Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 15:07

BANNER-SENTINELLE.jpg

 

Visions contradictoires du ‘Plus jamais ça’



Jerusalem Post 02/

http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Article.aspx?id=218892

Adaptation française de Sentinelle 5771 ©


Vers la fin, l’Holocauste fit rage jusqu’à ce que les Alliés gagnent la guerre.


Il ne devait pas en être ainsi. Si on avait laissé les Juifs quitter l’Europe, l’Holocauste aurait pu être prévenu. Mais le seul endroit qui voulait bien de nous n’était pas autorisé à nous prendre. Les nations du monde entier fermèrent leurs portes. Seuls les Juifs de la Terre d’Israël voulaient des Juifs d’Europe. Mais les Britanniques empêchaient leur arrivée.

La Ligue des Nations confia à la Grande Bretagne un Mandat sur la Palestine pour faciliter l’immigration juive vers le foyer national juif de façon à faire avancer la cause de la souveraineté juive. Mais des obligations légales ne pouvaient entrer en concurrence avec la conviction britannique que ses intérêts personnels reposaient sur les Arabes. Aussi depuis 1939, les Britanniques fermèrent les portes de la terre d’Israël au Peuple juif. Ce faisant, ils scellèrent effectivement le destin de six millions de Juifs.

Aussi bien les USA et la Grande Bretagne étaient conscients de ce que les nazis préparaient depuis le début, mais ils refusèrent de prendre la moindre mesure efficace pour sauver les Juifs. Ils refusèrent de bombarder des voies ferrées conduisant à Auschwitz, ou les fours crématoires des camps de la mort. Ils refusèrent de bombarder Auschwitz alors que les pilotes alliés étaient envoyés en mission de bombardement à quelques km de là. De même, ils refusèrent de bombarder l’un des nombreux camps de la mort parsemant le paysage de l’Europe occupée par les nazis.

Il y a avait deux raisons principales pour lesquelles les Alliés se comportèrent ainsi. Tout d’abord, ils ne débordaient pas d’affection pour les Juifs. Ce n’est pas que les Américains ou les Britanniques soutenaient leur annihilation, mais ils n’en n’étaient pas suffisamment contrariés pour faire quoi que ce soit pour l’arrêter.

L’antisémitisme n’est pas la principale raison pour laquelle les Alliés ne firent rien. La principale raison était, que cela vous plaise ou pas, que les Alliés ne pouvaient pas décider pourquoi ils devraient s’en occuper. Morts ou vivants, les Juifs ne faisaient pas partie de leurs plans de guerre.

Pour la Grande Bretagne, l’objectif de la guerre était de survivre.


Pour les Américains il était de défendre la cause de la liberté et d’ouvrir la voie pour l’émergence de l’Amérique comme dirigeant du monde libre. La survie des Juifs n’était pas considérée importante pour atteindre ces objectifs, aussi les Alliés attendirent pendant que les ghettos étaient liquidés et les chambres à gaz commençaient d’opérer à pleine capacité.


Après la guerre, la communauté juive mondiale adopta « Plus jamais ça » comme cri de ralliement. Mais « Plus jamais ça » n’est rien qu’un slogan. Il incomba aux dirigeants du Peuple juif de concevoir les moyens de prévenir une récurrence de l’Holocauste.


Ces dirigeants arrivèrent avec deux stratégies différentes pour protéger les Juifs d’un génocide, et leurs partisans formèrent des camps séparés. Alors que les premières années, les positions séparées semblèrent se compléter mutuellement, depuis les années 1970, le fossé entre elles s’est constamment agrandi. De fait, nombre de ces divisions de la communauté juive mondiale aujourd’hui prennent leur source dans cette division politique de l’après Holocauste.


La première stratégie était fondée sur la loi internationale et les droits de l’homme. Ses champions mettaient en avant que la raison pour laquelle les Alliés n’avaient pas sauvé les Juifs, c’était parce que les lois enjoignant aux alliés de nous secourir d’un côté, et interdisant aux nazis de nous tuer d’un autre côté, étaient insuffisamment fortes. S’ils pouvaient promulguer un nouveau régime mondial de loi humanitaire international, ils pensaient pouvoir obliger les gouvernements à s’élever au-dessus de leurs haines et des chaînes de l’étroitesse d’esprit de leurs intérêts nationaux pour sauver des enfants du massacre. Non seulement leur vision devait protéger les Juifs, mais elle protègerait tout un chacun.


Les Juifs qui soutinrent la stratégie des droits de l’homme pour empêcher un autre Holocauste furent les architectes des Nations Unies, de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, des Conventions de Genève de1949 et de la Convention sur le Génocide. Ils furent les fondateurs du régime des droits de l’homme qui prévaut tant aujourd’hui dans le discours occidental sur la guerre et la paix. 


Malheureusement, les institutions que ces Juifs idéalistes ont conçues ont été corrompues par les forces politiques qu’ils espéraient vaincre.

Par suite, le régime international des droits de l’homme qu’ils ont créé a totalement échoué dans l’accomplissement de ce qu’ils espéraient. A la place, le régime qu’ils ont créé pour protéger les Juifs est aujourd’hui une arme essentielle dans la guerre menée contre eux.


Les Juifs ne sont pas les seules victimes de l’échec du modèle de la politique des droits de l’homme. Cambodgiens, Rwandais, Darfouris et d’autres peuvent aussi témoigner de son effondrement.

Il existe deux raisons qui expliquent l’échec du paradigme des droits de l’homme. La première, c’est qu’il n’est pas parvenu à reconnaître l’adaptabilité de la haine antijuive. L’antisémitisme est l’une des haines les plus difficiles à identifier parce qu’elle se modernise constamment pour s’adapter aux courants politiques et sociaux de l’époque. Depuis que l’antisémitisme de style nazi s’est démodé avec la défaite de l’Allemagne, les visionnaires des droits de l’homme ont cru que les gens seraient gênés de mettre la haine en avant.


A la place, guidés par les soviétiques, ceux qui haïssent les Juifs ont modernisé leur langage. Ils ont cessé de parler du contrôle juif sur les affaires du monde et ont commencé de parler du contrôle sioniste sur les affaires mondiales.


A l’opposé des Européens, les Arabes qui haïssent les Juifs ne ressentent pas l’obligation sociale de cacher leur antipathie contre les Juifs dans leurs propres sociétés. Mais en reconnaissant où l’Occident se tient sur cette question, ils ont ajouté la forme socialement acceptable de l’antisémitisme d’après-guerre – l’antisionisme – à leur répertoire. Par exemple, avec ses allégations de conspirations juives et franc-maçonnes pour prendre le contrôle du monde, et ses citations des ‘Protocoles des Sages de Sion’, la Charte du Hamas inclut aussi un paragraphe consacré à l’apartheid, au génocide, à l’impérialisme et aux atteintes aux droits de l’homme sionistes.


Quand les sympathisants occidentaux des Palestiniens dans les media, les affaires étrangères, l’université, etc, rapportent des accusations palestiniennes contre Israël, ils leur accordent crédit avec enthousiasme, tenant pour acquis des faits qui sont manifestement de fausses allégations de porte-parole palestiniens sur les atteintes aux droits de l’homme, le génocide et l’apartheid israéliens. Efficacement cependant, ces Occidentaux gardent le silence et traitent avec respect les mêmes officiels palestiniens quand ils allèguent des conspirations sionistes criminelles et se livrent aussi à des attaques antisémites politiquement incorrectes.


Leurs déclarations sur l’empoisonnement de leurs puits, et l’infection par le SIDA de leurs enfants par les Israéliens ne sont pas relevées.


Les théories occidentales de la conspiration juive, triées sur le volet par des occidentaux ayant de la jugeote mais haïssant les Juifs, démontrent l’absurdité de l’affirmation que l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme.


Comme la haine antijuive ancienne manière, l’antisionisme inverse la réalité de la vulnérabilité juive et leur victimisation de façon à justifier la haine irrationnelle des Juifs et à dénier les droits fondamentaux à l’autodéfense des victimes juives.


La corruption du paradigme des droits de l’homme par les antisémites au service de leur politique de haine antijuive est sûrement une raison majeure pour laquelle le modèle des droits de l’homme pour la prévention des génocides a échoué. Mais ce n’est pas la seule cause de cet échec. L’autre raison, c’est parce que ses prémisses s’appuient sur une compréhension naïve et incorrecte de la gestion des affaires publiques.


Les champions des droits de l’homme et de la loi humanitaire ont cru que si des lois étaient imprimées dans des livres, si des conventions internationales étaient ratifiées par des démocraties, alors le monde s’y plierait. Mais ce n’est pas le cas.


Exactement comme les Britanniques ont ignoré les obligations de la loi internationale pour faciliter l’installation des Juifs sur la terre d’Israël quand ils ont senti qu’il était de leur intérêt de favoriser les Arabes, de même les gouvernements aujourd’hui ignorent de façon courante leurs obligations légales internationales si en s’y pliant, cela va à l’encontre de la perception de leurs intérêts.

Cette vérité a été démontrée crûment en décembre dernier, avec la publication de l’enregistrement d’une conversation de mars 1973 tirée de la bibliothèque Nixon, entre le président d’alors Richard Nixon et son secrétaire d’Etat Henry Kissinger, concernant la perspective d’un génocide soviétique des Juifs soviétiques.

Kissinger affirmait : « S’ils mettent les Juifs dans des chambres à gaz en Union soviétique, ce n’est pas un problème américain. Peut-être un problème humanitaire ». Nixon répondit : « Je sais. Nous ne pouvons pas faire sauter le monde à cause de ça ».

Leurs opinions n’étaient pas un simple témoignage de l’indifférence des deux hommes envers le destin des Juifs soviétiques. Ils sont instructifs parce qu’ils montrent comment les dirigeants mettent des priorités dans leurs stratégies politiques.


Nixon et Kissinger s’opposaient probablement au génocide de la communauté juive soviétique, mais il était plus important d’éviter une politique qui pourrait « faire sauter le monde ».

Dans le même esprit, les USA ont choisi de ne rien faire lors des génocides au Cambodge, au Rwanda et au Darfour, parmi d’autres.


Le traitement des Juifs en particulier par les USA et les Européens, et des survenues de génocide en général depuis l’Holocauste, a démontré clairement que les deux présomptions du paradigme des droits de l’homme étaient erronées.

L’antisémitisme est une maladie incurable.

Israël est la cible d’une campagne antisémite, d’une politique génocidaire qui emploie le langage des droits de l’homme pour se justifier. Et des hommes et des femmes par ailleurs moraux ignorent simplement sa malignité quand ils croient que leurs intérêts sont mieux servis en ne s’y opposant pas.

Les relations au sein du judaïsme ont été une victime secondaire de l’échec du paradigme des droits de l’homme. Confrontés à l’échec et à la corruption de leur paradigme favori aux mains des antisémites, beaucoup d’activistes juifs des droits de l’homme ont abandonné leurs compagnons juifs et Israël pour maintenir leur allégeance au modèle des droits de l’homme, antisémite et corrompu.


Pour ces partisans des droits de l’homme, le succès stupéfiant de l’autre stratégie juive après l’Holocauste pour donner une signification au slogan « Plus jamais ça », est particulièrement agaçant.


Cette politique est le Sionisme.

Le Sionisme ne soucie pas de la façon dont les gens doivent se comporter, mais de ce qu’ils sont capables de faire. Les Sionistes comprennent que les gens se trouvent dans un amalgame de passions et d’intérêts. L’Holocauste a pu survenir parce le seul Peuple avec une passion et un intérêt permanent dans la défense des Juifs, ce sont les Juifs. Et quand les nazis sont montés au pouvoir, les Juifs étaient sans foyer et sans pouvoir.

Les Juifs qui adoptent l’approche des droits de l’homme critiquent la vision du Sionisme comme étant isolée et militariste. Ce qu’ils ne parviennent pas à reconnaître, c’est que toute nation qui réussit repose sur elle-même, et vit par l’épée.

