, la décision de la "solution finale" n'est prise au plus tôt qu'en juin 1941, avec l'invasion de l'URSS, et au plus tard en décembre 1941, lors de l'entrée en guerre des États-Unis.

 

Hannah Arendt soutient que les juifs auraient dû refuser de former ces Judenrats. Selon elle, le chaos qui aurait suivi aurait été meurtrier, mais le nombre des victimes aurait été moindre. Qu'en pensez-vous ?

 

Ce passage du livre Eichmann à Jérusalem a dès le départ été insupportable. D'une part, il relève de l'Histoire avec des "si". D'autre part, le petit nombre d'historiens compétents à l'époque de la polémique, dont le Français Léon Poliakov, l'a d'emblée considéré comme défendant une position intenable. Qui s'est révolté au moment où les nazis fondent sur l'Europe ? On voit mal pourquoi les juifs, qui étaient une nation sans État et sans armée, auraient été à eux seuls capables d'opposer une résistance passive ou active. Cette opinion me semble par ailleurs stupide, puisqu'on savait déjà, et on le sait plus encore aujourd'hui, qu'un grand nombre des juifs assassinés l'ont été au cours de la "Shoah par balles", sans qu'aucune organisation juive intervienne dans le processus.

 

Peut-on reprocher à ces conseils juifs d'avoir mal interprété la rationalité nazie, mal compris les intentions de leurs persécuteurs ?

 

La perversité de ce système tenait à l'implication des victimes dans leur propre persécution. Je pense que certains dirigeants juifs n'ont effectivement pas correctement interprété cette rationalité nazie. Le président du conseil juif de Lodz, Chaim Rumkowski, était persuadé que les juifs pouvaient être utiles aux Allemands parce qu'on avait installé, autour du ghetto, des ateliers de confection pour l'armée allemande. Aujourd'hui, cette illusion du salut par le travail nous semble absurde. Mais en même temps on célèbre un Schindler qui a sauvé des milliers de juifs en les embauchant dans ses entreprises et on le considère comme un Juste parmi les nations. Personne, en revanche, ne célèbre le fait que les survivants du ghetto de Lodz faisaient partie de ces travailleurs.

 

Y avait-il, du reste, une rationalité nazie unique ? Ne faut-il pas distinguer entre celles du service de sécurité du Reich, des SS, de Heydrich et Eichmann, des militaires ? Il était bien difficile de percevoir ce qui se passait. Certains juifs l'ont quand même compris. Ce fut le cas de l'équipe de l'historien Emanuel Ringelblum, enfermé dans le ghetto de Varsovie, qui s'efforçait de rassembler archives sur archives. À un moment, les éléments ainsi récoltés ont pris sens, et le groupe a compris que les juifs étaient destinés à l'annihilation. Il faut un courage hors du commun pour formuler cela. Chacun peut en faire l'expérience quand il est confronté à la maladie d'un être cher qui va déboucher sur sa mort. Les amis de Ringelblum ont fait sortir cette information du ghetto. Elle n'a pas convaincu tout le monde à l'époque. Ce n'est d'ailleurs pas parce qu'on a compris qu'on peut agir. Du groupe Ringelblum ne sont demeurés que trois survivants.

 

Peut-on dire que, jusqu'au livre d'Hannah Arendt au début des années 1960, la question des Judenrats a été mise sous le boisseau par les communautés juives ?

 

Pas du tout. La première étape a été la multiplication de procès de kapos dans les camps de personnes déplacées dans l'Allemagne vaincue et occupée par les alliés. Il y a eu des procès à Amsterdam et en France. Le Conseil représentatif des institutions juives de France a constitué un jury d'honneur pour juger l'Union générale des israélites de France – créée par Vichy en 1941 sur demande allemande – qui n'est pas tout à fait un Judenrat. Cette démarche n'a pas abouti à grand-chose, il est vrai.

 

La punition, qui a d'ailleurs été celle de Benjamin Murmelstein, a généralement consisté à la mise au ban de la communauté juive. Les tribunaux communautaires, en France et aux Pays-Bas, ne pouvaient prononcer que des condamnations symboliques, mais la question a été ouvertement posée, comme le montrera la fameuse loi israélienne de 1950 qui poursuit les criminels nazis et leurs collaborateurs : il est évident qu'aucun des députés de la Knesset qui la vote ne pense alors à des criminels nazis... Cette question sera débattue en Israël de façon constante.

 

Le procès Eichmann à Jérusalem en 1961 n'a donc pas brisé un tabou ?

 

Le procès Eichmann a d'abord été un grand procès. Il a été d'une importance décisive dans la perception de la Shoah grâce aux témoins qui se sont succédé à la barre, qu'on continue à pouvoir voir et entendre puisque les débats ont été filmés. Leurs récits restent aussi sidérants que bouleversants. En revanche, le portrait qu'en tire Arendt est daté. Il est tributaire des discussions des années 1950 et 1960 qui portaient sur le point de savoir ce qui faisait qu'on devenait nazi ou non, sur la personnalité autoritaire, etc.

 

Aujourd'hui, on considère que l'imprégnation idéologique des exécuteurs était plus importante qu'on ne le pensait du temps d'Hannah Arendt. Les SS étaient persuadés que "le juif" était l'ennemi de l'Allemagne, et que si on ne le détruisait pas, c'est l'Allemagne qui serait anéantie. C'est dans ce cadre de référence que les nazis ont agi. Il n'a pas été pris en compte par Arendt dans sa théorie de la "banalité du mal".

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 14:57

 

 

Le mythe, la bravoure, et toujours l’audace

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http://jcpa-lecape.org/le-mythe-la-bravoure-et-toujours-laudace/

 

Cette semaine nous célébrons la Révolte des Juifs contre l’Empire romain dirigée par Shimon Bar Kohva. Cette révolte historique qui s’est déroulée dans les années 132-135 de notre ère symbolise notre combat inlassable pour notre libération nationale. Au fil des ans, Bar Kohva est devenu un héros légendaire et une source d’inspiration pour les futures générations. Cependant, la défaite de Bar Kohva, le résultat néfaste de la rébellion, notamment la dévastation du pays et le nombre impressionnant des pertes humaines, ont déclenché un débat public sur l’utilité du combat contre une grande puissance. Ne serait-il pas dans les circonstances voué à l’échec et perdu d’avance ?


