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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 22:35

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Rela Mintz Geffen

 

 

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Rela Mintz Geffen

 

“Jusqu’à il y a à quelques décennies, les femmes juives étaient littéralement exclues de l’histoire écrite juive. L’Encyclopedia Judaica, publiée dans les années 1960, contenait bien la biographie de quelques femmes, mais dans les articles savants, on mentionnait rarement les femmes en tant qu’individus et le rôle des femmes en tant que groupe. Au cours des dernières années, lorsqu’on a procédé à des révisions, les rédacteurs ont décidé de restaurer la place des femmes dans l’histoire juive.

 

 

“Par exemple, l’article, dans l’encyclopédie précédente, portant sur les bougies, ne mentionnait même pas le terme « femme ». L’article sur la Casherout (règles diététiques) n’exposait rien du rôle de la femme. Mon article, dans la nouvelle encyclopédie, insiste sur le fait qu’alors que la supervision et l’abattage rituel ont toujours été des tâches masculines, la communauté devait compter sur les femmes pour maintenir les règles diététiques et les inculquer à leurs filles. Sans confiance en l’exécution fidèle des commandements par les femmes, il n’aurait pu y avoir aucune observance des règles diététiques, ou lors de fêtes aussi importantes que Pessah ».

 

Le Professeur Rela Mintz Geffen, Professeur honoraire, a été la sixième Présidente de l’Université Hébraïque de Baltimore, après avoir occupé le poste de Professeur de sociologie et de Doyenne des Affaires Académiques au Collège de Gratz. Elle est membre du Bureau des Membres du Centre pour les Affaires Publiques de Jérusalem.

 

“Du point de vue des sciences sociales, quatre décennies ne représentent pas une période très longue permettant d’observer des changements sociaux importants. Pourtant, en ce qui concerne le rôle des femmes juives en Amérique, de nombreux changements sont intervenus, et même, ont pris moins de temps que cela.

 

“Les transformations dans le rôle des femmes ont conduit à des altérations dans la constitution même de la communauté juive américaine. Ces changements sont indéniablement liés à ce qui se produit dans la société américaine en général. Pourtant, ils ont pris une saveur spécifiquement juive et se sont exprimés dans beaucoup de domaines de la vie juive.

 

“L’ouverture de l’étude des textes rabbiniques et juifs classiques aux femmes est l’un des domaines essentiels où l’on note des changements. Même s’il n’y a que quelques centaines de femmes possédant de tels niveaux, l’accès des femmes aux œuvres juives classiques a un immense impact. Une autre influence déterminante découle de l’introduction des études juives sur de nombreux campus américains. Durant la première moitié du vingtième siècle, de nombreuses femmes juives ne recevaient, en effet, aucune éducation juive reconnue.

 

“L’accès des femmes à ces études –particulièrement depuis la croissance exponentielle des écoles juives de jour et des études juives sur des centaines de campus des collèges américains – a grandement fait progresser leur niveau de connaissance. Comme les femmes représentent la moitié de la population, cela affecte beaucoup la teneur de la communauté. Il y a déjà plusieurs centaines de femmes juives enseignantes qui possèdent des doctorats d’études juives et sont reconnues comme des érudites sur le plan universitaire. Cela impacte également la façon dont l’histoire juive est enseignée.

 

“Les femmes se sont élevées dans les cercles dirigeants de la communauté juive souvent dans des positions profanes, plutôt que dans le monde institutionnel. Il demeure, cependant, plus facile pour une femme de devenir rabbin réformiste ou conservateur, ou Présidente d’une synagogue que directrice exécutive d’une fédération juive dont les groupes collectent de l’argent au sein des communautés.  Une étude portant sur les femmes dans les comités directeurs des organisations nationales, commanditée par Maa’yan : le Projet pour les Femmes Juives, a identifié quarante organisations en tant qu’agences juives importantes. Parmi elles, deux seulement avaient à leur tête une femme PDG à la date de l’année 2000. Plus de la moitié des trente organisations nationales qui ont répondu à la question de ce sondage sur l’équité, ne disposaient pas d’une seule femme parmi leurs cinq places les mieux rémunérées. L’inégalité entre les sexes au sein du champ communautaire juif est, depuis longtemps, un sujet de controverses et de préoccupations.

 

En ce qui concerne la collecte de fonds, depuis de nombreuses décennies, la philosophie était : « parlez à l’homme et tenez la femme à l’écart du chemin ». C’était entièrement fondé sur un stéréotype : les femmes étaient perçues comme égoïstes, exhortant leur mari à ne pas donner de façon à assurer plus de revenu disponible pour elles-mêmes ».

 

Geffen Remarque : “Au cours des dernières années, les organisations de femmes autant que les départements des fédérations locales juives ont consenti à un effort important pour intégrer les femmes dans le cadre des mouvements philanthropiques juifs. Certaines femmes sont prédominantes dans leurs propres fondations familiales. Il y a plusieurs femmes juives puissantes dans la vie publique, telles que des sénatrices et des juges des tribunaux qui ne sont pas actives au sein de la communauté juive. Quoi qu’il en soit, elles peuvent être considérées  comme des porte-parole au nom de la communauté, quand le moment se présente. Il y a aussi des femmes juives qui sont présidentes d’universités américaines de premier plan.

 

“Outre l’aspect public relatif à la religion, il y a l’aspect privé – ce que les personnes et les familles font à domicile  dans la vie domestique. Il existe un débat à propos du rôle actuel de la maison dans la façon de maintenir la vie juive. La famille est encore fonctionnelle et puissante. Cependant, cela ne fonctionne pas forcément de façon positive, concernant les questions juives. Pour de nombreux Juifs, la synagogue demeure l’institution centrale où s’expriment les racines juives en Amérique ».

 

Geffen conclut : “ En résumé : l’affranchissement des femmes juives a grandement enrichi la vie juive américaine. L’égalitarisme est devenu si pénétrant et normatif dans la vie juive américaine qu’il fait rarement les grands titres. La seule manière dont le genre s’illustre dans l’actualité juive, à présent, c’est lorsque quelque chose de réellement inattendu se produit, tel que des changements dans la communauté orthodoxe, ou dans le domaine de la vie publique des organisations, où il demeure une carence dans la représentation des professions féminines ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 Adaptation : Marc Brzustowski

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 21:00

 

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Michael Berenbaum 

 

Berenbaum (Copier)

Michael Berenbaum

 

 

“La vie juive et l’univers de la connaissance juive ont subi des inflexions majeures, au cours des dernières décennies. Une manière perspicace de le comprendre consiste à mettre côte à côte la nouvelle édition de l'Encyclopaedia Judaïca et la première, qui est sortie en 1972. Comparer ces deux publications révèle à quel point les communautés et les attitudes se sont transformées.

 

“Nous avons assisté à l’émergence de l’Université comme lieu par excellence de l’érudition et de l’éducation juives. Nous avons aussi été témoins d’un développement vivace et dynamique au sein du monde orthodoxe. Au cours des dernières décennies, le monde juif est aussi devenu plus interactif. Ceci se reflète, en partie, à travers l’apparition d’internet au détriment des textes imprimés. Une grande partie du pouvoir sur le monde est passé de l’industrie et du contrôle des ressources naturelles, à la capacité de gérer et de tenir le haut du pavé dans la maîtrise de cet énorme volume d’information disponible. Un bon nombre de Juifs sont des acteurs importants [de cette transformation], en dépit de la petite taille du peuple juif et de l’apparente nature marginale de ses ressources ».

 

Michaël Berenbaum est rédacteur en chef de la seconde édition de l’Encyclopaedia Judaïca. Il est, également, Directeur de l’Institut Sigi Ziering, qui explore les conséquences éthiques et religieuses de la Shoah et Professeur d’études juives à l’Université juive américaine (anciennement : l’Université du Judaïsme).

 

Il observe que : “La nouvelle Encyclopaedia montre, d’abord et avant tout, à quel point les Juifs sont un peuple fascinant. Ils contribuent à chaque sphère de la connaissance humaine et leurs préoccupations comprennent les arts, la musique, l’architecture, les sciences, la médecine et ainsi de suite. Les Juifs, de nos jours, se sentent plus capables, plus libres, et tout-à-fait habilités à créer – en tant que Juifs. Ils ne craignent plus que d’agir ainsi les confine à un ghetto intellectuel ou culturel.

 

 

“Il y a de cela une génération, beaucoup avaient peur d’être catégorisés en tant que « auteurs juifs ». Ils redoutaient d’être considérés comme vivant à la périphérie d’une société. Aujourd’hui, de nombreux Juifs adoptent résolument cette identité spécifique. Un exemple particulièrement illustratif en est que plusieurs des romancières américaines remarquables sont des femmes qui sont ultra-orthodoxes ou d’origine ultra-orthodoxe – par exemple : Tova Mervis, Allegra Goodman, Pearl Abraham et Rebecca Goldstein. Elles écrivent des livres plus intéressants que quasiment n’importe qui d’autre. C’était inouï et imprévisible, il y a dix ans.

 

“Certains champs d’étude se sont considérablement développés depuis les années 1970. L’une de ces sphères concerne les études sur la Shoah. Dans les années 1970, elles n’étaient enseignées qu’au sein de deux universités américaines seulement. La Loi hébraïque et les études sur les femmes constituent d’autres domaines qui connaissent un grand développement. Nous avons décidé de consacrer à ces dernières une plus grande attention dans la nouvelle édition. On est amené à prendre des décisions difficiles sur la façon d’aborder des thèmes controversés, comme, par exemple, comment s’y prendre, en tant que Juif, pour introduire le mouvement des implantations israéliennes, ou l’homosexualité ».

 

Berenbaum mentionne que bien d’autres choses ont changé que le seul rapport à la connaissance. « Mon collègue Fred Skolnik, qui a travaillé sur les deux encyclopédies, me disait que ce qui l’a particulièrement frappé, c’est l’écart entre les réalisations extraordinaires du peuple juif, au cours des dernières trente-cinq années, et l’actuelle humeur propice au pessimisme. 1972 – l’année précédant la guerre de Yom Kippour – était encore un moment euphorique en matière d’unité du peuple juif. Nous nous interrogeons au sujet de la combinaison actuelle de sentiments de dangerosité grandissante et, simultanément, ceux de compétence accrue et de réussites. Seuls les psychologues peuvent l’expliquer.

 

“L’encyclopédie de 1972 a été rédigée dans cet esprit de grande confiance qui caractérisait Israël, dans la période succédant à la guerre des Six-Jours. Elle a été réalisée en Israël et correspondait, peut-être, à la dernière et meilleure manifestation d’érudition juive-allemande qui avait migré vers Israël. Les directeurs de publication de la nouvelle édition, cependant, ont décidé qu’ils avaient besoin d’un éditeur américain, puisque la fonction de l’ouvrage requerrait un plus grand sens des réalités vécues en Diaspora.

 

“La nouvelle encyclopédie est essentiellement écrite par des érudits américains et israéliens. Presque tous les universitaires américains ont étudié en Israël. Les universitaires israéliens ont presque tous étudié, travaillé et certainement publié aux Etats-Unis. Cela signifie que les auteurs, dans chaque domaine donné, ont lu les travaux les uns des autres, se sont exprimés durant les conférences des uns et des autres, se sont trouvés en présence les uns des autres, et ont enseigné dans diverses universités. Cela conduit à une fécondation croisée essentielle à l’émergence des idées.

 

Un autre choix important, c’est le type de savoir sur lequel on fait porter l’accent. Nous avons décidé de ne pas accorder d’autorité définitive à la perspective des historiens. Certains de nos auteurs abordent leurs sujets à travers le prisme de la psychologie et de la sociologie.

 

“Il existe d’autres aspects montrant combien les choses ont changé au cours des trente-cinq dernières années. Lorsqu’est parue la première édition, Israël n’était le lieu de résidence que d’un petit pourcentage seulement du peuple juif. Dans la nouvelle édition, Israël occupe un volume entier de six cent mille mots ».

 

Berenbaum conclut : “La distance que le peuple juif a traversé, autant que la conquête de tant de champs du savoir sont aussi stupéfiants qu’ils représentent une grande leçon d’humilité ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.


 Adaptation : Marc Brzustowski

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 09:11

 

 

 

 

52 000 survivants sont internés à Chypre.  

                            1946-1949 

 

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012

 

      

 

 

Pendant les trois années qui ont suivi la fin de la guerre, 70 000 Juifs survivants de la Shoah embarquent sur 65 bateaux à destination de la Palestine. Environ la moitié vient des camps temporaires de « Personnes déplacées » établis par les Alliés en Allemagne pour les personnes qui ne peuvent rentrer chez elles. Les autres ont dû fuir les persécutions et les pogroms d’Europe de l’Est qui se sont abattus sur les survivants enfin de retour chez eux. Ils embarquent sur de vieux rafiots surchargés, comme « clandestins » sans l’autorisation britannique d’entrer en « Terre promise », la terre de leurs ancêtres.

Les Anglais ont reçu mandat de la Société des Nations d’administrer la Palestine. Ils veulent que le nombre de Juifs ne dépasse pas le tiers de la population de Palestine afin d’éviter une nouvelle explosion armée des Arabes comme en mai 1937. Dans ce but, les Britanniques vont strictement s’en tenir au nombre de certificats d’admission prévus par leur Livre Blanc de 1939. A la fin de la guerre, il en reste 11 000. Ils vont permettre à quelques milliers de Juifs d’arriver légalement en Palestine mais sont  épuisés à la fin de 1945.Une autre destination doit être trouvée pour de nouveaux clandestins. Ce sera l’île de Chypre.

 

La plupart des bateaux illégaux terminent leur périple à Haïfa en Palestine. Les survivants débarquent croyant enfin toucher au but. Quelques instants plus tard, ils se retrouvent entassés dans les soutes de navires de guerre anglais qui les emmènent à 300 kilomètres de là, à Chypre. Après des mois, des années passés dans des camps de concentration ou de travail, puis dans des camps de personnes déplacées, ils espéraient aller vers la liberté parmi les leurs. Ils vont se retrouver pour des mois et même des années dans des camps de détention, derrière une double rangée de barbelés de plus de quatre mètres de hauteur, entourés de miradors, gardés par des militaires britanniques armés.

 

Les camps de détention de Chypre ont été ouverts en août 1946.  52 000 Juifs y seront internés. Les Britanniques les considèrent comme des prisonniers de guerre. Les conditions de vie dans ces camps sont très difficiles. Près de Famagouste cinq camps de tentes de l’armée peuvent recevoir 12 000 personnes. A vingt kilomètres de là dans les collines se trouvent d’autres camps composés de huttes en tôle ondulée, dites cabanes Nissen, pouvant abriter 14 000 internés.

 

Ces camps sont vite saturés et les nouveaux arrivants sont entassés. Dans un même logement des familles et des personnes seules vivent dans la promiscuité. Il n’y a ni partition, ni électricité, ni meubles sauf des lits. La nourriture insuffisante est de mauvaise qualité. Tout fait défaut : vêtements, chaussures, médicaments... Même l’eau manque et particulièrement pendant les mois d’été les conditions sanitaires se détériorent et infections et maladies de peaux prolifèrent.

 

La diaspora américaine et l’Agence juive interviennent. Dès septembre 1946, l’ American Jewish Joint Distribution Committee (JOINT) s’installe sur place et comble dans une large mesure les carences des militaires dont les budgets sont notoirement insuffisants. Avec l’aide d’organisations juives de Palestine, des docteurs, des infirmières, des professeurs et des travailleurs sociaux arrivent. Une vie plus normale s’organise. Des cliniques, des écoles, des centres culturels ouvrent. L’arrivée en Palestine se prépare. La politique s’invite. Sept partis politiques juifs de Palestine envoient des émissaires. La Hagannah, l’organisation militaire, est aussi présente et entraîne ceux en âge de porter les armes. 

 

Privés de liberté, les détenus souffrent de leur oisiveté forcée. Certains regrettent les camps de Personnes déplacées en Allemagne où ils pouvaient sortir et même travailler à l’extérieur. Ils ne sont pourtant que quelques-uns à demander le retour en Allemagne. S’ajoute un sentiment de frustration, lorsqu’ils voient les meilleurs traitements reçus par des prisonniers de guerre allemands de camps d’internement voisins. Ils ont pour tout éclairage des lampes à essence alors que les vaincus sont reliés au réseau électrique.

 

Combien de temps encore ces survivants vont-ils rester incarcérés ? Cette question angoissante reste sans réponse. Comment comprendre que les vainqueurs qui les ont libérés de la terreur nazie, les emprisonnent sans appel ? En décembre 1946, l’Agence juive est intervenue auprès des autorités britanniques, mais elle n’a obtenu qu’un contingent mensuel de 750 certificats permettant l’entrée en Palestine. Les délégués de l’Agence juive sélectionnent les bénéficiaires « pour qu’ils soient utiles au Yishouv ». Les autres attendent.

 

Un espoir fou s’empare des prisonniers lorsqu’ils apprennent en novembre 1947 que les Britanniques ont remis leur mandat à l’Organisation des Nations Unies. En vain : il leur faudra attendre le début 1948 pour que l’Organisation internationale autorise l’arrivée en Palestine de détenus de Chypre à l’exception des hommes en âge de se battre.  L’explosion de joie à l’annonce le 15 mai 1948 de la création de l’Etat d’Israël ne change rien à la donne. Les 12 000 Juifs encore incarcérés à Chypre attendent encore neuf longs mois pour que l’interdiction soit enfin levée et que les camps soient fermés à la fin du mois de janvier 1949.

 

Pour le SS Exodus, les Britanniques ont  décidé de surseoir à leur politique d’incarcération à Chypre. Avec 4 530 personnes à bord l’Exodus part de Sète à la mi juillet 1947. Arrivé au large des côtes de la Palestine, le navire est pris d’assaut dans des conditions particulièrement brutales par la Royal Navy. Les passagers sont transférés dans deux bateaux prisons et renvoyés en France à Port-de-Bouc. Les autorités françaises refusent l’utilisation de la force pour débarquer les passagers. Devant une situation bloquée, les Britanniques dirigent les deux navires prisons vers Hambourg où les autorités militaires britanniques « débarquent » les passagers de force. Après des semaines tragiques, les 4 500 Juifs de l’Exodus se retrouvent dans deux camps de la zone britannique.

 

Ce drame s’est déroulé en présence de la presse internationale. Un cadeau inestimable pour la propagande sioniste antibritannique. « Au lieu d’en faire un exemple et de rallier l’opinion à sa guerre contre l’immigration clandestine, Bevin ( Premier ministre de Grande-Bretagne ) n’a fait que choquer l’opinion internationale et accroître sa sympathie pour l’entreprise sioniste », écrit l’historien Lord Bethell.

 

La leçon a été retenue. Le 17 décembre 1947 deux navires, le Pan Crescent et le Pan York appareillent du port de Burgas en Bulgarie pour la Palestine avec 15 000 Juifs roumains à bord. Alors que les navires sont au large des Dardanelles, un accord est conclu in extremis entre les Britanniques et l’Agence juive et les deux navires se rendent directement à  Chypre.

 

Dans cette succession d’événements il y a deux vainqueurs. Aussi paradoxal que cela soit, ce sont les deux protagonistes qui se livrent une bataille sans merci : les Britanniques et les Sionistes. Londres a réussi à empêcher l’arrivée massive de survivants de la Shoah en Palestine avant la création de l’Etat d’Israël et évite ainsi un soulèvement arabe.

 

De leur côté les Sionistes peuvent être satisfaits. Chaque navire d’immigrants illégaux capturés par les Britanniques fait la une de la presse, rappelle la détresse des DP juifs et souligne l’immoralité et l’inhumanité des politiques d’immigration anglaise qui empêchent les victimes de Hitler de se réfugier dans « leur foyer national ». C’est pour les Sionistes une victoire politique.

 

Le Mossad peut ainsi organiser la résistance à bord « de manière à produire de graves incidents, à produire des spectacles auxquels il était difficile d’assister sans réagir, et donc de remettre en cause la légitimité britannique… », écrit l’historienne israélienne Idith Zertal. Le Mossad reconnaît qu’« on n’a encore rien trouvé de mieux (que l’immigration clandestine) pour démontrer l’urgence d’une solution à notre problème ».

 

Les perdants sont les hommes, les femmes et les enfants qui sont  les victimes de confrontations politiques qui les dépassent. Délivrés de leurs tortionnaires par les Alliés, ils n’ont pas trouvé la liberté et le réconfort matériel et psychique dont ils ont un besoin urgent. Ils ont dû survivre, une fois de plus, une fois de trop, dans des camps, avec des espoirs qui ne furent pendant des années que des mirages.  Le monde les ignora, les oublia, des pions sur un jeu d’échec politique.

 

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.


Cet article est extrait de “50 idées reçues sur la Shoah » un livre qui paraîtra en avril prochain.

 



[1] BAUER A History of the Holocaust, Franklin Watts, New York, 1982, p. 344. Victoire de mai 1945 à la constitution de l’Etat d’Israël en mai 1948.

Sur les 75 000 autorisés par le Livre blanc.

KOCHAVI Arieh J. Post-Holocaust Politics :Britain, the United States and Jewish Refugees, 1945-1948. University of North Carolina Press,  2001, p. 60. Il en reste 400.

BOGNER Nahum in GUTMAN Ysrael , ed. Encyclopedia of the Holocaust, McMillan Publishing Company, New York, 1990,  p. 330. 2 200 enfants sont nés dans ces camps. Avec un maximum de 32 000 en janvier 1948.

AGAR Herbert Les Rescapés, Sedimo, Paris, 1964, p. 283.

BOGNER, op. cit. p. 330. Description en détail des conditions de détention.

IBID. p. 331.

JOINT : The American Jewish Joint Distribution Committee, la grande organisation caritative.

LAUB Morris, Last Barrier to Freedom, Internment of Jewish Holocaust Survivors on Cyprus 1946-1949, Judah Magnese Museum, Berkeley, California, 1985,  p. 14. Dont 48 docteurs.

BOGNER, op. cit. p.  332 La relative proximité de la Palestine les encourage à rester.

LAUB, op.cit. p. 25.

ZERTAL Idith, Des rescapés pour un Etat. La politique sioniste d’immigration clandestine en Palestine 1943-1948,Calman Levi, Paris, 2000,  p. 241.

WYMAN Mark, DPs.Europe Displaced Persons, 1945-1951, The Bach Institut Press, Philadelphia, 1989,  p. 155. En trois ans, du 15 mai 1948  à fin 1951, 331 000 Juifs s’établissent en Israël malgré la guerre contre les Arabes.

KIMCHE Jon The Secret Roads : The « Illegal » Migration of à People - 1938/1948. New York. Farrar, Straus and Cudahy, New York,  1955, p. 175 ss.

ZERTAL, op. cit. p. 156.

KIMCHE, op. cit. p. 200 ss. Ces sont les dernières déportations. Les britanniques ont remis leur mandat à l’ONU quelques semaines plus tôt.

Le « National Home » en anglais.

ZERTAL, op. cit.  p. 158 et 286. 

 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 16:52

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Efraim Zuroff

 

Zuroff (Copier)

Efraim Zuroff

 

“En 2002, le Centre Simon Wiesenthal d’Israël (CSW) et la Fondation Targum Shlishi de Miami, en Floride, ont lancé « L’Opération Dernière Chance » (ODC), pour contribuer à faciliter les poursuites de criminels de guerre Nazis, essentiellement en Europe post-communiste. A la fin 2011, elle a publié les noms de plus de 600 suspects dans 32 pays. Les noms de 102 d’entre eux ont été soumis à des procureurs locaux, dont 46 en Lituanie, 14 en Lettonie et 6 en Allemagne.

 

 

“Nous établissons six graduations de la mesure du succès dans la démarche consistant à traduire des criminels de guerre Nazis en Justice : faire connaître le criminel par les médias, faire en sorte qu’une enquête officielle du gouvernement soit ouverte contre le suspect, obtenir une inculpation, un mandat d’arrêt, ou une requête d’extradition diffusée contre lui, un procès du suspect, une condamnation par le Tribunal et, pour finir, l’application de la peine infligée au suspect ».

 

Le Dr Efraïm Zuroff, historien de la Shoah, est Directeur du Centre Simon Wiesenthal (CSW) en Israël, et est connu très largement comme « le dernier chasseur de Nazis ». Il a passé la majeure partie de sa vie professionnelle à rechercher les criminels de guerre nazis et les preuves nécessaires pour les faire condamner, autant qu’à démarcher des gouvernements fréquemment récalcitrants, afin qu’ils entreprennent leurs poursuites. Zuroff a publié plusieurs livres, le plus récent d’entre eux, Operation Last Chance; One Man's Quest to Bring Nazi Criminals to Justice [Opération Dernière Chance : La Quête d’un Homme pour Traduire les Criminels Nazis en Justice] expose l’origine du projet et des comptes rendus détaillés de six de ses dossiers les plus importants.

 

Il explique que : “Les aspects pédagogiques du programme ont été conçus pour sensibiliser les gens à l’histoire de la Shoah et attirer l’attention du public sur les questions que les peuples de ces pays devraient se poser. Les retours, dans chaque pays, vont du soutien le plus total et de l’admiration à la plus inébranlable opposition. Une réaction spécifique du public, assez répandue dans l’Est de l’Europe post-communiste, consistait à attaquer l’ODC, du fait qu’elle se concentrait sur les crimes nazis et non sur les crimes communistes, et qu’elle employait ce que certains considéraient être des « méthodes soviétiques », à savoir l’utilisation d’informateurs rémunérés.

 

“Une grande partie de la réussite d’ODC dépend essentiellement de savoir si le gouvernement local a la volonté politique de poursuivre les auteurs de crimes liés à la Shoah et s’il existe une pression publique qui soutient le projet.

 

“L’ODC a été initiée dans les pays baltes, parce que nous pensions que le potentiel pour y trouver des informateurs était particulièrement élevé. Dans ces pays, cependant, il n’y avait pas de volonté politique de mener des poursuites et virtuellement aucun soutien local. Les seules personnes qui en étaient partisanes étaient des individus isolés en avance sur leur temps. Ils comprenaient que ce problème était crucial pour l’avenir de leur pays.

 

“La qualité des informations recueillies variait aussi d’un pays à l’autre. Presque tous ceux qui ont contacté les centres d’appel étaient des non-Juifs. En Autriche, mon estimation est que, parmi plus d’une centaine d’appels que nous avons reçus, 90 à 95% étaient à caractère antisémite ».

 

Zuroff fait observer que : “Chaque gouvernement présente un profil différent, dépendant de son attitude quant à l’effort demandé de poursuivre de tels criminels. En Allemagne, par exemple, l’ODC ne rencontre aucune obstruction officielle ni  opposition. En Europe de l’Est, les gouvernements locaux sont rarement ravis par la perspective que nous réussissions à découvrir des criminels de guerre nazis ou des collaborateurs locaux. Le problème principal reste, cependant, l’attitude des procureurs locaux, qui reflète habituellement la manière de penser du gouvernement local. En bref : aucun gouvernement ne s’opposerait ouvertement à ce projet, mais les énergies et ressources, qu’investissent variablement les procureurs sont un baromètre bien plus précis des sentiments locaux.

 

“L’ODC a même été confrontée à un défi juridique fondé sur la loi sur la protection des données en Hongrie, concernant « l’exportation » à l’étranger d’information sur des citoyens hongrois. C’est resté uniquement  une menace potentielle qui ne s’est jamais traduite en action judiciaire concrète, malgré des doutes initiaux sur nos chances de succès, qui correspondaient ici, à la nature des crimes commis par les criminels de guerre nazis hongrois et leurs collaborateurs. Ce cas s’oppose à ceux commis dans les pays baltes, par exemple, où le nombre de citoyens locaux qui ont activement participé au massacre de masse était anormalement élevé ».

 

Zuroff mentionne qu’en 2011,  a démarré “l’Opération de la Dernière Chance II”. « Elle se focalise essentiellement sur les gardiens des camps de la mort et le personnel des Einsatzgruppen. On peut, désormais- à la suite de l’inculpation de Demjanjuk à Munich, en mai 2011- réussir à les poursuivre pour avoir été instrumental dans la réalisation du meurtre, même sans preuve de crime spécifique ni de victime spécifique ».

 

Zuroff tire le bilan des réalisations de « l’Opération de la Dernière Chance » : “Elle a permis d’identifier ceux qui sont responsables de crimes terribles commis au cours de la Shoah. Au-delà de cela, elle attire une attention significative sur le rôle joué par les assistants locaux des Nazis. Leur assistance dans la mise en place de la Solution Finale a été cruciale, particulièrement en Europe de l’Est, où elle inclut la participation aux crimes de masse. Au regard des ressources très limitées investies dans le projet ODC, les résultats atteints ont été relativement significatifs ».

 

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski

Published by Palgrave/Macmillan)

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:09

Article original : http://tundratabloids.com/2012/01/book-by-dr-manfred-gerstenfeld-leads-dutch-politician-to-call-for-government-apology-for-its-passivity-in-dutch-jews-deportation.html

 

Adaptation Marc Brzustowski.

 

 

Geert Wilders: Le gouvernement hollandais doit présenter ses excuses

 

Le livre récent du Dr.Manfred Gerstenfeld, Judging the Netherlands, a, aujourd’hui, attiré l’attention, de façon massive, aussi bien aux Pays-Bas qu’ensuite, sur la scène médiatique internationale, du fait d’un article d’Associated Press. Réagissant à cet article, le dirigeant politique du PVV, le Parti de la Liberté, Geert Wilders, s’est fait entendre en appelant l’actuel Premier ministre néerlandais à exprimer des excuses officielles au nom du gouvernement, pour l’attitude passive de l’ancien gouvernement face aux déportations de masse des Juifs de Hollande, à partir des Pays-Bas, durant la Seconde Guerre Mondiale. Els Borst, ancien ministre du gouvernement néerlandais, interviewée au sujet de ce livre, a déclaré qu' :

 

« elle pense que la réponse du gouvernement hollandais en exil durant la guerre aurait sûrement été plus ferme si les Nazis avaient déporté les Catholiques ou les Protestants ».

 

Vous pouvez lire l’article en entier ici. 

 

 

Le choc frontal que représente ce livre est disponible sur Amazon, dont vous pouvez lire la description et les commentaires, ici.

 

 

 

“Les Pays-Bas devraient présenter leurs excuses à la Communauté Juive”

Interview d’Els Borst, par Manfred Gerstenfeld


(Adaptation M.B, le 2 novembre 2011)

 

“Si j’étais Premier Ministre, j’aurais, sans hésitation aucune, offert mes excuses à la communauté juive néerlandaise. Je fais, ici, référence à l’attitude de notre gouvernement durant la Seconde Guerre Mondiale et à la découverte très tardive, dans l’après-guerre, que le processus de restitution ait été si mal conçue ».  

 

Le Dr. Els Borst-Eilers a été Ministre de la Santé Publique, du bien-être et des sports, de 1994 à 2002, ainsi qu’adjointe au Premier Ministre, au cours des quatre dernières années. Elle dit de sa formation initiale : « Je n’avais que huit ans, lorsque les Allemands ont envahi notre pays en 1940 et seulement treize, lorsqu’ils en ont été chassés. A cet âge, vous êtes déjà averti(e) de bien des choses. J’ai toujours vécu à Amsterdam. Pendant la guerre, nous habitions le quartier de Rivieren, où beaucoup de Juifs vivaient à l’époque. Nos voisins du dessous étaient des Juifs, et il y avait aussi des Juifs à quelques maisons de la nôtre. Nous avons assisté à la façon dont ils ont été encerclés et déportés. Cela m’a laissé une impression très forte [indélébile].

 

“Nous savons, désormais, que la persécution des Juifs Hollandais a, assez peu, tracassé la Reine Wilhemina, depuis son exil londonien. Elle parlait tout le temps des héros de la résistance et voulait penser que la Hollande toute entière faisait de la résistance. La Reine en parlait d’une façon qui laissait entendre que : « Vous avez tous combattu si courageusement ! », qui était très éloignée de la vérité.

 

“Le gouvernement néerlandais affaibli et en exil n’aurait pas dû laisser la maîtrise de toute chose à la Reine. Le Premier Ministre Pieter Gerbrandy aurait dû s’adresser à la population, à la radio, de façon à produire un électrochoc et de dire : « Nous attendons de vous que vous protégiez de la déportation nos fidèles concitoyens juifs. Essayez de les héberger dans vos maisons, aidez-les à fuir, faites tout ce que vous pouvez. C’est votre devoir de faire quelque chose pour nos fidèles citoyens ».

 

“Mon sentiment, c’est que si tous les Chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants, avaient été déportés en Allemagne, le gouvernement néerlandais de Londres aurait ordonné à la population des Pays-Bas occupés de les aider. L’attitude du gouvernement témoigne du fait que ses membres, comme beaucoup d’autres, percevaient les Hollandais juifs comme un groupe particulier qui ne faisait pas d’eux « de vrais Hollandais ».

 

“Avant la guerre, beaucoup de Hollandais pensaient que les 140 000 Juifs vivant parmi eux constituaient un groupe à part, qu’il fallait avoir à l’œil. Qu’ils pouvaient représenter une menace – par exemple, ils pourraient obtenir les bonnes situations professionnelles, ou aspirer à la domination du monde de la finance. Ces gens-là péroraient entre eux sans rien connaître des faits ».

 

“Ce manque d’intérêt pour le sort des Juifs était la conséquence de l’antisémitisme d’avant-guerre aux Pays-Bas. Il existait également au sein de ma bonne famille. J’avais un oncle complètement juif qui avait épousé une non-Juive. Au début de la guerre, il a divorcé de sa femme dans l’intention de la sauver face au danger imminent. Il s’est ainsi, lui-même mis en danger, puisque, du coup, il n’était plus couvert par un mariage mixte. Il a été caché tout au long de la guerre et, avec pas mal de chance, il a pu survivre. Notre famille entière était heureuse de cela [de sa rupture].

 

“Bien avant la guerre, par exemple, au cours de réunions de famille pour un anniversaire, il était presque d’usage d’entendre des commentaires, tels que “ c’est une façon typique qu’ont les Juifs de rouler leur monde ! », ou « Les Juifs savent veiller sur leurs propres intérêts ». On y avait droit, dès que quelqu’un se débrouillait, en matière d’argent. Je l’entendais déjà, alors que je n’étais qu’une petite fille.

 

“Aucun d’entre nous n’aurait voulu faire le moindre mal à un Juif. Pourtant, il subsistait un sentiment qu’ils « savaient très bien se débrouiller financièrement », en dépit du fait qu’il y avait beaucoup  de Juifs très pauvres à Amsterdam.

 

Borst perçoit un parallèle entre les années de guerre, sa période au gouvernement et les politiques néerlandaises actuelles. Elle était ministre au moment-même des massacres de masse, dans la ville bosniaque de Srebrenica, ainsi que lors de la publication, en 2002, des résultats de l’enquête qui s’en est suivie, menée par l’Institut Néerlandais de Documentation sur la Guerre (INDG/ NIOD). Le NIOD a prétendu, dans son rapport, que lorsque le gouvernement hollandais a décidé de rappeler les soldats néerlandais membres de la Force de l’ONU, et présents à Srebrenica, il ne savait rien des menaces qui pesaient sur les citoyens bosniaques. Borst ne peut s’empêcher de faire remarquer : « Le NIOD a embelli ce qui s’est réellement passé ».

 

Quand le Ministre Jan Pronk, membre du parti travailliste, a déclaré que le gouvernement savait effectivement ce qui se passait à Srebrenica et tout ce qui concernait les menaces pesant sur les citoyens dans cette région, Borst a confirmé que c’était bien vrai.

 

A propos de la situation actuelle, Borst dit : “Il existe beaucoup de musulmans très sympathiques et pacifiques, mais les Pays-Bas sont bien trop tolérants, en ce qui concerne les déclarations de l’aile radicale de l’Islam. Cela concerne aussi les adolescents marocains qui passent leur temps à proférer des insultes antisémites ou à commettre des actes antisémites. Pourtant, ils ne sont pas nés avec la haine des Juifs, mais ils vivent au sein d’une culture qui tolère et même encourage [ces comportements] ».

 

Elle conclut : “On préfère dissimuler beaucoup de choses aux Pays-Bas, au nom de la société multiculturelle. Ayaan Hirsi Ali l’a fait entendre très clairement de nombreuses fois. Elle s’est montrée très juste sur ce point -1-” .

 

Ceci est une version abrégée d’une interview parue en néerlandais, dans le livre-bestseller de Manfred Gerstenfeld : « Le pourrissement : les Juifs dans une Hollande sans gouvernail » (2010)

 


-1-Ayaan Hirsi Ali, a secular Muslim, is a former member of the Dutch parliament for the Liberal Party. She has since left for the United States.

 

 

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:43

Il est Grand Temps de Corriger une Injustice Historique

Les souffrances des réfugiés juifs des pays arabes doivent être reconnues

et on doit les compenser pour leurs pertes

 

 

Par Irwin Cotler, ex- ministre de la justice du Canada, membre du parlement canadien; professeur emeritus de droit à l'Université Mac Gill, avocat international, conseil d'Ong israéliennes et palestiniennes.

Article paru le 7/12/11 dans le Jerusalem Post

Traduit par Albert Soued, écrivain http://soued.chez.com pour www.nuitdorient.com

Le 4 janvier 2012

 

Alors que j'étais le délégué canadien aux travaux interparlementaires des Nations Unies, j'ai traversé une expo marquant la Journée de Solidarité annuelle au Peuple palestinien. Le thème central de cette expo était ce qu'on appelle "la Naqba " ou "la catastrophe" subie par le peuple palestinien, du fait de la refondation de l'état d'Israël.

Une fois de plus, les Nations Unies commémoraient ce 29 novembre, 64ème anniversaire de la résolution de l'Onu partageant la Palestine entre Juifs et Arabes, tout en continuant d'ignorer la détresse des réfugiés juifs (1)

Cet organisme mondial falsifie une fois de plus la loi et l'histoire au profit des Arabes, sachant que les pays arabes en 1947 ont non seulement rejeté le plan de partition et un état palestinien et sont partis en guerre pour éliminer l'état juif naissant, mais ils ont persécuté leurs nationaux juifs, vivant dans ces pays depuis des siècles, bien avant l'arrivée des Arabes.

Cette décision des pays arabes a entraîné deux populations de réfugiés: les arabes de Palestine que les armées arabes envahissantes ont incité à quitter leurs foyers pour les épargner dans leur guerre contre Israël, les juifs des pays arabes qui ont été chassés de leur patrie par les gouvernements arabes.

En effet, le rapport "les Réfugiés Juifs des pays arabes: leurs droits à réparation" témoigne et apporte une information sur la répression et les persécutions subies par ces Juifs en pays arabe – y compris des lois du type Nuremberg – dont les conséquences ont été la perte de nationalité et de passeport, les expulsions forcées, les biens sous séquestre illégal, les arrestations arbitraires et les détentions, la torture et les meurtres – très exactement des "pogroms".

Et l'histoire juive parle des pogroms des Juifs d'Europe, ignorant souvent ceux subis par les Juifs en pays arabo-musulman. De plus, comme le précise le rapport mentionné, la violation massive des droits de l'homme n'était pas seulement la conséquence du modèle d'oppression en usage dans les pays arabes, mais celle d'un projet prémédité, celui qui est contenu dans la Charte du comité politique de la Ligue arabe.

Ceci est une histoire qui doit être entendue, une vérité qui doit être aujourd'hui reconnue. A mon regret, les Nations Unies portent une immense et directe responsabilité dans la distorsion des faits historiques de ce qui s'est réellement passé au Moyen Orient, notamment dans le récit de la recherche de la paix.

Depuis 1948, on a compté plus de 150 résolutions de l'Onu traitant spécifiquement des réfugiés palestiniens, et aucune ne fait référence à la détresse des 850 000 Juifs chassés des pays arabes !

Aucun des pays arabes impliqués – ni aucun chef palestinien concerné – n'ont reconnu, ni exprimé un quelconque regret, pour avoir infligé des souffrances et des malheurs à ces Juifs des pays arabes, et, encore moins, ils n'ont manifesté une quelconque responsabilité.

Comment corriger cette injustice historique, qui suit son cours ? Quels sont les droits et les remèdes possibles sous les lois internationales humanitaires ? Et quels sont les devoirs t les obligations qui incombent aux Nations Unies, aux pays arabes et aux membres de la Communauté Internationale ? Pour répondre à ces questions, je propose un agenda d'action humanitaire mondiale en 9 points -

1 - D'abord comme la justice est oubliée depuis fort longtemps sur ce sujet, il est urgent d'apporter les corrections sur le plan de l'information sur les souffrances subies par les Juifs des pays arabes et la vérité sur cet "exode oublié", dans l'histoire du Moyen orient depuis 64 ans.

2 – Il faut apporter des compensations aux victimes juives des pays arabes, y compris les droits à la commémoration, à la réparation, à la vérité, à la justice, comme prescrit par les lois internationales sur les droits de l'homme.

3 – Tout pays arabe ainsi que la Ligue arabe doivent reconnaître leur rôle et leur responsabilité dans cette double agression, d'avoir lancé une guerre d'agression contre Israël, et d'avoir violé les droits de l'homme dans leurs agressions contre leurs propres nationaux juifs. La culture de l'impunité doit prendre fin.

4- Le plan de paix de la Ligue arabe de 2002 – considéré par les pays arabes comme un projet pour une paix durable arabo-israélienne – doit incorporer la question des réfugiés juifs des pays arabes, question qui doit être incluse dans l'historique officiel, comme la question des réfugiés palestiniens est incluse dans la vision de paix des Israéliens.

5- Sur le plan international, l'Assemblée Générale des Nations Unies – dont le thème de la session à laquelle j'ai participé est la "responsabilité politique" --- et dans l'intérêt de la justice et de l'équité, doit inclure dans ses résolutions annuelles la référence aux réfugiés juifs des pays arabes, tout autant que les réfugiés arabes de Palestine. Le Conseil des droits de l'Homme de l'Onu doit aussi bien parler des réfugiés juifs que des réfugiés arabes. De même les agences de l'Onu qui traitent des compensations devraient également inclure les réfugiés juifs des pays arabes.

6- La commémoration annuelle du 29/11, journée de solidarité avec le peuple palestinien, aux Nations Unies, devrait être transformée en une Journée Internationale de Solidarité pour 2 peuples-2 états, comme prévu initialement par la résolution de partition de 1947, journée de solidarité avec tous les réfugiés provoqués par le conflit imposé par les pays arabes
7- Toute juridiction concernant les réfugiés arabes de Palestine devrait être transférée de l'Unrwa au Haut Commissariat de l'Onu pour les réfugiés, car il n'y a aucune justification légale à ce jour pour la coexistence de deux entités distinctes pour traiter des réfugiés, encore moins quand une des entités créée s'est compromise par son incitation à la haine et son enseignement révisionniste au Moyen Orient.


8 – Toute négociation bilatérale israélo-palestinienne – qui on l'espère mènera à une paix durable – devrait inclure la question des réfugiés juifs des pays arabes, à chaque fois qu'il est question des réfugiés palestiniens.
9 – Dans toute discussion de paix au Moyen Orient, telle que le Quartet ou autre, toute mention explicite aux réfugiés palestiniens doit être accompagnée de la mention des réfugiés juifs des pays arabes.


La négation et l'exclusion continue des droits des réfugiés juifs des pays arabes ne pourront que nuire à toute négociation authentique entre les parties et saboter la justice et la légitimité de tout accord. Ne nous méprenons pas sur ce sujet.

Quand il y a oubli, la vérité disparaît. Quand il n'y a pas de vérité, il n'y a pas de justice. Quand il n'y a pas de justice, il n'y a pas de vraie réconciliation. Et quand il n'y a pas de réconciliation, il n'y aura pas de paix, celle que tout le monde recherche.

 

 

Note de la Traduction

(1) Plus nombreux que les réfugiés palestiniens, ayant beaucoup plus des exactions et pogroms arabes et ayant perdu des biens immenses, sans commune mesure avec les pertes des arabes de Palestine

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 11:02

 

Manfred Gerstenfeld interviewe David Bankier

 

-Remarque : tout au long des 3 semaines qui nous séparent des commémorations de la Shoah, le 27 janvier, beaucoup d'interviews de Manfred Gerstenfeld seront consacrées à l'Europe d'après la Catastrophe et à l'antisémitisme toujours résurgent. Comme si le monde hémiplégique faisait semblant d'entendre, mais qu'en réalité, il était demeuré sourd à la plupart des enseignements tirés de cette tragédie. Restent à expliquer les origines post-Shoah de l'antisémitisme d'aujourd'hui.

 

bankier (Copier)

David Bankier

 

 

“En 1941 et 1942, déjà, les Alliés ont élaboré des plans préliminaires en vue d’organiser l’Europe post-Hitlérienne. Pourtant, la question juive ne figurait pas dans ces projets américains, britanniques et russes d’anticipation sur l’avenir. Pas plus qu’on ne trouvera les moindres références significatives à l’avenir des Juifs, dans les débats des gouvernements en exil, que ce soit à Londres ou ailleurs. Il n’existait aucun plan concret, mais, tout au plus, quelques vagues remarques ».

 

David Bankier (1947-2010) était professeur d’Histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Jusqu’à sa mort, il a aussi été Directeur de l’Institut International pour la Recherche sur la Shoah, à Yad Vashem. Ses recherches se sont focalisées sur l’opinion publique en Allemagne, sur la politique nazie et sur les exilés.

 

Bankier expliquait : “L’attitude des dirigeants polonais est particulièrement révélatrice, parce qu’avant-guerre, trois millions et demi de Juifs vivaient là, représentant environ dix pourcents de la population. La plupart des organisations clandestines polonaises pensaient que la Pologne post-hitlérienne serait un pays sans Juifs. Ils savaient pertinemment que la majorité de la communauté juive polonaise était en train de se faire exterminer -1-.

 

“Ceux qui survivraient devraient quitter la Pologne après la guerre. Cette vision s’exprimait même au sein de l’organisation Zegota, le Conseil d’Assistance aux Juifs, mis en place par la résistance polonaise. Parmi ces gens, il y a eu des personnes  qui ont mis leur propre vie en danger, dont la plus connue, Zofia Kossak-Szczucka, une fervente catholique, célèbre écrivain et l’une des fondatrices de Zegota. Sa conviction que la Pologne n’était pas un pays où les Juifs devaient encore vivre est hautement indicative de ce qu’étaient alors les véritables sentiments polonais à leur égard.

 

“Dans un article intitulé : “Qui nous aidons?”, écrit en août 1943, Kossak-Szczucka soulignait ce que l’attitude polonaise d’après-guerre envers les Juifs devrait être : « Aujourd’hui, les Juifs sont confrontés à l’extermination. Ce sont les victimes de persécutions injustes et meurtrières. Je dois les sauver : « Fais envers autrui ce que tu voudrais qu’il fasse pour toi ». Ce commandement exige que j’emploie tous les moyens dont je dispose pour sauver autrui, exactement ces mêmes moyens que j’utiliserais pour mon propre salut. Pour sûr, après la guerre, la situation sera différente. Les mêmes lois s’appliqueront aux Juifs comme à moi-même. A ce point, je dirai au Juif : « Je t’ai sauvé, abrité, caché lorsque tu étais persécuté. Pour que tu reste en vie, j’ai risqué ma propre vie et celle de ceux qui me sont chers. Désormais, plus rien ne te menace. Tu as tes propres amis et, par certains côtés, tu te portes bien mieux que moi. A présent, je demande que tu t’en aille et que tu aille t’installer ailleurs. Je te souhaite bonne chance et serai heureuse de t’aider. Je ne veux pas te blesser, mais chez moi, j’entends y vivre seule. J’ai [NdT : mérité] ce droit.

 

“Les Juifs n’étaient pas considérés comme issus de la « fabrique » de la société polonaise. Leurs ancêtres pouvaient bien y avoir vécu 900 et même 1000 ans, quoi qu’il en soit, ils n’appartenaient pas à la majorité nationale et demeuraient des étrangers. La plupart des gens ne percevaient pas la catastrophe qui s’abattaient sur les Juifs Polonais comme une tragédie pour la nation polonaise. Au mieux, ils voyaient deux désastres parallèles provoqués par les Allemands. L’un concernait la nation polonaise, l’autre, les Juifs.

 

“Excepté pour quelques mouvements clandestins socialistes et communistes, ils n’ont jamais fait le lien entre ces deux tragédies, pour dire que la souffrance des Juifs faisait partie intégrante de celle des Polonais. Ceux qui appartenaient au Centre ou à la Droite ne percevaient pas les Juifs comme de fidèles citoyens. Ainsi, leur épreuve ne pouvait pas être une souffrance polonaise. Que les ancêtres des Juifs aient vécu si longtemps en Pologne et qu’ils aient la nationalité et des passeports polonais n’étaient que de simples formalités sans plus d’implications ni de privilèges particuliers.

 

“Lorsqu’il a fait des déclarations sur la question juive, le gouvernement polonais en exil à Londres parlait sous la contrainte.  Ses déclarations seraient entendues par les Britanniques, les Américains et les organisations juives, par conséquent, ils devaient rester prudents. Donc, il déclarait, de façon routinère, qu’après la guerre, tous les Juifs survivants reviendraient et que leurs droits seraient restaurés.

 

“Ils étaient ans l’obligation de le dire, en dépit du fait que beaucoup de dirigeants polonais en exil étaient des antisémites de longue date. La majorité du Conseil National de la République Polonaise à Londres était formée de nationalistes polonais qui ne considéraient pas les Juifs comme une part intégrante de la nation polonaise, malgré la présence de deux représentants juifs au Conseil National : Ignacy Schwarzbart, pour les Sionistes et Artur Zygelbojm pour les Bundistes. Dans l’armée polonaise réfugiée à l’Ouest, il existait également un antisémitisme substantiel qui a conduit des Juifs à déserter leurs unités en Ecosse. Plusieurs organisations juives ont protesté contre cet antisémitisme auprès du gouvernement en exil.

 

“Les problèmes économiques ont joué un rôle essentiel dans les messages anti-juifs émanant de la clandestinité polonaise. C’est même devenu plus évident, lorsque les Juifs sont revenus après la guerre et quand ils ont voulu revenir dans leurs maisons ou leurs fermes. De nombreux Juifs ont alors fait l’objet de violentes attaques ou ont été assassinés par les Polonais ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.


Adaptation : Marc Brzustowski

 

Ceci est la version courte d’une interview avec le Prof. Bankier, que Manfred Gerstenfeld a publié dans son livre :

 

 

Europe Crumbling Myths; The Post-Holocaust Origins of Today’s Anti-Semitism. Ce livre peut être gratuitement téléchargé au lien suivant :

http://www.jcpa.org/indexph.asp#

 

The wartime attitudes of the Poles toward the Jews have been extensively researched, for example in a doctoral thesis by Joanna Michlic and in articles written by Andrej Friszke and Szymon Rudnicki.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 23:08

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Willy Lindwer

 

Willy Lindwer (Copier)

Willy Lindwer

 

 

Le réalisateur de films documentaires Willy Lindwer est né en 1946 à Amsterdam. Il vit aujourd’hui à Jérusalem. Il a reçu le prix international Emmy Award en 1988 – la plus haute distinction que puisse espérer un réalisateur de films télévisuels- pour son film largement diffusé : « Les sept derniers mois d’Anne Franck ». En 2010, Lindwer a été fait chevalier par la reine de Hollande.

 

“Lorsque j’étudiais à l’Académie Hollandaise du Cinéma, à Amsterdam,  en 1969, j’ai réalisé un documentaire en deux parties, sur le rôle de la police néerlandaise durant l’occupation allemande. C’était plutôt choquant, parce que dans les années 1960, la plupart des officiers en chef de la police avaient, eux-mêmes, un passé douteux lié à la guerre. Les autorités hollandaises les a conservés dans les forces de police sans avoir mené la moindre enquête.

 

“Durant la 2nde Guerre Mondiale, beaucoup de policiers néerlandais ont été des collaborateurs. Après la guerre, les Pays-Bas devaient montrer patte blanche et examiner leur propre passé. Certains policiers, qui avaient été condamnés à de longues peines de prison, ont été relâchés quelques années plus tard. D’autres sont partis en Indonésie  -qui était encore une colonie hollandaise. Quand ils sont retournés aux Pays-Bas, ils ont tout simplement poursuivi leur carrière dans la police ».

 

“A l’époque, les chaînes de télévision hollandaise n’ont pas voulu diffuser mon film. Le directeur de l’Académie du film m’a dit que les médias considéraient encore le rôle de la police hollandaise durant la guerre comme un tabou. Ce n’est vraiment que dans les années 1980 qu’un intérêt soudain pour ce documentaire est survenu.

 

“En 1986, j’ai quitté la Télévision publique hollandaise et suis devenu producteur indépendant. J’étais, à présent, capable de produire des films sur des sujets qui me touchaient personnellement. Le premier fut une biographie de Marek Edelman, le seul dirigeant de la résistance juive du Ghetto de Varsovie qui était encore en vie. Il est devenu un cardiologue très connu à Lodz.

 

“Le récit de la vie d’Anne Frank dans les camps de concentration a été le suivant. Anne était largement connue pour la rédaction de son journal pendant qu’elle était cachée. Pourtant, on n’a prêté aucune attention aux derniers mois de son existence à Auschwitz et Bergen-Belsen. Au cours de la préparation du film, j’ai rendu visite à Hans Westra, alors directeur de la Fondation Anne Frank. Il a refusé  de collaborer avec moi, parce que, comme il l’a alors prétendu, le camp de concentration  attirerait l’attention, loin de l’histoire d’Anne lorsque’elle était cachée. Il m’a dit : « Un symbole ne devrait jamais mourir dans un film ! ».  

 

“Heureusement, j’étais assis sur une chaise, sans quoi, je me serais évanoui. Je lui ai répondu : « Je ferai ce documentaire sans votre participation ». Dans mon film, la Maison Anne Frank n’est ni apparente ni mentionnée. Plus tard, dans d’autres contextes, un grand conflit s’est fait jour, alors que fait qu’Anne Frank soit juive ne semblait pas convenir à l’agenda de la Fondation. Elle préférait se focaliser sur la discrimination en général et non spécifiquement contre les Juifs. Dans le cadre des tentatives de dé-Judaïsation de la Fondation, ils ont renvoyés plusieurs employés pro-Juifs.

 

“J’ai fait 22 films sur la Shoah,, la plupart impliquant les Pays-Bas. L’un portait sur le camp de transit hollandais de Westerbork. De là, les trains de déportés juifs partaient pour les camps d’extermination et de concentration en Pologne. Pourtant, un autre film traitait de la façon dont le Conseil Juif d’Amsterdam fonctionnait et les décisions impossibles qu’il a eu à prendre.

 

“En 2000, j’ai fait un film en deux parties, intitulé « Ils ont fait leur devoir ». C’était une série de conversations avec des Hollandais qui ont joué un rôle dans le processus de déportation. Sont apparus dans le film des gens qui ont estampillé un « J » sur les cartes d’identité de Juifs Hollandais, des policiers qui ont arrêtés des Juifs, des gardiens de Westerbork et du personnel des chemins de fer qui ont transporté des Juifs.

 

“Le film en deux parties “Goodbye Holland” (2004) a été le point culminant de mon travail sur les Pays-Bas. Il décrivait les attitudes variées des Hollandais durant la Seconde Guerre Mondiale. Le film raconte aussi l’histoire des membres de ma propre famille. Certains ont été trahis par des Hollandais, arrêtés par des Hollandais, internés et gardés à Westerbork par des Hollandais et envoyés sur la route qui les menaient à la mort en Pologne, dans des trains conduits par des conducteurs hollandais. Aucun Allemand n’apparait dans le film.

 

“J’ai aussi fait plusieurs films sur la guerre hors des Pays-Bas. L’un d’eux est un documentaire, en 1992, sur la Conférence de Wansee, cinquante ans plus tard. Le 20 janvier 1942, des personnalités allemandes de premier plan ont débattu de la façon dont mener la destruction des Juifs. Un autre film de 1994 retrace la biographie de Simon Wiesenthal, le Juif-autrichien chasseur de nazis.

 

“Un autre film important, “Messagers sans auditoire” montre comment certaines perosnnes comme Jan Karski ont tenté d’informer l’Occident et, en particulier, le Président Roosevelt et le Premier Ministre Churchill, de l’extermination des Juifs dans les camps de concentration. Ces hommes politiques ont écouté, mais n’ont rien fait ».

 

Lindwer a également réalisé des documentaires qui ne sont pas liés à la guerre. Cela comprend des films sur l’ancien maire de Jérusalem, Teddy Kollek (1993), l’ancien Premier ministre Itzhak Rabin (1998) et l’actuel Président d’Israël, Shimon Peres.

 

Lindwer conclut : “Aux Pays-Bas, la plupart des réactions à mes documentaires sont positives. Au fil des années, j’ai découvert que de nombreux Hollandais avaient vu mes films. Ma contribution à la rédaction de l’histoire hollandaise s’exprime ainsi d’elle-même, par les films sur la Seconde Guerre Mondiale ».

 

 

Ce texte est la version courte d’une interview parue en néerlandais dans le livre-bestseller de Manfred Gerstenfeld : “La Décadence : Juifs dans une Hollande sans gouvernail” (2010). 

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 12:07

 

      

 La Bulgarie a sauvé tous ses Juifs !

 1940-1944

    Une réalité ou une idée reçue ?


 

Pour certains historiens, le sauvetage des Juifs bulgares doit être considéré comme un sujet de fierté nationale. Dès 1966, Hannah Arendt donne le signal en écrivant à propos de la Bulgarie : « Pas un seul Juif n’a été déporté, aucun n’est mort de cause autre que naturelle ».-1-Tzvetan Todorov, directeur de recherche au CNRS, de s’exclamer en 1999 « Comment expliquer (…) ce merveilleux accomplissement du bien ? »2-

 

Il est exact qu’aucun des 50 000 Juifs résidant dans la Bulgarie des frontières de 1918 n’a été déporté. C’est oublier les 11 343 Juifs envoyés à la mort en 1943 de Thrace et de Macédoine, des territoires « libérés par l’armée bulgare » en 1941. Deux provinces qui faisaient partie de la Bulgarie avant 1918.

 

Alliée de l’Allemagne pendant la guerre de 1914-1918, la Bulgarie a dû céder sa province de Macédoine à la Serbie (qui deviendra la Yougoslavie) et celle de Thrace à la Grèce. En mars 1941, La Bulgarie rejoint l’Axe, l’alliance militaire de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon.-3-Comme nouvelle alliée de Berlin, Sofia autorise les troupes allemandes à transiter par le pays, ce qui facilite la conquête de la Grèce, de la Yougoslavie et l’offensive contre l’URSS. Bien que n’ayant pas combattu, les troupes bulgares sont autorisées par les Allemands à reprendre possession de la Thrace et de la Macédoine. Ce ne sont pas des troupes d’occupation bulgares qui arrivent mais bien une armée de Libération.

 

Le 5 juin, ce retour à la mère patrie de deux provinces qui font partie du patrimoine ancestral bulgare est concrétisé par un décret le 5 juin 1942 : Tous les anciens citoyens yougoslaves ou grecs de ces territoires redeviennent bulgares à l’exception des personnes d’origine juive-4-. Cette mesure discriminatoire antisémite grave sera fatale. 


Les Allemands ne se préoccupent de la « solution finale » en Bulgarie qu’au début 1943, une année après le début des déportations en masse des Juifs dans le reste de l’Europe -5-. Les Bulgares n’ont donc pas l’excuse de la surprise. Ils savent ce que signifie la livraison des Juifs aux nazis. Malgré cela, le 22 février 1943, Sofia signe un accord pour la déportation d’un premier groupe de 20 000 Juifs -6-. Cet accord précise que « dans le cas où leur nationalité n’aurait pas été retirée aux Juifs désignés pour la déportation, ceci devra être fait au moment où ils quittent le territoire bulgare » -7-.

 

Ce tour de passe-passe permet abusivement d’affirmer que pas un Juif bulgare n’a été déporté ! En fait près de 20% des Juifs de Bulgarie, soit 11 331, ont été envoyés mourir à Tréblinka et Auschwitz par le gouvernement de Sofia -8-. Alors comment citer la Bulgarie en exemple ? -9-

 

 

La Bulgarie n’a jamais été occupée par l’Allemagne. Jusqu’à l’arrivée de l’Armée rouge en septembre 1944, le roi a régné, le premier ministre a administré, le parlement s’est régulièrement réuni. Le passage de troupes allemandes ne signifie en aucune façon la prise en main de l’Etat par le Reich.-10- Les arrestations, le regroupement en camps, la conduite à la frontière et l’expulsion sont entièrement et exclusivement l’oeuvre du Commissariat aux affaires juives, de l’administration et de la police bulgares.


Parler de pressions et de menaces allemandes qui auraient forcé les Bulgares à livrer des Juifs manque de sérieux. Le 21 mai 1943, quelques semaines à peine après la remise aux nazis des Juifs des territoires retrouvés, le Conseil des ministres décide de surseoir à la demande allemande de déportation des 50 000 Juifs restant dans le royaume. La réaction allemande à cette décision n’est qu’un constat d’impuissance. Un rapport allemand envoyé à Berlin le 31 août 1943 espère que le gouvernement bulgare « n’en croit pas moins qu’il sera possible un jour ou l’autre d’arriver à la solution finale juive », mais ajoute que ce ne sera possible qu’ « au moment où les Allemands enregistreront de nouveaux succès militaires qui refouleront l’offensive  ennemie »-11-.

 

Les victoires alliées en Afrique du Nord et plus encore la retraite des troupes allemandes vers les frontières de la Bulgarie à la suite de la défaite de Stalingrad font réfléchir Sofia. S’ajoutent les interventions auprès du roi Boris pour que cessent les expulsions. Celles du clergé orthodoxe emmenées par le Métropolite Stéphane, de l’ambassadeur de Suisse, du Comité International de la Croix-Rouge qui envoie deux représentants dans ce but en Bulgarie et surtout celles de 43 députés, un tiers des parlementaires bulgares, dans une courageuse motion de protestation écrite au roi.-12- 

 

Si au printemps et pendant l’été 1943 les Allemands avaient été déterminés à éliminer les 50 000 Juifs restants, ils auraient pu y arriver en intervenant directement. Ils ne furent pas prêts à en payer le prix. La non participation d’un seul soldat bulgare sur les champs de bataille russes ou la non déclaration de guerre à l’URSS n’ont pas non plus été l’objet d’interventions.-13-Ces défis lancés par la Bulgarie pesaient probablement plus lourd et pourtant Hitler n’a pas jugé utile de les relever.


Les 50 000 Juifs bulgares ont certes échappé à la mort mais leur sort a été terrible. Rien ne leur a été épargné. Calquée sur les lois antijuives nazies de Nuremberg, une loi sur la protection de la Nation de janvier 1941 enlève tous leurs droits civiques aux Juifs. Leurs biens sont confisqués. Ils sont privés de leur emploi.  Outrage suprême les mariages mixtes sont interdits.14-

 

Non satisfait d’avoir fait des Juifs privés de ressources et de travail des « morts sociaux », le gouvernement envoie 12 000 Juifs dans des camps de travaux forcés.-15- Des hommes qui vont travailler à la construction de routes et de voies ferrées dans les conditions dures et inhumaines que l’on peut imaginer. Puis c’est au printemps 1943 l’expulsion en quatre semaines des 20 000 Juifs de Sofia.-16- Des familles entières hâtivement arrachées à leur domicile, dépourvues de tout, sont précipitées sur des routes inhospitalières. Elles sont regroupées en province dans des conditions de vie abjectes.


Il faut attendre le courant du mois d’août 1944 pour que les Juifs soient autorisés à rentrer chez eux à Sofia. Avec l’arrivée de l’Armée rouge, en septembre, le régime s’effondre. Pendant l’année qui suit les mesures antijuives sont progressivement abolies.17- On aurait pu penser qu’après le calvaire qu’ils ont vécu, ces dizaines de milliers de Juifs trouveraient le repos et la sérénité si nécessaires pour se reconstruire.

 

Il n’en a rien été. Les difficultés rencontrées à la reprise d’une vie journalière normale se sont multipliées, s’accompagnant de persécutions intolérables. La seule issue a été la fuite, principalement vers la Palestine, de 40 000 survivants juifs en 1946 et 1947.-18- En 1952, il ne reste plus que 5 000 Juifs en Bulgarie, en 2002 ce chiffre tombe à 2 300.-19- Autant dire que la Bulgarie, par des déportations vers les camps de la mort et par la maltraitance des survivants, a rendu le pays « Judenrein » (sans Juifs). La Bulgarie a éliminé pratiquement tous ses Juifs, l’objectif que s’était assigné Hitler pour l’Europe entière.


Qu’il y ait eu des manifestations de protestation et de sympathie de certains segments de la population bulgare, c’est certain. Ce fut le cas dans la plupart des pays de l’Europe occupés. Mais peut-on dire que « le sauvetage des Juifs bulgares est l’une des rares pages lumineuses de l’histoire des Juifs en cette sombre époque ?» N’est-ce pas nier la réalité que d’estimer que ce sauvetage fut « incontestablement un acte méritoire ? » -20-  N’est-ce pas occulter un bilan terriblement noir dont l’Etat bulgare est le seul responsable ?

 

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

TODOROV Tzvetan, La Fragilité du bien. Le sauvetage des Juifs bulgares. Albin Michel, Paris, 1999, p. 9. Citant ARENDT Hannah, Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal, Gallimard, Paris, 1966.

IBID. p. 9. CNRS Centre National de la Recherche Scientifique.

IBID. p. 11 et 13.

TODOROV, op. cit. 13.

A l’exception du Danemark. En mars 1943, près de 70% des Juifs ont déjà été victimes de la Shoah

CHARY Frederick, The Bulgarian Jews and the Final Solution, 1940-1944, University of Pittsburg Press, 1972, p. 80.

SABILE Jacques, Le sauvetage des Juifs bulgares pendant la Seconde Guerre mondiale, in Mémoire du Génocide, recueil de 80 articles du « Monde juif », Centre de Documentation Juive contemporaine, Paris, 1987, p. 164.

 48 000 Juifs de Bulgarie, plus 14 000 de Thrac et de Macédoine soit 62 000. 11 343 livrés aux nazis dont seuls 12 sont revenus. En fait 18,3% des Juifs bulgares ont disparu.

L’on blâme à juste titre la France défaite et sous contrôle allemand dont 25% des Juifs ont disparu dans les camps d’extermination nazis. 

Personne n’estime que la Suède a été occupée et pourtant Stockholm a autorisé le passage de centaines de milliers de soldats allemands à transiter vers et depuis la Norvège.

SABILE, op.  cit. p. 167. Sofia aurait pu de la même façon surseoir à la livraison aux nazis des Juifs des deux provinces retrouvées.

CHARY, op. cit. p. 129 et 130. BEN-YAKOV Avraham, in Encyclopedia of the Holocaust, MacMillan Publishers, New York, 1990,  p. 269

IBID. p. 198.

HILBERG Raul, La destruction des Juifs d’Europe, Fayard, Paris 1988, p. 643.

SHEALTIEL Shlomo, The Holocaust Encyclopedia, MacMillan Publishing Company, New York, 1990, p. 99.

TODOROF, op. cit. p. 14. Fin août 1942, un nouveau décret annonce une série de mesures supplémentaires réglementant la vie des Juifs

BEN-YAKOV, op. cit. p. 270.

HILBERG, op. cit. p. 654. TODOROV 1999, op. cit. p. 19. Opération conduite entre la fin mai et la fin juin 1943.

TODOROV, op. cit. p. 21.

CHARY, op. cit. p. 182.

SHEALTIEL 1990, p. 103.DELLA PERGOLA Sergio, World Jewish Population 2002, in American Jewish Yearbook, New York, 2002.

TODOROV 1999, p. 37 et 23.

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 11:32

 

raoul wallenberg (Copier)

 

 

 

Par Manfred Gerstenfeld

 

En 2012, on commémorera le 100ème anniversaire de la naissance du diplomate suédois Raoul Wallenberg. Ses activités de sauvetage dans Budapest occupée, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ont permis de sauver de nombreux Juifs. La médiatisation d’après- guerre s’est, généralement, focalisée sur l’arrestation de Wallenberg et son emprisonnement par les Soviétiques, en janvier 1945.  Les détails sur ce qu’il lui est arrivé depuis, y compris où et quand il est mort, restent encore troubles.

 

Au-delà de ses mérites historiques, l’histoire de Wallenberg pourrait prendre une importance de plus en plus grande, de nos jours, pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles réside dans le contraste saisissant entre ce qu’il fut et ce que sont beaucoup de militants des droits de l’homme d’aujourd’hui. Wallenberg n’était pas un promoteur de tolérance, mais le sauveur de nombreuses vies humaines. Wallenberg a risqué sa vie, de par sa propre volonté, sous le régime nazi –le gouvernement le plus brutal que l’Europe ait connu aux temps modernes.

 

De nos jours, beaucoup de militants porteurs de préjugés ont perverti le mouvement des droits de l’homme. Entre autres exemples : l’organisation de premier plan Human Rights Watch  [l’Observatoire des Droits de l’Homme] s’est laissée infecter par diverses actions de dissimulation du régime libyen, lorsque Kadhafi était au pouvoir. Ce type de comportement donne d’autant plus de relief potentiel à Wallenberg, comme exemple brillant de ce que le véritable humanitarisme signifie. La société contemporaine a grand besoin de gens courageux comme modèles d’émulation. Les éducateurs ont besoin d’exemples de gens qui ont fait des choses justes dans une période où beaucoup d’autres ont commis des crimes d'une gravité extrême, ont collaboré avec les criminels, ou se sont contentés de fermer les yeux et de rester passifs.

 

Dans certains pays, on honore la mémoire de Wallenberg, mais bien moins dans d’autres. Il est devenu citoyen d’honneur, à titre posthume, des Etats-Unis, du Canada, de Hongrie et d’Israël. Des rues ont pris son nom. Il existe des mémoriaux dédiés à Wallenberg dans de nombreuses villes, dont Tel Aviv. Pourtant, commémorer les activités (passées) d’une personne n’est pas aussi significatif que le fait de le présenter comme un modèle d’émulation dans les sociétés contemporaines centrées sur elles-mêmes.

 

Un second thème d’importance est de médiatiser les crimes de l’Union Soviétique contre Wallenberg, aussi bien qu’illustrer le rôle douteux du gouvernement suédois après la Seconde Guerre Mondiale. La Suède n’a pas rendu à Wallenberg l'hommage qu’il méritait. Le pays a, également, à peine enquêté sur ce que devenait son ressortissant courageux. Le gouvernement suédois s’est même vu offrir l’aide des Américains pour en savoir plus, mais il a refusé cette offre.

 

L’Ambassadeur de Suède à Moscou, Staffan Soderblom, a joué un rôle particulièrement néfaste. Il a eu une occasion unique de rencontrer Staline et le ministre des Affaires étrangères Molotov, en 1946. Au lieu de leur demander des informations précises sur le sort de Wallenberg, Soderblom a déclaré qu’il le savait mort -1-. C’était, à l’époque, plus qu’improbable. Le message envoyé aux Soviétiques était évident : la Suède ne leur opposerait aucune exigence concernant Wallenberg. Il y a beaucoup d’autres conséquences négatives dans l’attitude de la Suède d’après-guerre. L’une d’elles est qu’elle est devenue un havre pour les criminels de guerre nazis étrangers, dont aucun n’a été poursuivi -2-.

 

Le gouvernement suédois n’a changé d’attitude envers Raoul Wallenberg qu’au tournant du siècle. Olle Wallenberg, le coordinateur du projet pour le mémorial Wallenberg de l’an prochain, a récemment mentionné à la Télévision que Wallenberg est moins connu en Suède que dans des pays comme l’Argentine, le Canada, Israël et les Etats-Unis -3-. La Suède a annoncé que 2012 sera « l’Année Raoul Wallenberg ». Un timbre sera édité à sa mémoire-4-. Une exposition itinérante sera mise en place-5-. Deux auteurs écriront un livre sur sa vie, au nom du gouvernement. On est en droit de se demander si le livre occultera, d’une manière ou d’une autre, le passé de la Suède ? La nièce de Wallenberg, Louise von Dardel m’a dit que le budget global consacré à la commémoration de Raoul était très faible. La plupart des activités découlera d’initiatives privées. Elle a aussi mentionné que son nom n’apparaît pas  dans les livres scolaires d’histoire du pays -6- .


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Le ministre des Affaires étrangères Carl Bildt est Président du Comité National en charge de la commémoration de Wallenberg. C’est un choix malencontreux. Bildt soutient un groupe pro-palestinien financé par le gouvernement suédois qui a des liens étroits avec le terrorisme. Il doit être scrupuleusement surveillé pour qu'on soit sûr qu’il n’abusera pas de la mémoire d’un être humain exceptionnellement bon, qui a sauvé des Juifs. Bildt pourrait aisément prétendre que, puisqu’il consacre du temps à honorer un sauveur de Juifs important, cela exclut qu’il puisse être antisémite dans sa nouvelle dimension anti-israélienne [de ce phénomène].

On peut seulement espérer que, non seulement Israël, mais également les communautés juives à travers le monde feront un effort important pour donner à la mémoire de Wallenberg toute l’attention qu’elle mérite. Rares sont les personnalités dans l’histoire qui se sont données autant de mal dans le seul but de sauver tant de Juifs d’une mort certaine.

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Son livre :“Behind the Humanitarian Mask: The Nordic Countries, Israel and the Jews,” peut être téléchargé gratuitement au lien suivant :

  http://www.jcpa.org/JCPA/Templates/showpage.asp?DBID=1&LNGID=1&TMID=84&FID=726&PID=0

 

Adaptation : Marc Brzustowski

1-www.raoulwallenberg.net/wallenberg/fate/press-87/sweden-rejected-swap/

2- Efraim Zuroff, “Sweden’s Refusal to Prosecute Nazi War Criminials, 1986-2007,” in Manfred Gerstenfeld’s book, Behind the Humanitarian Mask: The Nordic Countries, Israel and the Jews, (Jerusalem: Jerusalem Center for Public Affairs, 2008), 107-129.

[6] Personal Communication Louise von Dardel.

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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