Seuls ceux qui dissuadent leurs agresseurs sont capables de s’attirer des alliés. Personne ne se tiendra aux côtés d’une nation qui ne se défendra pas elle-même.

Le Jour du souvenir de la Shoah, que nous marquons lundi 2 mai 2011, est blotti entre Pessah’ et le Jour de l’indépendance pour une raison. Aussi bien dans les temps antiques et modernes, la seule façon pour les Juifs – ou pour tous les autres – de protéger leur liberté et leurs vies est d’être capables de se défendre, dans leur propre pays.

La campagne pseudo droits-de-l’hommiste contre Israël menée au nom d’un antisémitisme à la mode antisioniste représente une justification totale du modèle sioniste. Le Sionisme est la seule manière d’assurer la survie juive. C’est la seule manière d’assurer que face aux menaces croissantes, « Plus jamais ça » signifiera Plus jamais ça.



caroline@carolineglick.com 

Partager cet article
Repost0
3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 13:37

SHOAH : MÉDECIN, PÉDIATRE, ÉCRIVAIN, LE NOM DE JANUSZ KORZACK, RESTERA GRAVÉ DANS LES MÉMOIRES COMME UN HÉROS QUI S'EST SACRIFIÉ POUR LES ORPHELINS.

MAY 201102

 

Par Astrid Ribois
Rubrique: Shoah
Publié le 2 mai 2011

 

http://www.israelvalley.com


 

Janusz KorzackMédecin, pédiatre, écrivain, le nom de Janusz Korczack (photo), restera gravé dans les mémoires comme un héros qui s’est sacrifié pour les orphelins dont il s’occupait lors de la seconde guerre mondiale. Portrait d’un homme, dont le courage a fait de lui un héros des enfants polonais.

En dehors de la Pologne, Janusz Korczak, né le 22 juillet 1878, est surtout connu pour son dernier acte véritablement héroïque : incarcéré dans le Ghetto de Varsovie avec près de deux cents enfants de l’orphelinat qu’il dirigeait, il a décidé de refuser d’être sauver par des amis polonais pour accompagner les orphelins vers Treblinka où une mort certaine les attendait.

Il y avait toutefois beaucoup à admirer dans la vie de ce héros avant cette fin tragique. Janusz Korczak, de son vrai nom Henryk Goldszmit, était un médecin et un auteur, dont les écrits sont basés sur une observation attentive. Ces nombreuses œuvres, dédiées à la pédagogie, dont l’emblématique ’’Le roi Mathias, sont toutes aussi empathiques que perspicaces.

En 1912, après avoir servi dans la guerre russo-japonaise en tant que docteur militaire, il établit un orphelinat pour les enfants juifs de Varsovie qu’il organise comme une démocratie microcosmique : ‘’La république des enfants’‘. Les enfants avaient leur propre parlement, leurs propres journaux et un tribunal, dans lequel ils débattaient des transgressions contre les règles de l’école et des sanctions appropriés, ces dernières étant souvent levées du fait de la compassion des enfants. Ainsi, Janusz Korczak a administré une éducation par une justice naturelle et une psychologie éthique.

Ses convictions sur l’éducation étaient guidées moins par la théorie que par un humanisme sans borne. Il croyait en la dignité pleine et entière des enfants – ‘’le plus vieux prolétariat du monde’’ – et leur besoin d’amour et de respect. Encore aujourd’hui, ses livres pour enfants sont toujours lus en Pologne.

Il est notamment le précurseur de l’application des droits de l’enfant – le droit à l’expression, à la parole, la participation, le droit d’association – établis de manière officielle par la Convention des Nations-Unies pour les droits de l’enfant en 1989.

En 1934 et 1936, Janusz Korczak s’est rendu en Palestine. Influencé alors par les mouvements des Kibboutz, il était convaincu que tous les Juifs devaient émigrer en sur cette terre.

En 1939, lorsque le pays a été envahi par l’Allemagne et l’Union soviétique, il s’est porté volontaire pour servir comme officier dans l’armée. Sa requête n’a cependant pas été écoutée, en raison de son âge déjà avancé, 61 ans. Son orphelinat a par la suite été transféré dans le Ghetto de Varsovie. Là, il n’a cessé de tentait de nourrir les enfants dont il avait la charge mais aussi de continuer à nourrir leur esprit. Il refusait notamment de porter l’étoile jaune que les nazis avaient désacralisée. A plusieurs reprises, ses amis polonais lui ont proposé de s’échapper du Ghetto. Il a toutefois toujours refusé, préférant ne pas abandonner les orphelins.

Pour préparer ses protégés à la mort qui les attendait, il avait joué une pièce de Rabindranath Tagore, à la fois poignante et déchirante, sur la mort d’un enfant. Son courage et sa compassion à toute épreuve se sont manifestés jusque dans ses derniers instants. En août 1942, il a décidé d’accompagner volontairement les deux cents enfants de l’orphelinat, déportés vers les chambres à gaz du camp de Treblinka.

Un monument pour commémorer son courage sans faille a été érigé au cimetière juif de Varsovie ainsi qu’à Yad Vashem. Sur ce dernier, Janusz Korczal est représenté avec douze enfants symbolisant les douze tribus d’Israël.

Source: Astrid Ribois / Guysen.com

Partager cet article
Repost0
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 12:43

 

 

Documentaire Yom Ha Shoah

 

 

 

 

Gros titre du journal Israël Hayom aujourd’hui : Le monde a-t-il vraiment tiré les leçons de la Shoa ? 
Voir aussi : des pilotes de l’armée israélienne visitent la Pologne et Auschwitz et participent à l’anniversaire des 85 ans de l’armée de l’air polonaise


Par Aschkel

 

Envoyé par Eliyahou, coréalisateur avec un ami belge (non-Juif, précise t-il...) : 

 

 

 

 

 

 


Partager cet article
Repost0
1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 09:29

 

Cet article est extrait d’un livre dont le premier tome paraîtra au premier semestre 2012 sous le titre :


La Shoah revisitée.

50 idées reçues et événements méconnus.  

 

       Pas d’aide des Alliés pour les neutres 

                  accueillant les réfugiés.

                            1942-1944.

 

        Des dizaines de milliers de Juifs auraient pu être sauvés.

 Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2011

 

Pour © 2011 lessakele  et © 2011 aschkel.info 

   

Dans les mois qui suivent la victoire allemande sur la Hollande, la Belgique et la France, des milliers de personnes fuyant les nazis cherchent refuge dans les pays européens neutres. Parmi eux on compte de nombreux Juifs qui veulent échapper à leurs tortionnaires. La situation géographique de l’Espagne et de la Suisse les place au premier rang des pays d’accueil possibles. Au début de l’année 1942, la situation devient pressante. Les Etats-Unis sont entrés en guerre, les massacres de la Shoah ont débuté ; en novembre, la zone libre française, point de passage vers la liberté, est occupée par la Wehrmacht.

 

L’Espagne n’a jamais toléré plus de 2 000 réfugiés sur son sol. Son ministre des Affaires étrangères explique « qu’en aucune circonstance nous ne permettrons aux Juifs de rester en Espagne ». Un réfugié n’y est admis légalement que s’il possède un visa pour un autre pays. Les réfugiés qui ont passé la frontière clandestinement sont internés dans le trop fameux camp de Miranda de Ebro où les conditions de survie sont aléatoires. Une perspective décourageante pour les candidats au départ. L’Espagne est un pays affamé et ruiné par des années de guerre civile. Une aide financière et des approvisionnements venus d’outremer auraient permis l’accueil de plus nombreux réfugiés.

 

Pendant la guerre, la Suisse, encerclée par le Reich et l’Italie, n’a pas pu jouer le rôle de pays de transit comme l’Espagne. Les 21 500 réfugiés juifs qui sont arrivés pendant cette période sont restés bloqués dans le pays pendant toute la durée de la guerre. Avec une volonté déterminée, il aurait été possible de doubler voire de tripler ou de quadrupler ce chiffre et des approvisionnements conséquents envoyés par les Alliés auraient facilité cet accueil. De plus, ce petit pays de 4 millions d’habitants a craint d’être submergé par un flot incontrôlable de réfugiés s’il ouvre largement ses frontières et de devoir faire face après la guerre à des dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires. Cette dernière préoccupation se retrouve à l’époque chez les Alliés. Elle sera contredite dans les faits. Très rapidement après la victoire, une reprise économique très forte a assuré le plein emploi.

 

Les appels à l’aide aux Alliés se sont multipliés. Le 30 décembre 1942, le Board of Deputies, l’organisation faîtière juive anglaise, demande au sous-secrétaire au Parlement britannique Richard Law de donner des garanties aux gouvernements des pays neutres que les réfugiés seront évacués de leurs territoires à la fin de la guerre.

 

L’appel lancé de Genève par le Congrès juif mondial et le Conseil mondial des Eglises le 18 mars 1943 va dans le même sens. Il demande d’urgence aux Alliés de donner une garantie définitive aux Etats neutres que les réfugiés seront rapatriés ou pourront émigrer rapidement à la fin de la guerre.

 

Un exemple : en janvier 1943, les Suisses sont prêts à accueillir 5 000 enfants  juifs de France, mais ils veulent l’assurance qu’après la victoire ils seront accueillis dans d’autres pays. Londres et Washington refusent de s’engager pour l’après-guerre. Les Américains allèguent que ces enfants pourraient bien d’ici là être devenus adultes ce qui les disqualifieraient. Pour Londres, la période d’admission en Palestine aux termes du Livre blanc se termine en 1944 ! Une argumentation fallacieuse. Malgré ces refus, la Suisse demande au gouvernement de Vichy de libérer ces enfants qu’elle accepte chez elle. Vichy refuse.

 

Alors que penser de la lettre que Churchill adresse à Roosevelt, le 1er janvier 1943 : « Nous sommes très désireux d’établir des plans pour l’évacuation d’enfants norvégiens, belges et d’autres pays vers la Suède et la Suisse (...) Ils pourraient y être entretenus par des importations supplémentaires à travers le blocus ».

 

En octobre 1943 à la Conférence de Québec, les Anglais, qui restent sensibles au problème, proposent d’approcher les pays neutres pour leur garantir une aide financière et leur promettre de rapatrier les réfugiés après la guerre. Ils seront ainsi encouragés à en recevoir un plus grand nombre. Cette proposition n’a pas de suite. Les Américains, à la demande de leur ambassadeur à Madrid, veulent que l’Espagne soit exclue de cet arrangement. Les Anglais en exigent autant pour la Turquie, passage obligé vers la Palestine. 

 

En décembre 1943, Henry Morgenthau, ministre américain des Finances, résume la position anglaise sur le sujet.  Les Anglais « sont apparemment prêts à accepter la mort de milliers de Juifs en territoires ennemis du fait des difficultés de pouvoir s’occuper d’un nombre considérable de Juifs s’ils pouvaient être sauvés ». Une critique que les Etats-Unis auraient aussi pu prendre à leur compte. Les Alliés ont constamment dit redouter de voir les nazis « déposer dans les pays neutres 100 000 Juifs ».

 

Tardivement, au printemps 1944, l’Agence pour les réfugiés de guerre, le WRB, demande aux missions américaines dans les pays neutres proches des territoires nazis d’insister auprès des gouvernements locaux pour qu’ils autorisent l’entrée des réfugiés qui arriveraient jusqu'à leurs frontières et le fassent savoir. Pour donner plus de poids à son message, l’Agence assure aux puissances neutres qu’elle subviendra aux besoins de ces nouveaux réfugiés et se chargera aussitôt que possible après la guerre de leur évacuation. Ces promesses restent au niveau des déclarations d’intention. Le WRB ne dispose pas des ressources financières nécessaires pour y faire face et ne possède pas de mandat pour engager les Etats-Unis à terme.