Le Premier ministre David Ben Gourion, comme d’ailleurs la majorité de sa génération, a décrit Bar Kohva comme un dirigeant courageux et audacieux, source d’inspiration pour la nouvelle jeunesse israélienne ; ces sabras et nouveaux immigrants qui ont participé en 1948 à l’effort de la guerre de l’Indépendance et l’établissement de l’Etat juif. Quant aux Révisionnistes, dirigés par Zeev Jabotinsky, ils décidèrent que le nom de leur mouvement de jeunesse soit pris de Bétar, la dernière forteresse de Bar Kohva. En 1982, Menahem Begin avait honoré les derniers survivants de la Révolte par une cérémonie militaire de Tsahal. Soulignons que le mouvement Bétar fut aussi inspiré par un autre héros légendaire, Joseph Trumpeldor.

Dans les années 70, Yehoshafat Harkavi, ancien chef du renseignement militaire, et spécialiste de la question palestinienne, est de ceux qui avait accusé Bar Kohva et ses partisans d’être responsables du désastre national qu’à provoqué leur révolte. Il avait évoqué leur naïveté flagrante et leur engagement irresponsable dans une guerre sans espoir contre l’Empire romain.

Sans aucun doute, la tactique de la terre brulée employée par les Romains, les pertes humaines et les dégâts commis suite à trois longues années de guerre furent monstrueux. Selon l’historien romain Dion Cassius, 985 villages juifs ont été pillés et détruits et plus de 580 000 Juifs ont été tués ! Après la révolte, l’empereur Hadrien avait interdit à tous les Juifs le libre accès à Jérusalem. L’Autorité religieuse de l’époque, les membres du Sanhédrin et notamment le célèbre Sage Rabbi Akiva, qui considérait Bar Kohva comme le messie, ont été torturés et exécutés par les Romains.  

Il faut dire que les opinions du général Harkavi ont influencé toute une génération de politiciens et d’hommes de lettres. L’ancien ministre des Affaires étrangères Shlomo Ben Ami, connu pour ses opinions sur la solution du problème palestinien, a souvent évoqué « l’érosion des mythes antiques ». Selon lui, il est possible de changer « l’obsession messianique » d’Israël dans les Territoires.

Certains historiens et observateurs prétendent également que les Juifs auraient dû se résigner après la destruction du Deuxième Temple et se contenter d’une identité spirituelle, comme la construction d’une Yeshiva par le Rabbin Yohanan Ben Zaccaï à Yavné. Selon eux, les Juifs de l’époque auraient pu ainsi bénéficier d’une certaine tolérance de la part des Romains. Mais en réalité, les Romains avaient manifesté haine et hostilité envers les Juifs en Judée mais également partout ailleurs dans les communautés de la diaspora.

Sous l’empereur Domitien (96-81) les armées romaines ont poursuivi tout dirigeant potentiel de la dynastie du roi David. Sous l’empereur Trajan (177-98) les forces romaines ont massacré des communautés juives installées en Mésopotamie, en Egypte, en Cyrénaïque (Libye) et à Chypre. Et 15 ans plus tard, l’empereur Hadrien interdit la circoncision et décide de construire un temple romain sous les décombres du Deuxième Temple détruit. Par tous les moyens, Rome a écrasé la volonté nationale du peuple juif et a déraciné toute présence hébraïque. Ainsi, Hadrien change le nom de Judée en Syrie-Palestine, et Jérusalem deviendra Aelia Capitolina.

Concernant la Révolte, l’un des grands mystères demeure dans la motivation extraordinaire de Bar Kohva et de ses compagnons de combattre courageusement contre pas moins de 12 légions romaines sur les 28 existantes au sein des provinces de l’Empire.

Dans le contexte d’aujourd’hui comment donc qualifier la Révolte ? Bar Kohva est-il vraiment un héros légendaire comme l’ont perçu les fondateurs de l’Etat d’Israël ? Le Professeur Yadin, ancien chef d’état-major de Tsahal mais aussi archéologue, a souligné la difficulté de juger rétrospectivement la sagesse de ceux qui ont combattu contre l’Empire romain. Dans cette période précise, il n’existait pas un seul historien de la trempe de Flavius Josèphe pour apporter un témoignage crédible.

En analysant les conséquences de la Révolte de Bar Kohva sur les questions politiques graves auxquelles Israël est confronté depuis sa création, Yadin estime que suite à un éventuel refus de la part du leadership de 1948 d’adopter une version héroïque, il est fort probable que Ben Gourion n’aurait pas proclamé l’indépendance d’Israël par crainte d’une invasion des Etats arabes qui possédaient une force militaire supérieure à celle du Yishouv. En outre, Israël n’aurait jamais déclenché une attaque préventive avant le déclenchement de la Guerre des Six Jours, au moment où l’Egypte, la Syrie, la Jordanie et l’Irak concentraient des forces considérables le long des frontières.

L’impact de la Révolte a marqué de son empreinte les générations futures. Enfin, n’oublions pas l’héroïsme dans l’Histoire des autres peuples. Celui de Sparte contre les Perses, des Américains contre les Mexicains à Alamo, ou la victoire des Russes sur les Allemands à Stalingrad.

En conclusion, deux mille ans se sont déjà écoulés depuis cette Révolte et le mythe est vivace et omniprésent. Le peuple juif est retourné à sa terre et a rétabli son propre Etat grâce à l’une de ses sources d’inspiration, celle de la bravoure et de l’audace exemplaires de Shimon Bar Kohva.   

