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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 08:52

 

 

Gaston Monnerville.
Aimablement transmis par Sewa
LE DRAME JUIF

ALLOCUTION DE M. Gaston MONNERVILLE,

Député de la Guyane

 

(Discours prononcé le 21 juin 1933, au Trocadéro)

Mesdames, Messieurs,

Le drame qui angoisse nos frères de race juive n'a pas son écho seulement dans leur coeur.

Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu'il assiste au spectacle d'un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d'une nation civilisée ; je veux dire : le souci d'être juste, la volonté d'être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu'en soit la religion, la couleur ou la race.

Me tournant vers les persécutés d'Allemagne, je leur apporte mon fraternel salut et je leur dis :

Nous, les Fils de la Race Noire, nous ressentons profondément votre détresse. Nous sommes avec vous dans vos souffrances et dans vos tristesses Elles provoquent en nous des résonances que ne peuvent pas saisir pleinement ceux à qui n'a jamais été ravie la liberté. S'il est vrai que l'hérédité est la mémoire des races, croyez que nous n'avons pas perdu le souvenir des souffrances de la nôtre. Et c'est ce qui, en dehors même du plan supérieur de la solidarité des hommes, nous rapproche davantage de vous et nous détermine à nous associer à votre protestation.

Nous sommes à vos côtés et vous nous trouverez toujours à vos côtés, chaque fois qu'il s'agira de lutter contre une mesure ou contre un régime qui tendrait à détruire la justice entre les hommes, ou à abolir leur liberté. Nous nous indignons avec vous ; nous protestons avec vous, de toute la force de notre idéalisme, devant les actes de l'obscurantisme hitlérien. Le Racisme allemand, expression suprême d'une mentalité antisociale qui nous reporte aux anciens âges, ne saurait trouver une audience favorable dans un pays comme la France « nourrie des idées générales du monde ».

Elle la trouvera moins encore auprès de nous, fils lointains ou immédiats de cette Afrique, qui a été si malheureuse au cours des siècles. C'est que nous ne nous rappelons jamais sans une émotion poignante les effets du préjugé de race qui a marqué le passage de l'Allemagne en Afrique.

Souvenez-vous ! Une guerre d'extermination, froidement voulue, implacablement menée contre les Herreros, dans l'ouest Africain ; 40.000 Herreros massacrés !

L'Administration continua l'oeuvre de l'armée. Les indigènes survivants se virent privés de tout droit. Parqués dans des camps spéciaux, ils subirent les plus bas traitements. Leur disparition totale fut la conséquence de cette politique. Il n'y eut plus que des Allemands dans le Sud-Ouest Africain.

« Toujours quelques crimes précèdent les grands crimes ».

Il y avait dans les massacres africains des promesses qui sont aujourd'hui tenues, hélas ! Il y avait en eux l'annonce des assassinats hitlériens. Si bien que l'on peut voir dans le martyr des Africains allemands une préfiguration parfaite de l'actuel martyre des Juifs allemands.

Le cycle terrible tend vers son point de perfection ; le racisme donne sa pleine mesure. Il ne vous surprendra pas que nous suivions avec une attention particulière le développement de son évolution, si humiliante pour la raison humaine. Il ne vous surprendra pas que notre inquiétude s'avive, au moment même où nous apprenons qu'à la Conférence de Londres, l'Allemagne hitlérienne demande le retour au Reich de ses anciennes colonies.

Vous concevez, vous les victimes du racisme allemand, combien grande est notre anxiété, combien s'aiguise notre vigilance, à cette annonce. L'attitude de l'Allemagne actuelle vis-à-vis des minorités, l'hostilité violente qu'elle manifeste contre ceux qui ne sont pas Aryens, nous dictent notre conduite. Nous devons veiller à ce qu'elle n'obtienne pas la tutelle des populations africaines. La tâche, si belle et si noble, de guider des hommes vers une évolution sociale meilleure ne doit être dévolue qu'aux nations qui ont conscience de leur devoir humain. Le racisme allemand les ignore, ou les méprise. Faisons tout pour l'empêcher d'étendre son action néfaste à l'Afrique Noire. Luttons pour en circonscrire les effets désastreux. Menons cette lutte avec sérénité, certes, mais une sérénité qui ne doit exclure ni l'ardeur, ni la fermeté. Il y faudra sans doute quelque courage. Pour aboutir, qu'il nous suffise de nous inspirer du principe qui a été le guide essentiel de l'homme qu'on a eu raison de tant louer ce soir ; de l'abbé Grégoire, ce coeur « nourri du lait de l'humaine tendresse, dont les oeuvres, les actes et la vie même en furent une constante, une magnifique illustration : IL N'Y A PAS DE VERTU SANS COURAGE.

Gaston MONNERVILLE

http://www.senat.fr/histoire/associations/discours.html#dramejuif

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 12:22

 

 

 

280px-August Hlond portr (Copier)

Le cardinal August Hlond, primat de Pologne.

 

 

 

 

Le primat de Pologne

  «chrétiennement antisémite ».

 1936-1946.


Cet antisémitisme meurtrier a contribué à rendre la Pologne « Judenfrei ».

 Par Marc-André Chargueraud.

 

 

Nous sommes le 29 février 1936, Adolf Hitler est chancelier du Reich depuis trois ans. Ce jour-là le cardinal August Hlond, primat de Pologne, dans une lettre pastorale, dénonce le caractère satanique des Juifs. « Il est vrai que les Juifs commettent des fraudes, pratiquent l’usure et la traite des blanches. Il est vrai que du point de vue religieux et éthique, l’influence à l’école de la jeunesse juive sur la jeunesse catholique est généralement satanique ... Il est vrai que les Juifs se battent contre l’église catholique, qu’ils sont libres penseurs et constituent l’avant-garde de l’athéisme, du bolchevisme et de l’activité révolutionnaire. »-1-

 

Après avoir traîné les Juifs aux gémonies, le cardinal tente de se démarquer des pratiques nazies : « Je mets en garde contre les principes antijuifs fondamentaux et inconditionnels importés de l’étranger (du Reich) ». Vous pouvez boycotter leurs magasins, vous devez refuser leurs publications antichrétiennes, mais « il n’est pas permis de s’en prendre aux affaires juives, de détruire leurs marchandises, de casser leurs vitres ou de démolir leurs maisons ».-2- Hlond aurait dû ajouter qu’il condamne aussi les pogroms meurtriers. La Pologne a sur ce plan une grande longueur d’avance sur l’Allemagne avec des centaines de victimes juives entre 1935 et 1937.-3-

 

Le cardinal conclut : « Un problème juif existe et il existera tant que les Juifs resteront juifs ». Traduisez : « Tant qu’ils ne se seront pas convertis  au catholicisme ». Le prélat se réclame de la grande tradition romaine. La reconnaissance du Christ sauveur et le baptême rédempteur des Juifs sont la seule solution au « problème juif ». Pour Hitler un juif converti, bien que de religion catholique, n’en reste pas moins de race juive. Les théologiens chrétiens ont sans relâche combattu cette position.

 

Le Primat de Pologne vient de stigmatiser violemment les Juifs. Comment s’étonner alors que la communauté catholique se déchaîne ? En 1936, un périodique jésuite  prêche la ségrégation des nouvelles générations : « On doit laisser les Juifs vivre, mais ils doivent être éliminés de la vie de la société chrétienne. Il est nécessaire de leur donner des écoles séparées (...) pour que nos enfants ne soient pas infectés par leur moralité douteuse. » Une résolution allant dans ce sens est adoptée par le synode des évêques polonais.-4-

Les prêches pendant les offices religieux, les propos murmurés dans le secret du confessionnal, les paroles prononcées au cours des retraites, les textes publiés dans la bonne presse multiplient les messages antisémites de la hiérarchie catholique. La masse des fidèles reçoit d’autant mieux ces messages que l’atmosphère qui les entoure est déjà chargée d’une aversion ancestrale pour tous les étrangers et pour les Juifs en particulier. C’est ce qu’exprime avec cynisme le directeur des nationalités au ministère de l’Intérieur au début 1936, lorsqu’une délégation de Juifs polonais se plaint des appels aux pogroms : « Tout le monde est aujourd’hui antisémite en Pologne. Nous ne pouvons pas assigner un policier à chaque Juif et nous n’avons pas l’intention de pendre nos jeunes parce qu’ils sont antisémites. »-5- 

Dans l’enthousiasme sans retenue de l’adolescence, des jeunes dépassent les bornes placées par Hlond et appellent à l’élimination pure et simple des Juifs de Pologne. A la fin 1936, plusieurs milliers d’étudiants en pèlerinage au monastère de Czestochowa font solennellement le vœu de « transformer la nation polonaise en un Etat purement catholique (...) et de n’avoir de cesse que le dernier Juif soit chassé de Pologne mort ou vif ».-6- Ils sont encore plus de trois millions qui vivent dans le pays !

 

Devant ce que l’on doit qualifier de « dérapages inacceptables », le Vatican n’aurait-il pas dû rappeler Hlond à l’ordre ? Certainement, mais à l’époque l’attitude de Rome à l’égard des Juifs n’est pas très éloignée de celle des catholiques polonais. A l’exemple de l’encyclique Humani Generis Unitas que fit préparer Pie XI avant de mourir en février 1939 et qui ne fut jamais publiée. On y lit que « l’Eglise n’est pas aveugle aux dangers spirituels auxquels les âmes sont exposées par le contact avec les Juifs (...) et n’ignore pas le besoin de protéger ses enfants contre la contagion spirituelle ».-7- Ce passage de l’encyclique amène le père Johannes Nota S.J. à s’exclamer à propos de l’encyclique : « Dieu soit loué que ce brouillon soit resté un brouillon ! »-8-

 

En septembre 1939, à la suite de l’occupation allemande, le cardinal Hlond se réfugie au Vatican. Après la guerre il reprend ses fonctions à la tête de l’Eglise catholique polonaise. Entre temps plus de 3 millions de Juifs polonais sont morts. 50 000 survivants reviennent des camps où ils ont été enfermés ou des forêts où ils se sont cachés, décharnés et dépourvus de tout. Ils sont rejoints par plus de 250 000 coreligionnaires de retour d’Asie centrale russe où les soviets les ont déportés en 1940-41. Ne pouvait-on pas les laisser vivre en paix ? « Nous avions échappé à mille périls et tout recommençait », explique un survivant juif.-9-[9]

 

La Pologne catholique ne change pas d’attitude à l’égard de ces «revenants». Pour elle, des intrus dont il faut se débarrasser.  L’antisémitisme meurtrier l’emporte tant la société en est infectée. Il suffit de lire un article paru déjà le 20 janvier 1942 dans The Nation,le journal des Démocrates Chrétiens, pour comprendre son enracinement : «...La situation rend impossible d’accepter le retour des Juifs à leur position privilégiée sans exposer le pays à de graves soulèvements ... Nous devons annoncer ouvertement que non seulement nous refusons de restaurer les droits politiques et patrimoniaux des Juifs, mais que nous voulons qu’ils partent tous de notre pays. » Et ce même parti démocrate chrétien d’insister en 1944 : « Le problème juif doit être résolu par une émigration graduelle des Juifs qui après la politique allemande d’extermination sont encore en vie... Le point de départ sera la confiscation par l’Etat des propriétés juives sans héritiers ...»-10-

 

Les pogroms se multiplient. Le plus violent a lieu à Kielce le 4 juillet 1946. Une foule déchaînée de plus de 5 000 personnes bat à mort 46 Juifs, une centaine sont gravement blessés. Les cadavres sont sauvagement mutilés.-11-Trois jours seulement après les événements de Kielce, six Juifs qui se trouvent à bord d’un train allant de Varsovie à Bialystok sont assassinés. Près de Lublin les terroristes tendent une embuscade à un train de voyageurs. Cinq soldats de l’armée rouge et trois passagers juifs sont exécutés. Le lendemain ce sont quatorze Juifs qui subissent le même sort dans un train entre Katowice et Wroclaw.-12- Aux centaines de victimes juives des années de l’avant-guerre succèdent les milliers de morts de l’après-guerre. De 1944 à 1947, 1500 à 2000 Juifs sont assassinés.-13-

 

Loin de ramener ses fidèles à la raison, le cardinal Hlond justifie ces meurtres. Interrogé par des journalistes après le pogrom de Kielce, il explique que le peuple polonais est aigri parce que « les Juifs occupent les postes les plus importants du gouvernement et ont introduit un régime qui était contraire aux intérêts de la majorité…. Dans la lutte fatale qui se produit sur le front politique en Pologne il est regrettable que des Juifs aient à payer de leur vie ». Un mois plus tôt il déclarait : « Les Polonais ne tuent pas les Juifs en tant que Juifs mais simplement réagissent au meurtre de la population chrétienne par un gouvernement communiste dirigé par des Juifs ».-14- Et pourtant le seul ministre juif était Hilary Minc, ministre de l’Industrie et du Commerce.