 

Au même moment Josiah DuBois, un haut fonctionnaire du ministère américain des Finances, propose une solution plus immédiate. Etablir aux Etats-Unis un refuge temporaire pour toutes les victimes de nazis qui auraient pu s’enfuir. Des réfugiés pourraient être évacués de Turquie, de Suisse, d’Espagne et du Portugal, permettant l’arrivée d’autres fugitifs du Reich. DuBois ajoute que si les Etats-Unis n’entreprennent pas ces évacuations, les neutres déjà surchargés de réfugiés seront tentés de refouler de nouveaux arrivants comme cela a déjà été le cas en Turquie et en Suisse. Aucune suite conséquente ne sera donnée à cette proposition.

 

Pendant la durée de la guerre, les Alliés ont livré des centaines de milliers de tonnes de matières premières et de produits agricoles pour faire face aux besoins des Etats neutres. Ce ne sont pas quelques bateaux supplémentaires d’approvisionnements destinés aux réfugiés qui auraient modifié la donne. Le blocus économique reste strictement observé, rien n’arrive aux ennemis. L’évacuation, après la guerre, de quelques dizaines de milliers de réfugiés supplémentaires accueillis par les pays neutres ne pose pas non plus de problème. Les Alliés ne se sont-ils pas préoccupés très tôt du rapatriement des dizaines de millions de réfugiés et de personnes déplacées dans les mois qui suivront la victoire ? En novembre 1943, 44 pays alliés se réunissent à la Maison-Blanche pour créer un organisme qui les prendra en charge : c’est l’United Nation Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA). A l’échelle de l’immense problème à venir, les Etats-Unis s’engagent à fournir un financement énorme à l’époque de 1 milliard 350 millions de dollars.

 

Ce refus d’intervention des Alliés constitue une occasion manquée relativement méconnue de sauver des dizaines de milliers de Juifs, sans intervenir sur place, ni interférer dans leurs opérations militaires, tout en respectant le blocus économique. Ces chiffres peuvent paraître modestes par rapport aux millions de victimes de la Shoah, mais chaque sauvetage est essentiel et moralement impératif.

 

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2011

 

 

AVNI Haim, Spain , the Jews and Franco, The Jewish Publication Society of America, Philidelphia, 1982, p. 182.

Cet article ne traite pas des refoulements de fugitifs aux frontières.

PENKOWER Monty Noam, The Jews were Expandable : Free World Diplomacy and the Holocaust, University of Illinois Press, Urban, 1983, p. 30. 

GILBERT Martin, Auschwitz and Allies : The Politics of Rescue, Henry Holtand Company, New York, 1981, p. 123.

La Grande Bretagne rencontre déjà des difficultés majeures pour évacuer ses propres enfants outremer et les soustraire ainsi aux bombardements allemands.

  BAUER  Yehuda,  American Jewry and the Holocaust : The AJJDC 1930-1945,  Wayne State University Press, Detroit, 1981, p. 262. 

  LEVINE, Paul A, From Indifference to Activisme : Swedish Diplomacy & the Holocaust 1938-1944, Uppsala University, Stockholm, 1996, p. 197.

FEINGOLD Henry L, The Politics of Rescue : The Roosevelt Administration and the Holocaust, 1938-1945,  Rutgers University Press, New Brunswick, 1970, p. 224.

WASSERSTEIN Bernard,Britain and the Jews of Europe, 1939-1945, Clarendon, Oxford, 1979, p. 248.

COHEN Asher, La Shoah, Editions du Cerf, Paris, 1990, p. 86.

WYMAN David, L'abandon des Juifs. Les Américains et la solution finale, Flammarion, Paris, 1987, p. 275.

Pour la Suisse, à partir de la libération du Sud de la France, en juillet 1944.

  BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 196. DuBois pouvait ajouter l’Espagne à sa liste.

Une petite exception, les 818 réfugiés juifs qui furent internés dans un camp militaire d’Oswego au nord de l’Etat de New York en juin 1944. Les 630 réfugiés qui arrivèrent à la même époque dans un camp ouvert par les Etats-Unis en Afrique du Nord.

URRA : Administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction.

Partager cet article
Repost0
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:58
Le pays du "plus jamais ça"

Mis en ligne le 23/04/2011

http://www.lalibre.be

A l'occasion du Yom Hashoah, commémoration de la Shoah, une réflexion religieuse et politique sur Israël. Une opinion de David MEYER, Rabbin, Bruxelles Professeur invité à l’université grégorienne pontificale, Rome.

Il est un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser." Chaque année, à la même époque, lors de la journée du 27 Nissan (cette année le soir du 1ier mai), date commémorative de la Shoah, une même question s’impose : le temps des pleurs et celui du rire qu’évoque l’Ecclésiaste, sont-ils les mêmes pour tous ? Question essentielle, car ce moment cardinal de la vie juive contemporaine ne trouve que peu ou pas d’écho dans le vaste monde. L’heure des pleurs pour les uns serait-elle l’heure de l’oubli pour les autres ? Loin s’en faut ! Car la mémoire de l’Holocauste n’est pas absente de la pensée occidentale. Une date spécifique y est même consacrée, le 27 janvier, anniversaire de la libération d’Auschwitz. Tout se passe pourtant comme si les commémorations du 27 janvier et du 27 Nissan suivaient leurs propres chemins, sans jamais se croiser. Comme si nos mémoires respectives de ce même passé nous séparaient les uns des autres. Comment la mémoire peut-elle être source de séparation ?

Cette interrogation nous renvoie à deux conceptions fondamentalement différentes de la mémoire. D’un côté la "mémoire souvenir", de l’autre la "mémoire existentielle". Le 27 janvier fait appel à la première, le 27 Nissan à la seconde. La "mémoire souvenir" invoque le passé de la Shoah pour honorer les victimes et les morts. La mémoire de la tragédie est une évocation de ce que l’Homme est capable de faire pour anéantir son prochain. A juste titre, tous les génocides y sont associés. Mais ce passé est irrémédiablement passé et c’est en cela qu’il est "souvenir". Le temps s’écoule et quelles que soient les douleurs, la vie reprend le dessus et est à nouveau célébrée. La mémoire du 27 Nissan n’est pas de cet ordre. Elle est "existentielle". Elle définit les fondements de l’existence juive présente. Tous les actes juifs d’aujourd’hui, qu’ils soient politiques ou religieux, en sont le résultat le plus direct.

Le récit biblique nous offre une vision de ce gouffre qui, avec le temps, sépare toujours plus ceux pour qui la mémoire est souvenir de ceux pour qui elle ne peut être qu’existentielle. Pensons à Loth et à sa femme, fuyant la ville ravagée de Sodome. Loth quitte la ville et suit son chemin comme le messager de Dieu le lui a demandé. Sa femme, quant à elle, se retourne, regarde en arrière et se transforme en statue de sel, figée pour l’éternité. Le Midrash raconte que Loth n’était que tardivement venu s’établir à Sodome mais que son épouse était une enfant du pays, une fille de là-bas. Entre ces deux-là, aucune comparaison n’est possible lorsque l’anéantissement se produit. Pour le premier, la destruction totale ne sera qu’un souvenir. Malgré la douleur, il continuera son chemin, résolument tourné vers l’avenir mais, dans le fond de son âme, sans identité forte. Pour la femme de Loth, c’est sa vie et son histoire qui se brisent sous ses yeux, les siens qui disparaissent. Elle n’a d’autre choix que de se retourner, de regarder en arrière quitte à se figer en statue de sel, signe d’une mémoire existentielle enracinée dans la destruction.

Le monde juif d’aujourd’hui n’est-il pas comme la femme de Loth, captif de sa mémoire mais existentiellement engagé par son passé ? Israël, dont la fête d’indépendance se célèbre une semaine après la commémoration de la Shoah, n’est-il pas le lieu du "plus jamais ça", existentiellement lié à la mémoire d’Auschwitz ? Il y a pourtant grave méprise, me semble-t-il, sur la signification de ce "plus jamais ça". De quel "ça" s’agit-il ? La réponse intuitive identifie le "ça" en question avec la Shoah. Israël serait le lieu refuge du peuple juif, le pays de l’extermination impossible. Analyse erronée bien sûr, car Israël est certainement l’endroit le plus dangereux pour le peuple juif. Le simple fait de la concentration d’une telle population juive sur une zone géographique si exiguë est un risque en lui-même. Alors de quel "ça" s’agit-il ? Pour le comprendre, revenons sur le choix de cette date du 27 Nissan. Elle marque l’anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. Soulèvement qui n’entraîna ni victoire ni survie. Le ghetto fut finalement liquidé et tous furent massacrés. Mais la défaite se fit dans la lutte, différente donc de celle d’Auschwitz et des camps de la mort où la résistance n’était plus possible. La mémoire existentielle de la Shoah nous condamne à comprendre que "plus jamais ça" ne signifie pas qu’Israël est la garantie du non-anéantissement du peuple juif, mais plutôt que si tentative d’anéantissement il y a, celle-ci ne se fera pas sans lutte et sans combat. Israël n’est autre que le lieu où la modalité de la mise à mort du peuple juif telle que la Shoah l’a définie est impossible.

Pour Israël, se donner les moyens de lutter est une manière existentielle de vivre. La recherche de la paix n’est que secondaire car la Shoah a démontré que pour le peuple juif, une vie harmonieuse, paisible et empreinte d’un sentiment de sécurité ne garantissait en rien la survie. Ce savoir constitue le fil conducteur des politiques d’Israël. Ce pays ne recherche pas la paix comme d’autres nations pourraient le faire. Mais il est à l’affût de toute solution qui en elle-même garantit la possibilité, si besoin est, de se défendre et de résister. Finalement, ce n’est même pas de "sécurité" dont il est question, mais bien plutôt de se donner les moyens qui, quelles que soient les situations politiques et stratégiques, permettront de ne pas rester pieds et poings liés, impuissants face aux dangers. En ce sens, la situation de conflit - même permanent - est une option légitime pour Israël.

"Sache devant qui tu te tiens", écrivait le psalmiste. Savoir à qui l’on s’adresse est essentiel pour être écouté. La parole critique des pays occidentaux vis-à-vis de la politique israélienne d’aujourd’hui est importante et doit être entendue. Mais est-elle audible ? Pour se faire entendre, encore faut-il posséder les clés de la compréhension psychologique du pays et de ses habitants. Comprendre n’est pas justifier et les dérives et injustices du présent doivent être condamnées. Mais sans une perception plus juste du sens véritable du "plus jamais ça" - essence de cet Etat -, faisant percevoir à l’Occident que les arguments de "paix et sécurité" ne répondent pas aux craintes existentielles du pays, ces critiques et ces discours resteront lettres mortes. L’Occident est-il capable de se retourner pour comprendre ceux qui vivent intensément la mémoire de leur passé mais qui ne veulent pas pour autant être aveugle aux changements du présent et aux possibilités de l’avenir ?

SAVOIR PLUS

(1) Préfacé par Serge Klarsfeld, cet ouvrage s’attache au séisme de la Shoah - notamment l’extermination de plus d’un million d’enfants - qui n’en finit pas d’interroger la conscience et la foi juives. Quel est ce Dieu étrangement absent ou silencieux alors que le peuple de son alliance se fait massacrer ? Le premier devoir de ce peuple n’est-il pas désormais la survie ? Pour vivre, doit-il redéfinir sa relation à Dieu, son rapport à la Loi, sa place parmi les peuples ? Emil Fackenheim, Richard Rubenstein, Eliezer Berkovits : des écrits de trois penseurs juifs de langue anglaise sont ici présentés, traduits et commentés pour la première fois. L’éventail de leurs réflexions et la vigueur de leurs débats illustrent la diversité des courants dans le judaïsme d’aujourd’hui. Va paraître.
Partager cet article
Repost0
21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 07:32

 

Bann C.E.NEPHTALI

A propos d’un documentaire sur Maurice Papon et de la parution de ces Mémoires

Par Charles-Etienne Nephtali 

pour © 2011 www.aschkel.info

France 2 diffusa jeudi dernier, en seconde partie de soirée, un excellent documentaire d’Emmanuel Hamon relatif à l’infâme M. Papon, ce « caméléon de la politique » (l’expression n’est pas de moi), documentaire qui me fit revivre des événements d’il y a quelques années.