Dore Gold   

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 21:33

La singularité de la Shoah et l’indépendance d’Israël

freddy_eytanLe mouvement sioniste existait depuis Theodore Herzl mais c’est la Shoah qui a rendu la création d’Israël urgente, obligatoire, vitale et immanente. La création de l’Etat juif est le triomphe de la vie sur la mort, la victoire des prières entendues. Juste après la guerre, les Européens, encore troublés et culpabilisés, ont préféré tourner la page furtivement. Le Vatican a fermé ses archives. Les portes du souvenir ont été bouclées à double tour. Personne n’osait franchir les murs d’acier et vérifier les arcanes du monde de l’indifférence, remuer un passé flou et douteux. Derrière le rideau de fer, les camps de la mort résonnaient encore des cris des âmes pures et innocentes. Les cendres de nos proches, de nos coreligionnaires, ont été absorbées, englouties dans le sol européen. Les années sombres ont plongé les survivants de la guerre dans la honte et la réflexion pragmatique, matérielle. L’Europe meurtrie et ruinée par la guerre était surtout préoccupée par sa reconstruction, par le plan Marshall et par la réconciliation avec la nouvelle Allemagne du chancelier Adenauer. Le procès de Nuremberg, les condamnations des crimes de guerre et l’emprisonnement des nazis ont fermé la page, le lourd dossier. Le passé était déjà “lointain” et pour certains “mort et enterré”. Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki par l’arme atomique ont éclipsé les atrocités de la Shoah.


L’Europe rougit de honte et souillée de sang de la guerre devait d’abord se bâtir sur les ruines des camps de concentration et des champs de bataille, et s’unir pour retrouver la paix et la sécurité. La Shoah des Juifs n’était qu’un “épisode de la guerre” et demeurait pour certains ” l’affaire des Juifs”…


Depuis le procès d’Adolf Eichmann, le monde s’est réveillé de sa torpeur, de son indifférence dormante. Des bibliothèques ont été écrites sur l’holocauste des Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. D’innombrables ouvrages, des documents historiques, des films documentaires et des longs métrages, des albums individuels et collectifs ont raconté avec émotion cette grande catastrophe de l’histoire contemporaine devenue tristement célèbre. Des chercheurs se sont attelés avec acharnement à découvrir la vérité  et des instituts ont été fondés pour la mémoire de la Shoah en Europe, en Amérique et au Japon.  La chasse contre les anciens nazis a été lancée tous azimuts.


Certes, presque tout a été dit et raconté sur la Shoah, et publié avec l’appui de preuves et de documents irréfutables, et pourtant, 70 ans après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, on demeure perplexe face à l’hécatombe. Les grands comme les petits s’interrogent  toujours, posent des questions et se demandent comment cela a pu être imaginé, planifié et exécuté? Pourquoi cette haine féroce contre tout un peuple? Pourquoi la barque de l’humanité a-t-elle brusquement sombré en Europe? Comment la dignité et les droits de l’homme ont-ils été bafoués au XXe siècle? Pourquoi cette collaboration avec Satan? Pourquoi le Vatican et de nombreuses nations ont gardé le silence et ont laissé faire? Pourquoi Dieu miséricorde était absent? Ou était-il à Auschwitz-Birkenau? Pourquoi s’est-il caché? Pourquoi le Roi de l’univers, notre Créateur, a préféré garder le silence? Pourquoi les Juifs et le monde libre n’ont pas sonné, avec force, le cri d’alarme? Ne se sont-ils pas révoltés en masse et à temps? N’ont-ils pas refusé  la servitude! L’Esclavage!  Plus d’un million et demi d’enfants, dont le seul crime était d’être né de parents juifs, ont été massacrés durant cette guerre. Pourquoi avoir arraché des bébés de leurs berceaux et les avoir jeté par milliers dans la gueule des fours crématoires, dans les flambées du diable? Pourquoi avoir enlevé par la force bestiale un enfant des bras de sa mère et l’envoyer dans les feux de l’enfer? Qu’a-t-il fait? Quel crime a-t-il commis? Au nom de quelle justice? De quelle loi? A titre de quelle mission? Au nom de quoi, de quelle doctrine, les bourreaux ont-ils agi?


Aucune explication raisonnable à l’antisémitisme, rien n’explique la Shoah. L’aveuglement des régimes, la passivité administrative et diplomatique, l’esprit de Munich ont contribué à l’abandon des Juifs et des victimes.


Comment des dizaines de milliers d’adolescents, fébriles et innocents, portant des pyjamas rayés marqués par une étoile jaune, ont-ils  vécu ces moments terribles  avant de partir dans les trains de la mort, dans les wagons bestiaux de l’enfer? Qui sont ces enfants cachés qui ont échappé à l’abattoir, au massacre? Qui sont les Justes des nations, chrétiens, musulmans, agnostiques et athées, qui ont réussi à sauver de nombreuses vies humaines y compris au Japon, allié d’Hitler? Les questions sont nombreuses et certaines demeurent sans réponses. Notre devoir est de répondre aux jeunes, à toute une jeunesse assoiffée de connaissance et qui aspire à vivre en paix et en sécurité. Nous devons enseigner aux jeunes l’horreur des atrocités et les crimes commis d’une monstruosité  inouïe. C’est notre devoir civique.

La singularité  de la Shoah se distingue non seulement par la dimension quantitative du massacre que dans la désignation des victimes. Des hommes, des femmes et des enfants ont été marqués de l’étoile jaune, déclarés publiquement coupables puis exterminés simplement parce qu’ils étaient nés Juifs.


On assiste aujourd’hui encore à une banalisation de la Shoah.  Le mot “holocauste” est devenu trivial, et il est prononcé  trop souvent pour définir toutes sortes de situations dramatiques ou catastrophes. Le fléau de l’antisémitisme existe toujours sous différentes formes. Certains groupes et mouvements démentent publiquement la Shoah dans des articles et des tribunes y compris en Allemagne. D’autres, en France, évoquent un “détail” durant la Guerre. Des dirigeants de grands peuples, membres de l’ONU, lancent des appels à la destruction de l’Etat juif. Des écrivains, des intellectuels et des évêques intégristes contestent la véracité de la Shoah. Des leaders religieux incitent à la haine du Juif et au culte de la mort. Lors des crises financières et économiques mondiales, les antisémites se réveillent et relancent leur vague de haine contre “ceux qui détiennent le pouvoir de l’argent, les banques et les bourses”. Aujourd’hui encore, en 2013, les Juifs sont toujours sur la sellette, susceptibles d’être désignés comme les boucs émissaires. Nombreux sont ceux en Europe à penser que la crise financière est la faute des Juifs? Pourquoi?!