 

En fait Hlond est avant tout animé d’un antisémitisme virulent qu’il cache ici par des considérations politiques. Le Jewish Chronicle du 19 juillet 1946 ne s’y trompe pas, lorsqu’il écrit : « Justifier les meurtres des Juifs sous prétexte que les Juifs sont au gouvernement équivaut à absoudre les meurtriers ».

 

Il faut être conscient que l’antisémitisme militant du peuple polonais, ses évêques en tête, a permis de parachever le massacre de 3 000 000 de Juifs pour rendre la Pologne « Judenfrei » (libre de tout Juif) suivant la prophétie de Hitler. En multipliant les violences meurtrières, en rendant la vie économiquement et socialement impossible aux Juifs, cet antisémitisme les a forcés à fuir. Aujourd’hui le pays ne compte pas plus de quelques milliers de Juifs sur les 300 000 qui ont survécu et espéraient pouvoir mener de nouveau une vie normale dans le pays de leur naissance.-15-

 

-1-GILBERT Martin, Atlas de la Shoah, Editions de l’Aube, Paris, 1992, p. 21. HELLER Celia H, On the Edge of  Destruction, Jews of  Poland between the Two World Wars, Wayne State University Press, Detroit, 1994, p. 113.

-2-Ibid..

-3-GUTMAN Ysrael, MENDELSOHN Ezra, REINHARZ Jehuda SHMERUK Chone, The Jews of Poland Between two World Wars, University Press of New England,  1989, p. 105.

-4-HELLER, op. cit. p. 110

-5-KORZEC Pawel, Juifs de Pologne, La Question juive pendant l’Entre-deux-Guerre, Presses de la Fondation nationales des Sciences politiques, Paris, 1980, p. 248

-6-MARCUS Joseph, Social and Political History of the Jews in Poland, 1919-1939, Mouton Publishers, New York, 1983, p. 356.

-7-ZUCCOTTI  Susan, Under His Very Windows : The Vatican and the Holocaust in Italy, Yale University Press, Newhaven, 2000,  p. 32

-8-Ibid., p. 205.

-9-HILLEL Marc, Le massacre des survivants. En Pologne après l’Holocauste (1945-1947). Plon, 1985, p. 175.

-10-DOBROSZYCKI  Lucjan, The Jewish Community in Poland 1944-1947. A Discussion on Postwar Restitutions, in She’erit Hapletah 1944-1948. Rehabilitation and Political Struggle. Proceedings of the Sixth Yad Vashem International Historical Conference, Yad Vashem, Jerusalem, 1990, p. 4 et 5.

-11-STEINLAUF Michael, Poland, in WYMAN David éd, The World Reacts to the Holocaust, The John Hopkins University Press, Baltimore – Londres, 1996, p. 112.  BAUER Yehuda, From Diplomacy to Resistance : A  History of Jewish Palestine, 1930-1945,  The Jewish Publication Society of American, Philadelphia, 1970, p. 206.

-12-HILLEL, op. cit. p. 305.

-13-STEINLAUF, op. cit. p.112. MANKOWITZ Zeev W., Life between Memory and Hope. The Survivors of the Holocaust in Occupied German, Cambrige University Press, 2002, p. 18.

-14-HILLEL, op. cit. p. 317. HYMAN Abraham S., The Undefeated, Gefen Publishing House, Jerusalem - Hewlett NJ, 1993, p. 184.

-15-DELLAPERGOLA, World Jewish population 2002, in American Jewish Yearbook, New York 2002.

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 17:07

     

 

                 En septembre 1942 et en juillet 1943, Laval refuse de

   coopérer et des rafles massives sont annulées par les Allemands.

 

 

 

 

Dans Paris occupé, au cours de la rafle du « Vel d’hiv » les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 Juifs étrangers sont arrêtés à Paris par la police sur l’ordre du gouvernement de Vichy dirigé par Pierre Laval. Ils sont remis aux Allemands qui les déportent vers la mort. Pire, si c’est possible, pendant le mois d’août 1942, Vichy déporte 10 500 Juifs de la zone libre vers la zone occupée. Ces mesures criminelles et déshonorantes marquent la France d’une tache indélébile. L’histoire indique qu’elles pouvaient être évitées sans entraîner de représailles de la part des Allemands.

 

La rafle du Vel d’Hiv terminée, Heinz Röthke, chef des services des affaires juives de la Gestapo en France, prépare la suivante. Il obtient de Berlin la disposition de 50 trains pour déporter 50 000 Juifs français et étrangers entre le 15 septembre et la fin octobre 1942.-1- Le 2 septembre, Pierre Laval intervient auprès du général Karl Oberg, patron de la police et de la sécurité allemande en France (RSHA). Selon ce dernier « le Président Laval demande que, si possible, on ne lui signifie pas de nouvelles exigences sur la question juive. Il faudrait en particulier ne pas lui imposer a priori de nombre de Juifs à déporter ».-2-

 

Les Allemands décident alors de surseoir à ce plan. Les supérieurs de Heinz Röthke, Helmut Knochen et Herbert Hagen, « considèrent comme prioritaires les intérêts économiques et stratégiques du Reich, ainsi que la protection des troupes d’occupation garantie en particulier par la vigilance de la police française ».-3-[3] Ces jeunes officiers savent qu’au moindre manquement ils devront abandonner leurs postes confortables en France et seront envoyés sur le front russe. Pour les Allemands, il ne s’agit que d’une suspension. Leur rapport  du 2 septembre précise que Laval « confirme  que, conformément aux accords conclus, on livrera plus tard d’abord les Juifs ayant perdu leur nationalité allemande, autrichienne, tchèque, polonaise et hongroise, puis également les Juifs belges et hollandais. Ensuite, comme convenu, on livrera les Juifs qui ont acquis la nationalité française après 1933. »-4-

 

Le refus provisoire de Laval  d’opérer de nouvelles arrestations n’exprime pas de sa part la moindre sollicitude envers les Juifs. Il le répète sans réserve aux visiteurs qui interviennent pour lui demander d’arrêter les arrestations de Juifs étrangers. Un compte-rendu de Pinkney Tuck, le chargé d’affaires américain en France, résume un entretien qu’il eut avec Laval le 26 août : « Il est évident par son attitude qu’il n’avait ni intérêt, ni sympathie pour le sort d’aucun de ces Juifs qui, fit-il remarquer sans pitié, étaient déjà bien trop nombreux en France. »-5- 

 

Par contre Laval subit une pression très forte de son opinion publique, scandalisée par l’ampleur et la brutalité des arrestations en zone libre, qui l’oblige à les interrompre. Les déclarations publiques des autorités religieuses catholiques et protestantes se font pressantes et explicites en cette fin août 1942. Laval cède et tient tête aux Allemands sans que cela n’entraîne de conséquences.

 

Au printemps 1943, Röthke revient à la charge. Il sait que le nombre de Juifs étrangers  toujours présent en France est limité. Or Vichy refuse la mise à disposition de sa police pour déporter les Juifs français. Röthke demande alors  « la promulgation d’une loi retirant la nationalité française aux Juifs naturalisés postérieurement à 1927 ou 1933 ».-6- Ayant eu l’accord de Laval, il planifie pour les 23 et 24 juillet 1943 dans le département de la Seine une rafle de 50 000 Juifs avec le concours de 2 000 policiers français.-7-

 

Sous la pression du Maréchal, Laval revient sur son accord de dénaturalisation, ce qui oblige Röthke à suspendre la rafle prévue. Celui-ci conclut désabusé que l’« on ne peut plus compter sur la collaboration de la police française pour l’arrestation en masse des Juifs (…)  Le gouvernement français ne veut plus marcher avec nous (…) Il est conseillé de faire en sorte qu’une compagnie de Schutzpolizei se tienne désormais prête à intervenir. »-8- Ces menaces n’ont pas d’effets.

 

Pour la deuxième fois, Vichy a tenu tête aux Allemands sans subir la  moindre mesure de représailles. Pourquoi n’en a-t-il pas été de même en juillet-août 1942 ? Laval devait se tenir à la ligne de conduite qu’il s’était tracée lors du Conseil des ministres du 26 juin 1942. Il estime alors que la question juive « a été résolue, on le sait, en Allemagne d’une manière extrêmement sévère. L’opinion publique française accepterait difficilement que des mesures identiques soient prises en France où cette question n’a jamais eu la même acuité ».-9- Sa marge de manœuvre permet à Laval de refuser les demandes allemandes de mettre la police française à disposition pour des arrestations et des transferts vers Drancy.

 

Est-ce à dire que les 12 884 juifs du Vel d’Hiv auraient été sauvés ? Serge Klarsfeld pense qu’avec Laval refusant la rafle, la police et l’administration française n’auraient pas obéi aux ordres d’Oberg pour une pareille opération brutale visant des familles n’ayant commis aucun acte illégal.-10- Certains auraient tout de même été arrêtés. Les Allemands n’étaient pas complètement dépourvus de moyens s’ils décidaient d’agir par eux-mêmes, comme ils le montreront plus tard et dans d’autres pays. Déjà en fin 1940, n’ont-ils pas seuls identifié, arrêté et expulsé 22 000 Juifs d’Alsace et de Lorraine vers la zone libre ?

 

Toute hypothèse, sur ce qui serait arrivé pendant l’été 1942 en cas de refus de Vichy est hasardeuse. Mais au moins le gouvernement de Vichy ne se serait pas rendu complice direct des déportations vers les camps de la mort, un acte indigne dont le pays porte encore aujourd’hui les stigmates.

 

Le pasteur Boegner dénonce cette situation dans une lettre lucide adressée au Maréchal Pétain le 20 août  1942. « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques ou religieux dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend. »  Boegner met Pétain face à ses responsabilités : « Aucune défaite, vous nous l’avez rappelé vous-même, ne peut contraindre la France à laisser porter atteinte à son honneur. » La conclusion de cette admirable lettre est pathétique et cruellement vraie : « Je vous supplie, Monsieur le Maréchal, d’imposer des mesures indispensables pour que la France ne s’inflige pas à elle-même une défaite morale dont le poids sera incalculable. »-11-

 

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

KLARSFELD Serge, La Shoah en France, vol 3, Le calendrier de la persécution des Juifs de France, septembre 1942- août 1944, Fayard, Paris, 2001, p. 1034.

KLARSFELD Serge, Vichy-Auschwitz. Le rôle de Vichy dans la Solution finale de la question juive en France, 1942, Fayard, Paris, 1983, p. 167.

Ibid, p. 171.

KLARSFELD, 2001, vol. 3, p. 1034.

KLARSFELD, 2001, vol. 2, p. 881. Il s’agit ici de Juifs étrangers.

KLARSFELD, 2001, vol. 3, p. 1413.

Ibid. p. 1570.

Ibid. p. 1617 ss.

COHEN Monique-Lise et MALO Eric, éd. Les camps du sud-ouest de la France, 1939-1944. Exclusion, internement, déportation, Editions Privat, Toulouse, 1994,  p. 144.

KLARSFELD 1983, op. cit. p. 102

Ibid. p. 153

 

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:04

 

 

  • De Chinois à Juif : Mon odyssée
De Chinois à Juif : Mon odyssée

Quand une rencontre fortuite avec une Bible bouleverse le destin d’un étudiant chinois.

Transmis par Sewa-Welli Lassey, des Amitiés Judéo-Noires, 

qui participe à la promotion du Site de l'Association des Anciens Elèves des Grandes Ecoles et Universités pour Israël : 


Je suis né et j’ai grandi à Tianjin, en Chine, au sud-est de la ville de Pékin avec 13 millions de personnes. Mon père était ingénieur et ma mère technicienne.

Sous le régime communiste, j'ai reçu une éducation très laïque. La notion même de religion semblait inexistante. Bien que la Chine ne soit pas traditionnellement un pays athée – on y trouve des centaines de millions de bouddhistes, taoïstes et confucianistes - l'influence plus récente du communisme, du nationalisme, et également du consumérisme occidental y a introduit une forte composante athée.