 

J’ai en effet retrouvé dans mes archives 3 textes personnels sur Papon. Le premier, daté du 7 novembre 1999, suite à sa comparaison à Victor Hugo, le second daté du 18 mars 2007 dans lequel je faisais une comparaison entre Pinochet et Papon et le troisième, du 18 mars 2007 également, beaucoup plus long, dont j’actualise ici des références, où je relatais le procès Papon.

 

De plus, je viens d’apprendre que les Mémoires de Papon seront publiées fin avril-début mai……………………..comme par hasard, juste au moment du Yom HaShoah.

 

Excellent documentaire de France 2 donc en ce sens qu’il retrace le parcours politique de cet homme bardés de décorations…………………et ce certains principes. De cet homme successivement pétainiste, gaulliste, giscardien et « barriste » (je fais allusion à M. Barre dont il fut ministre de son gouvernement).

 

Il est à remarquer que Papon, quoi qu’il ait pu en dire, avait un point commun avec MM. Pétain, de Gaulle, Giscard d’Estaing et Barre : le regard qu’il portait sur les Juifs. L’ex-Maréchal Pétain ne les aimait pas (c’est un euphémisme) et signa et corrigea même en l’aggravant le « statut des Juifs » (*), le Général de Gaulle trouvait qu’ils appartenaient à un peuple « sûr de lui et dominateur », M. Giscard d’Estaing ne daigna même pas visiter l’Etat juif qu’il se contenta de regarder à la jumelle depuis la Jordanie, quant à M. Barre, il les distingua par 2 fois à des « Français innocents » (**).

 

 

(*) En octobre 2010, suite à la découverte du « statut des Juifs » annoté de la main de Pétain, R. Paxton déclara : « J'ai écrit dans La France de Vichy qu'il était "indifférent" au sort des Juifs... Mais ce document bouleverse cette interprétation. Il passe du statut de l'acteur passif à l'acteur véritable. Il aurait même été plus loin que ses collègues... ». Pour sa part, Serge Klarsfeld déclara entre autres « Ce document montre qu’il a bel et bien imprimé sa marque antisémite; il voulait montrer aux Allemands qu’il l’était autant qu’eux ».

(**) Ce Monsieur, déjà auteur de l’indécente déclaration d’octobre 1980 lors de l’attentat contre la Synagogue de la rue Copernic faisant une différence entre des Juifs en prières et des « Français innocents » et qui déclencha le 17 octobre 1997 la polémique en affirmant que Papon, « homme dévoué et efficace », aura été « un bouc émissaire », « insista » à nouveau, peu de temps avant de quitter ce monde, sur les « Français innocents » rappelant au passage son amitié pour Gollnish, cet homme condamné pour propos négationnistes.

 

Charles Etienne NEPHTALI

17 avril 2011

 

*

*      *

Caïn, Victor Hugo et....Papon

 

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn » conclut Victor Hugo à qui Papon,« le misérable », eut le front de se comparer. Mais, ne s’était-il pas déjà comparé, c’est un comble, au Capitaine Dreyfus ? Si Victor Hugo s’exila 18 ans suite au coup d’Etat de L.-N. Bonaparte pour échapper à la police, Papon, 18 ans après le début de l’instruction le concernant, a fui pour échapper à la justice (1), refusant de collaborer avec elle en 1999, lui qui collabora si bien en 1940.

Ce même Papon, si respectueux des lois sous Vichy, ne les respecte plus maintenant, s’enfuyant comme un vulgaire voleur.

Ce même Paponqui, haut fonctionnaire, traquait ceux qui avaient de faux papiers, fut arrêté avec un faux passeport. Comme eux, il emprunta un nom, mais pas n’importe lequel, un nom à particule, s’il vous plaît !

C’est de sa main que Caïn tua. Papon le fit avec son stylo, signant des listes d’hommes, femmes, vieillards, enfants, bébés dont le seul crime était d’être Juifs. Caïn eut des remords (l’œil, sa conscience, le regardait). Papon n’en eut aucun d’avoir fait entasser ces malheureuses gens sans défense dans des wagons en direction de Drancy…………....et de la mort.

Pendant près de 60 ans, ce n’est pas un œil qui regarda Papon mais 1690 paires d’yeux, dont 250 appartenant à des enfants, des yeux qui, de là-haut, suivirent ses faits et gestes du temps de sa superbe jusqu’à sa lamentable et, heureusement, courte cavale puis son incarcération. Ces pauvres yeux qui ne devaient pas comprendre pourquoi cet homme, couvert d’honneurs alors qu’il aurait dû l’être de honte et d’opprobre, eut une telle carrière sans être inquiété. Ces yeux, enfin apaisés, justice leur ayant été rendue...après plus d’un demi siècle !

Lorsque Papon aura quitté ce monde, le plus tard possible afin qu’il purge la peine infligée par la justice des hommes avant d’affronter celle de D.ieu, il n’y aura pas, comme pour Caïn, un œil dans sa tombe pour le regarder.

Caïn, premier criminel de l’Humanité avait une conscience, Papon, non !

(1) Le 20 octobre 1999, Papon tenta vainement de s’enfuir en Suisse. Arrêté, il fut déchu de son pourvoi en cassation.

Charles Etienne NEPHTALI

7 novembre 1999

 

P. comme Pinochet, P. comme Papon

 

Suite à la libération le 2 mars 2000 de M. Pinochet, après 503 jours d’assignation à résidence à Londres, j’en fus à me demander comment des criminels ou des complices de criminels contre l’Humanité pouvaient ainsi tromper la justice ? Car, comme des millions de téléspectateurs, je vis la « résurrection » miraculeuse de Pinochet à son arrivée à Santiago après quinze mois de « coma diplomatique ».

 

Et je ne pus m’empêcher de faire un parallèle avec Papon ! Tout le monde s’en souvient encore : le matin il était presque mourant et le soir, suite à sa mise en liberté avant son jugement, frais et dispos, il dînait dans une auberge avec ses avocats et des amis. Quelle santé ! 

 

Ainsi donc, à 2 mois d’intervalle, ces 2 « personnages peu recommandables » seront paisiblement morts dans leur lit. Quelle que soit la façon dont ils furent enterrés, les yeux de leurs victimes auront été dans leur tombe et les auront regardés…..mais pas à la façon de la « conscience » de Caïn car eux n’en eurent pas, de conscience !

 

« Ici-bas », ils auront eu plus de chance que leurs victimes avec lesquelles ils se trouvent maintenant « Là-haut »…...mais, à mon sens, pas au même endroit, ce qui ne serait que justice ! Les innocents d’un côté, les méchants de l’autre !

La veille du mois de Adar, donc deux semaines avant Pourim, Papon quittait ce monde, rejoignant Aman et tous les descendants d’Amalec persécuteurs de Juifs dont il nous est prescrit, « d’effacer sa mémoire de dessous les cieux et de ne point oublier ».

« ZAKHOR VE LO TICHKAH ».

 

Charles Etienne NEPHTALI

18 mars 2007

 

*

*      *

1.690 paires d’yeux étaient dans la tombe et regardaient Papon

 

« Ici-bas »

ou

Un accusé arrogant et sans remord

 

Papon, cet homme méprisant, méprisable détestable, répugnant, suffisant et hautain, ce haut fonctionnaire très (et même trop) zélé, très (et même trop) occupé par sa carrière, très (et même trop) obéissant, rouage d’une implacable machine de collaboration, ne renia rien de son passé, clamant son innocence et poussant l’infamie jusqu’à déclarer : « Je n’ai ni remord, ni regret et si c’était à refaire, je le referais ». Aura-t-il rencontré les 1690 personnes juives, dont 250 enfants, ces innocents qu’il a, par une simple signature, alors qu’il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde, envoyées à la mort ……… et dans quelles conditions !

 

Un demi siècle de silences et de complaisances auront précédé ce procès historique et exemplaire (1), même si pour certains la modicité de la condamnation aura laissé un goût amer, un goût d’inachevé.

 

Un demi siècle de silences et complaisances que nous « devons », pour différentes raisons, au Général de Gaulle, à M. Giscard d’Estaing et à M. Mitterrand.

 

Un demi siècle de silences et complaisances qui permirent à Papon, décoré de la Francisque (mais il n’est malheureusement pas le seul dans ce cas, suivez mon regard en direction d’un certain ancien président de la République aujourd’hui décédé !) d’avoir,et là est le scandale,…….la Légion d’Honneur ! (2)

 

Un demi siècle de silences et complaisances qui lui permirent, alors que son « parcours » peu glorieux, et même minable, contre les Juifs et que sa responsabilité dans l’organisation des convois de la mort pour Drancy (et Auschwitz) n’étaient pas tout à fait inconnus du sommet de la hiérarchie de l’Etat,

- d’être deux fois élu Député,

- d’être nommé Préfet de Corse et de Constantine,

- d’être nommé en 1954 à un poste important auprès du Résident Général de France au Maroc et

- d’occuper en 1978 le poste de Ministre du Budget dans le gouvernement Barre, sous la présidence de M. Giscard d’Estaing, ce M. Barre qui, le 1er mars 2007, fit des déclarations (antisémites) élogieuses pour Papon au sujet desquelles, d’ailleurs, je n’ai pas eu vent à ce jour de réactions de la part de l’ancien Président de la République ci-dessus nommé !

 

Orgueilleux, alors que sa Légion d’Honneur lui fut retirée le 2 avril 1998 suite à sa condamnation à 10 ans de réclusion criminelle pour «complicité de crimes contre l'humanité», Papon sera condamné à 2.500 euros d’amende en 2004 et 2005 pour port illégal de sa décoration.

 

Malgré cela, malgré l'indignation des familles de ses victimes et de la classe politique, Papon, en guise d’une ultime provocation, en guise de « revanche post-mortem », fut enterré avec sa Légion d’Honneur. Quelle insulte inutile à ces 1.690 personnes juives, dont 250 enfants !

 

Certes, les obsèques d’une personne sont l’affaire privée d’une famille. Si celles de Papon l’étaient restées (privées), j’aurais pu écrire, pour reprendre une expression d’un certain ministre ayant abandonné son poste, certains diront « l’ayant déserté », au moment de la première guerre du Golfe, « Peu me chaut que Papon soit enterré avec sa Légion d’Honneur ». On aurait même pu y ajouter sa casquette et son uniforme de Préfet et, pourquoi pas, son stylo avec lequel il envoyait ses pauvres victimes sans défense à la mort ! Mais il en fut fait une publicité indécente, voire provocatrice, afin de respecter, paraîtrait-il, la « volonté du défunt » !

 

Cependant, à n’en point douter, sa décoration ne lui servira à rien « Là-haut ». L’insulte à la Légion d’Honneur est, je crois, le fait que cette illustre décoration ait pu être portée au même revers de veste sur lequel la Francisque le fut !!

 

Ainsi donc, après avoir connu les plus grands honneurs de la France, M. Papon est mort à 96 ans, certes libre, certes bénéficiant jusqu’à sa mort d’un traitement de faveurmais condamné. Condamné peut être pas à la hauteur de sa conduite mais condamné quand même, et là est l’essentiel !

 

Mais il aura fallu seize années de procédure pour que Papon comparaisse enfin devant la cour d’assises de la Gironde présidée par le juge Jean-Louis Castagnède (3). Il m’a été donné d’assister à quelques audiences de ce mémorable procès et d’en lire des comptes-rendus. J’ai encore en mémoire cet homme froid, plein de mépris (4), à l’œil glacial, prenant des notes et tenant tête à certains témoins d’une façon virulente malgré son âge et son « état de santé ». Et toujours, oui toujours, c’est un scandale et une honte, pas le moindre regard, pas la moindre compassion pour les parties civiles. Il aurait même eu le front de déclarer « ….., je dois vous dire que le Noël 1943 nous ne l’avons pas fêté. Je me souviens qu’avec ma femme nous avons pleuré après le départ du convoi du 23 décembre. Je n’ai cessé de porter dans mon cœur le deuil des déportés juifs » !