Nier le passé des peuples c’est nier la vérité. Tout ce qui concerne la Shoah est un devoir sacré. Il a pour but de préserver l’identité de millions d’êtres humains tués sauvagement par des hommes sanguinaires. Nous représentons fidèlement leur héritage et leurs noms. Nous sommes, respectueusement,  les fils et les filles, leurs portes-parole, leurs voix, leurs multiples échos, et leurs tombeaux vivants. 


Le syndrome de la Shoah nous hante toujours car les menaces sont omniprésentes. Dans les moments où Israël regardait la mort en face, dans les circonstances terribles que nous avons vécues, avant la guerre des Six Jours en 1967,  durant la guerre du Kippour en 1973, pendant la Première guerre du Golfe et face à la menace nucléaire de l’Iran, les images de la Shoah resurgissent toujours. Le monde devrait être plus compréhensible à nos souffrances et aux malheurs de notre douloureux passé. Certes, nous réfutons la pitié et le peuple israélien n’est pas malheureux et il se défendra seul pour son existence, mais à chaque menace, devant chaque guerre, nous vivons toujours dans l’angoisse du syndrome de la Shoah. Notre pays se transforme en un ghetto assiégé et nos frontières en celles des barrières d’Auschwitz. Le repli sur nous-mêmes, nos opinions intransigeantes pour notre défense et notre sécurité sont des phénomènes naturels et devraient être pris en considération dans toutes les négociations de paix avec nos voisins arabes.


Cependant, en dépit de la barbarie de la Shoah, le peuple israélien a réussi à garder un visage humain. Sa justice implacable est toujours imprégnée par une morale universelle, celles des valeurs de la Bible et du Judaïsme. La Shoah ne devrait pas non plus servir de prétexte, une raison alléguée pour dissimuler les problèmes et les conflits, une sorte d’alibi pour ne pas éprouver la solidarité, l’empathie envers les malheurs des autres et notamment nos voisins. Les fils et les filles des survivants de la Shoah sont toujours capables de faire des concessions douloureuses pour aboutir à une paix juste et sincère. La force de notre peuple est de pouvoir, dans la douleur et la souffrance, demeurer généreux, prier pour le bonheur de tous sans distinction et poursuivre le chemin de la paix et de la justice contre vents et marées. Il est très important aussi de ne pas faire l’amalgame entre une campagne qui dénonce la politique israélienne dans les territoires et l’antisémitisme. Il est légitime de critiquer telle ou telle politique gouvernementale. Des pays européens amis, tels que la France, la Grande Bretagne ou l’Allemagne ne sont pas aujourd’hui des pays antisémites, mais il existe hélas dans ces pays des antisémites et des négationnistes notoires que nous devons ensemble combattre.  


L’Europe qui a été, en juillet 1938, indifférente au sort des réfugiés juifs rescapés de l’Anschluss devrait prendre plus au sérieux le fléau du négationnisme. Bien que des lois aient été adoptées, seules des sanctions sévères, une vigilance sans relâche et surtout un programme éducatif à tous les niveaux pourront mettre un terme au négationnisme, à la renaissance de l’antisémitisme et aux nouvelles menaces.


L’ancrage de la morale et notre mémoire rendent hommage aux victimes, pour ne jamais oublier! Mettre un terme définitif à la lâcheté, à la barbarie! Au génocide! Pour ne plus que cela ne recommence! Plus jamais ça!


 Freddy Eytan est l’auteur de La Shoah expliquée aux jeunes (Editions Alphée)

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 12:04

 

 

 

                Appels au secours.


                         1936-1945.

 

     Cris de désespoir et accusations des Juifs d’Europe.

 


 

Par Marc-André Chargueraud

 

 

 

 

 

Les Juifs d’Europe désespérés appellent au secours les Alliés et leurs frères du monde libre. Les citations qui suivent sont d’autant plus poignantes qu’elles proviennent de leaders juifs sur le terrain, eux-mêmes victimes des nazis. Plus que les commentaires écrits depuis, elles reflètent directement ce que les contemporains ont vécu et ressenti.

 

                                                    ***

3 juillet 1936 : Hitler est depuis trois ans et demi au pouvoir, et ses lois antijuives ont privé de leur emploi et réduit à la misère des dizaines de milliers de Juifs allemands. Le désespoir s’installe. Ce jour-là, un producteur de films, chassé des studios cinématographiques de Berlin parce qu’il est juif, entre dans la salle où siège l’Assemblée générale de la Société des Nations à Genève (SDN). En pleine session, entouré de journalistes de la presse mondiale, il se suicide. Stephan Lux a 48 ans.


Une lettre explique son geste. Anthony Eden, le ministre représentant la couronne britannique à la SDN, la reçoit. Lux y dénonce les tragiques persécutions nazies qui n’ont pas vaincu « l’indifférence inhumaine du monde ». Il conclut : « Je ne vois aucun autre moyen de toucher le coeur des hommes ».-1-[1] Le sacrifice suprême, il ne peut faire plus. Le monde restera sourd à ses appels. Les athlètes de la terre entière participeront aux jeux olympiques qui ont lieu cette année-là à Berlin sous la présidence du Führer.

                                                        ***

L’éditorial du 3 février 1940 du Brethen Missionary Herald cite le déchirant appel reçu de Pologne occupée par les Allemands. Dans une lettre datée du 12 décembre 1939, on peut lire : « La misère de notre peuple juif en Europe centrale ne peut pas être décrite. (...) Pensez aux 450 000 Juifs du ghetto de Varsovie. Pensez (...) aux milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui errent dans les forêts et les champs en plein hiver, en haillons, à moitié nus, malades, affamés, désespérés, à moitié fous de douleur. Comme dit un témoin oculaire : les vivants envient ceux qui sont déjà morts ».-2-[2] La Shoah n’a pas commencé, mais déjà l’horreur s’est abattue sur les Juifs polonais sans que le monde neutre et au premier rang les Etats-Unis ne réagisse.