Aaron Wood: a baby in Tianjin, China

J'ai ensuite fréquenté l'université et étudié le génie mécanique. Lors ma dernière année d’études, après avoir soutenu ma thèse, j'ai eu beaucoup de temps libre. J'ai alors commencé à assister aux cycles supérieurs, des cours d'anglais dispensés par un professeur américain.

Un jour, après la classe, l'enseignant a commencé à me parler de religion et de la Bible - un sujet qui m’était alors totalement inconnu.

Il m’a donné une Bible Anglais-Chinois à lire. J'avais hâte d'apprendre l’anglais, et le livre me semblait un excellent outil d'apprentissage: des phrases en anglais et en chinois côte à côte, chacune des phrases numérotée, ce qui me permettait de trouver facilement les mots correspondants.

J'ai commencé à lire le livre attentivement, mot par mot. Cela m’a conduit à soulever de nombreuses questions - non seulement sur les définitions de certains termes anglais, mais aussi sur les concepts abordés dans le livre.

Je suis retourné voir l'enseignant à plusieurs reprises pour lui soumettre mes questions. Je ne savais pas qu'il était missionnaire chrétien et qu’il était venu en Chine sous le prétexte d'enseigner l'anglais ... dans le but inavoué de faire du prosélytisme.

En répondant à mes nombreuses questions, il n'a pas perdu l'occasion de m’endoctriner avec sa philosophie chrétienne.

Ce processus a connu une brusque halte lorsque sa véritable identité fut démasquée par le gouvernement chinois. Bien que la Chine fasse généralement preuve de tolérance vis-à-vis des activités religieuses, le gouvernement se méfie toujours des étrangers qui peuvent également poursuivre des objectifs politiques subversifs – ce qui fit qu'il n'était plus le bienvenu en Chine.

J'ai décidé de chercher des églises chrétiennes locales pour continuer mon apprentissage de la Bible et j’ai donc commencé à fréquenter l'église tous les dimanches. Les pasteurs chinois n'étaient pas en mesure de lire la Bible en anglais (sans parler de l'original en hébreu), mais ils m’ont enseigné des idées chrétiennes telles que: les Juifs sont coupables de déicide; le Judaïsme est une tradition inventée pour remplacer la révélation sainte ; les Juifs sont aveugles et incapables de voir la lumière de la vérité, etc.

Je n'avais jamais rencontré de Juifs, et je ne savais rien de leur histoire. Toutes mes informations provenaient des médias chinois qui dépeignaient les Juifs comme des méchants voleurs et Israël comme un pays d’impérialistes agressifs alliés aux Américains. Je n'ai donc pas eu la possibilité de remettre en question la validité de ces enseignements chrétiens à connotation négative, sur les Juifs.

Mes années bibliothèque

Après mes études, j'ai décroché un emploi d’ingénieur dans la conception automobile.

J'ai ensuite passé la plupart de mon temps libre à entreprendre une étude plus approfondie sur la religion. J'ai obtenu les différentes versions de la Bible, à la fois en chinois et en anglais, et je les ai toutes lues très attentivement, mot par mot. Ce n'était pas une tâche facile. J'ai passé des années à étudier la Bible, ainsi que tous les livres que j'ai pu trouver sur les religions occidentales.

J'ai rencontré plusieurs contradictions dans les traductions. Par exemple, la « naissance virginale » est d'une importance fondamentale pour le christianisme, mais dans certaines Bibles le mot hébreu alma (Esaïe 7:14) se traduit non pas comme « vierge » mais comme « jeune femme ».

J'ai essayé de trouver un pasteur qui aurait pu m’aider à résoudre cette contradiction, mais malheureusement, même dans un pays de plus d’un milliard d’habitants, je n’ai pas pu trouver une seule personne possédant suffisamment de connaissances sur ces textes.

J'ai réalisé alors que si je voulais vraiment comprendre le sens authentique de la Bible, mon seul choix était d'apprendre l'hébreu par mes propres soins.

J'ai jeté mon dévolu sur l'immense bibliothèque centrale, dont la section langue étrangère occupe presque tout le bâtiment. C'était avant l'ère d’Internet et leur catalogue n'était pas encore informatisé. La section sur la religion était particulièrement mal faite et j'ai dû consulter chaque livre à la main. La seule bonne nouvelle était qu’il y avait deux bibliothécaires et que j'étais leur seul client.

 

Deux années plus tard, la bibliothèque s’est finalement dotée d’un dictionnaire hébreu-anglais.

Parvenir à un certain niveau en hébreu fut le fruit d’un processus lent et régulier. Après environ deux ans, la bibliothèque a finalement fait l’acquisition d’un dictionnaire hébreu-anglais, ce qui m'a aidé à apprendre l'alphabet. Malheureusement, je ne savais toujours pas comment prononcer quoi que ce soit, parce que si un dictionnaire est utile pour la lecture, vous ne pouvez que deviner les sons dont il est question.

Deux autres années plus tard, lorsqu’Israël et la Chine ont normalisé leurs relations diplomatiques, un touriste chinois parti visiter Israël a ramené avec lui un CD d’ « apprentissage de l'hébreu ». Il s’est finalement retrouvé entre mes mains et j'ai pu franchir un nouvel obstacle dans ma quête, entendre enfin l’hébreu parlé.

Après cela, j'ai fait connaissance avec un homme formidable, Avigdor Cohen de Maalé Adoumim en Israël, sur un forum Internet lié à la Bible. Nous avons commencé à correspondre par courriel et il m'a envoyé une Bible hébreu-anglais. Pour ceux qui ont toujours eu accès au judaïsme, il est probablement difficile d'apprécier quel était mon enthousiasme d'avoir enfin le texte original authentique entre mes mains.

À l'époque, j'enseignais le chinois à des visiteurs étrangers, et l'un de mes étudiants m’a offert une Bible en hébreu. Je l'ai apportée à l'église et l’ai montré au pasteur afin d'évaluer sa réaction. Mais il n’a eu aucune réaction, car il n'avait aucune idée que c’était de l’hébreu qu'il regardait. A ce stade, j’étais devenu de plus en plus réticent à me fier à une personne prétendait être un "croyant fidèle à la Parole de Dieu’’ alors qu’il ne pouvait même pas en reconnaître le texte.

Une fois encore, j’ai dû faire preuve de plus d’autonomie dans ma recherche. J’ai entrepris de lire tous les livres que je pouvais trouver qui étaient, même vaguement, connectés aux Juifs - tout depuis les mémoires de la Shoah à la politique israélienne. A cette époque, l'Internet était en plein essor. Le gouvernement chinois n'avait pas encore mis en place sa technologie de filtrage, j’avais donc un accès complet à tout, de Maïmonide à Martin Buber. Et tout cela a eu un impact intellectuel considérable sur moi.

Plus je lisais d’écrits sur les Juifs, plus je pouvais m’apercevais que le Christianisme avait pris le Judaïsme et l'avait dénaturé. J'ai supposé qu’il s’agissait de toute une série de malentendus involontaires, alors j'ai commencé à écrire des articles en chinois sur les Juifs et à les publier sur Internet dans l'espoir de dissiper ces malentendus chrétiens.

Peu de temps après, j'ai reçu des menaces véhémentes de Chinois chrétiens fondamentalistes. Cela m'a éveillé à la réalité persistante de l'antisémitisme.

Cette attitude m'a vraiment dérangée car elle soulevait une contradiction entre ce que j'avais lu dans les livres juifs sur cette nation prônant tous les plus grands idéaux de l'humanité - l'éducation pour tous, les soins pour les malades et les pauvres, la justice pour tous – et l'image maléfique des Juifs imprégnant tous les médias chinois.

Je suis mis à réfléchir à ce qu’être Juif pourrait bien signifier pour moi et ai décidé d'essayer de localiser un Juif en Chine. Vous pourriez penser que cela était facile. Après tout, dans la première moitié du 20e siècle, des milliers de réfugiés juifs européens étaient arrivés en Chine, et il y avait eu un afflux constant de Juifs depuis l'expansion économique de Hong Kong, Shanghai et Beijing.

Enfin, j’ai réussi à entrer en contact avec un homme du nom de David Buxbaum, un avocat juif américain qui pratiquait le droit en Asie. (Par coïncidence, son fils Benjamin Buxbaum est le gestionnaire de la mailing liste à Aish.com.) Nous nous sommes rencontrés dans le bureau de David à Pékin, dans le même bâtiment qui abrite l'ambassade d'Israël. C'était pour moi une véritable percée que de pouvoir discuter avec un Juif de chair et de sang croyant en la véracité de la Bible juive.

Mais ce qui m'a vraiment impressionné c’était à quel point cet homme était humble, sincère et savant. Désormais, j’étais persuadé que les stéréotypes négatifs que j'avais appris par les médias chinois étaient faux.

Retour aux sources

Tout au long de ce processus, un évènement que j’avais vécu des années plus tôt dans mon adolescence revenait sans cesse à ma mémoire.

J'avais écouté ma radio à ondes courtes et bien qu’étant incapable de comprendre ce que les gens disaient, j’avais l'impression qu'ils lisaient l'Écriture. Les seuls mots que je comprenais était une phrase qui était répétée à plusieurs reprises: " Retour en Israël’’. Je ne comprenais pas le contexte de la discussion, et à l'époque je ne savais même pas ce que qu’était Israël. Pourtant, je sentais une connexion émotionnelle profonde à chaque fois que j'entendais les mots « retour en Israël ».

Au cours de mes années de recherche, ce refrain résonnait constamment dans ma tête. Je m’identifiais très clairement avec les Juifs, errant dans le monde à la recherche de la terre promise. Je sentais que, moi aussi, j’errais à la recherche de ma patrie.

Après une longue construction, j'ai finalement atteint un point de clarté absolue. J'ai décidé de devenir Juif et de déménager en Israël ... même si je n'avais aucune idée de ce que cela impliquerait précisément.

 

J'avais besoin d'un arrêt à mi-chemin pour devenir Juif, et ensuite de m’installer en Israël.

J'ai vite découvert qu'il était logistiquement impossible d'atteindre cet objectif depuis les confins de la Chine. J'avais besoin d'un arrêt à mi-chemin qui me servirait de point de départ - ce qui me permettrait d'acquérir la nationalité occidentale, de devenir Juif, puis de m’installer en Israël.

Il n'y avait pas de chemin direct et j'avais besoin d'un plan.

J'avais un ami qui vivait au Canada, un Chinois qui avait navigué avec succès à travers tout le processus d'immigration. Il m'a montré exactement comment faire. Ainsi, en 2005, j'ai déménagé à Toronto et ce passage est devenu une partie de ma destinée.

J'ai trouvé un emploi dans le génie mécanique. J'ai commencé à fréquenter le Shul Village qui fait partie du réseau d’Aish. J’y ai découvert vu un Judaïsme vivant, en pleine action. Imaginez la première fois que j’ai goûté de la Matsa, la première fois où j’ai entendu une sonnerie de shofar, ma première danse à un mariage juif. Tout était si beau, si pur, si éloigné de tout le cynisme et le matérialisme qui ont envahi nos vies.

À force d’approfondir mes connaissances, je me suis senti hypocrite de ne pas mettre cela en pratique. J'ai donc pris la décision de devenir observant: allumer les bougies de Shabbat. Prier. Manger casher. Ma plus grande difficulté, c'était d’arrêter de manger des produits à base de porc, qui est un ingrédient principal dans presque tous les plats chinois.

J'ai étudié, j'ai lutté, et j'ai posé des questions. J'étais déterminé à aller aussi loin que la vérité me le permettrait.

Quelques années ont passé et je commençais à me sentir vraiment comme un Juif. Je m’identifiais avec le peuple juif qui avait été si injustement calomnié et persécuté. J'ai compris que le Judaïsme était vrai, et afin de solidifier mon amour pour la vérité, j'étais prêt à devenir juif.

J'ai étudié intensivement à Toronto, avec le rabbin Robinson qui m'a guidé avec attention pendant l'ensemble du processus. En 2011, après 16 longues années de voyage, j'ai effectué ma conversion avec le rabbin Shlomo Miller à Toronto. J'étais enfin rentré à la maison au sein du peuple juif.