 

Il me souvient encore de cette audience du 31 octobre 1997 après une semaine d’interruption du procès. Ce jour-là, furent mis au cœur des débats Vichy et sa criminelle politique antisémite qui rendirent les Juifs vulnérables. Politique discriminatoire qui permit de perpétrer un « crime de masse » dénoncée par le professeur-historien américain Robert Paxton (5) lors d’une magistrale déposition de plus de trois heures suivie d’une avalanche de questions. R. Paxton insista sur la mise en place, dès le 3 octobre 1940, du premier « Statut des Juifs » (6) et poursuivit sa déposition par un historique implacable contre « L’Etat français…..[qui] a participé à la politique d’extermination des Juifs ». La défense, en la personne de Me Varaut, contesta ce témoignage estimant qu’« un historien n’était pas un témoin ». Puis il y eut une mise en cause d’Henri Amouroux, journaliste-écrivain présent à la barre.

 

Il me souvient encore de cette pénible et douloureuse audience du 22 décembre 1997 traitant du départ le 26 août 1942 de 423 personnes pour Drancy puis pour Auschwitz le 31 août, 423 personnes parmi lesquelles se trouvaient 81 enfants dont 18 furent « arrêtés » avec leurs parents lors de la rafle du 16 juillet 1942. Des enfants dont le plus âgé, Albert, avait 16 ans et le plus jeune, Léon,…..1 an (une journaliste parla même de quelques mois). Léon fut déporté avec ses frères (Maurice 3 ans, Simon 5 ans) et sa sœur (Charlotte 9 ans). Pénible et douloureuse audience pendant laquelle furent cités les noms de ces petits enfants condamnés à mort parce que Juifs, Nelly et Rachel, William et Gérard, Pauline et Jacqueline, Bertrand et Adolphe, Anna et Léon, Sylvain et David…….Ces 81 enfants embarqués avec leurs dérisoires baluchons et leurs quelques petits jouets !!

 

Il me souvient encore de cette audience du 23 décembre 1997 au cours de laquelle, pour la deuxième journée consécutive, il fut question des enfants du convoi du 26 août 1942 dont les parents avaient été déportés 5 jours plus tôt. Ces malheureux gosses jetés dans les wagons, leurs cris, leurs pleurs, un « voyage » de plusieurs jours au bout de l’enfer dans des conditions inimaginables avec la chaleur, la soif, la faim, la peur et, au final…..le gaz, le feu et la fumée pour tous ! Et pourtant Papon affirma à plusieurs reprises……..qu’il avait sauvé des Juifs ! En fin de journée, déclarant qu’il était « très fatigué et [avait] besoin de repos pour parachever sa guérison », l’audience fut renvoyée au 5 janvier 1998. « Des vacances de Noël pour Papon », ironisèrent certains !!

 

Il me souvient encore qu’à la reprise de son procès, en pleine forme malgré ses 87 ans, Papon montra et démontra qu’il était un homme à poigne n’ayant aucun mot de compassion pour la déportation des 81 enfants mais sachant s’apitoyer et s’attendrir sur son propre sort, allant jusqu’à déclarer « Je joue mon destin, ma fin de vie, ici ! » . D’une arrogance et d’une pugnacité à peine croyables, il interrompit à plusieurs reprises le procureur général, Henri Desclaux lors de cette audience du 5 janvier 1998 reconnaissant seulement, et à la limite, n’avoir commis qu’un « crime….de naïveté ». A bout d’arguments au sujet du sort des Déportés, Papon se permit cette réflexion à un avocat des parties civiles « Je ne joue plus avec vous » !!

 

Il me souvient encore de cette audience 14 janvier 1998 consacrée au 4ème convoi et à la rafle du 19 octobre 1942. Michel Slitinsky, alors âgé de 17 ans, parvint à s’évader. C’est lui qui, en 1981, « accusa » Papon via Le Canard enchaîné et grâce à des documents retrouvés par l’historien Michel Bergès.

 

Il me souvient encore de cette audience du 21 janvier 1998 au cours de laquelle Michel Slitinsky témoigna « au nom de tous les siens », de son père Abraham et de sa sœur Alice. Il raconta sa longue traque, son combat dans la Résistance et sa rencontre fortuite à Bordeaux avec deux policiers……………….auteurs de l’arrestation de sa famille.

 

Il me souvient encore de cette audience du 4 février 1998 au cours de laquelle furent évoquées la rafle du 10 janvier 1944 au cours de laquelle 228 Juifs de tous âges furent arrêtés à leur domicile et la déportation deux jours plus tard vers Drancy de 317 Juifs. Tous les Juifs arrêtés par la police et la gendarmerie françaises furent parqués….dans la Synagogue.

 

Il me souvient encore de cette audience du 10 février 1998 et du terrible et émouvant face à face entre les familles des victimes et Papon, Papon qui n’eut jamais le moindre mot de regret. Et pourtant il fut question, entre autres, de la déportation et de l’assassinat à Auschwitz le 25 janvier 1944 d’une famille entière, la mère, le père et leurs 9 enfants………..dont un nouveau né de quelques jours !

 

Il me souvient encore de cette audience du 11 février 1998 et l’évocation du dernier convoi du 13 mai 1944 composé uniquement de 57 personnes de plus de 70 ans, de malades arrachés de leur lit d’hôpital, de mutilés de guerre dont Jules Kahn,…………..amputé, Officier de la Légion d’Honneur et titulaire de la Croix de Guerre ! Manifestement, ces malheureuses gens n’allaient pas « dans des camps de travail » comme Papon le déclara la veille avant de se rétracter. Papon qui s’exclama : « Je suis la victime expiatoire des parties civiles » !

 

Il me souvient encore de cette audience du 4 mars 1998 avec le témoignage de Jean Pierre-Bloch, âgé de 93 ans, dernier survivant du « jury d’honneur » convoqué en 1981 par Papon, ce jury d’honneur qui le disculpa tout en concluant qu’il « aurait dû démissionner des ses fonctions en juillet 1942 ». Jean Pierre-Bloch affirma que l’accusé n’avait jamais été résistant contrairement à ce qu’il voulait bien faire croire et, avec humour, ajouta que si Papon avait été résistant, il ne l’aurait été que……bien clandestinement !

 

Je n’ai pas assisté aux plaidoiries mais ai encore souvenance de ce jeudi 2 avril 1998 où Papon qui, jusqu’au bout, et j’insiste sur ce point, ne manifesta aucun regret, futcondamné à dix ans de réclusion criminelle pour « complicité de crimes contre l’Humanité » après une délibération de 19 heures et après……….16 années de procédure ! A noter qu’Arno Klarsfeld, représentant Ita et Jacky Junger (7 et 3 ans) plaida le 10 mars 1998, pour « une peine équitable relevant que Papon n’était ni Barbie ni Touvier ».

 

 

*

*      *

 

« Là-haut »

ou

Paroles imaginaires d’une enfant de 9 ans (7)

« Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? »

 

« Monsieur, Monsieur, je te connais mais toi tu ne me connais pas. Je m’appelle Charlotte, j’avais 9 ans quand tu as signé un papier. Et à cause de ce papier, on m’a enfermée dans un wagon avec 80 autres enfants qui tous avaient peur et beaucoup pleuraient. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Déjà, avant, on nous avait obligés à porter une étoile jaune sur nos habits, on n’avait plus le droit d’aller dans les parcs jouer comme les autres enfants qui n’avaient pas d’étoile sur leurs vêtements, on nous avait renvoyés de l’école. Je ne sais pas si c’est toi qui as fait ça mais c’est à cause de toi que j’ai été jetée dans ce wagon avec mes petits frères, Simon qui avait 5 ans, Maurice qui avait 3 ans et Léon qui n’avait même pas 1 an. On n’avait plus nos parents, ils avaient aussi été mis dans des trains à cause de toi et on n’avait plus de nouvelles d’eux. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Notre train est parti le 26 août 1942. Pendant que les autres enfants qui ne portaient pas une étoile jaune étaient en vacances et s’amusaient à la plage ou ailleurs avec leurs papa, leur maman, leur frère, leur sœur, leurs amis, nous on était là,entassés dans ce wagon, on avait chaud, on avait soif, on avait faim, on avait peur. Il y en avait beaucoup qui pleuraient et les grands qui avaient 14, 15 ou 16 ans consolaient les plus petits. Mon petit frère Léon était le plus petit, il n’avait même pas 1 an. Il y avait d’autres enfants qui comme mes 2 autres frères avaient 5 et 3 ans et même moins. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Le train a roulé longtemps pour arriver dans un endroit qui s’appelait Drancy. Il y avait plein de monde qui portaient l’étoile jaune comme nous, il y avait des messieurs, des madames, des papis, des mamies. Ils étaient arrivés de partout en France dans des autobus et dans des trains accompagnés par des gendarmes et des agents de police français. C’était horrible de voir tout ça. Et puis, on nous a mis dans un autre train, pour un autre long voyage de plusieurs jours et plusieurs nuits et même chose,on était entassés, on avait chaud, on avait soif, on avait faim, on avait peur. On faisait pipi et caca sur nous et ça sentait très mauvais. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Et puis le train s’est arrêté dans un endroit qui s’appelait Auschwitz. On nous a fait descendre, on nous a bousculés, on nous a frappés. Dans le wagon, des gens étaient morts pendant le voyage. Là, il n’y avait pas d’agents de police français comme à Bordeaux et à Drancy mais des militaires allemands avec des gros chiens qui aboyaient. Il y avait déjà beaucoup de monde, d’un côté des messieurs, de l’autre des vieilles personnes, des mamans qui tenaient des bébés dans leurs bras et des enfants. A côté du train, il y avait des messieurs avec la tête rasée qui portaient comme des pyjamas rayés et des étoiles jaunes. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Tout le monde a laissé les petits bagages qu’ils avaient pu emporter. Nous, les enfants, on a dû se séparer de nos nounours et de nos poupées qu’on avait encore pu garder avec nous jusqu’à maintenant. On nous a fait courir, des messieurs, des grands garçons, des grandes filles et des madames ont pris les plus petits dans leurs bras. Quand il y en avait qui tombaient, les militaires allemands criaient avec des paroles qu’on ne comprenait pas, les frappaient avec des gros bâtons ou les tuaient avec leurs fusils. Pourquoi ils nous faisaient ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

 

Et après, on nous a fait mettre tout nus, les messieurs, les madames les enfants et les bébés. On nous a fait entrer dans une grande pièce où il y avait comme des douches au plafond. On était tous serrés, on ne pouvait plus bouger. Les bébés et les plus petits étaient tenus au dessus des têtes des grands. Les enfants et des madames pleuraient. J’ai entendu des Rabbins et des autres messieurs qui faisaient des prières comme à la Synagogue. Les portes de la pièce se sont fermées et de la fumée est sortie du plafond. On avait les yeux et la gorge qui piquaient, on ne pouvait plus respirer et on est tous morts. Après, ils nous ont brûlés. Plus loin, des militaires allemands jetaient même des bébés vivants dans du feu. Dans des bâtiments, des docteurs allemands faisaient des expériences sur des bébés, des enfants, des messieurs et des madames qui étaient jumeaux. Pourquoi ils nous faisaient ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

 

On est tous montés au ciel, il y en avait qui étaient déjà là et d’autres sont arrivés après. Un jour, un groupe de 44 enfants est arrivé d’un endroit qui s’appelait Izieu. Une autre fois, un autre groupe est arrivé de Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Ils avaient tous souffert comme nous à cause de gens méchants comme toi. A la fin de la guerre, on était ici plus de 76.000 personnes et parmi elles 11.400 enfants qui venaient de France. Mais il y en avait qui venaient de tous les pays. En tout, on était 6 millions avec 1 million et demi d’enfantsPourquoi ils nous ont fait ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ? Et Pourquoi toi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? Et malgré ça, sur terre, il y a des gens qui disent que tout ça n’a pas existé, que tout ça ce n’est pas vrai ou qu’il n’y a pas eu autant de morts. Dernièrement, en France, un ancien ministre important qui ne doit pas beaucoup aimer les Juifs a dit que tu étais un monsieur très bien et que tu n’aurais pas mérité d’être jugé parce que tu n’avais fait que ton devoir. C’était ton devoir, Monsieur, d’envoyer des innocents à la mort ? Il devrait avoir honte ce monsieur qui est maintenant devenu vieux. Nos Parents et nous, on n’a pas eu cette chance de devenir vieux et pourtant, on n’avait rien fait de mal. On était seulement Juifs.