                                           

                                                         ***

Eté 1942, Emmanuel Ringelblum est enfermé dans le ghetto de Varsovie. Il lance un pathétique cri de détresse : « Le monde connaît-il nos souffrances ? Et s’il les connaît, pourquoi est-il si silencieux ? Pourquoi le monde n’intervient-il pas, lorsque des dizaines de milliers de Juifs sont tués ? Pourquoi le monde est-il silencieux quand des dizaines de milliers de Juifs sont empoisonnés à Chelmo ? Pourquoi le monde est-il silencieux quand des centaines de milliers de Juifs sont massacrés en Galicie et dans les nouveaux territoires occupés ? »-3-[3] Si le monde libre ne peut intervenir directement, au moins doit-il multiplier les condamnations verbales.

                                                        ***

 

Samuel  Zygielbojm passe les premiers mois de l’occupation allemande à Varsovie, puis il devient  Membre du Conseil national du gouvernement polonais en exil à Londres. En février 1943, il dénonce le silence des Alliés qui abandonnent les survivants juifs d’Europe à leur sort. Il écrit : « Le monde se cache derrière un masque d’incrédulité bien pratique et ne fait rien pour secourir ceux qui sont encore en vie ».-4-[4]  Tourmenté par le manque de réaction des Alliés, Samuel Zygielbojm se suicide le 12 mai 1943.

 

On peut lire dans la lettre qu’il laisse : « La responsabilité de la crise que constitue le massacre de toute la population juive de Pologne retombe en premier lieu sur ceux qui le commettent, mais ce crime est aussi le fardeau qui pèse indirectement sur l’humanité entière, sur les peuples et les gouvernements des nations alliées, qui n’ont jusqu’ici aucunement tenté de prendre des mesures concrètes dans le but de faire cesser ce crime. (...) En observant passivement le meurtre de millions d’êtres sans défense et les sévices infligés à des enfants, des femmes, des vieillards, ces pays sont devenus complices des criminels. (...) Incapable durant ma vie de faire quoi que ce soit, peut-être pourrai-je contribuer par ma mort à briser cette indifférence ».-5-[5] Une mort accusatrice.

 

                                                  ***

 

5 novembre 1943, le Comité National Juif, représentant des combattants juifs en Pologne, écrit au Dr. Schwarzbart, membre du gouvernement en exil à Londres, un sévère avertissement : « Le sang de 3.000.000 de Juifs polonais se vengera, non seulement des meurtriers nazis, mais aussi des indifférents qui se sont contentés de mots et n’ont rien fait pour secourir des mains des bêtes sauvages ceux qui étaient condamnés à l’extermination. Cela, nous ne l’oublierons ni ne le pardonnerons jamais... »-6-[6] Aux accusations succèdent les menaces.

 

                                                       ***

 

10 juillet 1944, à l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme moderne, Ben Gourion accuse : « Qu’avez-vous fait pour nous, vous, peuples épris de liberté, défenseurs des grands principes de démocratie et de fraternité entre les hommes ? Que de crimes n’avez-vous pas permis contre un  peuple sans défense, vous qui assistez sans bouger à son agonie, qui n’avez offert ni aide, ni secours, et n’avez pas demandé aux monstres d’arrêter, dans le seul langage qu’ils pouvaient comprendre, celui du talion ? Pourquoi venir profaner notre douleur et notre colère avec vos creuses formules de compassion, qui sonnent comme une raillerie aux oreilles de millions de damnés des chambres de tortures de l’Europe nazie ? Pourquoi n’avez-vous même pas fourni d’armes à nos révoltés des ghettos, comme vous en avez donné aux combattants clandestins des autres nations ? Pourquoi ne nous avez-vous pas aidé à nous associer avec eux, comme vous l’avez fait pour les partisans de Grèce et de Yougoslavie, et pour les autres mouvements de résistance ? Si, au lieu des Juifs, c’étaient des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards anglais et américains ou russes qu’on avait jour après jour torturés et brûlés vifs et asphyxiés dans des chambre à gaz, auriez-vous agi de la même façon ? »-7-[7] Une accusation étayée du futur président d’Israël.

 

                                                             ***

 

La guerre est gagnée par les Alliés, les survivants juifs sont libérés. A juste titre, ils continuent à se sentir abandonnés.

 

Le 27 mai 1945, le docteur Zalman Grinberg, un survivant qui dès la Libération dirige un hôpital à Saint-Ottilien, s’exclame devant une assemblée de survivants juifs : « Nous sommes libres, mais nous ne savons ni comment ni avec quoi commencer nos vies de liberté et pourtant malheureuses. Il nous semble qu’actuellement le monde ne comprend pas ce que nous avons vécu et connu pendant cette période. Et il nous semble que nous ne serons pas non plus compris dans le futur. Nous avons désappris à rire ; nous ne pouvons plus pleurer ; nous ne comprenons pas notre liberté : probablement parce que nous sommes toujours parmi nos camarades morts ».-8-[8]

 

Le 31 mai 1945, Grinberg s’adresse au Congrès juif mondial à New York : « Quatre semaines se sont écoulées depuis notre libération et pas un seul représentant d’une organisation juive n’est venu (…) pour nous réconforter, pour soulager nos besoins et apporter son aide. Nous avons dû nous prendre en charge nous-mêmes avec nos maigres ressources. C’est l’une de nos premières grandes déceptions depuis la Libération et c’est une réalité que nous ne pouvons comprendre ».-9-[9]

 

                                                    *** 

 

A la mi-juin 1945, Abraham Klausner, un aumônier militaire en Allemagne, se plaint amèrement : « Il y a six semaines les survivants étaient libérés. Ils furent envoyés dans toute une série de camps et restèrent habillés dans ce costume infamant.-10-[10] Ils sont logés dans des habitations impropres à une occupation humaine et ils sont nourris dans de nombreux cas avec moins que ce qu’ils recevaient dans les camps de concentration. Et je n’utilise pas ces mots de façon imprudente. » Il continue : « A quoi servent toutes mes plaintes ? Je ne peux arrêter leurs larmes. L’Amérique était leur espoir et tout ce que l’Amérique leur a donné, c’est un nouveau camp avec des gardes en kaki. La liberté, bon Dieu non ! Ils sont derrière des murs sans espoir. Juifs d’Amérique, ne pouvez-vous pas élever le ton ? Leaders de notre peuple, criez pour demander une nouvelle aurore pour ceux qui ont haï le crépuscule chaque jour ! Il en reste si peu ».-11-[11]

 

Un mois plus tard la situation reste inchangée.  Abraham Klausner constate pendant une conférence le 25 juillet 1945 : « Nous avons informé toutes les organisations juives à l’étranger sur nos camps, mais personne n’est venu à notre secours (…) De ce que nous avons demandé en matière d’assistance, il ne faut compter sur rien. L’UNRRA nous a promis des vêtements et des chaussures.-12-[12] Nous n’avons rien reçu. Il semble que nous devions prendre soin de nous-mêmes, trouver notre propre nourriture, trouver nos propres habits. Nous avons appelé à l’aide les Juifs du monde entier. Jusqu’ici ils ont failli ».-13-[13] L’accusation s’adresse directement aux Juifs.

 

 

 



[1]-1- HAHN Arnold, Vor den Augen der Welt, Warum Starb Stephan Lux, Prague 1936, in GILBERT Martin, The Holocaust, The Jewish Tragedy, Harper Collins, New York, 1986, p. 53.

[2]-2- ROSS Robert,  So it was True : The American Protestant Press and the Nazi Persecution of the Jews, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1980, p. 142.

[3]-3- RINGELBLUM  Emmanuel, Notes from the Warshaw Ghetto ; The Journal of Emmanuel Ringelblum, McGraw Hill, New York, 1958, p. 296.

[4]-4- BAUER  Yehuda,American Jewry and the Holocaust : The AJJDC 1930-1945, Wayne State University Press,  Detroit,1981, p. 331.

[5]-5- WYMAN David, L'abandon des Juifs. Les Américains et la solution finale, Flammarion, Paris, 1987, p. 167.

[6]-6- DRUKS Herbert,The Failure to Rescue, Robert Speller and Sons, New York, 1977, p. 30.

[7]-7- BAUER, Yehuda, Juifs à Vendre : Les Négociations entre Nazis et Juifs, 1933-1945, Liana Levi,  Paris, 1996, p. 269.

[8]-8- HILLIARD Robert L. Surviving the American : The Continued Struggle of the Jews after Liberation, Seven Stories Press, New York,1997, p. 22. GILBERT Martin, The Holocaust. The Jewish Tragedy, Harper Collins Publishers, New York, 1987, p. 810 Grinberg est un survivant du ghetto de Kovno, des marches de la mort et du camp de Dachau.

[9] -9- IBID. p. 79. Mankowitz 2002, p. 31.

[10] -10-Pyjamas rayés imposés par les Allemands à leurs prisonniers. Ces camps sont des centres de regroupement avant rapatriement.

[11] -11-GROBMAN Alex, Rekinling the Flame. American Jewish Chaplains and the Survivors of Europeean Jewry 1944-1948, Wayne State University Press, Detroit, 1993, p. 65 et 66, Lettre à Philip Bernstein, directeur exécutif du Committee on Army Religious Activity (trois associations de rabbins).

[12] -12-URRA. Administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction.

[13]-13- GROBMAN, op. cit. p. 122. Conférence à Saint-Ottilien réunissant  les représentants des survivants juifs en Allemagne et en Autriche.

 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 17:40

 

      Le pacifisme porte sa part de responsabilité dans le génocide.      

 

 

Par Marc-André Chargueraud                                

 

 

« Le jour du boycott a été le jour de la plus grande lâcheté. Sans cette lâcheté, tout ce qui suivit ne serait pas arrivé », écrit après la guerre le Rabbin Léo Baeck, président de la communauté juive d’Allemagne.-1- Il se réfère au boycott de tous les magasins et entreprises juives le 1er avril 1933. Il pense qu’une intervention des puissances occidentales aurait changé le destin des Juifs d’Europe. Le Rabbin Stephen Wise, président de l’American Jewish Congress, le rejoint lorsqu’il écrit : « La guerre contre nous (les Juifs) a commencé avant la guerre mondiale... si vous, si nous qui avions un pouvoir spirituel et moral, nous avions pu pousser l’Amérique, l’Angleterre et la France à intervenir pour le compte des innocents qui périrent, la guerre ne serait peut être pas arrivée »-2-.

 

Wise estime dans un autre écrit que « la paix par l’apaisement et la capitulation devant Hitler... est plus horrible et plus définitive que l’enfer ». Toutefois, son l’attitude est ambiguë. Il refuse l’entrée en guerre des Etats-Unis pour sauver des vies juives. Il poursuit : « Ma répugnance (pour Hitler) et ma sympathie pour l’Angleterre et la France ne m’entraîneront pas à préconiser la guerre ».-3- Cela ne revient-il pas à dire aux Alliés européens : ne capitulez pas devant Hitler, mais je ne vous encourage pas à agir ?

 

En ce premier printemps où Hitler est au pouvoir, de nombreuses personnalités françaises de premier plan croient, de leur côté, que l’on peut apaiser le Chancelier avec des discours moraux. Dans la grande tradition des vœux pieux imprégnés de rhétorique humanitaire, elles se contentent d’élans verbaux qui élèvent l’âme de ceux qui les prononcent, mais ne viennent en aucune façon au secours des victimes. A propos du boycott du 1er avril 1933, Léon Blum  met en garde contre « toutes réactions nationalistes » et estime qu’il faut répondre à la force par « la révolte des consciences ».-4-  Pour Edouard Herriot : « On ne doit répondre à la violence que par la sérénité et la douceur (…). Il faut défendre ceux qui souffrent et, par fidélité au devoir humain, travailler à l’avènement de la confiance universelle ».-5- Dans le même sens, en juin 1940, le pasteur emblématique du Chambon-sur-Lignon, André Trocmé, estime que « le devoir du chrétien, c’est d’opposer les armes de l’Esprit à la violence exercée sur leur conscience »-6-.

 

En juillet 1933, au Congrès du parti socialiste, Léon Blum développe une stratégie qui peut aujourd’hui surprendre. Il déclare que « voter des crédits militaires, ce serait peut-être l’acte le plus dangereux pour la paix que nous puissions commettre (...) une seule garantie peut désamorcer un conflit (...) c’est le désarmement général, afin que le moyen matériel manque à l’agresseur, que les états soient contraints de soumettre leurs litiges à l’arbitrage de la Société des Nations ».-7-

 

Plus tard, en août 1947, devant une commission parlementaire, Blum reconnaîtra une certaine naïveté dans ces propos. Blumexplique qu’« il existait un moyen peut-être unique de prévenir la guerre de 1939. Ce moyen consistait à pratiquer, dès la prise de pouvoir de Hitler, une action préventive. Si nous avions proposé à cette époque, les autres partis socialistes et nous, d’interdire par la force l’installation en Allemagne du gouvernement nazi, je crois que nous aurions entraîné l’opinion publique et la majorité des parlements ». Mais il ajoute : « Nous ne l’avons pas fait, parce que nous avions une horreur religieuse de la guerre ».-8- Le dogmatisme l’a emporté sur la réalité.

Le discours est le même chez les socialistes d’Outre-Manche. « Nous sommes en faveur des sanctions économiques... nous soutenons le système de la Société des Nations (...). Nous ne croyons pas qu’actuellement il existe une nécessité appelée défense nationale. Nous pensons que l’on doit se diriger vers le désarmement et non amasser des armes », déclare Clément Attlee aux Communes le 22 octobre 1935.-9-  « Une croisade armée des démocraties (...) ce serait un crime (...) nous sommes les serviteurs de la paix. Elle impose des lois strictes et sévères : tu ne tueras point, à moins qu’on attente à ta vie »,  s’exclame en écho Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’homme.-10- Quant à savoir à partir de quel moment Hitler attenta à la vie des autres, le philosophe ne le précisait pas. 

Dix mois avant le conflit, le lendemain de la Nuit de Cristal, le grand rabbin Weill suit la même ligne de conduite, dans le Matin daté du 19 novembre 1938 où il écrit : « Nul ne compatit plus que moi, vous pouvez l’imaginer, à la misère des 600.000 israélites allemands. Mais rien non plus ne m’apparaît plus précieux et plus nécessaire que le maintien de la paix sur cette terre ».-11- Certes, mais alors il faut  accepter les conséquences de l’inaction et elles seront terribles.          

Simone Weil, la célèbre philosophe chrétienne pratiquante d’origine juive, pousse le raisonnement pacifiste au-delà des limites raisonnables. Elle déclare préférer l’hégémonie allemande à la guerre, même si cela signifie l’existence de certaines lois contre les Juifs et contre les communistes. -12- Elle  écrit ainsi : « Les petits pays sont faits pour tomber sous la domination des plus puissants. Si l’on tente de s’y opposer, le recours aux armes devient presque inévitable »,  et de conclure : « La cause du droit et de l’humanité ne serait pas trahie par le sacrifice de la Tchécoslovaquie. Au contraire son véritable intérêt serait respecté ». -13-

Félicien Challay, un pacifiste radical, militant fidèle de la Ligue des Droits de l’homme, communiste de 1920 à 1924, tire la conclusion de ce pacifisme extrême face à l’Allemagne : « Une occupation causerait moins de morts, moins de ruines, moins d’injustices, moins d’humaines douleurs que la guerre ayant pour but de l’éviter ».-14- La Shoah a montré la faiblesse de cette affirmation.

Cela n’empêche pas André Trocmé, président du Mouvement international de la réconciliation (MIR), de continuer à soutenir en 1961  d’une façon plus élaborée la même politique :-15- « Aujourd’hui encore, lorsque l’on discute du problème du “moindre mal”, on néglige toujours l’être humain en tant qu’individu. On dit : notre peuple est menacé d’extermination, ou : l’avenir de la civilisation, des valeurs morales, de la vraie religion est en jeu ; ou encore : nos institutions sont garantes des droits de l’homme et pour sauver les droits de l’homme, nous devons temporairement mettre de côté nos scrupules et user de violence, en sacrifiant des hommes pour sauver l’humanité » :-16-

Tout est une question de mesure. Ne valait-il pas mieux sacrifier quelques dizaines, quelques centaines d’hommes au plus pour mettre un frein à la montée en puissance du nazisme au moment de la réoccupation de la Rhénanie en mars 1936 ? 

Il faut conclure avec Oscar Rosowsky « que la non-violence comme stratégie systématique est inadaptée aux situations où règnent le double langage et la violence de type totalitaire. La non-violence implique un minimum de respect pour le concept de l’humanité et un langage commun entre adversaires. Le double langage ne le permet pas. Pour avoir pu croire que “certaines choses étaient possibles”, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants extrêmement pacifistes ont été broyés, liquéfiés, avilis et réduits en cendres ».-17-

 

 

 

 

-1-LEVIN  Nora, The Holocaust Years, Robert  Krieger,  Malabar, Florida, 1990,  p. 22. Après avoir été président de l’Association des Rabbins Allemands, Leo Baeck fut membre du Central Verein Deutscher Staatsburger Jüdischen Glaubens, avant de devenir en septembre 1933 président de la Reichsvertretung des Deutschen Juden, l’organisation faîtière.

-2-DRUKS Herbert, The Failure to Rescue, Robert Speller and Sons, New York, 1977, p. 31. Stephen Wise était président de l’American Jewish Congress..

-3-BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 108.

-4-THALMANN Rita,L’Antisémitisme en Europe Occidentale et les Réactions face aux Persécutions Nazies des Juifs pendant les Années Trente in François FURET, dir. L’Allemagne nazie et le Génocide juif, Gallimard/Le Seuil, Paris 1985, p. 140. Léon Blum, chef du parti socialiste SFIO et Premier ministre.

-5-SHOR Ralph, L’opinion française et les étrangers en France, 1919-1939, Publications de la Sorbonne, Paris,1985, p. 615. Herriot, président du parti radical, dans l’Oeuvre du 9 avril 1933.

-6-www.chambon.org/lesl_texte_1940_fr.htm

-7-JELEN Christian, Hitler ou Staline : le prix de la paix, Flammarion, Paris, 1988, p. 90. Après 1938, Blum prône le réarmement. Hitler se retirera de la Société des Nations en octobre 1933 parce qu’il n’a pas obtenu l’égalité de traitement pour son pays dans le domaine du désarmement.

-8-Ibid. p. 58.

-9-CHURCHILL Winston, The Second World War, Cassell&Co. Londres, 1948, p. 35.

-10-JELEN, op. cit. p. 157.

-11-WEINBERG David, Les Juifs à Paris, 1933-1939, Calmann-Levy, Paris, 1974, p. 26.

-13-PETREMENT Simone, La vie de Simone Weil, Paris, 1973.

-14-JELEN, op. cit. p. 187 et 197.

-15-Ibid. p. 87.

-16-MIR : Une association de pacifistes et d’objecteurs de conscience.

-17-TROCME André, Jésus et la révolution non violente, Labor et Fides, Genève, 1961, p. 171.

-18-ROSOWSKY Oscar, Les faux papiers d’identité au Chambon-sur-Lignon, 1942-1944, in ENCREVE André et POUJOL Jacques, éd. Les Protestants français pendant le Seconde Guerre mondiale, SHPF, Paris, 1994, p. 255.

 

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 21:07

 

Israël, le Crif et les ‘’valeurs’’ de La Cimade

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La Cimade selon sa définition est une association charitable de «solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile ». Sa devise est « L’humanité passe par l’autre ». A ce titre, cette association est, assurent ses délégués régionaux en région PACAFrançoise Rocheteau et Jean-Pierre Cavalié, « maintes fois mentionnée dans le livre des Justes pour les actions très courageuses que nombre de ses membres ont mené au cours de la seconde guerre mondiale en faveur de toutes les personnes recherchées par les autorités allemandes et françaises. Juifs essentiellement, (…) »
Au nom de cette histoire, la Présidente du CRIF Marseille Michèle Teboul, dans unelettre datée du trois décembre 2012, a invité La Cimade Provence-Alpes-Côte d’Azur à participer le vingt janvier 2013 à une manifestation commémorant le soixante-dixième anniversaire des rafles du centre ville de Marseille.  
Dans leur réponse, ces mêmes délégués ‘’au nom des valeurs’’ qui les animent ont repoussé l’invitation car « engagés sur une question qui nous oppose : la politique, à nos yeux coloniale et discriminatoire de l’Etat d’Israël à l’encontre des Palestiniens, en violation du droit international ». Ne désirant ni « garder silence » sur leurs convictions ni « faire scandale » en ce jour de recueillement, ils ne seront donc pas sur place pour rappeler le souvenir de ceux qui furent raflés, déportés puis assassinés. Qu’ils soient Juifs, opposants politiques, Tsiganes, Rom ou homosexuels.
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La première question qui interpelle tout quidam honnête est de chercher à connaître la nationalité du CRIF ? Cette association est-elle israélienne ou même représentant de ce pays en France pour que le sujet du conflit lui soit opposé ainsi ?
La deuxième interrogation tend à savoir si la divergence d’opinion excuse ce mépris à l’encontre de la mémoire de disparus ? Est-ce dorénavant un délit que de s’afficher pro-israélien ?
Mais le plus important n’est pas à proprement parler dans ces deux questions mais dans les ‘’valeurs’’ affichées par La Cimade dans leur courrier expliquant leur renonciation à participer à la cérémonie.
La première d’entre elles serait « L’humanité avant la nationalité ».
Faudrait-il que les Israéliens fassent passer ‘’l’humanité’’ du Hamas, du Djihad islamiquevoire même du Fatah du ‘’modéré’’ Mahmoud Abbas refusant l’existence d’un état pour le peuple juif, avant la défense de l’état qui les protège ? Cette valeur ‘’humaine’’ les aurait-elle protégés, au mieux, de la qualité d’apatrides qui leur était et leur est toujours destinée ?
Bien sûr que non !
La deuxième valeur est « la responsabilité avant l’obéissance » qui rappelle les actions desJustes face à la barbarie des nazis.
Un juste, quel qu’il soit, aurait-il refusé d’obéir à l’ordre de défendre son pays et donc sa famille, ses proches et tous les autres du danger de les voir jetés à la mer en 1948, 1956, 1967, 1973, etc. ? Est-ce responsable de voir toutes les offres israéliennes de paix rejetés par les ‘’Palestiniens’’ qui, parallèlement, exigent un « droit de retour » de millions de « réfugiés » au sein même du seul état du peuple juif à travers la planète, afin de l’éradiquer par la démographie ? N’est-ce pas là une preuve flagrante d’inhumanité provenant du sentiment nationaliste ‘’palestinien’’ que condamne La Cimade ?
L’a-t-elle un jour condamné ? Pas à ce jour !

La dernière valeur mise en avant assure « Le droit avant les lois ». A savoir, le droit fondamental de la personne humaine que La Cimade oppose à l’Etat d’Israël. Un droit qui doit pousser tout citoyen israélien à désobéir aux lois du pays librement décidées par ses élus.
Quand bien même ce pays ferait face à un objectif d’éradication déclaré de la part des ‘’Palestiniens’’ mais aussi de très nombreux pays musulmans ? En un mot, l’israélien doit-il se suicider quitte à oublier son propre droit fondamental à vivre en toute sécurité chez lui ?
Evidemment que non !
Les valeurs affichées par La Cimade et sa logique s’articulent autour de la supposition qu’elles sont partagées par les ‘’Palestiniens’’ mais aussi par l’ensemble des pays musulmans. Ce qui n’est évidemment pas le cas ! Chacun admettra que le nationalisme musulman efface l’humanité individuelle, l’obéissance à tout prix déresponsabilise et la loi de l’Ouma gomme les droits fondamentaux.  
Triste mais réel !
De quoi brider la confiance des Israéliens dans l’idéologie qui mène La Cimade et la rend aveugle à cette réalité. Un rejet qui évitera à celle-ci de commémorer la mémoire des Israéliens ayant été naïfs d’avoir cru que « l’humanité passe par l’autre», en l’occurrence l’ennemi, voire d’écarter une invitation à s’y rendre.
******************
Lire la réponse de Michèle Teboul à La Cimade.
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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