Certains convertis décrivent le processus de conversion comme « l’acquisition d’une nouvelle identité. » Pour ma part, je ne l'ai pas vécue de cette façon. A mes yeux moi, c'était davantage comme la concrétisation d'une identité que je désirais assumer depuis longtemps.

Un amoureux de la paix

From the roof of Aish HaTorah: overlooking the Temple Mount

Depuis ma conversion j'ai poursuivi ma passion de l'étude de la Torah et en mai 2012 je suis arrivé à la Yeshiva de Aish atorah à Jérusalem. Pour moi, cette opportunité était comme d’avoir gagné à la loterie. Qui aurait pensé qu'un enfant ayant grandi à Tianjin serait un jour en train d’étudier la Torah au meilleur endroit au monde pour cela - juste en face du Mur des Lamentations.

Mes objectifs sont d'étudier la Torah, de m'installer dans le pays d'Israël, et de lutter contre l'antisémitisme. Devenu encore plus conscient de l'antisémitisme moderne qui tend à diaboliser Israël, j'ai lancé un blog en chinois afin de fournir les connaissances de base sur les Juifs et Israël pour que le peuple chinois ne subisse plus si facilement de lavages de cerveau écrasants par le biais des médias.

Je m’attèle également à traduire des documents contre-missionnaire en chinois, en vue de réfuter les calomnies religieuses envers les Juifs.

Je suis déçu de constater que l'Etat moderne d'Israël a moins de judéité que ce à quoi je m'attendais. Pour moi, ce fut un choc culturel. Ironie du sort, j'ai découvert qu’il y avait environ 20.000 travailleurs chinois en Israël, pour la plupart impliqués dans des tâches subalternes.

Tout ça n'a pas été facile pour ma famille. Mes parents n'aiment pas la religion et ont un esprit très fermé à ce sujet. J'ai une petite sœur qui me montre plus de compréhension, elle a étudié à Washington DC et vit maintenant à Shanghai.

En regardant en arrière, je vois que mon identité juive ne s’est pas totalement éveillée à partir du néant. L'histoire des Juifs en Chine remonte en fait à plusieurs siècles. Certains vont même jusqu'à suggérer que la Chine recèle quelques vestiges des dix tribus perdues.

On admet que les premiers Juifs ont immigré en Chine, à travers la Perse, après la capture de Jérusalem par l'empereur romain Titus en 70 de notre ère. Les Juifs ont vécu en Chine pendant le Moyen Age et jusqu'à aujourd'hui certaines communautés chinoises pratiquent des rituels qui ressemblent étrangement au Judaïsme. Pendant de nombreux siècles (1163-1860) il y avait une communauté juive à Kaifeng, à 650 miles de Pékin. Ils ne mangeaient pas de porc, ils plaçaient une espèce de mezouza sur les montants de leurs portes, et ils parlaient d'une certaine patrie lointaine appelée Israël. (Récemment, 14 personnes de Kaifeng ont fait leur aliya et se sont converties.)

Au début du 20ème siècle, des Juifs fuyant les pogroms russes se sont déplacés au nord-est de la Chine, comme l'ont fait les Juifs fuyant la Révolution russe de 1917 via le Transsibérien. Ce n’est que bien plus tard que j'ai découvert que ma propre ville de Tianjin possédait une synagogue désaffectée, construite dans les années 1900, par des réfugiés russes.

Ironie du sort, il y a aujourd'hui, une sorte de fascination chinoise croissante pour le Judaïsme. Trois universités possèdent des départements d'études juives, avec probablement quelques centaines de candidats à la maîtrise et au doctorat, qui sont tous Chinois. En opérant sur un plan purement académique, cependant, ces études ont tendance à présenter un manque d’information sur la source de spiritualité qui conduit la vie du peuple juif. Le Talmud en particulier, a acquis une réputation de « grand référentiel secret de conseil aux entreprises « . Avec des titres chinois populaires comme : Cracker le Talmud : 101 règles juives de Business, cette fausse sagesse talmudique est devenue un véritable guide pour ceux qui cherchent à faire fortune.

Quant à moi, je suis heureux d'avoir découvert que la véritable « richesse » du judaïsme se trouve dans son éthique et sa spiritualité.

Mon nom de famille chinois est Chai, qui signifie « bois ». Il est étonnant que ce même mot soit le mot hébreu emblématique de la « vie ». J'ai choisi un nouveau prénom juif, Aaron, parce que dans la Bible ce personnage était connu comme un homme de vérité et un amoureux de la paix. Le peuple juif est amoureux de la vérité et de la paix. Et c’est précisément la raison pour laquelle j’ai voulu le rejoindre.

Source Aish

http://www.aish.fr/sp/oe/De-Chinois-a-Juif--Mon-odyssee.html

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:13
  • Le Prince Juif Du Swaziland
Le Prince Juif Du Swaziland

Une rencontre fortuite avec la langue hébraïque a changé le destin d’un prince africain.

Transmis par Sewa-Welli Lassey, des Amitiés Judéo-Noires, 

qui participe à la promotion du Site de l'Association des Anciens Elèves des Grandes Ecoles et Universités pour Israël : 

 

Chaque conversion au Judaïsme, c’est l’histoire passionnante d’une découverte spirituelle. Dans le cas de Natan Gamedze, son itinéraire a commencé il y a 40 ans au Swaziland où il naquit dans une famille royale.

Ce qui fait le plus d’impression, ce n’est pas le caractère royal imposant émanant de sa personne mais ce sont ses capacités intellectuelles. Diplômé d’Oxford avec mention, Gamedze a obtenu une maîtrise en traduction de l’université Wits d’Afrique du Sud et a occupé le poste de traducteur à la Cour suprême d’Afrique du Sud.

Le don de Gamedze pour les langues – il parle couramment 13 langues – a joué un rôle central dans sa découverte du Judaïsme. Après de nombreuses années d’étude, Gamedze est devenu rabbin et enseigne les matières juives à Safed, ville située dans le nord d’Israël, où il habite avec sa femme et son fils.

Aish.com: Commençons par vérifier les faits. Est-ce exact que vous êtes un prince africain?

Gamedze: C’est exact. J’ai grandi au Swaziland jusquà l’age de huit ans. C’est un petit royaume sans accès à la mer, ayant des frontières communes avec l’Afrique du Sud et le Mozambique – sa superficie est à peu près celle d’Israël et il y a un peu plus d’un million d’habitants.

Aish.com: Aviez-vous vous-même des droits sur la couronne?

Gamedze: Mon grand-père était roi. Mais les Britanniques, qui avaient colonisé l’Afrique du Sud, créèrent les Etats de Swaziland, de Bosutoland et de Bechuanaland. Ils ont tracé des frontières artificielles, en négligeant souvent de prendre en considération les répartitions ethniques. Par conséquent, en de nombreux endroits, des groupes ethniques différents ont été réunis dans un même Etat. C’est ce qui nous est arrivé. De plus, les Britanniques ont décidé de désigner une famille royale rivale pour régner au Swaziland.

Pour que notre famille accepte de coopérer, ils lui firent quelques concessions – telles que l’attribution de postes ministériels et une semi-autonomie à l’intérieur même du pays. Mon père a rempli les charges de ministre de l’éducation et d’ambassadeur auprès des pays du Marché commun. Aujourd’hui, il tient plus un rôle de chef suprême que de roi mais c’est eux qui exercent de toute façon le pouvoir.

Aish.com: Quelles sont les langues que vous parlez?

Gamedze: Je parle treize langues: le français, l’allemand, l’italien, l’anglais, l’hébreu, l’afrikaans, le zoulou et d’autres langues africaines. Chacun dans ma famille parle au moins deux langues européennes; ma mère parle sept ou huit langues.

Aish.com: Il est tout de même exceptionnel, c’est le moins qu’on puisse dire, qu’une personne vivant comme vous dans un tel milieu socio-culturel, trouve son chemin vers le judaïsme.

Gamedze: La religion, en tant que telle, ne m’avait vraiment jamais intéressé.

J’ai eu le sentiment que c’était comme de vivre sur un tapis roulant et en fin de compte, on en descend.

Ce qui me préoccupait était ce qui se passait dans le monde. Quelle était notre raison d’être? D’accord, alors vous vous levez le matin, vous déjeunez, vous partez au travail, vous revenez chez vous, vous prenez une douche, vous regardez la télé, vous allez vous coucher, vous vous réveillez et recommencez tout cela encore une fois…Hé, mais j’ai fait ça hier!

 

J’ai eu le sentiment que c’était comme de vivre sur un tapis roulant et en fin de compte, on en descend. A quoi bon, me suis-je dit? Je ne fus plus alors en mesure de l’accepter.

Aish.com: C’est une question existentielle.

Gamedze: Oui. En d’autres termes, je n’étais pas en train de chercher une signification à ma vie mais j’essayais plutôt de découvrir ce qui se passait, comme un détective. Je sentais qu’il se déroulait quelque chose dans le monde, derrière la scène et je voulais savoir ce que c’était.

Aish.com: Puisque vous ne cherchiez pas ce qu’on appelle la religion, comment l’avez-vous trouvée?

Gamedze: J’assistais un jour à un cours de littérature vraiment assommant. Je pense que c’était sur D’Annunzio. Et que fait-on quand on s’ennuie, on regarde autour de soi. Je remarquais alors un gars qui était en train d’écrire de drôles de caractères de droite à gauche. Donc, après le cours, je lui ai demandé ce qu’il faisait. Il me dit qu’il faisait ses devoirs en hébreu. J’ai pensé: c’est vraiment intéressant. Imaginons que je puisse écrire aussi comme cela! Et puis, je n’y ai plus pensé. Mais quelque temps plus tard, j’eus besoin d’un complément de points pour obtenir mon diplôme. Je voulais prendre le russe mais cela ne collait pas avec mon emploi du temps. Je me souvins alors de l’hébreu. Ça marchait avec mes horaires et c’est ainsi je commençai à étudier cette langue.


Aish.com: A quel moment s’est déclenchée votre prise de conscience?

Gamedze: Le premier texte que nous avons étudié, c’était le sacrifice d’Isaac. Ayant reçu une éducation chrétienne, quoique modérée, cela me parut familier mais je fus surpris de voir combien l’hébreu semblait rendre le sens du texte plus que toute autre langue au monde. Je ne n’arrivais pas à comprendre pourquoi.

Et de plus, je ne pouvais me détacher de la pensée que quelque chose au sujet de moi-même m’était suggéré. C’était comme découvrir une dimension intérieure dont, peut-être, beaucoup de gens ignorent l’existence. Ce n’était pas comme un archéologue qui fait une enquête, par exemple, sur les Incas, problème qui ne le concerne pas personnellement. Là, au contraire, j’ai senti que quelque chose se disait à mon propos. Je pensais que cela avait trait à la langue elle-même. Je ne savais pas à cet instant qu’il s’agissait de la dimension religieuse.

Aish.com: Et comment est-ce arrivé?

Gamedze: Je commençais à découvrir la beauté du Judaïsme. J’étais intéressé en particulier par le livre de Maïmonide, Mishné Tora. J’avais l’habitude de l’emporter avec moi pour le lire et pour en parler à mes amis juifs, qui sont devenus par la suite pratiquants. C’était quand même un peu étrange que ce soit un non-juif qui les ait rapprochés du Judaïsme.

 

Je pouvais pas comprendre pourquoi D.ieu me jouait un tel tour.

Mais c’était frustrant. Je n’étais pas capable de saisir pourquoi j’avais une telle soif et un tel amour pour le Judaïsme alors que je n’étais pas juif. Et pourtant, il y avait là des Juifs qui s’en moquaient, me semblait-t-il. Et de plus, quand ils se décidèrent à s’y intéresser, cela ne leur posa aucune difficulté. L’occasion était devant moi, à portée de main. Je me suis interrogé: Pourquoi suis-je mis sur la touche? Je pouvais pas comprendre pourquoi D.ieu me jouait un tel tour.

 

A ce point, j’ai pensé que la meilleure solution était que je sorte de cet imbroglio juif. Je partis donc pour Rome afin d’étudier. Je visitais la basilique de Saint-Pierre et ses œuvres d’art. Je suis un grand fan de la littérature et de l’art italiens. Mais pendant tout mon séjour à Rome, ce qui occupait mes pensées n’était autre que la souffrance que les Chrétiens firent subir aux Juifs. Il n’y avait vraiment pas de quoi se réjouir…

Aish.com: En quelque sorte, des vacances romaines ruinées…

Gamedze: Oui, en effet. J’étais venu à Rome pour m’échapper de tout cela – Rome est probablement l’endroit au monde le “moins juif”. Et voilà que dans ma chambre d’hôtel, je ne pensais – à quoi d’autre? - qu’aux Juifs. Je voyais en pensée tout particulièrement comment un Juif dit “Chema Israël” avant de se sacrifier pour sa foi.

A ce stade, je n’avais encore pratiqué aucune observance juive. Mais je décidai de réciter “Chema Israël”, là, dans ma chambre d’hôtel, à côté de Saint-Pierre. C’est alors que je ressentis un énorme afflux d’énergie.

C’est alors que je ressentis un énorme afflux d’énergie.

Tout en disant ces mots, j’avais l’impression que tous ceux qui avaient donné leur vie pour le Judaïsme, les prononçaient avec moi. C’était comme si j’étais le canal par lequel ils disaient le Chema. Même maintenant, je suis incapable d’expliquer ce qui est arrivé. Ce fut une expérience terrifiante et puissante.

 

Je me souviens qu’une fois, je suis descendu prendre mon petit-déjeuner. Je m’assis et ne pus rien avaler. Et poutant, j’avais faim, vous pensez. Qu’est-ce qui m’arrivait? A cette époque, j’avais déjà suivi des conférences sur le Judaïsme pendant un séjour que j’avais fait en Israël; je me souvins alors qu’il y avait un jour dans l’année, Yom Kipour, pendant lequel les Juifs jeûnaient. Je vérifiai le calendrier et, bien entendu, ce jour-là, c’était Yom Kipour! Ce fut pour moi un vrai choc.

J’avais averti mes amis que je n’envisagerais de me convertir au Judaïsme que si je ne pouvais plus dormir la nuit. J’étais arrivé à ce stade. Je décidai donc de me convertir.

Aish.com: Est-ce que votre décision a été une des choses les plus difficiles ou les plus faciles que vous ayez vécues?

Gamedze: Je savais que le chemin serait extrêmement difficile. Chaque fois que je me trouverai dans un groupe de Juifs, je serai comme le vilain petit canard - le seul type noir dans la pièce. Je n’ai jamais aimé être au premier plan et voilà que maintenant, lorsque que je pénétrais dans une synagogue, on pouvait entendre: “Est-ce vraiment un prince africain?” C’est terrible. Mais je devais m’entretenir avec D.ieu et Lui dire: “D’accord, si c’est Ta volonté, que cela soit ainsi.”

L’être humain a parfois des hauts et des bas dans sa vie et il n’est pas certain de toujours bien agir. Et souvent, c’est vraiment le cas. Quant à moi, j’étais sûr que ce que je faisais, c’était ce qu’il fallait faire. Cela vous est d’un fier soutien.

Aish.com: Avez-vous réussi jamais à comprendre pourquoi D.ieu vous jouait ce “tour” – pourquoi votre parcours devait être si dur?

Gamedze: Je n’ai trouvé la réponse il n’y a que quelques mois. J’enseignais l’histoire de Jetro, le beau-père de Moïse et essayais de transmettre à mes élèves quel genre particulier de personnalité il était. Et je me rappelai les propos du Rabbin Moshe Carlebach, que j’avais entendus il y a longtemps, disant que la première fois que dans la bible apparaît la phrase Barou’h Hashem (Sois-Tu béni D.ieu) est lorsque Jetro, un converti, loue D.ieu d’avoir sauvé les Juifs des Egyptiens.

 

J’ai enfin trouvé la réponse à la question qui m’a déconcerté et blessé pendant tant d’années.

C’est dans Barou’h Hashem, c’est-à-dire en rendant une gloire supplémentaire à D.ieu que réside toute la conception que peut avoir un converti du Judaïsme. C’est pourquoi le nom de Yitro (Jetro) vient de la racine hébraïque yeter qui veut dire “ajout”. Parce que celui qui vient de l’extérieur de peuple juif, et par conséquent a choisi d’y appartenir, voudra ajouter de la gloire à D.ieu, non pas qu’Il en manque mais parce que nous en voyons plus.

 

C’es en expliquant ces choses à la classe que j’entendis une voix me disant, et alors? Maintenant tu sais pourquoi tu dois souffrir tout cela – pour apporter un supplément de gloire. Mon histoire, ce n’est pas de savoir si je me sens bien mais comment je magnifie D.ieu. C’est pourquoi je dois me sentir différent car seul celui qui vient de l’extérieur et qui acquiert le Judaïsme avec difficultés, peut apporter cet unique tribut. J’ai enfin trouvé la réponse à la question qui m’a déconcerté et blessé pendant tant d’années.

Aish.com: Pourtant c’est encore difficile, n’est-ce pas?

Gamedze: Oui, mais je le vois d’une tout autre façon maintenant. Ce monde est à D.ieu, après tout, et nous sommes Ses créatures. Quand on regarde ce qui se passe, on croirait presque voir un film, avec ses décors et ses arrière-plans fantaisistes. D.ieu Se dit à Lui-même: “Comment pourrait-on faire pour qu’ils s’intéressent au Judaïsme?” Alors, Il s’arrange pour qu’un prince africain s’engage dans cette voie, pour que les gens prêtent attention à certaines choses et les méditent. Oui, cela m’est difficile. Mais ce qui compte, c’est ce que D.ieu veut et non pas ce que je veux.

http://www.aish.fr/sp/oe/Le_Prince_Juif_Du_Swaziland.html?s=raw

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 16:30

 

 

….à 87 ans alors que nous nous apprêtions dans la joie à allumer la première bougie de ‘Hanouccah.

 

Par respect pour sa Mémoire, je ne rédige ce texte qu’aujourd’hui, texte reprenant en grande partie celui que j’avais écrit le 18 mars 2007, texte complétant les paroles imaginaires de Charlotte, cette petite gamine de 9 ans, déportée et assassinée à Auschwitz du fait de la signature de l’infâme Papon, cette signature qui permit d’arrêter 250 Enfants Juifs à Bordeaux et dans sa région.

 

Charles Etienne NEPHTALI

Boston le 16 décembre 2012

 

Paroles imaginaires de Charlotte, une enfant de 9 ans (1)

 

« Monsieur, je connais ton nom et toi tu connais le mien. Tu sais que je m’appelle Charlotte et moi je sais que tu t’appelles Michel Slitinski, que tu es un homme très courageux qu’on appelle un résistant. Quand tu avais 17 ans, des policiers français sont venus pour arrêter ta famille. Toi, tu as réussi à te sauver et pendant toute la guerre tu as combattu les Allemands et les Français qui étaient avec eux.

 

Après la guerre, tu as voulu savoir à cause de qui tes Parents et ta sœur avaient, comme moi, été mis dans un train. Ton Papa a été assassiné comme moi, mes petits Frères Simon et Maurice qui avaient 5 et 3 ans et Léon qui n’avait même pas 1 an et comme aussi 246 autres Enfants juifs de Bordeaux.

 

Après la guerre, et pendant plus de 30 ans, tu as beaucoup cherché et enfin trouvé que c’était à cause d’un Monsieur qui s’appelait Papon. Grâce à toi et à M. Klarsfeld, il a été jugé par les hommes et quand il est mort, ça fait presque 6 ans maintenant, il avait 97 ans, il était vieux, pas comme nous. Il arrivé mais ici c’est le Bon D.ieu qui l’a jugé. C’est pour ça qu’il n’est pas avec nous mais dans un autre endroit où c’est pas bien du tout. Il est ailleurs avec tous les méchants et les lâches où il doit souffrir. Il est puni pour tout le mal qu’il nous a fait. Tu sais, la justice ici au ciel est plus sévère et surtout plus juste qu’en bas sur terre.

 

Toi, tu resteras avec nous parce que tu es gentil et courageux et que, grâce à toi, tout le monde sait maintenant qui avait été ce méchant Monsieur Papon et tout le mal qu’il avait fait aux Juifs.

 

Tu sais, Monsieur, quand le méchant Papon  est arrivé ici, je lui ai parlé et voilà ce que je lui ai dit » :

 

« Monsieur, Monsieur, je te connais mais toi tu ne me connais pas. Je m’appelle Charlotte, j’avais 9 ans quand tu as signé un papier. Et à cause de ce papier, on m’a enfermée dans un wagon avec 80 autres enfants qui tous avaient peur et beaucoup pleuraient. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Déjà, avant, on nous avait obligés à porter une étoile jaune sur nos habits, on n’avait plus le droit d’aller dans les parcs jouer comme les autres enfants qui n’avaient pas d’étoile sur leurs vêtements, on nous avait renvoyés de l’école. Je ne sais pas si c’est toi qui as fait ça mais c’est à cause de toi que j’ai été jetée dans ce wagon avec mes petits frères, Simon qui avait 5 ans, Maurice qui avait 3 ans et Léon qui n’avait même pas 1 an. On n’avait plus nos parents, ils avaient aussi été mis dans des trains à cause de toi et on n’avait plus de nouvelles d’eux. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Notre train est parti le 26 août 1942. Pendant que les autres enfants qui ne portaient pas une étoile jaune étaient en vacances et s’amusaient à la plage ou ailleurs avec leurs papa, leur maman, leur frère, leur sœur, leurs amis, nous on était là, entassés dans ce wagon, on avait chaud, on avait soif, on avait faim, on avait peur. Il y en avait beaucoup qui pleuraient et les grands qui avaient 14, 15 ou 16 ans consolaient les plus petits. Mon petit frère Léon était le plus petit, il n’avait même pas 1 an. Il y avait d’autres enfants qui comme mes 2 autres frères avaient 5 et 3 ans et même moins. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Le train a roulé longtemps pour arriver dans un endroit qui s’appelait Drancy. Il y avait plein de monde qui portaient l’étoile jaune comme nous, il y avait des messieurs, des madames, des papis, des mamies. Ils étaient arrivés de partout en France dans des autobus et dans des trains accompagnés par des gendarmes et des agents de police français. C’était horrible de voir tout ça. Et puis, on nous a mis dans un autre train, pour un autre long voyage de plusieurs jours et plusieurs nuits et même chose, on était entassés, on avait chaud, on avait soif, on avait faim, on avait peur. On faisait pipi et caca sur nous et ça sentait très mauvais. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Et puis le train s’est arrêté dans un endroit qui s’appelait Auschwitz. On nous a fait descendre, on nous a bousculés, on nous a frappés. Dans le wagon, des gens étaient morts pendant le voyage. Là, il n’y avait pas d’agents de police français comme à Bordeaux et à Drancy mais des militaires allemands avec des gros chiens qui aboyaient. Il y avait déjà beaucoup de monde, d’un côté des messieurs, de l’autre des vieilles personnes, des mamans qui tenaient des bébés dans leurs bras et des enfants. A côté du train, il y avait des messieurs avec la tête rasée qui portaient comme des pyjamas rayés et des étoiles jaunes. Pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Tout le monde a laissé les petits bagages qu’ils avaient pu emporter. Nous, les enfants, on a dû se séparer de nos nounours et de nos poupées qu’on avait encore pu garder avec nous jusqu’à maintenant. On nous a fait courir, des messieurs, des grands garçons, des grandes filles et des madames ont pris les plus petits dans leurs bras. Quand il y en avait qui tombaient, les militaires allemands criaient avec des paroles qu’on ne comprenait pas, les frappaient avec des gros bâtons ou les tuaient avec leurs fusils. Pourquoi ils nous faisaient ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

 

Et après, on nous a fait mettre tout nus, les messieurs, les madames, les enfants et les bébés. On nous a fait entrer dans une grande pièce où il y avait comme des douches au plafond. On était tous serrés, on ne pouvait plus bouger. Les bébés et les plus petits étaient tenus au dessus des têtes des grands. Les enfants et des madames pleuraient. J’ai entendu des Rabbins et des autres messieurs qui faisaient des prières comme à la Synagogue. Les portes de la pièce se sont fermées et de la fumée est sortie du plafond. On avait les yeux et la gorge qui piquaient, on ne pouvait plus respirer et on est tous morts. Après, ils nous ont brûlés. Plus loin, des militaires allemands jetaient même des bébés vivants dans du feu. Dans des bâtiments, des docteurs allemands faisaient des expériences sur des bébés, des enfants, des messieurs et des madames qui étaient jumeaux.Pourquoi ils nous faisaient ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ?

 

On est tous montés au ciel, il y en avait qui étaient déjà là et d’autres sont arrivés après. Un jour, un groupe de 44 enfants est arrivé d’un endroit qui s’appelait Izieu. Une autre fois, un autre groupe est arrivé de Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Ils avaient tous souffert comme nous à cause de gens méchants comme toi. A la fin de la guerre, on était ici plus de 76.000 personnes et parmi elles 11.400 enfants qui venaient de France.

 

Mais il y en avait qui venaient de tous les pays. En tout, on était 6 millions dont 1 million et demi d’enfants. Pourquoi ils nous ont fait ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait ? Et Pourquoi toi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ?

 

Et malgré ça, sur terre, il y a des gens qui disent que tout ça n’a pas existé, que tout ça ce n’est pas vrai ou qu’il n’y a pas eu autant de morts. Dernièrement, en France, un ancien ministre important qui ne doit pas beaucoup aimer les Juifs a dit que tu étais un monsieur très bien et que tu n’aurais pas mérité d’être jugé parce que tu n’avais fait que ton devoir. C’était ton devoir, Monsieur, d’envoyer des innocents à la mort ? Il devrait avoir honte ce monsieur qui est maintenant devenu vieux. Nos Parents et nous, on n’a pas eu cette chance de devenir vieux et pourtant, on n’avait rien fait de mal. On était seulement Juifs.

 

Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive ici tout petits. On a tous vu comment toi, qui avait été très méchant avec nous, tu as été honoré après le guerre. Tu as été un monsieur très important, tu as eu plein de décorations qui ne te serviront à rien ici. Nous, on se demandait bien pourquoi, on ne comprenait pas. Et puis un jour tu as été attrapé grâce à un Monsieur de Bordeaux qui s’appelle Slitinsky. Sa famille avait été arrêtée à cause de toi. Il y a aussi un Monsieur qui s’appelle Klarsfeld qui a fait beaucoup de recherches pour attraper des gens comme toi et des autres criminels. Grâce à lui, il existe maintenant des livres où on peut voir nos photos et savoir plein de choses sur nous   Heureusement qu’il y a des gens comme ce Monsieur sur la terre !Heureusement aussi qu’il y avait des gens gentils en France qu’on appelle des Justes qui ont sauvé des Juifs et qui ont caché beaucoup d’enfants qui ont eu plus de chance que les 11.400 enfants que nous sommes ici. Toi en bas, sur terre, tu as une tombe avec ton nom et des fleurs. Pour nous, il n’y a pas de tombe. Mais grâce à Monsieur Klarsfeld, on commence à nous connaître et savoir qui on était. Grâce à Monsieur Klarsfeld, il y a des plaques sur les murs des écoles où on allait avant qu’on porte l’étoile jaune et qu’on nous renvoie.

 

Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive tout petits. On a tous vu comment tu as été jugé et comment tu ne regardais même pas nos familles ni ceux qui venaient dire ce qu’ils savaient. On a tous entendu dire que tu referais ce que tu as fait si c’était à refaire. Pourquoi tu as dit ça et pourquoi tu nous as fait ça, Monsieur, on ne t’avait pourtant rien fait ? On a vu comment on faisait attention à ta santé. Tu as eu de la chance parce que toi, tu ne t’es pas inquiété de tout ça pour nous les enfants, ni pour les papis, ni pour les mamies. On nous a fait souffrir et on nous a tués.

 

Après la fin de la guerre, il y a d’autres Juifs, des enfants, des messieurs et des madames qui sont arrivés ici. Ils venaient d’un pays, Israël, que je ne connaissais pas. Ils avaient été tués avec des bombes et des fusils par des gens qu’on appelle des Arabes. Ils n’avaient pas des prénoms comme nous, ils s’appelaient Shalevet, Golda, Noam, Matan, Rony, Samy, Moshe, Ehoud, Lior, Mataï et plein d’autres prénoms encore qu’on n’avait pas en France. Pourquoi des gens comme toi, pourquoi des Allemands, pourquoi des Arabes et pourquoi plein d’autres gens encore nous ont fait ça, Monsieur, on ne leur avait pourtant rien fait pourtant ?

 

Si je n’avais pas été tuée à cause de toi, j’aurais maintenant 74 ans, je serais une mamie, j’aurais eu des enfants et des petits-enfants qui peut être auraient été docteurs, ingénieurs, écrivains, journalistes et même avocats et juges, comme les juges qui t’ont condamné pour tout le mal que tu nous as fait. Si les 6 millions de Juifs n’avaient pas été tués, il y aurait eu en bas, sur terre, plus de chercheurs et plus de docteurs et peut être que beaucoup de maladies n’existeraient plus maintenant.

 

Il y a quelques semaines, un Monsieur qui s’appelle l’Abbé Pierre est arrivé ici. C’est quelqu’un qui avait fait beaucoup de bien sur la terre. Mais il était l’ami d’un monsieur qui disait que ce qui nous est arrivé n’était pas vrai. Et il y a quelques jours, une Madame qui s’appelle Lucie Aubrac est aussi arrivée ici. Elle avait presque ton âge. Elle a eu beaucoup de courage pendant la guerre. Avec son mari, avec un Monsieur qui s’appelle Jean Moulin et avec d’autres gens, elle a résisté aux Allemands. Pas comme toi ! Tu sais, du ciel on voit tout et on sait tout même quand on arrive tout petits.

 

Pendant longtemps en France on disait que c’étaient que les Allemands qui étaient responsables de tout ce qui nous est arrivé mais il y a douze ans, le Président de la République qui s’appelle Jacques Chirac a reconnu que la France et des gens comme toi étaient responsables de la souffrance des Juifs et de la mort de nous tous pendant la guerre. Tu vois qu’on a eu raison de te juger et de te condamner. Heureusement que tu es resté vivant longtemps, comme ça, tout le monde sur la terre a pu savoir tout le mal que tu nous as fait.

 

On était tous innocents Monsieur et c’est pour ça qu’on est tous ici dans cette partie du ciel avec ceux qui étaient gentils sur la terre. Mais des gens méchants et lâches comme toi qui s’attaquaient à des innocents sans défense ne resteront pas ici avec nous. Tu partiras avec tous les méchants et les lâches ailleurs, dans un autre endroit où c’est pas bien du tout et où tu souffriras. Tu seras puni pour tout le mal que tu nous as fait. La justice ici au ciel est plus sévère et surtout plus juste qu’en bas sur terre. Tu ne pourras plus trouver d’excuses et dire n’importe quoi devant cette justice.

 

Ici, D.ieu reconnaît ceux qui sont gentils et ceux qui sont méchants.

 

*

*      *

 

Pour ma part, moi qui n’ai pas connu ces horreurs parce que vivant au Maroc pendant le guerre, j’aurais pu écrire, après « ces paroles » de Charlotte, que « D.ieu reconnaîtra les siens » et, en l’adaptant aux agissements de Papon, je ferais mienne la phrase qu’écrivait le regretté Professeur Vladimir Jankélévitch dans « L’imprescriptible » en inversant les termes de la prière de Jésus dans l’Evangile selon Saint-Luc :

 

« Seigneur, ne pardonnez pas à Papon car il savait ce qu’il faisait »

 

 

Charles Etienne NEPHTALI

Le 18 mars 2007

 

(1) Partie volontairement rédigée comme une enfant de cet âge parlerait. Quant à ses connaissances, elles sont naturellement fictives et supposées acquises par « quelqu'un qui est au ciel ».

(2)  L’Association des Fils et Filles Déportés Juifs de France édite, grâce aux énormes travaux et recherches de Serge et Béate Klarsfeld entrepris en 1994 « Le Mémorial de Enfants Juifs déportés de France ». A ce jour, près de 3.600 visages d’enfants assassinés dans « la nuit des camps » sont visibles dans l’ouvrage d’origine et ses 9 additifs que chacun d’entre nous se devrait d’avoir dans sa bibliothèque. Ces documents, que j’acquiers régulièrement dès leur parution et dont j’offre des exemplaires à l’occasion de fêtes familiales, comportent, outre les photos émouvantes de ces malheureuses petites victimes innocentes du temps où la vie était belle, du temps de leur bonheur et de leur vie familiale, leur nom, prénoms, date et lieu de naissance, adresses d’arrestation, centres de rassemblement, numéros et dates des convois qui les conduisirent à leur anéantissement. Je possède d’ailleurs pratiquement tous les ouvrages publiés par les FFDJF. Régulièrement de nouveaux additifs sont publiés.

 

A l’Hôtel de Ville de Paris s’est tenu en 2007 une remarquable exposition organisée par les FFDJF et la Mairie de Paris sur « Les 11.400 enfants Juifs déportés de France entre juin 1942 et août 1944 ». Exposition dans laquelle on pouvait voir les petits visages innocents de celles et ceux qui aujourd’hui auraient pu être nos Parents ou nos Grands-Parents sans la sauvagerie et l’inhumanité de gens comme Papon.

 

En ce moment et jusqu’à la fin du mois de décembre se tient au Mémorial de la Shoah de Paris une remarquable exposition sur la Déportation des Enfants juifs de France.

 

Par ailleurs, à Orléans, 45 rue du Bourbon Blanc, se trouve le Musée-Mémorial des Enfants du Vél’ d'Hiv, Centre d'Histoire et de Mémoire sur les camps dans le Loiret et la déportation juive.

 

 

 

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 19:57

MAIS, SUIS-JE IDIOT ? JE NE VOUS AVAIS PAS DIT....

 


La salle était comble bien avant le début du concert de fin de trimestre organisé par l’école publique fréquentée par Emma, ma petite-fille de 6 ans.

La directrice et les enseignants remercièrent le public puis, un petit Malien, une petite Américaine et Emma montèrent sur scène pour interpréter l’Hymne national, accompagnés au violon par un élève asiatique tout juste plus âgé que chacun des membres du trio.

Première surprise : l’assistance et tous les autres élèves se levèrent et agitèrent de petits drapeaux tricolores.

Deuxième surprise : il n’y eut ni hués, ni sifflets. Que des applaudissements nourris et des cris de joie. Imaginez la fierté du quatuor !

Se succédèrent ensuite danses et chants enfantins interprétés par l’ensemble des élèves et, en fin de spectacle, une vingtaine d’entre eux, âgés de 3 à 12 ans, accompagnés au violon par deux de leurs camarades et au piano par un troisième, interprétèrent une chanson reprise en cœur par toute l’assistance. Quelle merveille !

Le titre de cette chanson ? Non, non, ce n’était ni « Fais-moi du couscous chérie », ni « On m’appelle l’oriental », pas non plus « Laziza », même pas « Aïcha » ni « Le café des délices ». Vous n’y êtes pas du tout ! Mais pas du tout, alors.

C’était « Ah ! si j’étais riche », extraite de la célèbre comédie musicale « Un violon sur le toit ».

Mais suis-je idiot ? Je ne vous avais pas dit que cela se passait à Boston sinon vous ne m’auriez pas donné des titres aussi « exotiques ». L’hymne était américain, les drapeaux tricolores et les chansons également.

Il est naturellement évident que si je vous avais, par surcroît, précisé que, dans le métro et l’autobus empruntés pour me rendre à cette si sympathique manifestation, tout le monde payait, vous auriez vite réalisé que cela ne se passait pas en France......et encore moins en Région parisienne.

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. En effet, en sortant, la nuit étant tombée, il y avait des illuminations un peu partout avec ‘Hanoukiyot, sapins décorés et banderoles sur lesquelles, en lettres scintillantes, on pouvait lire :

« Happy Hanukkah - Merry Christmas »


D’ailleurs, chaque jour, pendant cette semaine de ‘Hanouccah, pratiquement tous les journaux publièrent des photos et consacrèrent des articles relatifs à cette merveilleuse fête des Lumières aussi connue ici que Noël.

« Papy, c’est comme ça en France aussi » ? me demanda Emma. Je n’ai pas, et pour cause, osé lui répondre, préférant (lâchement) changer de conversation.

Il est à souhaiter que les dirigeants de notre pays finissent enfin par se réveiller et par cesser d’appliquer cette lamentable politique de l’autruche afin qu’un jour il nous soit donné d’assister à de tels spectacles scolaires !

On peut toujours rêver, ce n'est pas encore interdit !!!

Charles Etienne NEPHTALI
 Actuellement à Boston
24 décembre 2006

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 16:06

 

 

12-2012

 

Par Marc -André Chargueraud. 

 

 

Dans son ouvrage monumental sur le IIIème Reich, une référence reconnue, William Shirer estime que « l’existence même de l’Allemagne dépendait des importations de minerai de fer suédois. Pendant la première année de guerre, 11 millions de tonnes furent importées pour une consommation allemande totale de 15 millions de tonnes. » -1- La production de matériel militaire allemand n’était possible qu’avec une production d’acier considérable. Elle se serait écroulée en quelques mois sans l’apport massif de minerai à haute teneur en fer suédois.

 

Les Alliés sont dès le début de la guerre pleinement conscients que cette dépendance constitue une faiblesse fatale pour le Reich. Pour eux « couper la route du fer » devient la priorité pour réduire définitivement la machine de guerre allemande et gagner plus rapidement la guerre. Pendant les mois chauds le minerai part en toute sécurité du Nord de la Suède par la Baltique, une mer fermée aux sous-marins et aux navires de surface britanniques. En raison des glaces sur la Baltique en hiver le minerai est acheminé par voie ferrée à Narvik en Norvège septentrionale puis par bateau le long des eaux territoriales norvégiennes, échappant ainsi aux navires de guerre et aux bombardiers ennemis.-2-

 

C’est ce qui décide, en avril 1940, les Français et les Anglais  à débarquer et à occuper Narwick. Les Allemands qui occupent Oslo depuis le début du mois font mouvement vers le nord du pays et repoussent les Alliés à la mer. Cette première bataille perdue, celle du fer, va avoir des conséquences dramatiques. La guerre dure encore cinq années au cours desquelles 13,8 millions de personnes dont 4,6 millions de Juifs vont mourir.-3- Plus de 8 000 personnes par jour dont 2 550 Juifs. A ces chiffres terribles s’ajoutent des dizaines de millions de veuves, d’orphelins et des destructions apocalyptiques. C’est dire que chaque mois, chaque semaine, chaque jour de guerre compte et la Suède a sa part de responsabilité dans ce massacre.

 

Une responsabilité d’autant plus lourde que l’aide apportée par la Suède ne s’est pas limitée au minerai de fer. Les usines suédoises de production de roulements à billes ont contribué dans une très large mesure aux besoins absolument essentiels de la fabrication d’avions, de tanks et de camions destinés à l’armée allemande.

 

La collaboration avec les nazis est surprenante pour un pays qui se proclame « neutre ». Le 19 juin 1940, la Suède accorde aux Allemands un droit de passage pour acheminer des troupes fraîches et du matériel militaire en Norvège. Ils évitent ainsi de passer par la mer du Nord dominée par les Anglais.-4- De 1940 à 1943, 10% du trafic ferroviaire suédois sera consacré au transport de plus de 250 000 soldats allemands et de 250 000 tonnes d’équipement.-5- Puis, le 24 juin 1941, le gouvernement suédois autorise les troupes allemandes stationnées en Norvège à passer par la Suède pour aller aider les troupes finlandaises à combattre les Russes.-6- Enfin, la Suède accorde à l’Allemagne l’utilisation de son espace aérien et de ses eaux territoriales.-7- Elle va même plus loin. L’Allemagne manquant de fret pour le transport du minerai de fer, des navires et des équipages suédois prennent le relais. Peut-on encore parler de neutralité ?

 

Oui pour le gouvernement suédois qui considère que le commerce avec l’Allemagne est un droit national sur le plan des lois internationales.-8-En fait, la Suède craint une attaque directe de l’Allemagne comme ce fut le cas au Danemark, en Norvège, en Hollande et en Belgique et elle sait après la défaite française que l’Angleterre est incapable d’intervenir. Mais comme le reconnaît l’historien suédois Stephen Koblik : « Tous les doutes concernant l’issue de la guerre disparurent dans l’esprit des dirigeants politiques après le mois de novembre 1942 »-9-. Une conquête de la Suède par les Allemands était devenue très hypothétique étant donné leurs difficultés majeures rencontrées ailleurs et le risque d’avoir à affronter 400 000 Suédois entraînés et bien armés.-10- On aurait pu penser dès lors que les exportations vers l’Allemagne allaient rapidement diminuer et même s’arrêter. Il n’en fut rien.

 

Dès le début 1943, les Américains exigent sur un ton de plus en plus ferme la fin immédiate de ce qu’un représentant américain appelle «  l’aide très substantielle que la Suède donne aux Allemands chaque jour ».-11- Les rencontres se multiplient, mais Stockholm ne réagit qu’avec une extrême lenteur. La fin du transit allemand vers la Norvège n’est décidée qu’en août 1944. Il faut attendre septembre pour que les exportations de minerai de fer cessent.

 

En 1944 la seule usine d’importance de fabrication de roulements à billes en Allemagne, Kugelfischer à Schweinfurt, est bombardée et détruite. Les importations de Suède deviennent vitales pour l’industrie d’armement nazie. Les Américains menacent alors de bombarder l’usine de SKF à Göteborg en Suède par « accident » si les exportations ne cessent pas. Tout ce qu’ils obtiennent, c’est la cessation des exportations de roulements à billes à partir de janvier 1945 !-12-

 

Ce n’est qu’au début de l’été 1944 que Winston Churchill élève le ton. Il écrit à son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden : « Pendant la dernière guerre, les Suédois étaient sans conteste pro-allemands. Dans la présente guerre ils ont montré qu’ils ne donnaient priorité qu’à leur “sécurité”. J’aimerais qu’ils soient mis discrètement sous forte pression par nous et prévenus des dangers qu’ils encourent s’ils sortent de la guerre comme neutres n’ayant pas contribué à notre victoire. »-13- Mais il intervient sur le mode confidentiel et n’envisage aucune action avant la fin de la guerre.

 

Cordell Hull, le ministre américain des Affaires étrangères, résume bien la politique alliée dans une note datée du 9 avril 1944. « Nous ne pouvons plus donner notre assentiment à ces nations qui bénéficient des ressources des pays alliés et en même temps contribuent à la mort de troupes dont le sacrifice protège pourtant leurs vies autant que les nôtres. Nous avons scrupuleusement respecté la souveraineté de ces nations… Nous avons dit à ces pays qu’il n’était plus nécessaire pour eux de se protéger contre l’agression en fournissant de l’aide à notre ennemi…. Nous leur demandons seulement, mais avec beaucoup d’insistance, de cesser d’aider notre ennemi. »-14-

 

Le scandale des livraisons de produits stratégiques suédois essentiels aux Allemands est clairement exposé. Mais conclure par un appel à l’arrêt des exportations sans l’assortir de menaces que l’on est prêt à mettre à exécution n’est absolument pas à la hauteur du problème et de ses conséquences catastrophiques sur la durée de la guerre.

 

Un historien suédois estime « qu’en 1943-1944, le gouvernement suédois craignait que s’il prenait trop position pour les Alliés, Hitler dans un geste irrationnel décide d’envahir le pays comme il venait de le faire en Italie et en Hongrie »-15-. Deux pays dont la situation politique est radicalement différente. Il est indéniable qu’un risque ait existé, mais il était minime et, étant donné les enjeux, la Suède devait le prendre. Sa position n’était pas si faible. Contrairement à la Suisse, au Danemark et au Portugal, la Suède n’a fait aucun crédit au Reich et a exigé et obtenu que ses exportations soient payées en devises fortes ou en or. Berlin s’est incliné, les exportations suédoises étant essentielles à la poursuite de la guerre.

 

Une entorse au respect de la « neutralité » suédoise se limitant à des bombardements des navires transportant les roulements à billes et le minerai de fer vers l’Allemagne, ne se justifiait-elle pas, étant donné les centaines de milliers de morts qui auraient été épargnés grâce à elle?


      

 

-1-SHIRER William, Le IIIème Reich, Stock, Paris, 1990, p. 753

-2-IBID. p. 716

-3-Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, 1983. P. 5040.  Encyclopedia of the Holocaust, 1990, p. 1799. Chiffres à l’exclusion der l’URSS, de la Chine et du Japon.

-4-Ibid. p. 753. Des transits que l’Espagne de Franco et la Suisse ont refusé.

-5-KOBLIK Steven, op. cit.  p.  27.

-6-Les Suédois accordaient à l’Allemagne ce qu’ils avaient refusé aux Alliés en 1940 pour aller au secours de la Finlande envahie par l’URSS.

-7-KOBLIK, p. 30.

-8-LEVINE Paul, A. From Indifference to Activism : Swedish Diplomacy & the Holocaust 1938-1944,  Uppsala University, Stockholm, 1996, p. 69.

-9-KOBLIK, op. cit. p. 23.

-10-Ibid. p. 35.

-11-LEVINE. op. cit. p. 69.

-12-EIZENSTAT, op. cit. p. 66.

-13-LEVINE p.69

-14-EIZENSTAT, op.cit. p. 40.

-15-KOBLIK, op. cit. p. 34.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 09:11

 

 

Lettre ouverte à une correspondante qui me posa cette question :

« N’en avez vous pas marre, Monsieur, de remuer en permanence la cendre ? »

 

Madame,

 

Je ne vous cache pas que j’ai été particulièrement choqué et indigné par votre question que je trouve particulièrement déplacée, indécente, voire honteuse.

 

Comment une telle question a t-elle pu germer dans votre esprit en apprenant par mes courriels et articles que j’assistais régulièrement aux Cérémonies Commémoratives du 70ème anniversaire des départs des différents convois de Déportés vers les camps de la mort, vers le néant ?

 

Oui, Madame, c’est pour honorer la Mémoire des 76.000 Juifs de France pratiquement tous assassinés et réduits en cendres que j’assiste, filme et écris. Et parmi ces 76.000 Juifs, il y avait 11.400 Enfants. Aucun d’eux ne revint. Tous furent réduits en cendres, Madame !

 

Je ne « remue pas en permanence la cendre » mais, avec mes Ami(e)s de l’Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France présidée par Serge Klarsfeld, j’honore la Mémoire de chaque Déporté, en entendant son prénom et son nom et, pour les Enfants, leur âge. Certains n’avaient que quelques mois, comme Alain Fayet, 5 mois, déporté seul par le convoi n° 62 du 20 novembre 1943, il y aura 69 ans demain. L’horreur dans l’horreur !

 


 

Si nous pouvons entendre ces noms, c’est grâce à l’énorme travail de recherche de l’infatigable Serge Klarsfeld et à l’idée de la Lecture des Noms du Rabbin Daniel Farhi.

 

Nos malheureux coreligionnaires ne sont pas restés que de la « cendre » comme vous avez osé l’écrire. On connaît maintenant leur nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse et autres détails.

 

Et vous ne pouvez pas vous imaginer, Madame,  comme il est poignant et insupportable de voir des personnes âgées n’arrivant même pas à sortir un mot de leur bouche et éclatant en sanglots en essayant de lire le nom d’un proche disparu ! Qui peut rester insensible à tant de douleurs ? A tant de malheurs ? Méditez cela et pensez à votre indécente question !

 

Vous devez, ou devriez, savoir que chaque année, ont lieu deux Cérémonies, une à la Mémoire de nos Déportés et une autre pour nos Morts sans sépulture. Les organisateurs de ces événements ne « remuent pas la cendre », Madame, ils honorent la Mémoire de nos Chers Disparus victimes de l’antisémitisme et de la barbarie, ce afin de ne pas oublier.

Si j’avais quelques pouvoirs, je serais tenté de m’adresser à l’Eternel en Lui demandant de vous pardonner car vous ne deviez pas savoir ce que vous m’écriviez. Mais, n’ayant aucun pouvoir, je ne me contenterais que de vous envoyer textuellement le poème ci-dessous composé à Auschwitz en 1944 par Moshe Schulstein (1911-1981). Lisez-le et méditez.

Je ne vous blâme pas, Madame, je vous plains.

Charles Etienne NEPHTALI

Le 18 novembre 2011

PS : Je me permettrais de vous conseiller d’aller visiter l’exposition sur « les Enfants dans la Shoah » qui se tient au Mémorial de la Shoah jusqu’au 30 décembre 2012.

 

 

Une poupée à Auschwitz

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise

C'est l'unique reliquat, l'unique trace de vie

Toute seule elle est assise, orpheline de son enfant

Qui l'aima de toute son âme. Elle est assise

Comme autrefois elle l'était parmi ses jouets

Auprès du lit de l'enfant sur une petite table.

Elle reste assise ainsi, sa crinoline défaite,

Avec ses grands yeux tous bleus et ses tresses toutes blondes

Avec des yeux comme en ont toutes les poupées du monde

Qui du haut du tas de cendre ont un regard étonné

Et regardent comme font toutes les poupées du monde

 

Pourtant tout est différent, leur étonnement diffère

De celui qu'ont dans les yeux toutes les poupées du monde

Un étrange étonnement qui n'appartient qu'à eux seuls.

Car les yeux de la poupée sont l'unique paire d'yeux

Qui de tant et tant d'yeux subsistent encore en ce lieu,

Les seuls qui aient resurgi de ce tas de cendre humaine,

Seuls sont demeurés des yeux les yeux de cette poupée

Qui nous contemple à présent, vue éteinte sous la cendre,

Et jusqu'à ce qu'il nous soit terriblement difficile

De la regarder dans les yeux

 

Dans ses mains, il y a peu, l'enfant tenait la poupée,

Dans ses bras, il y a peu, la mère portait l'enfant,

La mère tenait l'enfant comme l'enfant sa poupée,

Et se tenant tous les trois c'est à trois qu'ils succombèrent

Dans une chambre de mort, dans son enfer étouffant.

La mère, l'enfant, la poupée,

La poupée, l'enfant, la mère.

Parce qu'elle était poupée, la poupée eut de la chance.

Quel bonheur d'être poupée et de n'être pas enfant !

Comme elle y était entrée elle est sortie de la chambre,

Mais l'enfant n'était plus là pour la serrer contre lui,

Comme pour serrer l'enfant il n'y avait plus de mère.

Alors elle est restée là, juchée sur un tas de cendre,

Et l'on dirait qu'alentour elle scrute et qu'elle cherche

Les mains, les petites mains qui voici peu la tenaient.

De la chambre de la mort la poupée est ressortie

Entière avec sa forme et avec son ossature,

Ressortie avec sa robe et avec ses tresses blondes.

Et avec ses grands yeux bleus qui tout pleins d'étonnement

Nous regardent dans les yeux, nous regardent, nous regardent.

 

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 16:48

 

 

 

 

             Le refoulement odieux des Juifs

            par les démocraties occidentales.

                              1938-1939


Par Marc-André Chargueraud

 

 

A la suite de l’occupation de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, et de la nuit de cristal, l’immense pogrom dévastateur et meurtrier organisé par le régime nazi, les persécutions contre les Juifs dans le Reich s’intensifient dramatiquement. L’exode des Juifs à la recherche d’un refuge à l’étranger atteint un niveau encore jamais vue. Pleinement conscient de l’urgence d’intervenir dans ce drame juif, Roosevelt organise en juillet 1938 une conférence à Evian destinée à faciliter l’émigration d’Allemagne et d’Autriche. 32 nations y participent.

 

La conférence est un fiasco. Un journaliste de Newsweek, présent à la Conférence, rapporte : « Le président Myron Taylor, ambassadeur représentant les Etats-Unis, ouvrit la conférence. Le moment est venu où les gouvernements (...) doivent agir rapidement. La plupart des gouvernements agirent rapidement en claquant la porte aux réfugiés juifs. »-1-  Tous les chefs de gouvernements des démocraties occidentales, passivement ou activement, vont refouler des Juifs d’Europe centrale aux abois qui frappent à leur porte.

 

Les pays frontaliers du Reich sont en première ligne. Ils ont tous procédé à des refoulements, difficiles à quantifier mais toujours dramatiques. La Belgique et la Suisse adoptent la même politique. Ils refoulent les réfugiés qui arrivent sans visa tout en prononçant à plusieurs reprises une amnistie pour ceux qui ont réussi à pénétrer dans le pays. « Depuis le mois de mars 1938 il est entré en Belgique 12.000 Juifs du Reich (...) pour enrayer ce mouvement la sûreté publique a renforcé la gendarmerie à la frontière et décide le refoulement de ceux qui entreront après le 28 août 1938  (...) »-2-

 

En Suisse, une circulaire du 7 septembre 1938 précise, univoque, que seront refoulés « tous les porteurs de ces passeports qui sont juifs ou très probablement juifs ».-3- Plus ambigu Rothmund, le chef de la police fédérale, écrit le 7 novembre 1939 : « Personne ne sera reconduit à la frontière s’il y va de sa vie, mais il faut mettre fin définitivement aux entrées illégales.»-4- Malgré cette politique insoutenable, la Belgique et la Suisse sont les deux pays qui proportionnellement à la taille de leur population ont de loin accueilli le plus grand nombre de réfugiés juifs.-5-

 

Pendant des mois la Hollande utilise une solution expéditive aux dépens de son voisin. Elle expulse vers la Belgique ses réfugiés clandestins.-6- Puis, à partir de la fin 1938, les Pays-Bas établissent des camps dans lesquels les réfugiés illégaux sont internés.-7- La politique de la France est considérée par les Anglais comme la plus libérale bien que tracassière et mal organisée.-8- Comme la Hollande, dès 1938, Paris ouvre des camps d’internement pour ses immigrés clandestins. On le leur reprochera. Et pourtant, un membre d’une association caritative américaine de retour d’Allemagne conclut en décembre 1938 que les Juifs allemands « ne demandent rien de plus qu’un camp de réfugiés et un morceau de pain ».-9- 

 

Dernier pays démocratique ayant une frontière avec l’Allemagne, le Danemark n’admet des réfugiés juifs que s’ils peuvent prouver qu’ils ont des relations familiales proches avec des citoyens danois résidant dans le pays et que leur prise en charge est garantie d’avance. »-10- Tous les autres sont refoulés.

 

Isolés par des mers et des océans les pays anglo-saxons sont difficiles à atteindre. Seuls quelques centaines de Juifs fuyant les persécutions embarquent à destination de ces pays. Ils seront presque tous refoulés.

 

Les forces navales britanniques interceptent et renvoient à leur destin funeste dans leur port de départ, en général Constantza en Roumanie, les bateaux chargés de Juifs pour lesquels la Palestine est le dernier espoir. Le 25 mars 1939, le Sandru avec 269 réfugiés, le 6 avril 1939 l’Astir avec 698 réfugiés, le 23 avril 1939 l’Assimi avec 250 réfugiés... Indigné, le député Noel-Baker s’exclame aux Communes : « Est-ce à dire que les réfugiés sont en fait renvoyés dans les camps de concentration ? » La réponse de Malcom MacDonald, ministre des colonies, fuse : « La responsabilité de cette affaire incombe à ceux qui ont organisé ce trafic.» -11- La question est entendue.

 

Cette politique insensible s’étend à l’Angleterre même pour ceux qui arrivent sans visa. Lorsque des Juifs autrichiens arrivent  en mars 1938 en avion de Prague à Croydon au moment de l’occupation allemande de ce qui restait de la Tchécoslovaquie, l’Angleterre les renvoie à leur perte par l’avion suivant .-12- Même la Finlande lointaine se montre inhumaine. En août 1938, elle renvoie en Allemagne 53 Juifs autrichiens arrivés à Helsinki munis de visas réguliers délivrés par l’ambassade finlandaise de Vienne, mais que le gouvernement finlandais n’avait pas approuvés au préalable.-13- Ces pays sont d’autant plus condamnables que contrairement aux pays voisins de l’Allemagne ils n’ont pas à craindre le moindre déferlement de réfugiés.

Les Etats-Unis ont le même comportement inadmissible. Lorsqu’un navire chargé de réfugiés sans visas s’aventure près de leurs côtes, ils envoient les garde-côtes pour les forcer à faire demi-tour. L’odyssée des 743 Juifs allemands embarqués sur le trop fameux paquebot Saint Louis a été décrite en détail par de nombreux auteurs.-14- Arrivés à La Havane le 30 mai 1939, les passagers se voient refuser de débarquer, leur visa cubain ayant été vendu frauduleusement par le directeur des douanes cubaines. Ils croisent alors au large des côtes américaines. Les appels et télégrammes pressants pour débarquer seront ignorés. A la mi juin, c’est le retour en Europe. L’Angleterre, la France, la Hollande et la Belgique les accueillent. Pour ceux arrivant sur le continent, ce n’est qu’un court répit avant la Shoah.-15-

Le Saint Louis n’est pas un cas isolé. On peut citer les 72 réfugiés du paquebot britannique l’Orduna, le SS français Le Flandres dont 96 passagers juifs doivent retourner en France ou l’Ornoco allemand avec ses 200 Juifs.-16- Et que dire de ces bateaux surchargés de réfugiés qui à la même époque vont d’un port à l’autre des Amériques sans trouver de havre d’accueil ? Leurs noms évoquent autant de drames : Le Koenigstein, le Caribia, le Comte Grande, le Cap Norde, le General Artigas..., tous de véritables radeaux de la méduse livrés aux caprices de l’indifférence et de l’égoïsme.

Le drame prend une autre dimension lorsque l’on parle des visas qui sont refusés à ceux qui veulent fuir le Reich nazi pour sauver leur vie.

En refusant un visa, un pays d’asile précipite sur les routes des Juifs qui cherchent alors à forcer les frontières des pays avoisinants. Les refoulements des Juifs commencent dans les consulats. L’application du règlement par un fonctionnaire consulaire qui refuse un visa est un acte impersonnel dans l’anonymat d’un bureau. On ne peut le comparer au drame du policier qui arrête un clandestin à la frontière et le remet  au douanier nazi. Et pourtant les conséquences sont finalement les mêmes. Dans un cas comme dans l’autre le Juif est livré aux tortionnaires de la Gestapo. Toutes les démocraties occidentales partagent cette responsabilité. Combien de visas ont été refusés ? Chacun correspondait à une vie sauvée.

Un chiffre donne l’ampleur du drame. Des êtres désespérés qui font la queue aux abords des consulats. Au 30 juin 1939, 309.782 demandes de visas ont été déposées dans les consulats américains en Allemagne.-17-  Au rythme du quota annuel d’immigration d’Allemagne, il aurait fallu plus de dix ans pour satisfaire les demandes. Les Juifs seront nombreux à attendre cloîtrés, sans ressources, dans l’angoisse le visa sauveur.  Arrivera-t-il avant qu’au petit matin on ne frappe à leur porte pour les arrêter ?

 

 

WYMAN David, Paper Walls : American and the Refugee Crisis, 1938-1941, Pantheon, New York, 1985, p. 50.

GARFINKEL Betty, Belgique terre d'accueil, 1933-1940, Bruxelles, 1974, p. 131.

LASSERRRE André, Frontières et camps. Le refuge suisse de 1933 à 1945, Editions Payot, Lausanne, 1995, p. 57.

LASSERRE. Op.cit. p. 119.

CHARGUERAUD  Marc André, Tous coupables, Les démocraties occidentales et les communautés religieuses face à la détresse juive, 1933-1940, Ed.du Cerf, Labor et Fides, Paris/Genève, 1998, p. 193.

SIMPSON Hope John, The refugee problem : report of a survey, Oxford University Press, New York, 1939, p. 350

Ibid. p. 322  et 347.

Ibid. p. 296 et 298.

BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 107. Un membre de l’American Friend Service.

YAHIL Leni, The Rescue  of Danish Jewry. Test of a Democracy, The Jewish Publication Society of America, Philadelphia, 1969, p. 19.

ELISSAR Eliahu Ben, Le facteur Juif dans la politique étrangère du III ème Reich , 1933-1939, Julliard, Paris, 1969, p. 424 et 425.

GILBERT Martin, The Holocaust . The Jewish tragedy, Harper Collins publishers, Londres, 1987, p. 79.

Ibid. p. 65.

MORS Arthur, While Six Millions Died : a Chronicle of American Apathy, Random House, New York, 1968. Pendant que six millions de Juifs mouraient, Laffont, Paris, 1969,  p. 70.

GROSSMANN Kurt, Emigration Geschichte der Hitler's Fluchtlinge , 1933-1940, Europäische Verlaganstalt, Frankfurt, 1969, p. 120, Sur les 623 réfugiés qui trouvèrent asile en Hollande, Belgique et France, 583 seront exécutés par les nazis lorsque ces pays seront quelques mois plus tard occupés par la Wehrmacht.

LOOKSTEIN Haskel,Were We our Brothers' Keepers ?: A public Response of American Jews to the Holocaust 1938-1944, Hartmore House, New York, 1985, p. 232 et 234.

BREITMANN et KRAUT, op. cit. p. 66.  Parmi lesquels un grand nombre de Juifs.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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