 

Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive ici tout petits. On a tous vu comment toi, qui avais été très méchant avec nous, tu as été honoré après le guerre. Tu as été un monsieur très important, tu as eu plein de décorations qui ne te serviront à rien ici. Nous, on se demandait bien pourquoi, on ne comprenait pas. Et puis un jour tu as été attrapé grâce à un Monsieur de Bordeaux qui s’appelle Slitinsky. Sa famille avait été arrêtée à cause de toi. Il y a aussi un Monsieur qui s’appelle Klarsfeld qui a fait beaucoup de recherches pour attraper des gens comme toi et des autres criminels. Grâce à lui, il existe maintenant des livres où on peut voir nos photos et savoir plein de choses sur nous (8). Heureusement qu’il y a des gens comme ce Monsieur sur la terre ! Heureusement aussi qu’il y avait des gens gentils en France qu’on appelle des Justes qui ont sauvé des Juifs et qui ont caché beaucoup d’enfants qui ont eu plus de chance que les 11.400 enfants que nous sommes ici. Toi en bas, sur terre, tu as une tombe avec ton nom et des fleurs. Pour nous, il n’y a pas de tombe. Mais grâce à Monsieur Klarsfeld, on commence à nous connaître et savoir qui on était. Grâce à Monsieur Klarsfeld, il y a des plaques sur les murs des écoles où on allait avant qu’on porte l’étoile jaune et qu’on nous renvoie.

 

Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive tout petits. On a tous vu comment tu as été jugé et comment tu ne regardais même pas nos familles ni ceux qui venaient dire ce qu’ils savaient. On a tous entendu dire que tu referais ce que tu as fait si c’était à refairePourquoi tu as dit ça et pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? On a vu comment on faisait attention à ta santé. Tu as eu de la chance parce que toi, tu ne t’es pas inquiété de tout ça pour nous les enfants, ni pour les papis, ni pour les mamies. On nous a fait souffrir et on nous a tués.

 

Après la fin de la guerre, il y a d’autres Juifs, des enfants, des messieurs et des madames qui sont arrivés ici. Ils venaient d’un pays, Israël, que je ne connaissais pas. Ils avaient été tués avec des bombes et des fusils par des gens qu’on appelle des Arabes. Ils n’avaient pas des prénoms comme nous, ils s’appelaient Shalevet, Golda, Noam, Matan, Rony, Samy, Moshe, Ehoud, Lior, Mataï et plein d’autres prénoms encore qu’on n’avait pas en France. Pourquoi des gens comme toi, pourquoi des Allemands, pourquoi des Arabes et pourquoi plein d’autres gens encore nous ont fait ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

 

Si je n’avais pas été tuée à cause de toi, j’aurais maintenant 74 ans, je serais une mamie, j’aurais eu des enfants et des petits- enfants qui peut être auraient été docteurs, ingénieurs, écrivains, journalistes et même avocats et juges, comme les juges qui t’ont condamné pour tout le mal que tu nous as fait. Si les 6 millions de Juifs n’avaient pas été tués, il y aurait eu en bas, sur terre, plus de chercheurs et plus de docteurs et peut être que beaucoup de maladies n’existeraient plus maintenant.

 

Il y a quelques semaines, un Monsieur qui s’appelle l’Abbé Pierre est arrivé ici. C’est quelqu’un qui avait fait beaucoup de bien sur la terre. Mais il était l’ami d’un monsieur qui disait que ce qui nous est arrivé n’était pas vrai. Et il y a quelques jours, une Madame qui s’appelle Lucie Aubrac est aussi arrivée ici. Elle avait presque ton âge. Elle a eu beaucoup de courage pendant la guerre. Avec son mari, avec Monsieur qui s’appelle Jean Moulin et avec d’autres gens, elle a résisté aux Allemands. Pas comme toi ! Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive tout petits.

 

Pendant longtemps en France on disait que c’étaient que les Allemands qui étaient responsables de tout ce qui nous est arrivé mais il y a douze ans, le Président de la République qui s’appelle Jacques Chirac a reconnu que la France et des gens comme toi étaient responsables de la souffrance des Juifs et de la mort de nous tous pendant la guerre. Tu vois qu’on a eu raison de te juger et de te condamner. Heureusement que tu es resté vivant longtemps, comme ça, tout le monde sur la terre a pu savoir tout le mal que tu nous as fait.

 

On était tous innocents Monsieur et c’est pour ça qu’on est tous ici dans cette partie du ciel avec ceux qui étaient gentils sur la terre. Mais des gens méchants et lâches comme toi qui s’attaquaient à des innocents sans défense ne resteront pas ici avec nous. Tu partiras avec tous les méchants et les lâches ailleurs, dans un autre endroit où c’est pas bien du tout et où tu souffriras. Tu seras puni pour tout le mal que tu nous as fait. La justice ici au ciel est plus sévère et surtout plus juste qu’en bas sur terre. Tu ne pourras plus trouver d’excuses et dire n’importe quoi devant cette justice.

 

Ici, D.ieu reconnaît ceux qui sont gentils et ceux qui sont méchants.

 

*

*      *

 

Pour ma part, après « ces paroles » de Charlotte, j’aurais pu écrire que « D.ieu reconnaîtra les siens » et, en l’adaptant aux agissements de Papon, je ferais mienne la phrase qu’écrivait le regretté Professeur Vladimir Jankélévitch dans « L’imprescriptible » en inversant les termes de la prière de Jésus dans l’Evangile selon Saint-Luc :

 

« Seigneur, ne pardonnez pas à Papon car il savait ce qu’il faisait »

 

 

Charles Etienne NEPHTALI

Le 18 mars 2007

____________________________________________________________

(1)  Papon fut le seul haut fonctionnaire du régime de Vichy a passer devant la Justice, Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, ami et protégé de M. Mitterrand, fut abattu peu de temps avant l’ouverture de son procès.

(2)  Le 12 juillet 1961, le Général de Gaulle remis la Légion d’Honneur à Papon, Préfet de police de Paris entre 1958 et 1967

(3)  Par une étrange coïncidence, par un hasard du sort, Monsieur Jean-Louis Castagnède est mort à 61 ans quelques heures après ce dernier.

(4)  Il est vrai que ce Monsieur était méprisant avec tout le monde, sauf avec ses supérieurs hiérarchiques avec lesquels, paraît-il, il était servile et obséquieux. Un ami me racontait dernièrement que Papon, alors Préfet, ne le regardait même pas lors de certaines réunions bien qu’il fut Haut-fonctionnaire à Constantine.

(5)  L’historien R. Paxton entama ses travaux dès 1967 s’appuyant sur des archives allemandes, américaines et anglaises et, beaucoup plus tard, françaises.

 Dès les 3 et 4 octobre 1940, le « statut des Juifs » (renforcé le 2 juin 1941) allait plus loin que l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 dans sa définition de la « race juive ».

(7) Partie volontairement rédigée comme une enfant de cet âge parlerait. Quant à ses connaissances, elles sont naturellement fictives et supposées acquises par « quelqu'un qui est au ciel ».

(8)  L’Association des Fils et Filles Déportés Juifs de France édite, grâce aux énormes travaux et recherches de Serge et Béate Klarsfeld entrepris en 1994 « Le Mémorial de Enfants Juifs déportés de France ». A ce jour, près de 3600 visages d’enfants assassinés dans « la nuit des camps » sont visibles dans l’ouvrage d’origine et ses 7 additifs que chacun d’entre nous se devraient d’avoir dans sa bibliothèque. Ces documents, que j’acquiers régulièrement dès leur parution et dont j’offre des exemplaires à l’occasion de fêtes familiales, comportent, outre les photos émouvantes de ces malheureuses petites victimes innocentes du temps où la vie était belle, du temps de leur bonheur et de leur vie familiale, leur nom, prénoms, date et lieu de naissance, adresses d’arrestation, centres de rassemblement, numéros et dates des convois qui les conduisirent à leur anéantissement. Je possède d’ailleurs pratiquement tous les ouvrages publiés par les FFDJF. Régulièrement de nouveaux additifs sont publiés.

A l’Hôtel de Ville de Paris se tient en ce moment une remarquable exposition organisée par les FFDJF et la Mairie de Paris sur « Les 11.400 enfants Juifs déportés de France entre juin 1942 et août 1944 ». Tout le monde devrait s’y rendre. Vous y verrez les petits visages innocents de celles et ceux qui aujourd’hui auraient pu être nos Parents ou nos Grands-Parents sans la sauvagerie et l’inhumanité de gens comme Papon.

 

Charles Etienne NEPHTALI

18 mars 2007

Partager cet article
Repost0
17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 10:11

 

 

 

Le combat doit continuer signez la pétition >ICI

 

L’association « kabellion » communique :

 

Le patrimoine juif de Cavaillon est abandonné

 

L’un des plus importants et des plus anciens ensembles immobiliers appartenant au patrimoine juif de France se trouve à Cavaillon. 

Il s’agit d’une « carrière » ou ghetto juif parvenu intact jusqu'à nous avec son puits, ses maisons, dont celle du rabbin, la boulangerie rituelle, le mikveh ou bain rituel juif et bien sûr, la très belle synagogue. Il s’agit du seul exemple européen témoignant de la vie d’une communauté juive pendant tout le temps de sa présence à Cavaillon, du Moyen-âge jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. C’est donc un témoignage unique au monde.

Une partie de ces édifices est située dans « l’îlot Jouve », propriété de la Fondation Calvet d’Avignon qui laisse à l’abandon ce patrimoine inestimable…

 

Un projet immobilier destructeur

 

Pendant 70 ans, la Fondation Calvet a utilisé les locaux comme dépôt, en assurant un entretien minimum. 

En 2006, la Fondation a proposé l’îlot à la vente à un promoteur afin d’y réaliser des logements neufs, en ne conservant que les façades sur rue de l’îlot. Cette opération immobilière était une atteinte irrémédiable au patrimoine culturel français et au patrimoine cultuel juif.

En début d’année 2011, l’association Kabellion a décidé de dénoncer ce projet destructeur. Grâce aux multiples réactions de soutien que nous avons obtenues, le promoteur a décidé de renoncer à la construction de son immeuble, le 15 mars 2011.

 

Une première victoire

 

Le projet immobilier est maintenant écarté, mais les pires dangers menacent encore ce patrimoine. En effet, depuis la fin du mois de mars 2011, l’îlot Jouve est inoccupé ; la conservation des musées de Cavaillon a quitté ces locaux insalubres et dangereux. Il sont donc laissés à l’abandon par son propriétaire, la Fondation Calvet.

Demain, ce patrimoine sera peut être squatté, vandalisé ou incendié comme cela se produit souvent pour les bâtiments abandonnés en ville. Quant aux collections du musée, laissées sans surveillance, nous redoutons à la fois le vol ou plus simplement, leur détérioration à cause des infiltrations d’eau…

Mais la Fondation n’a que faire de cette situation, car en janvier 2011, elle a tout simplement demandé le retrait du label « Musée de France » (dans quels buts ?).

Face à tous ces dangers, le renoncement du promoteur est une première victoire, mais ne constitue pas une garantie pour la sauvegarde de ce patrimoine. Il est donc important de rester mobilisés...     

 

 

Toujours une unique solution : la cession de l’îlot Jouve à la ville de Cavaillon

 

Ce patrimoine cavaillonnais doit devenir propriété de la ville et de ses habitants.

Pour cela, l’association Kabellion place toute sa confiance dans la ville de Cavaillon pour réaliser enfin le musée juif comtadin voulu par les donateurs : la famille Jouve.

 

Rendons le patrimoine de Cavaillon aux Cavaillonnais.

 

Les soutiens reçus par l’association Kabellion

 

La Société pour la Protection du Paysage et de l’Esthétique de la France (SPPEF) et sa revue « Sites et Monuments », association reconnue d’utilité publique - L’association Luberon Nature, agréée pour la protection de l’environnement - Le Consistoire central de France - Union des Communautés Juives de France - Le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) - Le CRIF Provence - L’Association Culturelle des Juifs du Pape (ACJP) - L’Association Culturelle des Juifs des Alpilles - La Commission Nationale B’nai B’rith France - La Fondation de Rothschild - L’association « pour la mémoire des enfants juifs déportés du Vaucluse » (AMEJD) - Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris - Equipe « Nouvelle Gallia Judaica » (CNRS, UMR 8584) Montpellier - La Ville de Cavaillon - La Confrérie de la Maintenance et des Traditions provençales… et plus de 2 800 personnes via Internet ou sur papier.

 

Remerciements 

 

L’association Kabellion remercie toutes les personnes et organismes qui nous ont déjà apporté leur soutien dans notre action. Mais notre combat doit continuer.

 

Pour en savoir plus

 

Pour lire le dossier complet, cliquez http://www.kabellion.fr/patrimoine_juif_cavaillon.html

Pour signer la pétition, cliquez http://www.kabellion.fr/petition_patrimoine_juif.html

Partager cet article
Repost0
15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 13:00

 

Bann C.E.NEPHTALI

Merci Charles-Etienne

 

 

Commémoration du 68ème anniversaire du Soulèvement
du Ghetto de Varsovie

 

Par Charles-Etienne NEPHTALI

© 2011 www.aschkel.info

 

 

 

 



 

 

En fin d’après-midi, hier, je me trouvais au Mémorial de la Shoah afin d’assister à la Commémoration du 68ème anniversaire du Soulèvement du Ghetto de Varsovie le 19 avril 1943, le soir de Pessah. Coïncidence des dates, Pessah tombe cette année un 19 avril également !

 

     L’assistance était certes nombreuse mais « vieillissante » et je ne pus m’empêcher de me poser cette question angoissante : qu’en sera t-il dans quelques années ?

 

     Plusieurs personnalités prirent la parole. Entre autres, M. Yossi Gal, Ambassadeur d’Israël, M. Tomasz Orlowski, Ambassadeur de Pologne, M. François Zimmeray qui s’insurgea contre la banalisation des mots et M. Richard Prasquier, Président du CRIF.

 

     Il fut rappelé le rôle de l’historien Emmanuel Ringelblum qui collecta et enterra en 3 lots tous les documents pouvant servir à écrire l’histoire de la vie, ou plutôt de la survie, des Juifs à l’intérieur du Ghetto. 2 de ces lots furent retrouvés en septembre 1946 et en décembre 1950 représentant 6.000 documents soit au total 35.369 pages. Emmanuel Ringelblum, sa Femme Judith et son Fils Ouri âgé de …….13 ans furent fusillés par les Allemands le 7 mars 1944.

 

     Créé par cynisme le 12 octobre 1940, le jour de Kippour, près de 400.000 Juifs furent entassés par les Allemands à partir de 19 novembre 1940 dans le Ghetto qui représentait 8% de la superficie de la ville de Varsovie. 40% de la population de Varsovie enfermés dans 8% de sa superficie !

 

     A partir du 22 juillet 1942, plus de 280.000 Juifs furent déportées et assassinées à Tréblinka. L’Organisation Juive de Combat fut fondée dès le 28 juillet 1942 et l’Insurrection débuta le 19 avril 1943 lorsque les Allemands décidèrent de déporter les Juifs restants dans le Ghetto. Vous connaissez la suite, les courageux Combattants se battirent jusqu’au 16 mai contre l’armée la plus puissante et la plus armée d’Europe et ce pratiquement sans arme. Il est à noter que les Allemands avaient prévu de liquider le reste du Ghetto en 3 jours ! 

 

     Pendant le Soulèvement, 7.000 juifs furent tués, 6.000 furent brûlés vifs ou asphyxiés et le quartier fut entièrement détruit.

 

    Au cours de la Cérémonie, des témoignages de Jan Karski et des Combattants du Ghetto furent lus en Français et en Yiddish et la chanteuse Talila interpréta des chansons en Yiddish.

 

    Les prières El Male Rahamim et le Kaddish, dites par le Rabbin Mevorah Zerbib clôturèrent cette émouvante Cérémonie qui dura près de 2 heures.
  
    Chabbat Chalom et 'Hag Pessah Saméah. Ayons une pensée pour ces glorieux Combattants et pour notre Fils et Frère Guilad qui passera son 5ème Pessah loin de ses Parents, loin de tout, dans la solitude absolue, détenu par des sauvages !
Charles Etienne NEPHTALI
Partager cet article
Repost0
9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 22:50

 

 

Comment la science récupère les expérimentations criminelles de scientifiques nazis ?

 

par Jean Aikhenbaum

pour  © 2011 www.aschkel.info 

 

 

Expérimentations et scientifiques nazis.

 

Les sujets que nous allons aborder, qui ont  rapport à la dernière guerre mondiale sont différents de ceux que vous avez l'habitude de voir traiter et. Si nous avons choisi de faire un travail sur ce sujet, c'est pour des raisons bien précises. La première d'entre elles, c'est que ces faits sont la plupart du temps totalement ignorés du grand public et que seuls quelques spécialistes leur consacre ou leur on consacré du temps. A tel point comme vous pourrez vous en apercevoir des choses primordiales n'ont fait l'objet que de peu de recherches. Ces lacunes, sont en partie explicable pour les raisons que les chercheurs ont besoin de crédits pour poursuivre leur travail. Sans crédit, pas de recherches, sans recherches pas de connaissance, sans connaissance, des faits importants du passé, qui conditionnent notre présent, tombent dans l'oubli.

Ce petit préambule pour vous dire que nous allons vous parler de sujets bien différents qui traits à le 2ème guerre mondiale. Ils ont en commun « la science » et d’avoir fait partie de travaux de recherche de scientifiques nazis.

 

Expérimentations faites sur les déportés et internés

Les deux premiers sont dramatiques, puisqu'ils touchent à des expérimentations faites sur les déportés, et internés par les scientifiques du 3ème Reich qui n'avaient pas plus que les communs des nazis, d'états d'âme particuliers. Ils étaient là pour une tâche bien précise et en fonctionnaires rigoureux l'ont effectué en mettant en œuvre toutes leurs compétences et leur savoir.

Tous les scientifiques allemands ne se conduisirent pas de la sorte, quelques uns  quittèrent l'Allemagne. Les savants nazis retardèrent-ils leurs  travaux sur la bombe atomique, pour ne pas la mettre entre les mains d'Hitler, rien n'est moins évident. On sait qu'en 1941, Niels Bohr, prix Nobel de physique en 1922, qui était directeur de l'Institut de physique théorique de Copenhague rencontra Heisenberg physicien allemand qui avait été son élève. Heisenberg aux dires de certains, aurait tenté de faire passer aux scientifiques alliés, qu’il connaissait bien,  un  message afin de mettre un frein à leur travail respectif sur la fission nucléaire. Cette thèse est peu  crédible, puisque les nazis continuèrent leur recherche sur l’atome. Bohr,  quitta le Danemark en 1943 pour se joindre à l'effort de guerre des alliés. L'histoire ensuite on la connaît, les Américains les premiers disposèrent et utilisèrent l'arme nucléaire.

Mais, même si quelques rares scientifiques allemands eurent quelques scrupules à contribuer à l'effort de guerre nazi, ce ne fut pas le cas de la majorité d'entre eux. Nombreux,  avides de gloire, ou de tranquillité contribuèrent activement et se montrèrent très coopératifs avec le pouvoir.

Il nous semble ici intéressant de faire une distinction, même si dans l'horreur ces travaux sont inadmissibles, condamnables indignes d'hommes qui se veulent ou se croient civilisés, il n'en reste pas moins des travaux de recherches qui reposent sur des bases indiscutablement scientifiques, ou l'horreur et l’ignominie dans leurs objectifs certes, ne peut être écarté mais qui néanmoins débouchent sur des faits mesurables et qui restent des travaux scientifiques au sens propre du terme.

Il en va tout différemment pour les faits que nous allons vous exposer dans la troisième partie de notre exposé, (voir Aurochs, le retour…d’une supercherie scientifique nazie – Daszkiewicz Piotr – Aikhenbaum Jean – HSTES Paris – l’ensemble du dossier est consultable sur ICI qui concernent la mise en place et l'exploitation  d'une supercherie nazie dont l'origine  remonte aux années 20 et qui s'est poursuivie jusqu'à la signature de l'armistice.

Nous voulons également vous dire, que nous avons publié sur ces différents sujets plusieurs articles  deux dans Actualités Juives, dans une   version grand public, et un plus spécifiquement destiné à des spécialistes dans le Courrier de l'Environnement de l'Institut National  de la Recherche Agronomique.

Ce travail est dédié  aux victimes, mais également aux témoins qui nous les ont fait connaître à savoir :

à Monsieur le Professeur T.CHROSCIELEWSKI, dont nous parlerons

à Monsieur le Professeur W.SKURATOWICZ officier de la résistance polonaise et déporté dans le camp de concentration de Majdanek, Professeur de zoologie de l’Université de Poznan, a qui nous devons avoir eu connaissance de travaux de Heck.

A Monsieur le Professeur Dvorjetski, survivant du ghetto de Vilnus, professeur de médecine et d'histoire des sciences à l'Université de Tel-Aviv, qui nous a permis de réaliser le travail sur le Dieffenbacchia

à Madame le Professeur Christina DASZKIEWICZ, professeur de droit pénal à l'Université de Poznan, spécialiste des crimes de guerre. Officier dans l'armée clandestine polonaise A.K et auteurs de plusieurs ouvrages.

Ces articles paraîtront également dans les prochains numéros du journal que publie l'association des Enfants cachés.

 

La récupération des expérimentations criminelles nazies par la science actuelle

            Ce n'est qu'avec un retard de plusieurs mois que nous avons appris avec tristesse le décès  de M. le professeur T. Chroscielewski. Il était Chercheur à la Faculté de Médecine de Poznan en Pologne. C'était l'un des personnages  clé de la vie intellectuelle de la Pologne de l'après guerre. Il avait été officier de A.K. (l’armée clandestine polonaise), et avait été déporté au camp concentration d'Auchwitz. Le professeur T. Chroscielewski était  fortement attaché aux valeurs démocratiques. A plusieurs reprises, il prendra courageusement position   pour  s'opposer au pouvoir communiste en place. C'était également un médecin légiste réputé,  il fut par exemple l'initiateur de la contre-expertise médico-légale dans l'affaire de l'assassinat par la police politique communiste du père Popieluszko. Nous avons eu la chance de le rencontrer au cours de notre dernier voyage en Pologne. Le sujet de notre conversation était lié à l'ouvrage (que nous sommes en train de préparer) sur les "récupérations d’expérimentations criminelles nazies contre l'humanité" par la science et les techniques actuelles. Le professeur Chroscielewski pendant plusieurs années mena un combat difficile, contre l'utilisation par les étudiants de manuels d'anatomie et de physiologie faits à partir d'expérimentations sur les "cobayes humains" par les médecins et scientifiques nazis.

            La ville de Poznan a été l'une de premières villes polonaises occupées par l'armée allemande en 1939. Les répressions contre la population civile furent particulièrement féroces, la ville fut déclarée allemande et la grande majorité de la population polonaise "déplacée". Dès leur  retour dans la ville en 1945, les chercheurs de la Faculté de la Médecine firent  une macabre  découverte. Les sous-sols du bâtiment universitaire du Collegium Anatomicum recélaient une quantité importante  de cadavres. Une certaine partie d’entre eux, dont ceux de quelques soldats de la résistance furent identifiés.  Mais la grande majorité demeure toujours à ce jour anonyme. La ville avait été libérée trop rapidement pour que les "scientifiques" allemands réussissent à détruire toutes les preuves de leur horrible besogne. La documentation abandonnée, l'analyse des nombreux organes humains conservés dans le formol, les interrogatoires du personnel allemand subalterne arrêté juste après la libération ne laissent planer aucun doute. Il s'agissait d’expériences faites sur des "cobayes humains" et la grande collection anatomique  trouvée résultait de l'assassinat de prisonniers et d'internés. Ces documents révèlent  que plusieurs exécutions furent spécialement commandées par des chercheurs-medecins aux fins d'obtenir un matériel "intéressant". Ces derniers surveillèrent  personnellement les exécutions ils expliquèrent soigneusement au bourreau comment assassiner proprement, pour que "le matériel obtenu" soit "utilisable scientifiquement".

 

Des criminels nazis identifiés et nullement inquiétés

            Les noms des  responsables de toutes ces atrocités sont bien connus:

On y trouve notamment le professeur Hermann Voss. Après la guerre Hermann Voss fut récupéré par la RDA, il n'a nullement été inquiété  et devint même l'un des "mandarins" de la médecine de l’Allemagne Communiste.  Il continua à travailler et à enseigner  pour   diverses universités de RDA. Sa position importante le tiendra hors de portée de la justice polonaise qui était  totalement contrôlée à cette époque par les communistes. Dans la version "officielle" de l'historiographie marxiste tous les criminels de guerre étaient jugés et condamnés.  S’ils ne l’étaient pas, c’est qu’ils se trouvaient en R.F.A, ou éventuellement en Amérique du Sud, mais ne pouvaient faire partie  des  autorités scientifiques de RDA. On voit à travers cet exemple, ce qu’il en était réellement.

            Le Professeur T. Chroscielewski avec une petit équipe de chercheurs réussit à conserver la documentation faites par les nazis sur ces crimes et plus particulièrement celles qui avaient trait aux activités de Voss. Lui-même scientifique et pathomorphologiste il constata avec effroi,  que plusieurs publications scientifiques de Voss publiées après la  guerre étaient...basées sur ses recherches effectuées sur les internés et prisonniers durant la guerre. Bien évidement, Voss avait pris soin de modifier  les dates et les lieux, mais il n'y avait pas le moindre doute. Les résultats publiés étaient identiques en tous points  à ceux   effectués sur les prisonniers de guerre. Mieux encore, certain de son impunité, Voss ne prit même pas soin de modifier ses communiqués.  La documentation retrouvée en 1945 à Poznan,  était reproduite la plupart du temps mot pour mot. Comme dans l'horreur la limite n'existe pas, ces recherches criminelles sont  à l’origine  d'un manuel d'anatomie destiné aux étudiants. Ce manuel eu un grand succès international. Il fut, ce que l'on peut appeler un best seller. On compte pas moins de 15 éditions en langue allemande et trois en langue espagnole dont une destinée à l’Argentine.

Nous avons pu consulter une édition de 1979. D’après M. Chroscielewski, il y  eu  d'autres  éditions postérieures de cet ouvrage, dont nous pouvons vous fournir les référence.  (Taschenbuch der Anatomie, Hermann Voss, Robert Herlinger Edition Veb Gustav Fischer Verlag Jena 1979).

Mais le véritable choc s’est produit,  quand M. le professeur Chroscielewski apprit que le manuel avait été vendu à un éditeur polonais, dans le but de l’utiliser pour les cours d'anatomie. L'intervention de groupes de chercheurs polonais fut immédiate, le manuel fut retiré de la vente et interdit. De plus,  d'après le professeur Chroscielewski il existe disponible des manuels de qualité supérieure anglais ou américain dont la rédaction ne porte aucune ambiguïté éthique, mais dont apparemment les droits  d'édition sont plus chers. Les chercheurs polonais firent  à la suite de cette affaire un dossier sur cet "ouvrage" et sur l'activité de Voss et l’adressèrent à plusieurs organismes internationaux de médecins. Hermann.  Voss osa  prétendre que "les chercheurs  Polonais avaient falsifié son curriculum vitae" et que les recherches faites à Poznan pendant l'occupation de la Pologne étaient utiles et "servaient toujours  l'humanité". Il a fallut attendre  l'unification allemande et l’action de journalistes berlinois pour que le manuel disparaisse (seulement en partie) des programmes universitaires.  Mais, rassurez-vous,  personne n'a jamais puni   Voss,  personne n’a songé non plus à retirer les titres de "Docteur Honoris Causa" que détient "ce grand savant allemand". Malgré son autorité scientifique incontestable le Professeur T. Chroscielewski n'a jamais réussi changer cette situation.

 

 

Piotr Daszkiewicz – Dr es-Sciences - Historien des Sciences - biologiste

Jean Aikhenbaum - H.S.T.E.S Paris


L'assassinat massif de prisonniers pour "enrichir les collections anatomiques" était un crime commis plus souvent que nous pouvons le supposer. Ce particularisme de l'histoire  est moins étudié que l'expérimentation mais il existe d'autres exemples bien connus,  comme celui de la collection de squelettes du "professeur" Hirt de Strasbourg, qui afin de   "faire des études  d’anatomie comparative entre les Juifs et "d’autres races",   fit      assassiner 170 personnes et leur corps furent mis à la disposition de cette "collection" (dans cette collection, on répertorie 129 Juifs, 2 Polonais, 4 Asiatiques et 35 victimes d’origines incertaines). 

Partager cet article
Repost0
1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:32

 

 

 Chrétiens allemands ».

 

                 «Chrétiens allemands»,

             une catastrophe protestante.

                           1933-1944[1]

    

         Jusqu’à la défaite, ils demandent l’élimination des Juifs.

 

 Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2010

Pour © 2011 lessakele  et © 2011 aschkel.info 



On aurait dû les appeler « chrétiens nazis ». Les deux termes semblent antinomiques. C’est pourquoi, en 1933, Karl Barth, le célèbre théologien suisse, disqualifie sans appel ces protestants : « Acôté des écritures sacrées qui sont la seule révélation de Dieu, ils réclament une seconde révélation, celle du peuple allemand et de sa politique actuelle. Nous devons donc admettre qu’ils croient à « un autre Dieu ».[2]

 

Barth a raison, les professions de foi des « Chrétiens allemands » dépassent l’entendement. Ce sont des renégats dans toute la force du terme. Dans un guide publié en 1932, ils proclament que « la distinction entre les peuples et les races (…) est un ordre voulu par le Dieu du monde ». De ce fait, « le mariage entre les Allemands et les Juifs doit être interdit ».[3] En 1933, leurs déclarations les égarent. Ils appellent les protestants à « participer à la grande heure qui vient de sonner (celle des nazis) et y reconnaître une mission de Dieu confiée à son Eglise ».[4]

 

A leurs yeux, « l’Eglise doit s’intégrer dans le Troisième Reich, être mise au rythme de la révolution nationale, être façonnée par les idées du nazisme ».[5]  L’hérésie patente bascule dans le ridicule et l’absurde lorsque les « Chrétiens allemands » en appellent à Hitler pour interpréter les Ecritures et proclament que Dieu a marqué l’Allemagne de son sceau.[6] Une attitude d’autant plus scandaleuse que les « Chrétiens allemands » ont adopté ces concepts païens nazis de leur propre initiative, sans avoir fait l’objet de pressions.

 

Après tant de blasphèmes et de ruptures théologiques, comment est-il concevable qu’en juillet 1933, lors de l’élection des dirigeants protestants, deux tiers des votes des paroissiens se soient portés sur des représentants des « Chrétiens allemands ? »[7] Ces fidèles sont, sous la conduite de leurs pasteurs, descendus aux enfers. Ils sont marqués au fer, même si au sein de cette nébuleuse se croisent des participants plus ou moins radicaux.

 

Parmi les meneurs les plus engagés se trouvent les initiateurs, deux pasteurs de Thuringe, Siegfried Leffler et Julius Leutheuser. Parmi les modérés, on compte Wilhelm Niemöller, un sympathisant qui déclare à ses paroissiens : « En ce qui concerne ma position envers les Chrétiens allemands, j’en suis un membre et je le resterai ». Mais à la fin de l’été 1933, Wilhelm Niemöller coupe les ponts et rejoint son frère Martin à l’Eglise confessante qui, sous l’impulsion de ce dernier, s’élève avec succès contre cette théologie dévoyée.[8]

 

Un feu de paille ?[9] Un scandale éclate lors du rassemblement des « Chrétiens allemands » au Palais des sports de Berlin le 13 novembre 1933. Un orateur, le Dr. Krause, n’hésite pas à demander en termes vifs que le protestantisme allemand déjudaïse l’Eglise ainsi que la Bible. Cela revient à abandonner l’Ancien Testament et à expurger le Nouveau de ses composantes juives.[10] Les démissions se multiplient. Malgré ces importants revers, à la fin des années trente les « Chrétiens allemands » comptent encore 600 000 fidèles.[11] Plus grave, ils conservent une position dominante au sein des Facultés de théologie. En 1937, 12 recteurs sur 15 sont affiliés aux «Chrétiens allemands», 14 sont professeurs sur 73 et 51 professeurs associés sur 102.[12]

 

La situation est d’autant plus critique que les « Chrétiens allemands » n’ont rien abandonné des principes païens nazis. Les déclarations aberrantes et inconditionnelles de leurs plus hautes autorités continuent. Un article paraît le 15 novembre 1936 dans Kommende Kirche, une publication dont le responsable est Heinz Weidemann, l’évêque de Brême. « Dieu a envoyé Hitler au secours du peuple allemand (…) Adolf  Hitler est le porte-parole de Dieu. Aider Hitler dans sa tâche, c’est servir Dieu, saboter son travail, c’est servir le diable ».[13]

 

En avril 1938, Leffler affirme dans une allocution au Palais des Sports de Berlin : « Etre chrétien ne signifie pour nous rien de plus que de posséder la force de soutenir le programme national-socialiste ».[14] De son côté, fin novembre 1938, l’évêque de Thuringe Martin Sass écrit après la Nuit de cristal que « l’incendie des synagogues est le moment du couronnement du combat divinement béni du Führer pour l’émancipation définitive du peuple allemand ».[15]

 

Six mois plus tard, le 4 avril 1939, les « Chrétiens allemands » fondent l’Institut pour la Recherche et l’Elimination de l’Influence Juive dans la Vie des Eglises Allemandes. Un intitulé en forme de programme que l’Institut résume de la manière suivante : « L’influence corruptrice juive a aussi été active dans le christianisme au cours de l’histoire. Le devoir obligatoire et sans échappatoires de l’Eglise et du Christianisme est de se débarrasser du Judaïsme. C’est une obligation pour le futur de la chrétienté ».[16]

 

Jusqu’à la fin les « Chrétiens allemands » se déchaînent. Dans une lettre d’information datée du 29 avril 1944, ils insistent : « Il n’y a pas d’autre solution au problème juif que la suivante : (…) la bataille (…) jusqu’à ce que le monde soit totalement entre mains juives ou complètement purgé du judaïsme (…) nous pouvons fièrement proclamer devant le monde entier, le monde d’aujourd’hui et de demain, que nous avons saisi l’opportunité avec la ferme intention de résoudre la question juive une fois pour toutes ».[17]

 

Le monde nazi s’écroule, mais la détermination, l’aveuglement devrait-on dire, des « Chrétiens allemands » reste intact. Cette page atroce du protestantisme allemand est trop souvent ignorée du grand public. On dénonce le vote massif des protestants qui a permis l’accession au pouvoir d’Hitler mais on ne parle pas assez de leur soutien à l’élimination des Juifs et l’on évoque rarement le déviationnisme théologique insensé et la haine viscérale du judaïsme qui ont définitivement disqualifié de trop nombreux pasteurs et dirigeants de l’Eglise protestante allemande.

 

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2010

 

Contact : « andre.chargueraud@bluewin.ch »

 

Trouvez sur mon blog : La Shoah revisitée (http://la.shoah.revisitee.org) d’autres articles récemment publiés.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis