Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 08:48

Meilleurs vœux de Bonapartine.

 

Carte de meilleurs voeux 1

 

A l’attention de ceux qui animent et font vivre chaque jour de l’année le Blog Lessakele, à ses auteurs, amis et à tous ses lecteurs,

 

En cette nouvelle année 2011, permettez-moi de vous adresser tous mes meilleurs vœux  de santé sans laquelle rien n’est vraiment possible dans une vie, de bonheur dans votre vie personnelle et d’épanouissement dans votre vie professionnelle.


 

A titre personnel, je rêve que nous soyons chaque jour plus nombreux, cette année, à nous engager dans la voie d’une prise de conscience qui nous conduira à soutenir tous ceux qui lutteront contre tous les extrémismes, contre tous les fascismes, contre tous les obscurantismes qui foulent aux pieds la dignité humaine, ont pour "projet de société" de nier l’existence des femmes, des enfants, des homosexuels, des handicapés et de tout ce qui exprime d’une manière générale une différence visible ou pas à l’œil nu, bannissent enfin l’accès à une expression citoyenne libre inhérente à toute démocratie.

 

Evidemment, j’ai une pensée particulière pour nos amis israéliens qui, conscients des nuages sombres qui s’amoncellent au-dessus de leurs têtes, doivent parfois vivre dans un environnement hostile et que j’imagine angoissant pour leur propre sécurité et l’avenir de leurs enfants.

                                            

Jérusalem

Jérusalem

 

Personne ne répétera jamais assez que l’actuel régime théocratique iranien, à la source du développement des milices et groupes terroristes qui interdisent tout espoir de paix depuis des décennies dans la région proche-orientale, développe depuis trop longtemps déjà et sous le regard dramatiquement attentiste de l’Organisation des Nations-Unies, un programme nucléaire qui demeure la plus grave menace qui soit, à ce jour, pour l’Etat d’Israël et à travers lui, pour l’ensemble des démocraties occidentales. Car oui, n’ayons pas peur des mots : un nouvel Hitler sévit en Iran. Que les gouvernements d’Europe, les Américains, la Chine et la Russie ouvrent enfin les yeux et ne commettent pas de nouveau les erreurs fatales commises par ces puissances européennes qui, dans les années 1930, ne considéraient pas forcément qu’Hitler représentait un si grand danger pour l’avenir des puissances libres ! La suite, on la connaît. Dans ce contexte, chacun comprendra que je ne puisse qu’encourager le peuple perse à ne céder aucune once de terrain, à n’accorder aucune concession, à ce régime qui n’a d’autre objectif que d’anéantir ce qui subsiste encore et malgré les horreurs endurées depuis plus de trente ans, de l’étoffe d’une des plus grandes cultures au monde. Tout le monde sait que j’ai, au nombre de mes passions, une passion marquée pour l’Histoire du peuple perse, particulièrement pour la période des Sassanides, qui me vient sans doute de loin. D’extrêmement loin. Et alors ? Cela prouve que je suis, par définition, la démonstration vivante que l’on peut admirer ce que fut la grande histoire de la civilisation antique perse et aimer aussi passionnément Israël.


          Persépolis 2           

Persépolis

 

 

Ceux qui vous racontent que les Iraniens et les Israéliens ne pourront jamais se parler, jamais établir de relations commerciales, jamais nouer des alliances artistiques, vous racontent des salades qui ont été montées de toutes pièces par les mollahs qui sévissent en Iran et sèment au vent une  propagande antisioniste criminelle.


En vérité, les destins de l’Iran et d’Israël sont indissociablement liés, qu’on l’accepte ou non : la communauté internationale doit garantir la sécurité d’Israël mais la sécurité d’Israël ne pourra être totalement garantie que lorsque le régime théocratique iranien sera tombé. Définitivement tombé et mort.


Dans ce contexte là, la France doit être à la fois aux côtés de l’Etat d’Israël et aux côtés de la résistance iranienne.


En tout état de cause, dans le cadre de ce combat effroyable qu’il faudra mener contre l’un des pires régimes obscurantistes qui sévisse sur notre planète, ni la France ni l’Occident ne doivent oublier le peuple perse ! Ni le peuple perse ni tous ceux qui sont la proie du fanatisme islamiste, au nombre desquels l’Afghanistan.


                     

Toutefois, pour parvenir à cet objectif, il ne suffit pas que la France envoie ses militaires partout dans le monde où elle estime leur présence indispensable comme c’est effectivement le cas en Afghanistan. La France doit aussi reconquérir sa place diplomatique sur la scène internationale et œuvrer activement à cette fin. Pas seulement sur le dossier du conflit israélo-palestinien. Pas seulement en Afghanistan. Pas seulement non plus sur le dossier iranien même si, soyons honnêtes, le Président Sarkozy n’a pas été, sur ce dossier, le moins actif sur la scène internationale, qu’il s’agisse du nucléaire iranien, du soutien apporté aux  manifestations iraniennes de 2009 ou encore de la défense d’une Sakineh.


 

Oui, la France doit être impérativement présente partout là où les combats les plus âpres doivent être menés au nom des Droits de l’Homme : elle doit rappeler constamment au monde entier que les petites filles devraient avoir un accès libre et égale à l’instruction et à l’éducation en tous points de la planète, que la protection de l’enfance devrait être une priorité autant qu’une cause internationales, que la peine de mort demeure une infamie, que les dictatures sont autant de cancers vivants qu’il faut éradiquer, qu’un Laurent Gbagbo n’est pas autorisé à mépriser le résultat des urnes en Côte d’Ivoire …..


 

Mais pour être crédible sur la scène internationale, la France doit avant tout être crédible chez elle. Et pour être entendue et respectée du peuple français, sur ses terres de métropole aussi bien que sur celles des DOM TOM, notre classe politique doit, en priorité, parvenir de toute urgence à résorber le chômage endémique qui atteint des millions de personnes de tous âges, diplômées ou pas dans la France implantée au cœur de l’Europe comme dans la France d’Outre-mer. Elle doit, d’autre part, s’inquiéter et proposer rapidement des solutions à cette frange de la population salariée qui tente de survivre chaque mois avec moins de 800 euros et qui croît de façon on ne peut plus préoccupante, tant en France métropolitaine que dans la France d’Outre-mer.


Si le gouvernement français échoue sur ces dossiers, un seul parti récoltera tous les fruits de ces échecs en 2012 ou, au plus tard, en 2017 : le Front National. Car le chômage et/ou la misère deviennent toujours, à terme, la mère nourricière de tous les populismes. Sur ce point, j’aurais apprécié que Madame Royal qui, dans ses vœux, se demande « Comment peut-on vivre avec le SMIC ? », ait également intégré dans sa réflexion les huit millions de personnes en France qui tentent de survivre avec 800 euros ou moins chaque mois. Mais apparemment, ce genre de réalité sociale semble avoir complètement échappé à Madame Royal ! Ce qui ne présage rien de rassurant quant à ce que serait le futur programme du Parti socialiste, si tant est qu’il soit enfin dévoilé un jour à l’opinion publique, en matière de lutte conte le chômage en général, en ce qui concerne toutes les formes d’exclusion sociale en particulier.


Mais au-delà de la crise économique, ce sont les principes républicains et notamment le concept de laïcité qu’il faut replacer au cœur du Pacte républicain. Pour cela, il ne suffit pas non plus de rappeler, un soir de réveillon, à des millions de Français, que la loi sur l’interdiction de la burqa (le niqab) dans l’espace public sera effectivement appliquée, même si chaque républicain ne peut que se féliciter que cette loi ait été votée, grâce d’ailleurs en grande partie à l’actuelle majorité au pouvoir puisque, comme chacun le sait, le Parti socialiste a superbement ignoré ce vote !


Si nous voulons que la laïcité redevienne un des piliers de notre pacte républicain, il va falloir que notre classe politique affirme clairement et publiquement que le temps des prières dans l’espace public est révolu, que celui des aménagements des horaires des piscines municipales pour des motifs religieux  vit ses dernières heures, que la révolution halal n’aura pas lieu pour ne citer que ces exemples.


Enfin, il n’y a pas d’espoir de redonner au concept de laïcité, dans sa conception française, la place majeur qu’il mérite si ce pays ne le repositionne pas au cœur d’une réflexion indispensable sur l’avenir de l’école publique française. L’avenir de l’école laïque doit, en effet, occuper une place centrale dans un projet de société digne de ce nom qui ressemblerait à la France, dans le respect de son identité, et lui permettrait de parvenir à retrouver sa vigueur, sa créativité, toute la richesse de ses multiples intelligences et talents. La France n’est rien et ne sera rien si son école est méprisée. Or, il faudrait être de mauvaise foi, voire intellectuellement malhonnête pour prétendre que notre école publique, laïque et obligatoire respire la santé comme nous le verrons ces prochains jours, ce mois-ci et au cours des semaines à venir lors des entretiens que je mène avec le Blog Lessakele « L’école publique, réussites et fractures, d’hier à aujourd’hui » !  


 

           ecole publique-copie-1    

 

 

Certes, dans ses vœux, Nicolas Sarkozy a fait référence au thème de l’école mais uniquement pour dénoncer l’absentéisme des élèves, ce qui manque singulièrement d’ambition pour un sujet aussi grave. Par ailleurs, qui parle encore de l’école laïque et publique française ?


Mesdames Royal et Aubry n‘y font aucune référence dans leurs vœux 2011. Ce qui d’ailleurs devrait alerter un grand nombre d’électeurs socialistes qui devraient y voir là un très mauvais signal politique. L’histoire du Parti socialiste a, en effet, longtemps été étroitement lié à celle de l’école publique française. Et que font deux de ces leaders, dont l’une n’est rien moins que la Première Secrétaire du Parti Socialiste ? Elles ne parlent tout simplement plus d’école ! Pourtant, il me semble que les vœux de nouvelle année sont aussi l’occasion d’annoncer les grandes lignes d’un projet politique ou, tout au moins, une orientation pour un pays que l’on jure être en capacité de diriger, de surcroît à seulement seize mois d’une échéance électorale majeure, non ?


Les vœux de Dominique de Villepin étaient, quant à eux, littéralement transcendés par sa seule préoccupation du moment : son avenir politique en vue des futures échéances électorales, rien que son avenir politique.


Enfin, Marine Le Pen qui prétend remettre à l’honneur la laïcité en France n’a prononcé, à aucun moment de ses vœux pour l’année 2011 adressés aux Français le 22.12.10, ni le mot "école" ni celui de "laïcité". Ce qui devrait d’ailleurs interroger chacun de ceux tentés par le vote Front National sur la sincérité des engagements affichés par Madame Le Pen sur tous les plateaux de télévision et antennes de radios.


C’est dire à quel point l’avenir de notre école ne compte, en réalité, absolument pas au nombre tant des préoccupations que des priorités des élus politiques français !


 

En vérité, une exception à la règle en ce nouvel an 2011 : seul François Bayrou met l’école au cœur de son projet de société pour la France, après avoir rappelé, avec beaucoup de cohérence, l’exigence de relancer la production en France pour créer des emplois :

 

 « Rendre à notre pays la meilleure éducation du monde. C’est par l’éducation qu’on trouve la clef de toutes les grandes difficultés, qu’elles soient matérielles, culturelles ou morales. »

 

Je ne partage pas toutes les orientations politiques de François Bayrou même si j’en approuve certaines. Mais, très honnêtement, je me dis que les mauvaises langues qui prédisent la mort politique d’un homme qui fait de l’école l’un des deux axes prioritaires de son projet de société, feraient mieux de "ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué". Je le répète, en effet : l’avenir de la France ne se bâtira pas sur les ruines de son école publique. Monsieur Bayrou est apparemment le seul à l’avoir compris et je m’en réjouis sincèrement. Mais c’est, du reste, là aussi un constat qui en dit long sur l’état de coma dépassé dans lequel s’enfonce une bonne part de notre classe politique, devenue trop frileuse pour être encore en capacité d’avoir un projet politique visionnaire pour la France.


 

Voilà donc pour mes vœux les plus chers relatifs à l’actualité internationale et l’avenir de notre nation - qui n’est pas un terme d’extrême droite dans mon esprit ! - : la France.

 

Mais permettez-moi de conclure en formulant des vœux plus personnels et qui concernent en particulier deux dossiers sur lesquels le Blog Lessakele s’est beaucoup investi et mobilisé :

 

L’Affaire Al Dura :

 

Sur ce dossier, je suis trop lucide pour ignorer que je risque probablement, une fois de plus, de parler dans le vent mais sait-on par avance ce que peut être finalement la destinée de chaque bouteille lancée à la mer, dans un monde si bouleversé que le nôtre au point de ne reposer désormais ni plus ni moins que sur un volcan ?

 

Le 27.10.10, Philippe Karsenty déclarait :

 

« Il est temps que la vérité sur l’Affaire Al-Doura sorte au grand jour, on ne peut accepter l’inacceptable. »

 

Je partage ce point de vue. J’ajoute simplement que, de mon point de vue à moi et après avoir tellement travaillé sur ce dossier, ceux qui refusent de dévoiler la vérité sur l’Affaire Al-Doura en France sont soit ceux qui ont peur des conséquences de la révélation de cette vérité et/ou soit ceux qui n’ont pas la conscience tout à fait tranquille sur la dimension étatique de cette Affaire.


Pour le reste, j’attends impatiemment de pouvoir lire le Rapport qui sera rendu par l’équipe mise en place par Philippe Karsenty et dont les objectifs annoncés, dans son interview du 27.10.10, sont "d’éplucher" les livres de Charles Enderlin et "d’interroger les personnalités citées (si elles sont encore en vie) pour voir si elles confirment ou infirment les propos avancés par Enderlin".


Affaire à suivre de près donc.

 

La candidature au Likoud d’Emmanuel Navon pour représenter les francophones d’Israël :

 

Je souhaite vraiment que Monsieur Navon soit élu d’ici quelques mois à la Knesset pour représenter la communauté françophone en Israël. Mais au-delà des idées qu’il défend et sur lesquelles j’aurais l’occasion de donner mon avis personnel peu de temps avant l’élection à la Knesset, je pense que l’élection d’Emmanuel Navon devrait être l’occasion de dresser un pont entre la communauté francophone d’Israël et la France. Et pas seulement de maintenir des liens étroits entre les francophones d’Israël et la communauté juive de France qui, à mon sens, a tendance à beaucoup trop se replier sur elle-même depuis une décennie environ. Je crois, en effet, qu’il y a eu d’abord sous les deux présidences de Jacques Chirac, notamment dans ses relations pour le moins tendues avec Ariel Sharon, énormément d’incompréhensions qui sont nées entre les Français et les Israéliens. Et il faut bien reconnaître que la politique pro-arabe, pour ne pas dire pro-Arafat de Jacques Chirac n’a pas vraiment contribué, à l’époque, à créer un climat de confiance en Israël ! Ensuite, l’exploitation médiatique de l’Affaire Al Doura par les pays arabes a été, pour partie, à l’origine d’une vague d’actes antisémites sans précédent en France.


 

Les enjeux de la candidature d’Emmanuel Navon dépassent donc, selon moi, de loin le simple cadre de la communauté francophone d’Israël. Elle nous concerne également en France. Et quand je dis "Elle nous concerne en France", je veux dire par là que les Juifs de France ne devraient pas être seuls à se sentir concernés par la candidature d’Emmanuel Navon, encore qu’ils ne la connaissent pas tous, loin s’en faut : tous les Français devraient suivre cette actualité de la politique israélienne car être Français, c’est aussi être citoyen du monde. Hélas, malheureusement, les Français ignorent le plus souvent l’existence même du seul nom d’Emmanuel Navon.


Oui, il faut le reconnaître, les Français renvoient, depuis quelques années, l’image d’un peuple qui ne porte plus guère, en dehors de certains cercles qui s’intéressent de près aux questions d’actualité internationale ou aux dossiers à caractère géopolitique, son regard au-delà de ses propres frontières et finalement celle d’un peuple qui se recroqueville sur lui-même. La France renvoie l’image d’un peuple qui a presque peur de lui même et donc peur des autres : voilà ce que nous révèle aussi la méconnaissance quasi-totale du seul nom d’Emmanuel Navon en France.

 

Excellente année 2011 à tous !

 

Bonapartine.

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 17:24

 

[Islamisation] :

 banner Bonapartine1

 

 

Bernard-Henri Lévy se perd dans les eaux souillées du politiquement correct !

 

Dans un éditorial daté du 23.12.10 paru dans Le Point, Bernard-Henri Lévy, à l’image de ceux qui ne côtoient que les ambiances chaudes et feutrées des cercles d’intellectuels en mal de reconnaissance de Saint Germain-des-Prés qui n’ont jamais, une seule fois de leur vie, éprouvé la peur au ventre du jeune professeur à l’idée de traverser certains couloirs de la cité des Quatre Mille à la Courneuve ou des habitants qui craignent de longer certaines rues d’Aubervilliers,  a voulu, en cette veille de fêtes de Noël, faire un coup d’éclat. Histoire de faire parler de lui : depuis l’Affaire Sakineh qu’indépendamment de Bernard-Henri Lévy, le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni portaient avec panache à bout de bras, l’opinion publique n’entend plus parler de Bernard-Henri Lévy. De quoi faire bondir de son havre de paix mondain notre chevalier blanc de la bien-pensance. Que dis-je ? Le chantre du discours politiquement correct qui vous claironnera  au visage jusqu’à vous en faire exploser les tympans – quelquefois que l’on soit top con pour ne pas comprendre du premier coup la philosophie de Bernard-Henri ! – qu’on "peut n’avoir avec le Coran aucune affinité particulière, et être pourtant sensible à la grandeur, la douceur et l’honneur de l’islam."

 

Comment se peut-il que l’on puisse "être sensible à la grandeur, la douceur et l’honneur de l’islam" si,  au départ, on ne ressent "aucune affinité particulière" avec le Coran ? Sans doute ne serions-nous pas si nombreux que cela à être suffisamment intelligents pour saisir à la vitesse de la lumière toutes les subtilités du   langage, comme nul ne l’ignore, très élaboré de cette caste que l’on appelle "l’élite parisienne".


En revanche, nous sommes assurément très nombreux à honnir viscéralement autant tous ces mondains et leurs mondanités qui traitent plus bas que terre cette France qui crève à petit feu sous le joug de cette autre France, cette dernière très minoritaire en nombre mais au pouvoir pourtant si écrasant pour imposer depuis trente ans le diktat de sa pensée méprisante à l’adresse de ce peuple de France qu’un Sollers qualifiait, en 1999, de "France moisie", la désignant comme la France qui n’aimait pas, paraît-il, "pêle-mêle les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et finalement, la liberté sous toutes ses formes." A cette analyse, notre cher Bernard-Henri Lévy qui ne doute jamais de rien et surtout pas de lui, rétorquera dans une interview de Marianne, en février 1999 : « … Il appelle "France moisie" ce que j’appelais, il y a presque vingt ans, "idéologie française". Alors "gauche républicaine", dites-vous ? ….. Une prétendue gauche, une très vieille droite, ce sont l’avers et l’envers de la même médaille, ce sont les deux ailes de la même réalité : ce que j’appelais, encore une fois, l’"idéologie française". C’est un corps idéologique qui a une main droite et une main gauche ; c’est Maurras et Esprit ; c’est Mégret et Chevènement. »

 

On peut tout à la fois n’être pas un inconditionnel de Chevènement et détester Mégret et, dans le même temps, condamner ce genre de discours désespérément réducteur sur la France de 1999. Pourquoi ? Parce que ce sont les mêmes discours qui clouent au pilori la France de 2010, cette France qui, dans  l’esprit de ceux qui la montrent du doigt, est désormais "ultra-moisie" puisqu’elle serait composée, à entendre Bernard-Henri Lévy, d’un "groupuscule néonazi … qui s’est allié, pour l’occasion, à un quarteron d’anciens trotskistes rassemblés sous la bannière du site Internet Riposte Laïque."

 

Pour que chacun comprenne bien la situation, je rappelle que je n’étais pas présente, pour raisons de santé, aux Assises de l’islamisation de l’Europe organisées le 18.12.10 à Paris. Ce qui ne m’a pas découragée d’écouter les discours de certains de ses intervenants, en direct, par vidéo interposée d’une part. D’autre part, je n’ai pas "le crâne rasé" du tout et pour clore le tout, je n’ai jamais appartenu à aucun mouvement d’extrême droite ou d’extrême gauche. Les extrêmes m’ont toujours donné envie de vomir, hier comme aujourd’hui.

En conséquence, Bernard-Henri Lévy ferait mieux de se renseigner rigoureusement avant d’assimiler tous les participants présents aux Assises contre l’islamisation ou ceux qui les ont suivies à distance à des "extrémistes" infréquentables, avant de se lancer dans un réquisitoire plus proche de la diffamation digne d’un recours au pénal que de l’argumentation sérieuse qu’implique un débat contradictoire à la hauteur d’une république digne de ce nom.

 

J’encourage, au demeurant, Bernard-Henri Lévy à écouter l’excellente intervention d’Anne Zelensky qui résumait quarante des luttes non pas trotskistes mais féministes. Sur ce point, je m’interroge d’ailleurs encore aujourd’hui de savoir pourquoi Bernard-Henri Lévy n’a-t-il pas pris la peine, dans son éditorial du 23.12.10, de se référer aux discours des féministes, certes peu nombreuses mais pour autant bien présentes, qui sont intervenues à la tribune des Assises contre l’islamisation de l’Europe, ce 18.12.10. Bernard-Henri Lévy ne prétendait-il pas appartenir à la catégorie de ceux qui défendent les droits des femmes en France, en Europe et …. et oui, tant qu’à faire, autant être conquérant à l’envi, dans le monde ?

 

Car au fond, Monsieur Lévy, quel était pour vous l’intérêt de rappeler  d’emblée dans l’introduction de votre éditorial du 13.12.10, que vous annonciez, depuis quelques semaines, que "Marine Le Pen … était plus redoutable encore que son père" ? Il n’est pas nécessaire, Bernard-Henri Lévy, d’être agrégé de philosophie pour l’avoir compris et écrit sans avoir eu, pour cela, besoin de recourir à vos si précieuses analyses. Nous sommes, en effet, bien plus nombreux qu’il n’y paraît à être légitimement préoccupés par la progression du Front National dans notre pays et personne n’a besoin d’avoir pour directeur de conscience Bernard-Henri Lévy en la matière, ni Bonapartine ni le Blog Lessakele ni aucun de tous ceux qui ne sont nullement dupes des manœuvres de déstabilisation menées par le Front National auprès de millions de Français.


Le mensuel israélien Météor a, par ailleurs, publié en septembre 2010 une synthèse du très long article que j’avais écrit, précédemment paru sur le Journal Riposte Laïque le 09.08.10 et dans les deux cas intitulé "Toute la classe politique concourt à la progression préoccupante du Front National". Récemment encore, dans une interview proposée par Gérard Brazon et publiée sur son blog le 21.12.10, puis reprise par le Blog Lessakele, je m’exprimais en ces termes au sujet de Marine Le Pen :

 

"Par ailleurs, quand je dis que l’implantation durable et en voie d’expansion affirmée des discours de Marine Le Pen est, à mon avis, inquiétante pour l’avenir de notre nation, je tiens à préciser que, contrairement aux discours tous plus lénifiants les uns que les autres que chacun de nous peut lire ou entendre ici ou là, je ne considère pas que Madame Le Pen soit politiquement dangereuse parce qu’elle est "la fille de" Jean-Marie Le Pen. Je ne porte, en aucun cas, un jugement de valeur sur sa personne. Non, ce que je veux précisément dire, c’est que la démarche politique et les discours de Madame Le Pen représentent un danger pour la France, non pas parce qu’elle est la fille de Jean-Marie Le Pen mais parce qu’elle est, en réalité, beaucoup plus intelligente que son père. Ce qui est très différent. Je me situe donc uniquement sur le terrain de l’appréciation à caractère politique et en aucun cas sur celui qui consiste à la considérer comme "la fille de son père".


De mon strict point de vue,  Marine Le Pen est, en effet et de toute évidence, une fine stratège politique, là ou son père ne cessait de se vautrer dans une succession de dérapages verbaux tous plus inadmissibles les uns que les autres. Et quand Marine Le Pen commet un dérapage, en réalité, l’on voit bien qu’il a été suffisamment prémédité et pensé pour mobiliser et ridiculiser au moins un week-end entier toute la classe politique française et presque l’intégralité des médias français. Mais plus sournois encore et donc plus inquiétant, personne ne souligne jamais combien Marine Le Pen excelle dans l’art de la manipulation des opinions publiques et c’est en cela que son ascension politique doit être surveillée de près !"

 

Ce qui est, du reste, condamnable dans la posture intellectuelle de Bernard-Henri Lévy, c’est qu’il ne se positionne que dans la stigmatisation permanente de cette France, sans doute moisie à ses yeux, qui était là, assise ou debout, faute de places assises disponibles, tant ces Assises contre l’islamisation de l’Europe ont attiré de monde à l’Espace Charenton ce 18.12.10.

 

Il y a aujourd’hui cinq millions de Français qui votent pour le Front National. Et sur ce point, quoi qu’en pense Bernard-Henri Lévy, il n’est pas le seul, en France, à qui ce constat ne plaît pas du tout. Mais voyez-vous, la différence entre Bernard-Henri Lévy et les républicains de ce pays qui ne sont, bien souvent, ni d’extrême gauche ni d’extrême droite, contrairement aux raccourcis de la pensée unique qui sont les siens,  nous écoutons cette France négligemment dite "d’en bas" qui vit parfois dans une très grande détresse psychologique et matérielle, nous expliquer pourquoi elle ne se reconnaît plus dans les partis politiques traditionnels de droite et de gauche. Ne la jugez pas hâtivement, cette France là, Monsieur Lévy car, à force de s’éloigner de tout, elle va finir par prendre le pouvoir en votant massivement pour le Front National – c’est la crainte qui devrait nous réunir et pas nous diviser avec Monsieur Lévy -, et ce jour-là, ce sont ces mêmes républicains de gauche, du centre ou de droite, qui ne manqueront pas d’être là pour vous reprocher de ne pas avoir été attentif quand il en était encore temps aux causes des maux que nous décrivent ceux des participants, qu’on les apprécie ou pas, présents aux Assises du 18.12.10.

 

Mais sans doute plus grave encore sont les confusions délibérées et le mélange des genres auxquels vous sous livrez qui, disons-le, ne sont pas dignes d’un intellectuel de votre rang, Bernard-Henri Lévy.

 

Ainsi, je relève, une fois de plus, cette anomalie dans votre raisonnement, à l’image du reste de celle que l’on retrouve aujourd’hui chez nombre de féministes, d’intellectuels, de politiques, et qui consiste à dénoncer chez les autres les constats néanmoins identiques que vous aviez préalablement observés. C’est là tout simplement une insulte à vos propres engagements passés et à venir, Monsieur Lévy. A tire d’exemple, vous oubliez, en effet, que vous n’avez pas le monopole du combat mené en faveur des droits des femmes, de l’égalité hommes-femmes, pas plus que celui de la condamnation de tous les fascismes. Vous n’aviez que vingt ans quand Anne Zelensky était déjà engagée, bien avant vous, dans le passionnant mais douloureux combat féministe, notamment quand il a fallu affronter la vindicte d’une France, il faut bien le reconnaître, à l’époque majoritairement opposée à la reconnaissance du droit à un avortement libre et gratuit alors que des milliers de femmes conservaient des séquelles indélébiles d’avortement pratiqués dans des conditions dignes des régimes les plus totalitaires, voire en mouraient.


Vous n’aviez que vingt-deux ans, Monsieur Lévy, quand les militantes féministes, Anne Zelensky en tête, ont été empêchées de déposer leur gerbe, place de l’Etoile, pour dire "Il y a plus inconnu que le Soldat inconnu : c’est la femme." Elles n’ont pas attendu après vous, toutes ces femmes, Monsieur Lévy, pour défendre les causes dont vous semblez aujourd’hui vous accaparer l’exclusivité !


Elles n’ont pas non plus attendu après vous, les héritières de Simone de Beauvoir, Monsieur Lévy, pour décerner, en 2008, le premier prix Beauvoir à Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen. Ces femmes condamnent l’islam et pas exclusivement l’islam radical, autant et dans des termes proches, parfois mêmes identiques, que ne l’ont fait, le 18.12.10, plusieurs intervenants montés à la tribune de l’Espace Charenton.


Pourquoi donc ne vous entend-t-on pas, Monsieur Lévy, nuancer votre propos en reconnaissant et en assumant publiquement les dérives d’une religion que vous aviez-vous-même notées en votre temps ? Par ailleurs, où étiez -vous, Monsieur Lévy, quand le Parti socialiste a refusé de voter la loi interdisant le port de la burqa dans l’espace public ?

 

Vous avez parfaitement le droit de ne pas partager les opinions du Bloc Identitaire ou des trotskistes, ce qui est également mon cas. A l’inverse, vous commettez une lourde erreur d’appréciation en refusant d’entendre les maux, non pas des mille personnes et plus venues à Paris ce 18.12.10, mais en réalité des millions de personnes qui expriment, en 2010, un mal être, un mal de vivre, une peur de vivre en France, sans vous interroger en votre âme et conscience en des termes qui pourraient être ceux-ci : « Pourquoi les opinions de millions de Français se radicalisent de la sorte au pays des Lumières ? De quoi souffre la France ? » Se poser la question, c’est déjà commencer à y répondre. Réfléchissez-y.

 

Bonapartine.

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 14:44

 

banner Bonapartine1

Interwiew de Bonapartine sur les déclarations de Marine le Pen. 

Par Gérard Brazon

(http://puteaux-libre.over-blog.com/)

Je publie une interview en deux parties de notre collaboratrice Bonapartine à propos de Marine le Pen. Mais qui est donc Bonapartine ?

C’est une contributrice du Journal Riposte Laïque un journal en ligne que je ne vous présente plus désormais. Elle a également engagé une réflexion, lors d’entretiens menés au cours de l’été 2010, sur le thème de l’identité avec le Blog Lessakele [Blog Lessakele, http://lessakele.over-blog.fr/pages/Articles_et_entretiens_avec_Bonapartine-3590321.html-].

En septembre 2010, notre correspondant, le Mensuel israélien Météor a publié une synthèse de son article paru début août 2010 sur le même journal en ligne: Toute la classe politique concourt à la progression préoccupante du Front National. ICI [Riposte Laïque du 09.08.10, n°157].

Le mois dernier, elle a engagé un cycle de réflexion sur les questions relatives au système éducatif républicain français, de l’école primaire au lycée, avec le Blog Lessakele. Un cycle destiné à se prolonger sur une période de plusieurs mois [Blog Lessakele, intitulée "L’école publique, réussites et fractures, d’hier à aujourd’hui", représentée par un timbre sur lequel apparaît Jules Ferry].


 

ecole publique

L'école Publique, réussites et fractures, d'hier à aujourd'hui

Cette femme de caractère qui ne s’en laisse pas compter sur les principes a bien voulu m’accorder une interview sur ce personnage politique français qui monte dans les sondages du fait, à mon sens, de la faiblesse des politiques sur les principes républicains et d’un manque évident de volonté politique pour assumer, au-delà d’une acceptation sans limite des exigences islamistes, les conséquences d’une immigration incontrôlée et de l’islamisation grandissante de notre société... au mieux. Car au fond, je crains fort que c’est Eurabia qui est la finalité de ces politiques et de l’Europe de Bruxelles.   

Gérard Brazon

 

Au cours d’une réunion politique organisée à Lyon le 10.12.10, Marine Le Pen a déclaré : "Il y a quinze ans, on a eu le voile, il y avait de plus en plus de voiles ; puis il y a eu la burqa, il y a eu de plus en plus de burqas, et puis il y a eu des prières sur la voie publique. D’abord, c’était rue Myrha et maintenant, il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis désolée mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’Occupation. On pourrait en parler parce que çà, c’est une occupation du territoire qui est une occupation de pans du territoire. Des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes, il n’y a pas de blindés, il n’y a pas de soldats mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur tous les habitants."

 

 

Gérard Brazon - Bonapartine, en quoi les déclarations de Marine Le Pen faites à Lyon le 10.12.10 sont, selon vous, à la fois une aberration historique et un piège tactique tendu à l’ensemble tant de la classe politique que de la sphère médiatique françaises ?

 

Bonapartine : Les déclarations de Marine Le Pen sont tout d’abord une aberration historique pour la simple raison que l’Occupant, de juin 1940 à août 1944, est Allemand en France. Or, à ma connaissance, les occupants de la voie publique, dans la France de 2010 sont, dans leur immense majorité, nés en France et donc de nationalité française. Ce qui ne légitime en aucun cas les multiples occupations illégales de la voie publique aux fins de prières publiques sur plusieurs points du territoire français.

 

Au demeurant, tout historien sérieux et rompu à la démarche scientifique en matière de recherche historique, vous dira toujours qu’on ne peut pas ainsi impunément comparer une situation historique donnée avec une autre qui s’inscrit dans un contexte historique et dans une époque qui n’ont rien de comparables avec les nôtres, où les gens n’évoluaient pas dans le monde globalisé qui est le nôtre et où donc ils ne pensaient pas de la même manière que nous aujourd’hui.

 

A partir de là, Marine Le Pen affirme qu’elle ne parlait pas de l’Occupation allemande mais de l’occupation d’un territoire avec un "o" mineur. Or, elle fait explicitement référence à la Seconde Guerre mondiale dans la première partie de sa phrase : "Je suis désolée mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’Occupation, on pourrait en parler parce que çà, c’est une occupation du territoire qui est une occupation de pans du territoire."

 

Dans ce cas, si Madame Le Pen avait souhaité ne parler que d’occupation avec un "o" mineur, pourquoi s’être référée, dès le commencement de sa phrase, à la Seconde Guerre mondiale ? On voit donc bien qu’il y a d’emblée, dans le discours de Marine Le Pen, une confusion qui, à mon avis, était dès le départ intentionnelle puisqu’elle avait pour objectif de provoquer une réaction. Mission remplie, il faut bien le reconnaître, probablement, bien au-delà des espérances de son auteur !

 

La suite, chacun de nous la connaît : la quasi-totalité de la classe politique française n’a pas eu, un seul instant, à compter du moment où ces déclarations  ont été rendues publiques, le réflexe avant-gardiste de se poser et de réfléchir à la stratégie de communication la plus appropriée pour recentrer le débat sur la question de l’occupation illégale de l’espace public et non sur la seule personne de Marine Le Pen. En effet, à force de ne plus parler que de ses excès de langage sans proposer de solutions sur le fond puis de sa seule personne, les médias  et les politiques ont réussi l’incroyable "exploit", au terme du week-end, de renverser la tendance en sa faveur. Ce qui a eu pour conséquences de minimiser, à tort, d’une part la gravité de ses propos, mais également d’anéantir l’ouverture de tout débat sur le problème de fond qui se pose à la République française : l’occupation illégale de l’espace public pour motif d’organisation, chaque vendredi, de prières publiques.

 

Gérard Brazon – Dans ce contexte précis, vous semblez avoir été particulièrement excédée par l’ensemble des réactions de la classe politique ? Pourquoi ?

 

Bonapartine : "Excédée" est, en effet, le terme parfaitement approprié à la circonstance. Et très honnêtement, je l’ai été à plusieurs titres.

D’une part, j’ai été frappée par la sur-réaction de la classe politique française qui, en réagissant à vif, a donné le sentiment net qu’elle était incapable de prendre de la distance avec les évènements politiques, si tant est du reste qu’il eut fallu assimiler la sortie verbale de Marine Le Pen à un "évènement politique". Or, voyez-vous, il n’y a rien de plus préjudiciable, en tant de crise, que l’image de panique renvoyée par la classe politique d’un pays, a-fortiori celle réfléchie par la majorité gouvernementale en place, à la moindre provocation du leader d’un parti politique dont la progression affole légitimement un certain nombre de républicains. En fin de compte, en s’agitant intempestivement de la sorte plutôt que de prendre du recul et de réagir avec sang froid aux diatribes parfaitement contrôlées et savamment calculées de Madame Le Pen, la classe politique française vient de passer le message suivant aux Français, un message désastreux parce qu’il ressemble, à s’y méprendre, à un aveu d’impuissance :

 

"Oui, nous savons que les sondages reflètent malheureusement une réalité qui fait froid dans le dos : le Front National gagne réellement du terrain non seulement dans l’espace géographique français mais également dans les esprits et, en vérité, nous ne savons pas aujourd’hui combien sont, en France, ceux qui n’adhèrent pas au Front National, n’ont encore jamais apporté leur voté au Front National mais n’en sont pas moins des électeurs potentiels que le Front National saura capter en temps et en heure."

 

D’autre part, j’avoue avoir été sidérée par le nombre d’inepties débitées par la classe politique française, de droite comme de gauche. Quelques exemples :

 

a)      Christine Lagarde  sur RMC : " Tel père, telle fille (…) Cela ne correspond pas aux valeurs fondamentales de notre pays qui sont la responsabilité, la liberté, et le respect d’autrui, dans le respect du droit. "

 

Réaction gravissime que celle de Madame Lagarde. Pourquoi ? Tout d’abord parce que je pense qu’il est toujours malsain de marquer une personne, fut-elle Marine Le Pen, ainsi d’office du sceau indélébile de ce que j’appelle le présumé "déterminisme génétique lié à la filiation paternelle ou maternelle" qui ferait de chacun de nous un être fatalement destiné à hériter de la mémoire de sa famille mais aussi des défauts ou des handicaps de ses parents. Vous savez, les mots ont un sens précis dans la langue française et, dans ce domaine, le rôle d’un(e) élu(e) politique est davantage de veiller à ne pas blesser tant la mémoire individuelle de chacun de ses concitoyens que la conscience collective, plutôt que de jeter de la sorte en l’air des anathèmes qui n’ont pas forcément lieu d’être. Sur ce point, et bien que je n’aie aucune attirance tant pour le discours du Front National en général que celui de Marine Le Pen en particulier, pour autant, je vous le dis en toute transparence : je refuserai toujours pour ma part, qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de quiconque d’autre, de tenir un discours qui fasse en quoi que ce soit référence à un présumé déterminisme génétique des personnes dont je parle. Toujours et en toutes circonstances. Evidemment, cette affirmation s’adresse en des termes identiques à Jean-Marie Le Pen qui, au moment où je réponds à votre interview, monsieur Brazon, vient pourtant de commettre exactement la même faute - et curieusement, là, personne ne réagit dans la classe politique ! - en déclarant : "Il y a tant de gens qui doutent de la filiation de leurs enfants : moi, je n’en doute pas, et elle est confirmée si j’ose dire."

Je rappelle juste à Monsieur Le Pen que s’il "y a tant de gens qui doutent de la filiation de leurs enfants" en France et sans que l’on sache exactement sur quelle étude Monsieur Le Pen fonderait en la circonstance son affirmation, il n’appartient toutefois alors qu’à ces "gens" dont il parle de prendre leurs responsabilités et de demander une vérification par les tests ADN de la filiation d’un ou de plusieurs de leurs enfants. Si les hommes qui sont concernés par ces problématiques n’engagent pas une procédure de vérification de paternité par le biais des tests génétiques, c’est qu’ils ont sans doute de bonnes raisons de ne pas s’y plier de leur plein gré non plus, n’est-ce pas ? Ou qu’ils n’ont peut-être pas suffisamment bonne conscience pour accepter ce genre de tests, allez savoir !

 

Autre point qui pose problème dans l’intervention de Madame Lagarde sur RMC : Madame Lagarde avance que les propos de Madame Le Pen ne correspondent pas "aux valeurs fondamentales de notre pays qui sont la responsabilité, la liberté, et le respect d’autrui, dans le respect du droit." Sur le fond, je suis en accord avec le rappel de Madame Lagarde … encore que, à titre personnel, j’aurais pris soin de remémorer prioritairement la devise de la République "Liberté, Egalité, Fraternité" et de remettre avec force au devant de la scène le concept de laïcité. Par ailleurs, pour être tout à fait complète, Madame Lagarde aurait surtout dû s’attacher à répondre, également dans la foulée, à cette question : les occupations de pans entiers de l’espace public sur le sol français, destinées à la prière, sont-elles légales ? Pourquoi Madame Lagarde n’a-t-elle pas procédé, lors de son intervention sur RMC, à un rappel à l’ordre sur ce que doit être le respect du principe de laïcité en France ?

 

b)      Viennent alors les déclarations, je dois dire , "fracassantes" de Madame Aubry dont je cite ici la première partie afin de ne pas devoir non plus consacrer vingt lignes à démontrer les invraisemblances de son discours : 

"Je ne suis pas sûre qu'elle (Marine Le Pen) ait compris qu'elle s'adressait aux petits-enfants de ceux qui ont libéré Marseille, en particulier ceux des Algériens qui sont morts pour donner leur vie à notre pays."


".... ceux des Algériens qui sont morts pour donner leur vie à notre pays."
 : à ma connaissance et jusqu’à preuve du contraire, les "Algériens", en 1945, ne sont pas Algériens mais Français car l'Algérie, en 1945, c'est ni plus ni moins que la France. Je ne vois donc pas ce qu'il y avait de si extraordinaire pour les Français, quelles qu’aient été leur couleur de peau, leur ethnie d’origine, qu’ils aient été croyants ou pas, à faire le sacrifice de leur vie pour leur pays, la France : c'est le genre de réalité qui me paraît plutôt évidente dans ce genre de circonstances, autrement dit quand son propre pays est en danger. Et que devrions-nous dire à ces milliers d’autres jeunes gens, je pense aux Américains, qui n'ont pas hésité, eux, à traverser un immense océan, pour faire le sacrifice de leurs jeunes vies pour le peuple français ? N’était-ce pas un sacrifice encore plus grand ? Mais curieusement, Madame Le Pen n'en parle pas ... et Madame Aubry non plus .....

 

c)      Enfin, "la cerise sur le gâteau" pour clore un si long week-end, un si triste week-end nourri d’âneries déversées à longueur d’antennes de radios, de plateaux de télévision et de colonnes de journaux, les médias n’ayant évidemment pas une seule minute hésité à se rendre complice du carnage née de la noyade filmée en direct de notre classe politique ; tragédie en quelque actes finalement si minutieusement orchestrée par Marine Le Pen : arrive alors Ségolène Royal qui affirme, sans l’ombre d’une interrogation, que Nicolas Sarkozy est "seul responsable de la montée du Front National". Bah voyons ! C’est tellement plus simple pour une partie des Socialistes français de redevenir amnésiques quand çà les arrange ! Mais au fait, n’était-ce pas François Mitterrand en personne qui, en introduisant le scrutin proportionnel et devant la crainte qui était la sienne de voir le Parti socialiste français prendre une claque électorale monumentale en 1986, avait apporté, cette même année, une aide électorale et politique on ne peut plus salutaire au Front National ? Ce qui avait d’ailleurs permis à ce dernier, autant que je me souvienne, d’obtenir un peu plus de 30 sièges à l’Assemblée nationale. Pourquoi Madame Royal opère-t-elle soudain un tel blackout sur cet épisode de l’Histoire de la vie politique française ? Et comment comprendre que la droite républicaine française n’ait pas, elle non plus, tiré toutes les leçons du passé et se soit, à ce point, laissé piéger par les provocations éhontées de Marine Le Pen ?

 

Gérard Brazon – Selon  vous, Bonapartine, comment aurait-il donc fallu réagir face aux déclarations de Marine Le Pen ? Pensez-vous que la classe politique devrait éviter de verser dans la surenchère verbale face aux provocations de Marine Le Pen ?

 

Bonapartine : De toute évidence, Marine Le Pen n’est, de mon point de vue, mais ce n’est là un point de vue qui n’engage que moi, dans l’habile démarche stratégique de communication qui est la sienne, pas du tout le copier-coller de son père. Elle a pour autant parfaitement su s’inspirer du goût de la provocation de son père tout en sachant l’adapter à sa propre personnalité à elle. En effet, avec Marine Le Pen et à la différence de son père, nous sommes passés du goût de la provocation à une technique de communication de la provocation. De fait, à l’inverse de Jean-Marie Le Pen qui réagissait de manière épidermique, Marine Le Pen a mis sur pied, en vérité, une technique très élaborée de la provocation dans le débat politique, celle d’une provocation mûrie et suffisamment réfléchie à l’avance de façon à  s’assurer que celle-ci ferait de toute façon sortir de ses gonds 90% de la classe politique.

 

Gérard Brazon - Une fois ce constat établi, comment faut-il réagir ? Faudrait-il se taire ?

 

Bonapartine: Se taire reviendrait à laisser croire à l’opinion publique que, seule Marine Le Pen, a le courage et/ou est en capacité de s’exprimer sur des sujets graves, en l’occurrence l’occupation illégale de l’espace public causée par l’organisation de prières publiques, qu’elles soient musulmanes ou pas du reste. Car je rappelle que si les prières publiques dont nous parlons l’étaient par des catholiques, des protestants, des Juifs, des Sikhs ou de toute autre religion, l’occupation de l’espace public n’en demeurerait pas moins tout autant condamnable.

 

Alors, réagir, oui, l’essentiel n’étant non pas de l’affirmer mais de savoir surtout comment réagir face à Marine Le Pen.

Si répliquer à Marine Le Pen ne doit se résumer qu’à répéter ce que tout le monde sait depuis des années sur la Front National, autant vous dire que c’est mettre un coup d’épée dans l’eau ! Quand j’entends, par exemple, Madame Dati asséner sur RTL : "Je trouve çà inacceptable … Marine Le Pen ne renouvelle pas le discours du FN qui est un discours de haine, de rejet de l’autre, d’opposer les Français les uns aux autres. Elle pose un problème à toute la classe politique." D’abord, je suis atterrée par de telles paroles. Comment peut-on, en effet, décréter, en l’espace de seulement deux phrases, que Marine Le Pen tient "un discours de haine, de rejet de l’autre" et que cela "pose un problème à toute la classe politique" ? Mais permettez-moi de vous dire, Gérard Brazon, que ce discours de Madame Dati est ahurissant d’incohérence ! En effet, si les discours de Marine Le Pen est un discours "de haine" qui "oppose les Français les uns aux autres", mais dans ce cas, personne ne comprend ce qui empêche la classe politique française de le démontrer afin de démanteler sans aucune difficulté les effets pervers de ce type de discours. Et une fois la preuve objective apportée, nous n’entendrions alors plus parler ni des discours du Front National ni de Marine Le Pen depuis belle lurette ! De fait, Marine Le Pen ne poserait plus de "problème à toute la classe politique".

Ceci démontre bien que ce type de raisonnement de Madame Dati, suivi par la quasi-totalité de la classe politique, ce week-end, ne mène à rien si ce n’est qu’à désigner clairement à la vindicte de la bien pensance les cinq millions de Français qui votent actuellement pour le Front National et, de fait, de les décourager définitivement de revenir un jour dans le giron républicain.

 

Dans ces circonstances, chacun se rend aisément compte que Marine Le Pen trouvera toujours le moyen de se désolidariser des propos de son père quand çà l’arrangera ou, à l’inverse, de mettre en place une stratégie de communication beaucoup plus affinée quand elle souhaitera se placer sur un terrain avec lequel une partie de l’opinion publique risque d’être largement en phase.

 

Face à cette stratégie de communication, la classe politique française devrait centrer son intervention sur plusieurs axes :

 

Il serait, de mon point de vue strictement personnel, plus pertinent que la classe politique :

 

§  se mobilise de toute urgence autour de la problématique soulevée par l’occupation illégale des prières dans l’espace public français et trouve rapidement des solutions. Car ce que demandent les riverains, en l’espèce, c’est tout simplement que la loi républicaine soit appliquée. Ni plus ni moins. Or, que je sache, nos politiques sont aussi élus pour trouver des solutions aux problèmes que rencontrent leurs concitoyens, n’est-ce pas ?

 

§  remettre au coeur du projet politique républicain le concept de laïcité. En d’autres termes, nos politiques doivent dire haut et fort que le respect du concept de laïcité ne consiste pas, par définition, à le bafouer en permanence. Or, s’arroger le droit individuel d’occuper les voies publiques pour y organiser des prières publiques, au mépris le plus complet non seulement de la tranquillité des riverains mais également de l’activité commerçante, est à la fois contraire à la loi républicaine autant que contraire au concept de laïcité. Les élus locaux ne sont, par voie de conséquence, en aucun cas habilités à autoriser, voire à organiser par la présence des forces de police, l’occupation de la voie publique en permettant la tenue de ces prières publiques.

 

      Croyez-moi, si des mesures avaient été prises, voici des années de cela, en ce sens tant par nos élus locaux que nationaux, nous n’entendrions plus Marine Le Pen parler depuis longtemps pour la simple raison que la source de son fond de commerce aurait été tarie.

 

Enfin, n’oublions pas ce qu’a été l’actualité principale de ce week-end des 11 et 12 décembre 2010 : un double attentat à Stockholm d’une part, la condamnation amplement justifiée des policiers par le Tribunal correctionnel de Bobigny d’autre part.

 

Le double attentat à Stockholm ? Qui en a parlé, en dehors de Marine Le Pen qui a pu se targuer de reprocher à la classe politique son silence sur ce dossier lors de sa conférence de presse du 13.12.10 !

 

La condamnation de plusieurs policiers par le Tribunal correctionnel de Bobigny ? Nous sommes là face à un dossier extrêmement grave où nous découvrons, en qualité de citoyens, que sept policiers ont été condamnés à des peines d’emprisonnement sur la base des faits suivants : dénonciation calomnieuse et faux en écriture. Et que constate-t-on ? Pas de réaction de Marine Le Pen sur ce dossier. C’est pour le moins très embarrassant pour un parti politique qui prône le retour à l’ordre, au point d’ailleurs de s’attacher à mettre en évidence, en tête du script de la conférence de Marine Le Pen du 13.12.10, cette phrase de Charles Péguy : "L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté ; le désordre fait la servitude. Seul est légitime l’ordre de la liberté."

Dans ces circonstances, plutôt que de scander sur tous les toits que Le Front National est un parti qui alimente la haine de l’autre, pourquoi la classe politique républicaine française de droite comme de gauche n’a-t-elle pas pris la balle au bond pour mettre Madame Le Pen devant ses propres contradictions face au si étrange silence observé par celle-ci sur le dossier de la condamnation des sept policiers de Bobigny dont elle aurait dû, par définition et en qualité d’élue politique qui appelle si souvent de ses vœux le retour de l’ordre, se féliciter ?

 

Gérard Brazon Si je comprends bien votre pensée, Bonapartine,  il faut donc s’inquiéter, d’une manière plus globale, de l’ascension politique que connaît Marine Le Pen  dans le paysage politique français, ascension dont l’ensemble de la classe politique est, au vu des faits que vous rappeliez précédemment, tout de même responsable, non ?

 

Bonapartine : Que la classe politique soit en partie responsable de la percée de Marine Le Pen et du parti politique qu’elle va diriger d’ici quelques semaines, ne fait, pour moi, aucun doute. Je n’ai, du reste, pas attendu les déclarations de la Marine Le Pen lors de sa réunion organisée à Lyon le vendredi 10.12.10, pour avoir clairement exprimé, dès le 09 août dernier dans le journal Riposte Laïque et suite aux évènements dramatiques de Grenoble, ma conviction sur la question :  

"Car décidément dans toute cette affaire, entre une droite républicaine qui donne le sentiment de courir après les mesures préconisées par le Front National et les partis de gauche qui ne font qu’attiser les tensions dans notre pays en apportant chaque jour un peu plus la preuve flagrante qu’ils n’entendent pas les souffrances de tous les Français liées à l’insécurité de ce pays, le Front National doit décidément se dire que l’été 2010 demeurera pour lui un des meilleurs crus de ces dix dernières années."

[Journal Riposte Laïque : "Toute la classe politique concourt à la progression préoccupante du Front National"de Bonapartine, n°157 paru le 09.08.10]

 

            D’une manière générale, j’ai toujours considéré et je continue de croire que le Front National est un parti dangereux pour l’avenir de la France. Historiquement parlant, l’extrême droite n’a jamais rien apporté de bénéfique à ce pays et chaque fois que la France a cédé aux vieilles lunes de l’extrême droite française, elle en est sortie abîmée. Parfois durablement abîmée comme nous l’a démontré, par le passé, l’Affaire Dreyfus dont les cicatrices mal refermées faisaient encore des ravages lors du procès de Charles Maurras qui, le 27.01.1945, s’est écrié : "C’est la revanche de Dreyfus !"

 

Gérard Brazon - Le socialisme à travers son extrême qu'est le communisme n'est pas non plus dépourvu de responsabilités dans la "France abîmée" d'avant guerre ! Il ne faut pas oublier la part qu'a prise une certaine gauche dans le manque de préparation face à la montée du péril nazi. Ni oublier qu'au delà de Maurras, de l'Action française, il y a eu aussi la création du seul parti fasciste français par Jacques Doriot par un ancien dirigeant national du Parti Communiste député-Maire de Saint Denis. Comme vous le disiez dans la première partie, aucune situation n'est comparable et chaque époque doit-être visitée en ayant à l'esprit le contexte et les mentalités. J'en prends pour exemple Léon Blum qui parlait de races inférieures à propos des colonisés d'Afrique. Il n'était pas pour autant raciste. Pour conclure cet aparté, la naissance du FN date des années soixante dix. Ce sont des faits, c'est l'histoire. 

 

 Bonapartine: Voilà donc pour l’Histoire. Maintenant et sans vouloir faire aucunement d’amalgames historiquement déplacés entre Charles Maurras et Marine Le Pen, en ce qui concerne précisément Marine Le Pen qui, ne l’oublions pas, ne représente pas toutes les sensibilités d’extrême droite en France et dont certaines sont hélas encore bien plus radicales que la sienne, j’ai la conviction profonde, en effet, que son ascension politique ne doit pas être sous-estimée et qu’il faut, par conséquent, s’en soucier. Et sur ce point, je répète que la classe politique aurait dû réagir, dès la percée électorale du Front National aux élections cantonales de 1982 plutôt que d’attendre que des sondages signalant de forts taux d’intentions de votes à la faveur de ce parti politique, au demeurant prévisibles depuis bien longtemps au vu de la situation socio-économique de la France, déclenchent une véritable panique dans l’establishment politique français. Donc, vous voyez, quand on parle du danger de la progression du Front National en grande partie incarné par Marine Le Pen en ces temps de campagne interne pour accéder à la présidence du parti, certains de ceux qui hurlent aujourd’hui avec les loups sur la scène médiatique et/ou dans les salons réservés à celles de nos élites qui refusent de voir les réalités dramatiques auxquelles sont confrontés des pans entiers de nos territoires, feraient beaucoup mieux de se souvenir que le danger ne date hélas pas de Marine Le Pen qui, en 1982, n’avait que quatorze ans, mais qu’il est bien antérieur à Marine Le Pen. Hélas ! Mille fois hélas !

 

Par ailleurs, quand je dis que l’implantation durable et en voie d’expansion affirmée des discours de Marine Le Pen est, à mon avis, inquiétante pour l’avenir de notre nation, je tiens à préciser que, contrairement aux discours tous plus lénifiants les uns que les autres que chacun de nous peut lire ou entendre ici ou là, je ne considère pas que Madame Le Pen soit politiquement dangereuse parce qu’elle est "la fille de" Jean-Marie Le Pen. Je ne porte, en aucun cas, un jugement de valeur sur sa personne. Non, ce que je veux précisément dire, c’est que la démarche politique et les discours de Madame Le Pen représentent un danger pour la France non pas parce qu’elle est la fille de Jean-Marie Le Pen mais parce qu’elle en réalité, beaucoup plus intelligente que son père. Ce qui est très différent. Je me situe donc uniquement sur le terrain de l’appréciation à caractère politique et en aucun cas sur celui qui consiste à la considérer comme "la fille de son père".

De mon strict point de vue,  Marine Le Pen est, en effet et de toute évidence, une fine stratège politique, là ou son père ne cessait de se vautrer dans une succession de dérapages verbaux tous plus inadmissibles les uns que les autres. Et quand Marine Le Pen commet un dérapage, en réalité, l’on voit bien qu’il a été suffisamment prémédité et pensé pour mobiliser et ridiculiser au moins un week-end entier toute la classe politique française et presque l’intégralité des médias français. Mais plus sournois encore et donc plus inquiétant, personne ne souligne jamais combien Marine Le Pen excelle dans l’art de la manipulation des opinions publiques et c’est en cela que son ascension politique doit être surveillée de près ! Pour l’instant, Madame Le Pen surfe, il est vrai, avec une maestria rarement égalée en matière politique, sur le désespoir des Français, pas seulement des plus pauvres dont le nombre ne cesse de croître par ailleurs, mais également sur celui de certaines classes moyennes et de petits chefs d’entreprise, par exemple, qui sont soit en dépôt de bilan, soit sont étranglés par les charges sociales qui les empêchent de se développer et d’embaucher. Ce sont là quelques exemples parmi beaucoup d’autres car nous savons, du reste, que l’audience de Madame Le Pen progresse aussi désormais dans une bourgeoisie aisée, pour l’instant à l’abri de la crise économique et pour laquelle rien, en apparence du moins, n’explique le choix du vote Front National. Or, il serait judicieux de se pencher attentivement et rapidement sur les motivations du vote Front National de cet électorat. Sur ce point, je pense que Madame Alliot-Marie a été une des rares élues, au cours de la semaine passée, à avoir émis une idée qui me paraît intelligente puisqu’elle a préconisé de "mettre à jour la sociologie du FN", estimant, à juste titre, que "pour combattre son adversaire, il faut le connaître". Je ne dis pas que ce que propose Madame Alliot-Marie va bouleverser la donne mais, au moins, elle a le mérite de s’inscrire dans une démarche de proposition et non de se perdre dans les eaux purulentes de la stigmatisation permanente qui n’a jamais permis de faire avancer le débat contradictoire dans une démocratie !

 

Propos recueillis par Gérard Brazon.

 

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 10:15

 

banner Bonapartine1

Anne Zelensky a osé rappeler quelques vérités à la gauche

 

http://www.ripostelaique.com/Anne-Zelensky-a-ose-rappeler.html


mardi 21 décembre 2010, par Bonapartine


Nous appartenons à des générations très différentes l’une de l’autre. La nôtre doit beaucoup aux acquis dont elle bénéficie et pour lesquels la sienne s’est battue, parfois au prix de sa propre vie. Son féminisme est vindicatif au point de m’être longtemps apparu principalement arrogant. Sans doute étais-je trop jeune pour saisir la portée de l’âpreté des combats qu’elle avait menés.


Depuis que je la connais, je constate simplement que je ne rejette plus en bloc les féministes comme je l’ai fait pendant longtemps. C’est aussi là l’apanage de l’âge, cette sagesse acquise au fil du temps qui permet d’appréhender les questions de société avec fermeté et tact, puis de transmettre les messages d’une vie à une génération plus jeune, aussi tranquillement que coule l’eau d’une rivière.


Mais de qui parle donc Bonapartine ? Je parle d’Anne Zelensky dont finalement la vie est à l’image du sang russe qui coule dans ses veines, d’une sensibilité slave marquée du sceau de cette incomparable capacité qu’ont les slaves à naviguer dans les eaux des passions les plus extrêmes, qu’elles soient créatrices ou destructrices, qu’elles fassent rêver le monde ou qu’elles menacent de l’expédier en enfer. Rien n’est mièvre chez les slaves ; tout est toujours excessif à l’envie. Excessif, parfois extrême. C’est la raison pour laquelle ils ne laissent personne indifférent : on les adore ou on les déteste, c’est du moins ce que j’ai souvent remarqué.


Quoi qu’il en soit, je retrouve chez Anne cette propension qu’ont les Slaves à se faire tantôt aimer, tantôt détester. Parfois, elle m’énerve, je l’avoue, quand je découvre par vidéo interposée qu’elle a déclaré à la tribune des Assises de l’islamisation ne pas avoir été choquée par les propos de Marine Le Pen, ce que j’entends sur le fond mais ne cautionne pas dans la mesure où je sais qu’Anne est beaucoup trop intelligente pour ignorer que, malheureusement, Marine Le Pen surfe sur les drames d’une conjoncture socio-économique qui la sert au-delà de ses espérances. Pour autant, il ne viendrait pas à l’esprit d’insulter Anne comme je l’entends ici ou là, sous prétexte qu’elle exprime une différence d’opinion avec moi. Et pour tout vous dire, quand je suis énervée par les propos d’Anne, mon énervement ne dure pas plus de cinq minutes, là où il s’envenimerait durablement avec d’autres ! Car au fond de moi, je dois bien le reconnaître, la justesse des combats de cette femme m’émeut vivement.


Comment, en effet, ne pas être en parfait accord avec Anne quand elle interroge : "Mais où sont passées les féministes ?" Oui, je me le demande, moi aussi : où sont passées les féministes ? Qu’irons-nous dire, demain, aux résistantes iraniennes, afghanes, algériennes, elles qui attendent tellement de la France, quand elles découvriront que parmi celles qui se réclament du camp des laïcs et des féministes français, Caroline Fourest qui comptait au nombre des manifestants venus s’insurger contre l’organisation des Assises contre l’islamisation – ce qui est par ailleurs son droit le plus strict en République -, n’a pas hésité à déclarer : "C’est une escroquerie politique et intellectuelle parce que le camp de la laïcité n’est pas contre l’islamisation, il est contre l’intégrisme, d’où qu’il vienne. Et dans cette assise, vous avez une extrême droite qui n’a jamais été laïque, qui sont des résistants de la 25ème heure qui utilisent la laïcité pour déverser leur racisme."


Si je peux rejoindre – une fois n’est pas coutume ! –Caroline Fourest, dans l’idée que l’extrême droite n’a effectivement jamais été, historiquement parlant, laïque, j’avoue, en revanche, avoir été stupéfaite de l’entendre affirmer que "le camp de la laïcité n’est pas contre l’islamisation, il est contre l’extrémisme". Mais qu’est donc l’islamisation si ce n’est un des extrémismes les plus redoutables, un des plus criminels auxquels ce monde doit aujourd’hui faire face ? Ce n’est pas moi qui l’ai inventé et j’en veux pour preuve ce qu’écrit Mohamed Sifaoui dans son dernier ouvrage, "Al-Qaïda Maghreb islamique, le groupe terroriste qui menace la France" (éditions Encre d’Orient) que j’ai lu avec attention :


"L’adversaire aujourd’hui, n’est pas visible, mais son ombre plane sur nous. Il est décidé à provoquer le chaos pour prendre le pouvoir partout où il le pourra. Dans les pays musulmans, les fanatiques ne renonceront jamais à installer des systèmes totalitaires et théocratiques ; en Occident, ils feront tout leur possible pour amener les dirigeants à faire un maximum de concessions et à punir les démocraties pour les principes qu’elles incarnent."


Mohamed Sifaoui ne dit ici rien d’autre que ce que dénonçaient plusieurs intervenants lors de ces Assises de l’islamisation de l’Europe, en particulier Anne Zelensky et Michel Vianès : oui, les fanatiques oeuvreront autant de temps qu’ils en auront les moyens pour parvenir à contraindre "nos dirigeants à faire un maximum de concessions et à punir les démocraties pour les principes qu’elles incarnent", à savoir la laïcité, un certain idéal républicain hérité du Siècle des Lumières, l’égalité Homme-Femmes, le droit inaliénable de nos enfants des deux sexes d’avoir accès à l’instruction, à un emploi, aux soins de santé ….


A partir de là, je m’interroge : pourquoi ceux de nos détracteurs qui établissent, en vérité, les mêmes constats que les intervenants présents aux Assises de l’islamisation et ne nient donc pas le poison que représente l’islamisation rampante de nos sociétés, jugent-ils utiles de manifester, ce 18 décembre 2010, devant l’Espace Charenton pour condamner les dangers de l’islamisation qu’ils ont préalablement observés eux-mêmes ? En vérité, je pense que ceux qui manifestaient, ce 18.12.10, contre l’organisation des Assises de l’islamisation, se servent en fait du prétexte de l’invitation de certaines organisations dont ils ne partagent pas les idées pour tenter d’étouffer le débat et surtout éviter d’assumer publiquement les constats qu’ils font, identiques à ceux des dites organisations qu’ils rejettent. Mais moi, je vais vous dire ce que je pense de toute cette mascarade mise en scène par ceux des laïcs qui s’érigent en directeurs de conscience : moi non plus, je ne suis toujours pas sur la même ligne qu’un Bloc Identitaire et je ne bois pas forcément non plus toutes les paroles d’un Oskar Freysinger. Pour autant, j’ai écouté attentivement, de chez moi et en direct, leurs interventions. Pourquoi ? Je pars du principe qu’il faut écouter prioritairement deux dont on ne partage pas les idées pour comprendre les maux de notre société et les motivations profondes qui conduisent cinq millions de Français à voter pour le Front National en France. Et cela, tant que notre classe politique n’aura pas la volonté, le cran d’affronter cette réalité en face, je continue d’affirmer que notre République ira dans le mur probablement d’ici 2012, assurément d’ici 2017. En d’autres termes, les laïcs qui se focalisent uniquement sur l’orientation politique de ceux dont ils ne partagent pas les idées aux Assises de l’islamisation, en refusant d’entendre le mal être de notre pays, la détresse d’un nombre croissant de Français, rendent finalement un immense service à Marine Le Pen et se rendent complices, en fin de compte, de son ascension politique.


Dans ce contexte précis, je me permets d’appuyer les propos suivants d’Anne Zelensky qui m’ont profondément émue tant ils mettent l’accent sur la réalité tragique de ce qu’est devenue la gauche française :


« La gauche dont je suis issue, par le biais du féminisme, est donc incapable de prendre en charge la menace pour nos libertés que représente cette progression d’un islam radical. Bien pire, elle cautionne ce phénomène et a contribué largement à le favoriser. Il y a bien longtemps qu’elle désespère ce "peuple" qu’elle était censée défendre. … Je suis ici parce que la gauche ne veut pas ouvrir les yeux sur la réalité d’un danger pour nos traditions républicaines. Je suis ici parce que la gauche a trahi sa mission et mes espoirs. »


La gauche a effectivement abandonné le peuple français !


Merci donc à toi, Anne, d’avoir eu le courage de le dire et de l’écrire car, après tout, ils ne sont actuellement pas si nombreux que cela ceux des gens de gauche à dresser cet impitoyable et bien inquiétant constat pour l’avenir de la France.


Bonapartine

Enregistrer au format PDF

Partager cet article
Repost0
6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 23:10

 

 

Publié sur : http://www.ripostelaique.com/Dimitri-Casali-Reapprenons-a-nos.html

Articles et entretiens avec Bonapartine

 

ecole publique

 

L’INTERVIEW DE LA SEMAINE

Dimitri Casali : « Réapprenons à nos enfants à aimer la France ! »

lundi 6 décembre 2010, par Bonapartine


Dimitri Casali a été professeur d’Histoire-géographie pendant de longues années, dont cinq passées dans un collège situé en zone d’éducation prioritaire. Historien spécialiste de la Révolution et de l’Empire devenu directeur éditorial, il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels : "Ces immigrés qui ont fait la France" (Dimitri Casali et Liesel Schiffer, éd. Aubanel), "Napoléon Bonaparte" préfacé par Jean Tulard (éd. Larousse), "Napoléon par les peintres" en collaboration avec David Chanteranne (éd. Seuil). Il a également écrit de nombreux ouvrages destinés à la jeunesse, en particulier "Louis XIV, le destin d’un roi" (livre avec un DVD, éd. Fleurus) ou "Notre pays la France" (avec Walter Bruyère, éd. La Martinière Jeunesse).


Passionné d’Histoire (Napoléon) et de Rock (Les Beatles), Dimitri Casali a eu l’idée de réunir ses deux passions dans un nouveau concept "Historock". Concept qui propose des albums retraçant, en musique, l’Histoire des Hommes, des origines de l’Humanité au XXème siècle. Dans la présente interview, Dimitri Casali nous parle de la réforme des programmes scolaires en Histoire et nous explique en quoi cette réforme constitue, selon lui, une véritable "déconstruction de notre histoire".


Riposte Laïque - Suite à l’éviction, délibérément voulue par le ministère de l’Education nationale, de l’étude de certains personnages clefs de l’Histoire de France tels que Clovis, François Ier, Henri IV, Louis XIV ou encore Napoléon Ier, une pétition a été lancée sur le Net, suivie ensuite d’un collectif "Notre histoire forge notre avenir". En portant haut et fort ce mouvement comme vous le faites depuis plusieurs mois, quel signal d’alarme souhaitez-vous adresser à l’opinion publique française ?


Dimitri Casali : Il faut que les Français se mobilisent s’ils ne veulent pas perdre leur Histoire. Et un peuple qui n’a pas d’Histoire est un peuple perdu. Depuis trente ans, nous avons négligé l’enseignement de cette discipline et cette négligence est la conséquence directe de la crise morale très grave que vit la nation.


Face à la mondialisation, aux mouvements de populations, à la diversité des origines de nos élèves, il est logique que les nouveaux programmes s’ouvrent aux autres civilisations de notre monde. Mais cette ouverture devrait surtout avoir lieu au lycée et non pas au collège pour des enfants de 11-12ans qui ne connaissent déjà rien à leur propre histoire. 10 % du temps consacré à l’enseignement de l’Histoire en 6ème est réservé aux civilisations indienne des Gupta ou chinoise des Han alors que, dans le même temps, les Mérovingiens disparaissent totalement du programme ! 10 % du temps consacré à ce même enseignement, en 5ème (soit autant que pour la séquence consacrée à l’Occident féodal des XI-XVème siècles), est réservé aux empires africains médiévaux du Monomotapa ou Songhaï.


L’intention est louable, évidemment. Mais force est de constater que cette ouverture se fait, concrètement, aux dépens de périodes majeures de notre histoire et avec elle, de personnages incontournables. Exit Clovis et Charles Martel ! Quant au règne de Louis XIV, il est relégué tout à la fin d’un programme considérable, beaucoup trop lourd et s’étendant sur plus de 1000 ans d’histoire mondiale. De fait, le règne du plus célèbre de nos rois a donc de fortes chances de n’être jamais enseigné aux jeunes élèves de douze ans. D’une part, il sera évoqué tout à la fin du mois de juin quand il n’y a plus personne dans les classes et, d’autre part, on sait bien que les professeurs n’arrivent à enseigner que 70% du programme (80% pour les meilleurs profs), ce qui signifie que la plupart des élèves n’entendront jamais parler de Louis XIV…


Pourquoi faire l’impasse sur un personnage central de notre histoire et qui a eu un rôle fondamental dans le cours de l’Histoire de notre pays, de l’Europe et même du monde ? Molière, mais aussi Turenne, Vauban, Jean Bart, Colbert, La Fontaine, Corneille, Racine, Pascal, La Bruyère, Boileau, Bossuet, Fénelon, Lully, Le Nôtre, Mansart : ces noms qui ont tant contribué au rayonnement de la France sont donc appelés à disparaître de la mémoire collective dans quelques décennies, engloutis à jamais dans les oubliettes de l’Histoire. Tous ces grands noms ne sont, en effet, pas mentionnés dans les derniers manuels de 5ème (Hachette Education et Hatier).


Riposte Laïque - En déconstruisant ainsi minutieusement l’enseignement de notre Histoire de France et donc la connaissance de notre mémoire collective, avec ses zones d’ombre et de lumière, ses failles et ses forces, ne craignez-vous pas que le ministère de l’Education nationale ait porté, en vérité, un très mauvais coup au puissant vecteur d’intégration qu’a représenté pour des générations entières d’enfants d’immigrés cet enseignement en France ?


Dimitri Casali : Il faut présenter aux élèves la complexité de ces hommes, inscrits dans leur époque, sans anachronisme ni mythologie. C’est justement l’étude de leur vie, de leurs actions, de leurs œuvres, de leurs façons de concevoir le monde qui les débarrassera des clichés, des stéréotypes et des images d’Épinal. L’histoire est toujours la meilleure réponse au mythe. « L’histoire est l’institutrice de la vie » écrivait Cicéron, elle est l’une des meilleures façons de former à la citoyenneté. Les auteurs des nouveaux programmes semblent oublier que c’est d’abord et avant tout l’enseignement de l’Histoire qui nous inculque le civisme, le respect des lois, le rôle d’un État, l’inscription dans une durée et dans une histoire collective, mais aussi des valeurs morales comme le goût de l’effort, de la solidarité, le sens de la dette et des générations. Notre culture est la base de notre vivre-ensemble.


Cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire de notre pays, celui où nous vivons et travaillons, quelle que soit notre origine géographique. La bonne connaissance de l’histoire hexagonale est une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société. L’histoire de nos grands hommes a facilité l’assimilation des populations immigrées depuis plus deux siècles, et ce avec succès. C’est avant tout grâce au rayonnement culturel et historique de la France, grâce au pouvoir d’attraction et de fascination que, de Mazarin à Romain Gary en passant par Gambetta, Félix Eboué, le bachaga Boualam et Gaston Monnerville, tous ces hommes ont passionnément aimé la France. Ils ont même accepté de se sacrifier pour leur nouveau pays. Et comme aimait le rappeler Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) : « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines… »


C’est tout cela que l’intelligentsia intellectuelle parisienne n’a pas compris : l’Histoire de notre pays a réussi à faciliter l’assimilation des populations immigrées depuis plus deux siècles avec succès.


Riposte Laïque - A force de brader tout ce qui fait le ciment de notre identité, la classe politique et certaines élites françaises n’auraient-elles pas finalement contribué à faire le lit du Front National en lui permettant d’être le seul à s’approprier aisément, depuis des décennies, le thème de l’identité nationale ?


Dimitri Casali : Déjà, depuis une trentaine d’années, nos élites ont fait le jeu des extrémismes comme si elles voulaient creuser un fossé sans cesse plus profond entre elles et le peuple français. Nous avons laissé le Front National s’emparer des symboles de la France, du drapeau tricolore jusqu’à Jeanne d’Arc. Il est devenu impossible d’arborer nos trois couleurs sans être soupçonné de sympathies extrémistes de même qu’il est impossible de mettre un drapeau français sur les couvertures de livres. Les maisons d’édition, trop craintives, refusent alors que dans tous les pays du monde, le drapeau national est déployé à la moindre occasion et sans aucune honte.


Un exemple récent, au Grand Journal de Canal +, Edwy Plenel s’en est pris à la Marseillaise en rabâchant de stupides contrevérités historiques. Et sur le plateau, tout le monde se mit à se gausser de notre hymne national en débitant des bêtises alors que dans le monde entier, notre hymne est connu pour être un chant de liberté et de libération. C’est dommage car ces émissions mal préparées assènent des contre-vérités historiques. Il n’y a pourtant rien de nauséabond dans le texte de la Marseillaise !


On a capitulé sur les valeurs de la France éternelle alors qu’il existe un modèle d’intégration basé sur l’Histoire, le Siècle des Lumières, la Déclaration des Droits de l’Homme. Comme le rappelait Marc Bloch : « Un Français ne peut pas comprendre son histoire s’il ne vibre pas à la fois à l’évocation du Sacre de Reims et à la Fête de la Fédération de 1790 ». Et effet, pour moi, l’Histoire de France est un bloc et il faut être capable d’éprouver de l’émotion à l’évocation des Rois de France et de la Révolution.


Riposte Laïque - Que reprochez-vous aux méthodes pédagogiques actuellement prônées par le ministère de l’Education nationale pour enseigner l’Histoire de France ? Que préconisez-vous pour remédier au massacre institutionnalisé des programmes et de l’enseignement de l’Histoire en France ?


Dimitri Casali : Il fallait essayer de faire intéresser des élèves qui avaient une répulsion de l’enseignement de l’Histoire. Je me suis rendu compte que quand on leur racontait l’Histoire avec enthousiasme et que l’on replaçait l’Homme au cœur de l’Histoire, on parvenait à faire naître en eux le goût de l’Histoire.


Or, l’enseignement de l’Histoire est désormais devenu celui d’une Histoire zapping. Une Histoire sans dates, réduite à des flashs. On parle, par exemple, d’août 1789 et non du 4 août 1789… Une Histoire désincarnée, déshumanisée où toute étude sérieuse de grands personnages est assimilée à une rétrograde culture de la personnalité. C’est une Histoire sans récit où l’élève s’improvise historien. Une Histoire thématique, d’inspiration universitaire.


Aujourd’hui, beaucoup de journalistes ou d’historiens oublient la première leçon de tout étudiant en première année d’histoire : toujours se replacer dans le contexte de l’époque qui n’a rien à voir avec nos représentations mentales d’aujourd’hui. Nos contemporains ont du mal à comprendre les représentations mentales de leurs ancêtres et donc ils ne peuvent pas comprendre les valeurs qui les animaient. Je pense, par exemple, aux soldats de la Grande Armée de Napoléon Ier : leur confiance et leur fierté d’appartenir à la Grande nation et de mourir pour leur pays semble bien risible de nos jours et pourtant….


Comment en est-on arrivé là ? Les manuels scolaires d’aujourd’hui sont tenus de suivre à la lettre les instructions de l’Education nationale. Depuis des années maintenant, ils ne cessent de s’alléger. Et si la médiocrité générale des manuels n’était que l’expression d’une crise plus profonde de l’éducation ? Face à la multiplication des sources d’informations et à la concurrence du multimédia, les éditeurs scolaires français sont perdus et font preuve d’un manque évident d’imagination et de créativité. Résultat : on n’y comprend rien tant les pages regorgent d’éléments visuels, avec toutes ces couleurs, des documents et des textes encadrés. Censée guider l’élève vers l’essentiel, la diversité graphique des manuels noie l’important dans l’accessoire et impose à l’œil des allers et retours continuels qui gênent le cheminement de la pensée au lieu de le favoriser. II devient exceptionnel de rencontrer un récit construit et articulé, propice à une simple lecture suivie. On peut s’inquiéter des effets de cette culture zapping : comment l’élève peut-il ainsi structurer son savoir ? Enfin une dernière critique : le jargon. Les auteurs professeurs d’aujourd’hui sont friands de logorrhées et autre sabir de pédagogue fumeux…


Riposte Laïque – Quels sont désormais vos projets d’avenir ?


Dimitri Casali : Aujourd’hui, mes efforts se concentrent sur des projets historiques pour le plus large public : téléfilms, multimédias, concerts de musique, notamment mon Opéra rock sur Napoléon. Un second Opéra rock sur toute l’Histoire de France est en cours de préparation. J’ai créé un nouveau concept Historock (www.historock.com) pour donner le goût de l’Histoire par la musique rock et nous sommes amplement encouragés dans notre démarche au vu de l’accueil chaleureux qu’elle rencontre chez les publics qui assistent à nos concerts. Dans les semaines et mois à venir, mon groupe et moi partirons en Belgique, en Allemagne, Londres donner des concerts et un énorme concert est prévu aux pieds des Invalides pour le 28 juin 2011… Enfin je prépare aussi plusieurs émissions d’histoire pour la télévision. Vive l’Histoire !

Propos recueillis par Bonapartine

Enregistrer au format PDF

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 19:20

 ecole publique

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------    

L’école publique, obligatoire et laïque :

réussites et fractures d’hier à aujourd’hui.

Ecole 1

 (L'école publique, vers 1950)

  « Vous tenez entre vos mains l’intelligence et l’âme de

      vos enfants. Vous êtes responsables de la patrie. »

 

Jean Jaurès, "Aux instituteurs et institutrices",           

La Dépêche de Toulouse, 15.01.1888.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------    

 

Au cours de l’été 2010, la première série d’entretiens du Blog Lessakele a conduit Bonapartine à nous livrer ses analyses et points de vue personnels sur les questions d’identité.

 

Une fois le brouhaha de la rentrée scolaire passé, l’arrivée de l’automne, saison où "la fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyr", C’est l’occasion rêvée de nous poser pour engager une seconde réflexion de fond sur le thème de l’école française.

 

Depuis plus de trente ans, l’école française fait couler beaucoup d’encre. Déjà en 1972,  Jean Piaget s’interrogeait en ces termes : « Où va l’Education ? ».

Parmi les quelques ouvrages qui engageaient une réflexion en profondeur sur les dérives observées dans le système éducatif français depuis une vingtaine d’années, citons pour mémoire :

 

¨     "L’enseignement en détresse"de Jacqueline de Romilly (Ed. Julliard, 1998),

¨     "Vers une école totalitaire ? L’enfance massifiée à l’école et dans la société" de Liliane Lurçat (Ed. François-Xavier de Guibert, 2ème édition, 2001),

¨     "Journal d’une institutrice clandestine" de Rachel Boutonnet                  (Ed. Ramsey, 2003),

¨     "Et vos enfants ne sauront pas lire …. ni compter, la faillite obstinée de l’école française" de Marc Le Bris (Ed. Stock, 2004),

¨      "Ces profs qu’on assassine" de Véronique Bouzou (Editeur Jean-Claude Gawsewitch, 2009).

 

Depuis une dizaine d’années, les acteurs de l’Education nationale ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur l’état de pourrissement interne du système scolaire français. Nous citerons, à titres d’exemples ici, les ouvrages suivants récemment parus : "J’ai mal à mon école" de Jean-Marc Louis (Ed. Presses de la Renaissance) ou encore "L’école de la honte" de Emilie Sapielak (Ed. Don Quichotte).

 

Pourquoi l’école publique et laïque française qui fut l’un des modèles les plus enviés au monde, est-elle si malade ? D’où viennent ses maux ? Se cantonnent-ils exclusivement à la sphère de la Maison Education nationale ? Existe-t-il des remèdes, Docteur ?

 

C’est à toutes ces questions que Bonapartine nous engage à réfléchir avec elle.

 

 

Introduction au cycle sur l’état de santé et l’avenir de l’école laïque, obligatoire et gratuite française.

 

 

 

 

Dossier sur l’école publique française

 

Blog Lessakele – Bonapartine, le Blog Lessakele engage

avec vous une réflexion de fond d’une durée de

plusieurs mois, sur l’institution scolaire publique et

laïque française, de l’école primaire jusqu’au lycée.

 

 

          

Ecole 1

                             L’école française des années 1950.


 

              

Blog Lessakele - A une époque où l’institution scolaire française est si décriée de ses contemporains et a tellement perdu de son aura sur la scène internationale, expliquez-nous pourquoi le thème de l’école vous passionne à ce point et donc ce qui vous conduit à nous livrer vos analyses nées de votre expérience professionnelle et de vos réflexions personnelles.

 

Aussi loin que je me souvienne, mon engouement pour l’école publique et laïque que j’ai fréquentée tout au long de ma scolarité, trouve sa source lointaine dans des circonstances particulières liées à mon enfance. J’ai été, en effet, pendant longtemps une enfant très fragile de santé. Etat de santé qui me conduira à ne quasiment pas poser les pieds à l’école maternelle, à être souvent absente de l’école primaire et à voir ma scolarité au collège ponctuée de périodes où je ne pouvais assister aux cours.

Chez moi, l’école occupait une place centrale et, de fait, l’environnement familial vous apprenait à respecter les enseignants, à travailler, y compris lorsqu’on était malade et autant, évidemment, que votre état de santé ne vous plongeait pas dans une incapacité totale de vous concentrer (cas de forte fièvre par exemple).

Dans ce contexte, j’ai très tôt compris que si je devais composer toute ma vie avec une santé aussi défaillante – ce que je croyais légitimement quand j’étais enfant -, il valait mieux pour moi que je compense en devenant, comme on disait alors, "une bonne élève à l’école". Ce qui fut le cas puisque je passais chaque fois dans la classe supérieure, sans encombre. Finalement et ce n’est pas le moindre des paradoxes, mon état de santé a fait naître en moi un goût marqué pour l’école, une soif d’apprendre et de comprendre. Mais je ne peux pas aborder ce chapitre sans souligner ici la disponibilité des mes institutrices qui ne comptaient pas leur temps pour tenir régulièrement informés mes parents de ce qui était étudié en classe. D’un accord commun, l’institutrice et ma mère avaient passé une sorte de pacte entre elles chaque fois que j’étais malade : ce qui était étudié en classe en Français et en Mathématiques était transmis chaque semaine (leçons et exercices compris) par l’enseignante et, afin d’alléger leur charge de travail, ma mère assurait, en retour, l’enseignement à domicile des disciplines d’éveil, particulièrement celui de l’Histoire qui recouvrait pour elle une importance majeure.

Cet engagement sans faille de mes institutrices à l’école primaire, en particulier, du C.P au C.M.1, a laissé en moi une empreinte indélébile faite à la fois d’admiration et de reconnaissance. Leur engagement fit assurément naître en moi le goût de l’étude et de la culture qui ne m’ont ensuite jamais quittée, notamment en classe de C.E.2 où j’ai été absente presque tout le premier trimestre après avoir failli perdre un rein. A l’époque, âgée de huit ans, j’ai clairement fait comprendre à mes parents qu’il "n’était pas question de redoubler" pour "ne pas perdre mes copines". Et je me souviendrai toute ma vie de ce que fut alors la décision de mon institutrice qui était aussi la directrice de l’école, devant mes parents : « Il ne faut jamais décevoir les qualités que recèle un tel caractère. Je ne dis que çà va être facile mais si vous en êtes d’accord, je vais vous accompagner pour qu’elle travaille, à son rythme et selon ce que son état de santé lui permettra de faire, chez vous. Quand elle reviendra en classe, je procéderai à un bilan individuel et elle reprendra le cours normal de sa scolarité. » Quand j’ai repris le cours normal de ma scolarité, en janvier, et malgré un traitement qui me fatiguait énormément et qui a duré plusieurs mois, j’ai retrouvé mes copines et mon institutrice quittée quelques mois plus tôt, fidèle au poste, dotée de cet incomparable talent de pédagogue doublé d’une approche psychologique inégalée de ses élèves.

Les instituteurs de l’époque n’étaient pas titulaires d’une licence et je ne suis pas certaine qu’ils avaient reçu à l’école normale une formation en psychologie de l’enfance. Mais leur métier, c’était toute leur vie. A la fin de l’année et au vu de mes résultats scolaires, le passage en C. M.1 n’a pas posé l’ombre d’une interrogation. Cette leçon de vie, je ne l’ai jamais oubliée et j’ai encore aujourd’hui en mémoire le visage de cette institutrice, à l’époque proche de la retraite. Alors, évidemment, il ne faut pas s’étonner qu’avec des instituteurs de cette trempe, j’ai accordé par la suite un très vif intérêt  à tout ce qui touchait, de près ou de loin, au thème de l’école.

Au collège, je tiens à préciser que j’ai également eu la chance d’avoir quelques professeurs d’une qualité humaine et d’une compétence pédagogiques rares. Ils avaient l’immense mérite de ne pas avoir la grosse tête. Leur enseignement était marqué du sceau de l’humilité et d’un humanisme qui, depuis, n’ont jamais cessé de m’accompagner. J’ai souvenir d’y avoir appris l’espagnol en chantant, apprécié la si contraignante rigueur du latin (J’ai fait sept ans de latin, de la 6ème qui était "une initiation au latin", à la classe de Terminale) dans le cadre d’un enseignement qui n’omettait jamais de se doubler de pages d’histoire qui donnaient du sens à l’héritage de la civilisation romaine, aimé sans compter découvrir la beauté de la langue française avec des professeurs qui, en classes de 6ème, 4ème et 3ème, étaient de toute évidence habités par la noblesse de ce qui reste une des plus belles langues au monde. La passion de l’écriture naît là, incontestablement, à l’âge de 13/14 ans. Mon attachement à la francophonie probablement aussi.

A l’époque, et sans aucunement minimiser les qualités de nos enseignants, aucun d’entre nous ne remettait en cause les programmes et il faut bien reconnaître que les équipes enseignantes n’étaient pas confrontées à la montée des revendications communautaristes apparues dès les années 1990.

Cette période ma scolarité, étant née quelques mois avant Mai 1968, n’est pourtant pas si lointaine ! Ce qui démontre bien que les difficultés que rencontrent actuellement nos enseignants viennent davantage de la démission progressive de nos ministres successifs dans le soutien apporté aux enseignants, que de la présumée absence d’engagement des enseignants pour leur métier comme je l’entends dire ici ou là. J’affirme simplement que quelques années après Mai 1968, il existait et il existe aujourd’hui encore, j’en suis persuadée, des enseignants de très grande valeur. Les maux actuels que rencontre notre institution scolaire sont bien plus profonds que ce que l’on peut en lire dans nombre d’articles de presse rédigés par des journalistes qui n’ont, la plupart  du temps jamais enseigné. Mais je ne m’attarde pas sur ce point car j’aurai l’occasion de revenir sur l’analyse de ces maux.

Par ailleurs, je dois également avouer que je suis parfois exaspérée d’entendre la génération des années 1950, voire celle d’avant guerre, répéter à l’envie : « Ah, de notre temps, nos instituteurs étaient hors norme, les élèves respectaient leurs instituteurs, on prenait un coup de règle sur les doigts mais on ne discutait pas …. » Ce que je ne nie nullement. Je ne pense pas, du reste, que "les coups de règles sur les doigts" aient été l’illustration de la meilleure pédagogie qui soit, à moins de considérer que "les coups de règle sur les doigts",  "les taloches" ou "les coups de pieds aux fesses" soient indissociables d’un enseignement de qualité. Et çà, c’est une conception de l’éducation autant que de l’enseignement que je condamne.

Voilà donc pour les motivations d’ordre personnel qui me conduisent à avoir accepté d’engager ce cycle sur l’école républicaine publique, laïque, obligatoire et gratuite.

 

Par la suite, j’ai moi-même exercé le métier d’institutrice avant de me réorienter vers l’enseignement à domicile. C’est là que ma réflexion s’est poursuivie, a mûri au fil du temps car on n’enseigne évidemment pas de la même façon au sein d’une classe que dans le cadre d’un enseignement individualisé à domicile.

 

C’est dans le cadre de mon activité enseignante que j’ai constaté à quel point les Français entretiennent une relation passionnelle avec l’école. Cette relation passionnelle est, à mon avis, étroitement liée à l’histoire de l’école en France. Une histoire ancienne, à une époque où bien avant Jules Ferry, le débat sur l’école publique ou privée faisait déjà rage puisque la distinction entre école privée/école publique qui se basait exclusivement, à l’origine, sur l’origine du financement (La loi Guizot de 1833) s’est finalement transformée en une opposition frontale et souvent violente sur la question de la laïcité. Finalement, dès le début du XIXème siècle, le thème de l’école révèle au grand jour une France complexe, profondément déchirée entre sa sensibilité profondément conservatrice d’une part et une France qui, sans le dire, aspire finalement au changement.

 

Après la Loi Falloux de 1850 qui affirme la liberté de l’enseignement et accordait aux congrégations religieuses une liberté totale d’enseignement, les Lois Ferry (1881, 1882 et 1886)  vont créer, dans un contexte extrêmement tendu entre les gouvernements républicains et l’Eglise catholique, l’école publique, obligatoire et laïque. La réalité de l’école publique, obligatoire et laïque nous paraît, de nos jours, une évidence à tous. Mais il faut tout de même se souvenir comment ce pays si conservateur est parvenu à imposer une école ouverte à tous, la radicalité avec laquelle les Jésuites furent expulsés. Le pays a vécu alors à l’heure d’une laïcisation, si j’ose dire, "à marches forcées".

 

           jules ferry

Jules Ferry

 

Au fond, rien ne prédestinait Jules Ferry, né dans une famille aisée et catholique de Saint Dié, à devenir à la fois le père de l’école gratuite, laïque et obligatoire, une figure on ne peut plus emblématique de la laïcité dans une conception spécifiquement française et, en fin de compte, l’un des fondateurs de l’identité républicaine française. J’ai le sentiment qu’en 2010, ceux de nos gamins qui crachent sur l’école française n’ont aucune idée de l’âpreté des combats qui ont été engagés, pour permettre à tous les enfants de France d’accéder à l’instruction. Que reste-t-il, au demeurant, des idéaux de l’école de Jules Ferry dans la France de 2010 ? C’est un point sur lequel je reviendrai au cours de nos entretiens avec le Blog Lessakele.

 

     l'école en 1880

L’école en 1880

 

 

Quoi qu’il en soit, l’actualité des quarante dernières années nous apprend que la France demeure profondément divisée sur la question de l’école, puisant à la fois ses racines dans le terreau de l’école libre loin d’avoir rendu son dernier souffle dans ce pays, et dans celui d’une école laïque, obligatoire et gratuite. Deux exemples pour mémoire :

 

1-    En 1984, le projet de loi Savary, alors Ministre de l’Education nationale, a pour objectif de créer un grand service public de l’éducation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai encore à ce jour aucune admiration pour François Mitterrand mais là, très honnêtement, ce n’était quand même pas ce que son gouvernement avait proposé de plus mauvais, bien au contraire. Et à bien des égards, si la gauche avait, de nos jours, ne serait-ce qu’un projet aussi ambitieux que celui de la loi Savary, on pourrait au moins se dire qu’elle a encore sa place dans le paysage politique français ! Bref, en attendant, quelle fut la réaction de toute une frange de la population française en 1984 ? Le 24.06.84 une manifestation, organisée notamment par les associations de parents de l’école libre, a rassemblé rien moins que deux millions de personnes à Paris.

 

2-    En 1993, François Bayrou ne trouve rien de pire, pour raviver ce que j’appelle "la guerre des deux écoles", que de défendre une proposition de loi qui prévoyait d’aménager la loi Falloux en autorisant les collectivités locales à subventionner les investissements des établissements privés sous contrat. Ce qui devait arriver se produisit : en janvier 1993, un million de personnes défilent pour défendre le financement de l’école publique.

 

Depuis, sont apparues d’autres problématiques liées au port des insignes religieux dans notre école publique. Question réglée par la loi de 2004.

 

On voit bien, au demeurant, que notre école est régulièrement montrée du doigt. Les résultats scolaires de nos élèves ne sont, de toute évidence, pas dignes de ce qui fut longtemps la meilleure école au monde, de surcroît longtemps érigée en modèle d’intégration. Incontestablement, ce modèle auquel, j’en demeure profondément convaincue, les Français restent très attachés, est en panne. Je ne le dis pas parce qu’on le lit régulièrement dans des rapports, des articles, des études alarmistes sur le sujet. Je me base uniquement sur ma pratique enseignante et la recoupe avec le témoignage de ce que vivent tant d’autres enseignants en poste sur l’ensemble de l’hexagone.

 

J’ai donc essayé de comprendre ce qui a conduit notre système scolaire à être à ce point rongé par des maux que je ne crois pas du tout irrémédiables mais qui, pour être soignés, nécessiteront de prendre des décisions et d’accepter des compromis certainement très douloureux pour tout le monde : élèves, parents, enseignants ainsi et peut-être surtout pour la lourde machine administrative de l’Education nationale dans son ensemble. Voilà ce qui m’a donc également conduit à démarrer ce long cycle de réflexion avec le Blog Lessakele.

 

Blog Lessakele – Bonapartine, vous  exercez votre métier dans des conditions, avec des moyens et selon une organisation et des démarches pédagogiques qui divergent fortement de celles dispensées dans le cadre d’un enseignement situé au sein d’un établissement public de l’Education nationale. En quoi l’enseignement à domicile vous confère-t-il à la fois moins de contraintes que celle liées au statut de fonctionnaire tout en vous imposant des obligations, un investissement personnel et une charge de travail qui n’en demeurent pas moins conséquents ?

 

a) Une intervention au domicile de l’élève :

 

Tout d’abord, dans le cadre d’un enseignement à domicile, vous intervenez directement au domicile de l’élève alors que les enseignements de l’Education nationale exercent leur métier dans le cadre d’établissements scolaires publics ou privés. A partir de là, il est évident que la nature du dialogue que vous instaurez avec le ou les parents que vous rencontrez sur leur lieu d’habitation n’est pas du tout le même que celui qui s’engage entre un enseignant qui reçoit des parents qui ont demandé un entretien ou qui ont été convoqués au sein de l‘enceinte scolaire.

 

D’une manière générale, le dialogue engagé entre un enseignant qui intervient à domicile et la famille de l’élève engendre moins de conflits que les contacts que peuvent avoir les enseignants fonctionnaires de  l’Education 

nationale.

 

 

 dialogue-parents-enseignants

 

Et ce pour plusieurs raisons :

 

1.     Les parents qui recourent à l’intervention d’une société d’enseignement à domicile ont tous, quel que soit leur milieu social, la préoccupation de ne pas voir leur enfant soit "en perte de niveau", soit "couler". Comprenez, dans ce dernier cas : "Le divorce avec l’institution scolaire est consommé. Notre enfant perd pied. L’enseignement à domicile est notre dernière chance."

 

Blog Lessakele – Comment réagissez-vous, en pareilles circonstances ?

 

Je pars du principe qu’il ne faut pas dévaloriser l’Education nationale devant les élèves et les parents. Je considère que notre intervention, dans le cadre d’un enseignement à domicile, doit être complémentaire de celle des enseignants de l’Education nationale. Ce qui signifie qu’il est indispensable, en toutes circonstances, de s’abstenir de tout commentaire personnel devant l’élève ou la famille, par exemple  sur la démarche pédagogique adoptée par l’enseignant de l’établissement où est scolarisé l’élève. Il n’est, de plus, jamais judicieux d’alimenter les angoisses des familles. Dans ce contexte, je me limite donc à discuter du projet pédagogique auquel je pense et si la famille insiste, je lui explique alors poliment que les enseignants sont tenus de respecter un devoir de réserve qui ne leur permet pas de commenter le fonctionnement interne de l’institution scolaire.

 

2.     L’enseignant à domicile remplit certes des bilans adressés par la société à la famille mais ceux-ci n’ont, en aucun cas, valeur de bulletin scolaire. Par définition, un bilan envoyé aux parents par un enseignant à domicile ne mentionne pas : "Y n’a pas fait signer son contrôle ou son carnet de correspondance", "Satisfaisant mais peut mieux faire", "Des progrès mais le niveau d’ensemble reste insuffisant". Il arrive d’ailleurs qu’à la réception du bulletin scolaire, les parents interprètent parfois ces appréciations comme un jugement de valeur de leur personne exprimé à travers leur enfant, à tort ou à raison.

 

3.     L’enseignant à domicile évalue régulièrement ses élèves selon des modalités qui sont rarement sanctionnées par des notes. De surcroît, nous disposons de plus de temps pour expliquer chaque fois aux familles sur quels points notionnels, méthodologiques ou comportementaux l’élève est en progrès et, à l’inverse, ce qui doit être amélioré par l’élève. Ce temps consacré au dialogue avec les familles et l’élève est de nature à désamorcer considérablement ce qui pourrait être source de conflit dans d’autres circonstances.

 

 

 

 

b) Un statut plus souple que le statut de fonctionnaire :

 

Dans le cadre d’un enseignement à domicile, l’enseignant dispose incontestablement d’un cadre de travail moins contraignant que celui qu’impose le statut de fonctionnaire. Quel que soit, en effet, le niveau scolaire sur lequel vous intervenez, vous n’êtes pas lié (ée) à la hiérarchie et à l’administration de l’Education nationale. Aucun inspecteur ne procède à une inspection et vous n’êtes rattaché (ée) à aucune direction d’école ni à aucune équipe pédagogique. Pour autant, vous êtes tout de même comptable de votre travail : chaque société, du moins celles pour le compte desquelles j’interviens et à des degrés plus ou moins importants, il est vrai, vous demande de dresser régulièrement un bilan des cours adressé ensuite aux parents (dates des cours, discipline, titre de la leçon, démarche pédagogique proposée, synthèse des points forts et/ou faibles de l’élève ….) et j’ai régulièrement des contacts avec les responsables pour rendre également un bilan pédagogique en fonction de la situation de chaque élève (projet pédagogique mis en place, situation scolaire de départ de l’élève, progrès scolaires ou pas, qualité de la relation avec la famille, évolution du projet pédagogique ….). Ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas croire que le fait de travailler pour des sociétés privées d’enseignement à domicile vous dispense de rendre des comptes comme je le lis parfois ici ou là dans certains articles de presse.

 

c) Une autonomie pédagogique plus grande :

 

Liberté également en ce qui concerne la démarche pédagogique : l’enseignement à domicileimpose de concevoir pour chaque élève un projet pédagogique spécifiquement adapté tant à la personnalité de chaque élève qu’à ses difficultés scolaires personnelles. Cette démarche de travail s’apparente davantage à celle qui était également adoptée par les enseignants des classes d’adaptation qui, dès la grande section de maternelle et à l’école primaire, suivaient des élèves en très grande difficulté scolaire, détachés de leur classe de rattachement une ou deux heures par semaine. A cette différence près que là, vous élaborez un projet pédagogique individuel pour chaque élève, qu’il soit scolarisé dans le primaire ou dans le secondaire, qu’il ait des difficultés scolaires ou pas. Je dis "qu’il ait des difficultés scolaires ou pas" car je rappelle que tous les élèves auprès desquels interviennent les enseignants à domicile, contrairement à une idée faussement reçue et habilement véhiculée par ceux qui voient dans l’enseignement à domicile un dangereux concurrent à l’école publique et laïque et ont donc parfois tout intérêt à répandre des rumeurs infondées, ne sont pas forcément, comme je l’ai déjà entendu dire, hélas, des "élèves délinquants" ou des élèves "en échec scolaire". Certains élèves ne rencontrent absolument aucune difficulté scolaire majeure. Simplement, par manque de volonté ou de maturité, ils ne voient pas forcément l’intérêt de fournir des efforts ou d’effectuer un travail régulier là où un minimum de travail leur permet d’obtenir des résultats satisfaisants. D’où la demande des parents d’assurer un suivi régulier du travail scolaire afin d’encourager leur enfant à obtenir des résultats scolaires nettement plus élevés que ceux dont se contenterait leur adolescent.

 

Blog Lessakele – Comment procédez-vous, dans ce cadre, pour mettre en place un projet pédagogique adapté à chaque élève ?

 

J’élabore le projet pédagogique, chaque fois après avoir procédé à engagé un dialogue approfondi avec les parents, observé les bulletins scolaires et cahiers de l’élève et enfin procédé à une évaluation écrite proposée à l’élève dès ma première intervention au domicile des parents.

Pour cibler au plus près des besoins de l’enfant ou de l’adolescent l’évaluation écrite, il faut être très attentif à ce que vous disent les parents dès votre premier contact téléphonique.

Ensuite et en général au terme d’une heure et demie consacrée au dialogue avec les parents et l’élève mais aussi à l’évaluation écrite, je propose les grandes lignes d’un projet pédagogique. Je tiens compte de la nature et du degré des difficultés rencontrées par l’élève (L’élève a-t-il des lacunes en grammaire ? L’élève a-t-il simplement des difficultés pour se concentrer qui ont des répercussions sur ses résultats scolaires ? …. ), des attentes de l’élève, du souhait ou des exigences des parents. Evidemment, quand un élève éprouve une très grande révulsion à l’égard e l’institution scolaire, ma démarche sera encore différente de celle précédemment annoncée. Parfois, il faut prioritairement trouver le moyen de redonner le goût de l’école à l’élève en lui permettant de retrouver, par exemple, confiance en lui.

 

Une fois le diagnostic des besoins de l’élève établi le plus rigoureusement possible, je rédige un projet pédagogique individualisé et le soumet, lors du cours suivant, aux parents qui l’approuvent point par point ou pas. Si certains points sont sujets à discussion, nous négocions alors sur les points qui peuvent faire l’objet de divergences. Ce qui est par ailleurs relativement rare.

 

Le projet pédagogique que j’élabore, pour ma part, se construit en plusieurs chapitres :

 

1-    Le niveau de départ de l’élève : il s’établit sur la base des bulletins scolaires, des contrôles et cahiers de l’élève, du dialogue établi avec l’élève et les parents.

 

2-    Les goûts et/ou passions de l’élève : il n’est pas rare de rencontrer des adolescents en rupture avec l’institution scolaire, témoigner de véritables facultés de tolérance, développer des trésors de sérénité dont ils semblent incapables à l’école ou attester d’un don X ou Y dès qu’ils sont dans une activité qui mobilise particulièrement leurs énergies. C’est parfois d’un grand secours de connaître ce qui est seul capable de mobiliser l’élève dans une démarche de mise en valeur de ses aptitudes, sachant que le projet pédagogique devra être plus ou moins centré sur les thématiques qui l’intéressent.

 

3-    La nature et le degré de difficulté de l’élève :

 

o   La nature des difficultés de l’élève – Les difficultés de l’élève sont-elles :

 

§  uniquement d’ordre notionnel (savoir) ?

§  davantage d’ordre méthodologique (savoir-faire) ?

§  comportementales (savoir-être) ?

§  ou plusieurs de celles-ci à la fois ?

 

o   En ce qui concerne le degré des difficultés de l’élève, l’évaluation donne des renseignements précieux qu’il appartient à l’enseignant d’analyser dans le détail.

 

o   Je réserve un chapitre consacré aux points forts de l’élève, selon la même démarche précisée précédemment :

 

§  d’ordre notionnel,

§  d’ordre méthodologique,

§  d’ordre comportemental : un élève, par exemple, qui révèle un caractère opiniâtre ou une passion pour un hobby en particulier sont des données à ne jamais négliger pour mettre en place la pédagogie la plus adaptée qui soit à ses besoins. A titre d’exemple, si vous êtes face à un élève qui semble complètement rejeter les enseignements scolaires mais qui enchaîne les compétitions de judo avec une fougue qui stupéfie son entourage, il est non seulement possible mais de surcroît surtout tout à fait recommandé d’élaborer un projet pédagogique sur la thématique du judo.

 

4-    Les objectifs à atteindre : tout dépend de l’élève que vous avez en face de vous. Si c’est un élève bien intégré dans le groupe scolaire, en général, les objectifs prioritaires sont d’ordre notionnel ou méthodologique.  Plus compliqués sont les objectifs d’ordre comportemental car ils touchent directement aux confins de la psychologie de l’enfance ou de l’adolescence. On ne propose en effet pas le même projet pédagogique à un (e) élève déscolarisé qu’à un (e) élève scolarisé (e) mais qui a perdu toute confiance en lui. Dans ce cas, mieux vaut avoir, dans ce cas, de solides bases en psychologie de l’enfance et de l’adolescence car il est évident que, à ce stade là, la pédagogie ne se suffit pas à elle seule !

 

5-    Les moyens à mettre en œuvre et/ou les modalités d’accompagnement : ils sont fixés en fonction des constats dressés précédemment et ne sont pas toujours exclusivement d’ordre pédagogique. Par exemple, il est possible, en dehors des moyens mis en place par l’enseignant, de proposer à la famille d’inscrire une enfant d’une timidité maladive au cours de théâtre prévu par la municipalité et, le plus souvent gratuit. Et je vous garantis que pour avoir vécu cette expérience avec l’une des mes très anciennes élèves, c’est une démarche qui, menée sur plusieurs années, donne des résultats édifiants.

 

6-    L’évaluation – Ici, il faut réfléchir à :

 

o   Fait-elle peur à l’élève ? Lui rappelle-t-elle ce qu’il vit en classe ? Dans ce cas, dans un premier temps du moins, il faut éviter de recourir à l’évaluation et donner la priorité aux objectifs d’ordre comportemental.

o   La périodicité de l’évaluation

o   la nature de l’évaluation

o   le temps consacré à l’évaluation

o   les critères d’évaluation

 

Vous voyez bien que la démarche de travail d’un enseignant à domicile n’a rien à voir avec celle d’un enseignant en poste à l’Education nationale. Il est évident que dans une classe banale, une enseignant ne peut pas élaborer un projet individuel pour chacun des ses élèves et,  à plus forte raison, sur un panel de plusieurs classes.

Par ailleurs, chacun comprendra également que contrairement aux idées préconçues, une fois de plus, un enseignement à domicile digne de ce nom et mené de manière responsable nécessite beaucoup de travail et d’investissement personnels.

 

Quoi qu’il en soit, l’évaluation demeure un des sujets les plus complexes à traiter, qu’il s’agisse de l’évaluation des élèves ou des enseignants à laquelle je crois beaucoup, à condition d’être menée intelligemment et en fonction des problématiques de terrain spécifiques à chaque région.

 

d) Une mobilité d’intervention géographique plus diversifiée :

 

Il faut accepter d’intervenir sur plusieurs points de votre département, voire sur un département voisin du vôtre.

A partir de là, soit vous vivez en province et l’usage d’une voiture est incontournable. Soit vous vivez dans une banlieue et il reste possible de se déplacer en transports en commun, à la seule condition néanmoins que votre région soit vraiment bien desservie.

 

e) Des contraintes horaires qui ne correspondent pas à tous les modes de vie et/ou à toutes les configurations de vie familiales :

 

Enseigner à domicile vous conduit, dans la majorité des cas, à travailler en dehors des horaires de l’Education nationale. A partir de là, les journées du mercredi et du samedi sont très chargées. Pour ma part, je rentre rarement avant 19h00 ou 20h00 chez moi les lundi, mardi, jeudi et vendredi et samedi soirs de la semaine.

L’enseignant à domicile peut aussi faire le choix d’accepter de signer un contrat sur un cours où la famille ne choisit que le dimanche comme jour d’intervention. Mais en tout état de cause, personne ne vous oblige à accepter de signer un contrat à l’année sur un cours qui a lieu le dimanche.

Vous pouvez également être amené à intervenir un jour férié. Et dans la mesure où vous avez déjà signé, cette fois-ci, un contrat avec la famille, il est toujours délicat de rejeter la demande d’une famille. Néanmoins, je rassure tout le monde, je n’ai jamais rencontré une famille qui me demandait de donner cours le jour de Nöel. En revanche, j’ai donné, par exemple, cours le 11 novembre dernier. Je sais que cela choquera certaines personnes mais en temps de crise, peut-on véritablement se permettre de refuser de travailler, y compris un jour férié comme le 11 novembre ?

 

Ces créneaux horaires ne sont toutefois pas figés dans le marbre. Ainsi, dans le cadre d’interventions auprès d’élèves au lycée, il est possible d’intervenir un matin ou un après-midi où l’élève n’a pas cours, ou plus tôt dans l’après-midi si ces cours se terminent à 14h00 ou 15h00. Ce qui vous permet aussi de rentrer plus tôt dans la soirée. De plus, un enseignant à domicile peut être amené à intervenir auprès d’un élève déscolarisé ou momentanément non scolarisé pour raison de santé, et donc travailler le matin. Ces types d’intervention sont néanmoins beaucoup plus rares.

 

Enfin, vous avez également la possibilité de travailler pendant la période des vacances scolaires (exemple : celle de Pâques) dans un cadre, cette fois-ci très différent et après en avoir fait la demande auprès de la société qui vous emploie : la préparation aux épreuves, par exemple, du Brevet des Collèges dans la discipline qui est la vôtre, où vous intervenez alors auprès de petits groupes d’adolescents, en général dans les locaux de la société.

 

Alors, évidemment, une fois ces données intégrées, tout dépend de votre vie familiale. Il est évident que ces horaires ne sont pas adaptés à une femme ou un homme qui élèverait seul (e) un ou plusieurs enfants. Elles le sont davantage à une personne célibataire sans enfants.

Maintenant, si vous vivez en couple avec un ou plusieurs enfants, vous pouvez faire le choix de ces horaires si votre mari ou conjoint adapte ses horaires aux vôtres. Il peut être bénéfique, pour des enfants, de voir leur mère les accompagner chaque matin à l’école et déjeuner avec eux plusieurs jours de la semaine, puis voir leur père prendre le relais le soir et le samedi ; le dimanche étant alors réservé exclusivement à la vie familiale.

 

Blog Lessakele - De quels milieux sociaux sont issues les familles auprès desquelles vous intervenez ?

 

Les familles auprès desquelles j’interviens sont issues de tous les milieux sociaux, même si pour la plupart d’entre elles, elles appartiennent aux classes moyennes. Néanmoins, j’insiste sur le fait que la demande de cours d’enseignement privé n’est pas réservée aux familles dites "riches", si tant est, du reste, qu’il faudra m’expliquer à partir de quel moment une famille peut être qualifiée de "riche" de nos jours. Contrairement à ce qu’affirmait, voici quelques années, une élue socialiste que je ne nommerai pas, la demande de cours particuliers n’est pas exclusivement celle des milieux dits aisés. A titre d’exemple, je connais, parmi mes élèves, deux familles où l’un des parents a été frappé par le chômage et qui, malgré tout, ont fait le choix de se priver de vacances durant toute l’année pour pouvoir continuer à payer des cours privés à leur enfant ou adolescent. Elèves avec lesquels je travaille respectivement depuis plus de deux ans maintenant.

 

Indépendamment de ce que j’observe, il  faut savoir que la demande de cours particuliers explose depuis quelques années et ce malgré la grave crise économique qui a frappé de plein fouet la société française. Une fois cette vérité rappelée, l’Education nationale sera bien obligée de s’interroger sur les causes réelles d’une telle évolution et de se demander pourquoi les familles préfèrent, parfois au prix de sacrifices financiers non négligeables, permettre à leurs enfants de bénéficier de cours privés ! Le tout sachant que tous les élèves que je rencontre sont actuellement scolarisés dans un établissement d’enseignement public …

 

Blog Lessakele - A qui s’adresse cette nouvelle série d’entretiens ?

 

A tout le monde, sans aucune exclusive. Je n’ai en effet pas pour habitude de m’engager dans un processus de réflexion en le destinant d’emblée prioritairement, voire exclusivement à un public précisément ciblé qui, en l’occurrence, aurait été un public enseignant. C’eût été là faire le choix d’exclure plusieurs franges de la population française, d’une démarche d’observation et de réflexion qui engage pourtant, par définition, tous les acteurs de la société française : parents, enfants, enseignants en particulier et acteurs du système éducatif en général, éducateurs, médecins et psychologues, employeurs potentiels, acteurs de la réinsertion, magistrats ….

A partir de là, il faut aussi être conscient que le choix qui consiste à ouvrir à tous les publics directement concernés, ou plus simplement à des publics curieux d’engager une réflexion menée à titre davantage privé, une série d’entretiens sur le thème très vaste et complexe de l’institution scolaire française, implique de s’exprimer dans un registre de langue parfois, par exemple, nettement moins technique que ce qu’il aurait dû être si j’avais choisis de ne m’adresser qu’à un public d’enseignants, averti et parfaitement connaisseur du système éducatif français, de son histoire, de ses courants et de ses méthodes pédagogiques, des rouages de son mode de fonctionnement, de la sociologie des publics accueillis … En matière pédagogique, par exemple, j’ai été conduite, au cours de la rédaction de la réponse écrite à certaines questions de cette série d’entretiens, soit à donner une définition des termes employés –définition destinée aux personnes novices -, soit à éviter des développements qui auraient peut-être risqué de lasser ceux de nos lecteurs qui n’ont jamais exercé le métier d’enseignant.

C’est une démarche qui me paraît cohérente et surtout respectueuse de tous les lecteurs du Blog Lessakele. Chacun de nous peut en effet parfaitement maîtriser la terminologie du langage informatique, médical, juridique …. sans rien maîtriser de la terminologie employée dans le domaine de la pédagogie. Et à l’inverse, le meilleur connaisseur du monde éducatif peut tout ignorer de la terminologie du langage usité en sociologie, en médecine, en botanique, en mécanique, en mercatique ….. Ce qui montre bien, au passage que, quel que soit ce que l’on est au plan humain et/ou professionnel, quel que soit ce que l’on ait fait dans sa vie et/ou de sa vie, la plus précieuse des qualités dont doit être habité chacun de nous est l’humilité. Je le dis car rien ne m’exaspère plus que d’entendre ce discours devenu hélas trop fréquent dans nos sociétés occidentales noyées dans un océan de suffisance qui risque, à terme, de les perdre : "Celle-là, celui-là, elle n’est rien dans tel milieu professionnel … " Ce n’est pas vrai, cela n’existe pas les êtres humains qui "ne sont rien", que ce soit dans leur milieu professionnel ou dans leur vie privée. Il n’y a seulement que des êtres humains devenus adultes à qui, alors qu’ils étaient enfants, d’autres adultes ont souvent fait croire qu’ils ne seraient jamais rien dans la vie … et donc qu’ils ne feraient rien de leur vie.

Quoi qu’il en soit, dans l’acte d’écriture comme dans les actes de nos vies respectives, chacun de nous doit avoir présente à l’esprit l’idée que son interlocuteur, son interlocutrice excelle peut-être dans un domaine dont l’auteur ignore tout. Et surtout dans un domaine dont l’auteur, même avec la meilleure volonté du monde, ne parviendrait jamais à atteindre une moyenne tout juste suffisante, tout juste acceptable pour devenir au moins "respectable" aux yeux de notre société noyautée par les ingrédients de la décadence. D’où l’impérative nécessité de simplifier au maximum le registre dans lequel nous nous exprimons quotidiennement. Du moins est-ce ma conviction profonde.

 

Blog Lessakele – Le mois prochain, sur quel sujet portera le premier chapitre de ce cycle "Education nationale" ?

 

 

Le mois prochain, je procèderai à une analyse détaillée du niveau scolaire de nos élèves, de l’école primaire à la classe de Terminale. Je baserai ma réflexion à la fois sur ma pratique enseignante, sur des témoignages, des rapports ou articles fiables ainsi que sur l’examen des résultats des évaluations nationales soumises notamment aux élèves de C.M.2 en France.


Partager cet article
Repost0
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 07:39

 

 

 

Deux appels à gauche pour soutenir les partisans d'un boycott de produits israéliens

 

Michel Rocard, Olivier Besancenot, Cécile Duflot, Catherine Tasca, Pierre Laurent, Stéphane Hessel, Edgar Morin, Daniel Cohn-Bendit et tant d'autres, appellent au soutien des militants de BDS, dont Alima Boumediene-Thiery (Sénatrice-Verts-Hamas) et Omar Slaouti (NPA) sur le point d'être jugés pour atteinte aux fondements républicains contre la discrimination raciale et économique.  

http://www.liberation.fr/politiques/01012295680-deux-appels-a-gauche-pour-soutenir-les-partisans-d-un-boycott-de-produits-israeliens

 

Le programme de politique étrangère du PS : délégitimateur et pourfendeur d'Israël

banner Bonapartine1

 

 

Le Parti socialiste ne fera rien pour favoriser le dialogue ou la paix, mais tentera de faire le plein de voix antisionistes... (Gad). Il s'agit d'un programme de dénonciation du précédent et actuel, qui se contente de pointer des failles à l'égard de la bienpensance et de faire exactement le contraire, plutôt que d'oeuvrer à la stabilité des échanges, tout en prenant le risque d'innover. Ou le socialisme, cet éternel adolescent immature...


Le samedi 09 octobre 2010, la Convention du Parti Socialiste a réuni ses caciques pour présenter non pas un programme mais un projet informe de mesures aussi générales que généralistes en matière de politique internationale. Des caciques tous plus connus les uns que les autres, tous plus noyés dans le lit douillet de l’utopie bienpensante.

Plus de 55.000 adhérents s’étaient néanmoins déplacés pour s’abreuver des inepties contenues dans les contributions présentées par les leaders du Parti Socialiste. Certes, vous me direz, 55.000 adhérents sur des dizaines de millions d’électeurs, pas de quoi être effrayé. Mais quand même, jugeons sur pièce ……

 

Un exemple : le conflit israélo-palestinien.

Sortant ses muscles de Monsieur Propre, Laurent Fabius, probablement pris d’une fièvre nerveuse incontrôlable à l’encontre de cet "épouvantable" gouvernement israélien, déclarera : "Nous romprons avec l'indulgence excessive du gouvernement français envers le pouvoir israélien à qui nous dirons qu'il devra quitter rapidement les territoires colonisés." (Tiens, çà me rappelle la tonalité des articles de Mohamed Sifaoui …)

La dite déclaration aurait-elle en fin de compte été jugée excessive et si oui, par qui ? Personne ne le dira. Toujours est-il qu’au final, voici ce que chaque citoyen de ce pays curieux de s’informer de l’actualité du Parti Socialiste – et cela ne nécessite pas d’être forcément inscrit au Parti Socialiste ou de voter "à gauche" – peut désormais lire dans le texte adopté à l’unanimité par la Conseil national "La Nouvelle donne internationale et européenne" : "Concernant le conflit israélo-palestinien, la France avait pris sur cette question des positions justes et courageuses. Elle renvoie depuis 2007 un message souvent brouillé. La détermination affichée par le président Obama peut ouvrir de nouveau la perspective d’avances vers la paix. Conformément aux résolutions des Nations Unies et à la position que défend l’Union européenne, Israël devra pouvoir bénéficier du droit à exister en paix et en sécurité et les Palestiniens à un Etat viable. Ces droits devront être garantis. Israël doit mettre fin dès maintenant à la colonisation dans les territoires palestiniens. Nous accompagnerons les initiatives prises en ce sens pour trouver enfin une solution pacifique et durable. Nous sommes convaincus que tout progrès durable passera par le dialogue avec l’ensemble des protagonistes."

Disparue donc de la version finale la référence à "l’indulgence excessive du gouvernement français envers le pouvoir israélien" ! Place au droit à la sécurité de l’Etat d’Israël. Merci pour cet Etat que le monde entier flingue à longueur de temps mais c’est bien le minimum que pouvait avancer le Parti Socialiste. On espère au moins que le Parti Socialiste est sincère ... Car, au fond, pourquoi ne pas dire les choses telles qu’elles sont dans l’esprit de ce parti : que représente le vote de 600.000 citoyens juifs en France ? Une bagatelle probablement, surtout si l’on considère que tous ne votent pas à gauche. Ne sont-ce pas là les calculs de basse politique politicienne auxquels se livre, en vérité, le Parti Socialiste ?

En dehors du fait qu’un bon élève de classe de Terminale aurait pu rendre la même copie sur le rêve de paix que chacun souhaiterait enfin voir se réaliser au Proche-Orient, la réalité imposerait au Parti Socialiste de ne pas perdre la mémoire trop vite d’une part, de faire preuve de réalisme d’autre part.

Souvenons-nous. Le 26.02.00, Lionel Jospin, quelques heures après sa visite à l’Université de Birzeit en Cisjordanie, se fait caillasser par des étudiants palestiniens en colère. Son "crime" ? Avoir osé prononcer les mots qui fâchent en qualifiant le Hezbollah de "mouvement terroriste". C’est l’une des trop rares actions courageuses que je mets encore aujourd’hui au crédit de Lionel Jospin. La suite, on la connaît … et sur ce point, malheureusement l’histoire lui a donné raison. En juillet 2006, le Hezbollah lançait une attaque contre une unité de l’armée israélienne, déclenchant ainsi une opération militaire d’envergure de l’armée israélienne.

Dans ces circonstances, le Parti Socialiste n’aurait pas dû, ce 09.10.10, se limiter seulement à répéter ce que l’ensemble du monde progressiste s’accorde à reconnaître volontiers, à savoir qu’"Israël devra pouvoir bénéficier du droit à exister en paix et en sécurité avec les Palestiniens à un Etat viable". Non, en ce samedi ensoleillé 09.10.10, le Parti Socialiste aurait plutôt dû avoir le cran d’annoncer à ses militants et adhérents ce que la diplomatie française, en cas d’hypothétique victoire du Parti Socialiste en 2012, allait proposer, de concert avec l’Union européenne, pour affaiblir le Hezbollah dont plus personne n’ignore les méthodes criminelles (constitution de boucliers humains afin de faire le plus grand nombre de victimes parmi les femmes et les enfants, politique d’endoctrinement quotidien des Libanais et de la population arabe par le biais de la télévision Al-Manar, tentatives incessantes de faire échouer les tentatives de reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens depuis l’élection de Mahmoud Abbas ….). Plus courageux encore aurait été que le Parti Socialiste annonçât l’orientation que la diplomatie française adopterait vis-à-vis du Hamas en 2012. Mais le Parti Socialiste a-t-il au moins des solutions à proposer ? Pas sûr. Maîtrise-il toutes les données du conflit israélo-palestinien ? A voir.

Quoi qu’il en soit, en attendant de se pencher sérieusement sur ce que devrait être l’action de la diplomatie française auprès des instances européennes et de nos alliés américains pour trouver une voie de sortie pacifique au dossier israélo-palestinien, le Parti Socialiste se cantonne à édicter de vagues généralités, du genre : "Nous sommes convaincus que tout progrès durable passera par le dialogue avec l’ensemble des protagonistes". Habile méthode pour endormir les foules ! Tout le monde comprend ce qu’il veut sans jamais entrevoir l’ombre d’un programme diplomatique digne de ce nom. De quels protagonistes parle le Parti Socialiste précisément ici ? Du Hezbollah ? Du Hamas ? Des gouvernements syrien, égyptien, jordanien ? Du gouvernement israélien, quelle que soit sa couleur politique en 2012 ? De Mahmoud Abbas ? Ou de tout ce beau monde réuni autour d’une table tout en sachant qu’il ne s’agit là que d’un songe ? Et l’Iran là-dedans ? Que fait-on de l’Hitler musulman qui sévit en Iran, menace de faire disparaître de la carte l’Etat d’Israël ? Mais non, vous n’y êtes pas ! En réalité, le Parti Socialiste, lui, a trouvé la "solution" pour sortir du nucléaire iranien sans jamais dire comment le peuple perse qui est, rappelons-le, l’héritier d’une des plus brillantes civilisations au monde, peut espérer, un jour, se libérer du joug de cet infâme pouvoir : "Nous devons imaginer les contours d’un règlement négocié, impliquant des engagements réciproques d’autres Etats de la région. C’est en ce sens que nous agirons, en conformité avec les décisions de l’O.N.U". Comment le tout petit Parti Socialiste français réussirait-il à obtenir du fou dangereux qui est à la tête de l’Iran, ce que le Président Obama n’est pas parvenu à obtenir ? La France n’est plus, hélas, la première puissance mondiale comme elle le fut jadis, de Louis XIV à Napoléon Ier. En d’autres termes, elle n’a plus actuellement les moyens de peser tant sur les décisions du gouvernement iranien que sur celles du gouvernement américain ou celles de l’Organisation des Nations-Unies. L’O.N.U dont on peut du reste se demander encore à quoi elle sert quand on voit la nullité des effets produits par ses résolutions dans le dossier iranien depuis 2006.

Alors, le Parti Socialiste aurait-il perdu la mémoire. Mais non ! Simplement, que ne ferait pas actuellement le Parti Socialiste pour gagner un maximum de voix en vue des prochaine élections présidentielles ? Cinq millions de voix de musulmans à récupérer, c’est toujours çà de pris, non ? C’est aussi peut-être prendre les Musulmans de France un peu trop vite pour des cons, non ? Car rien n’est moins certain que le vote des citoyens français de confession musulmane se reporte à ce point en masse sur le candidat socialiste en 2012.

Mais ce qui est en fin de compte très grave dans ce jeu de manipulation mentale de masse exercé par le Parti Socialiste qui continue encore à faire croire aux électeurs français qu’avec lui, le monde va enfin connaître une nouvelle ère de prospérité et de paix, c’est qu’à force de ne pas apporter de solutions crédibles et concrètes au conflit israélo-palestinien qui n’a fait verser que trop de sang tant côté israélien que palestinien, à force de dresser indirectement les uns contre les autres les concitoyens français de confession juive ou musulmane, les esprits se radicaliseront à  terme en France, davantage encore que ce n’est déjà le cas. Les communautarismes se développeront de manière irréversible jusqu’au point de non retour car personne n’ignore que dans un monde globalisé comme le nôtre, les conflits armés ont tôt ou tard des répercussions négatives sur les esprits en France. Alors, à ce moment-là, le Front National n’aura plus qu’à se servir. Hélas ! Voilà où conduiront les discours aussi lénifiants qu’irresponsables du Parti Socialiste !

Bonapartine.

 

 

LEMONDE.FR | 09.10.10 | 14h59  •  Mis à jour le 09.10.10 | 15h06 

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 10:01

 

 

banner Bonapartine1

Interview de Paul LANDAU par Bonapartine

 

      Pour © 2010 lessakele et  © 2010 aschkel.info

 

 

Paul Landau : « Face à l’islamisation, nous assistons à un réveil des peuples européens. »

 

Paul Landau est un écrivain et chercheur franco-israélien, spécialiste des mouvements islamistes. Auteur d’un Rapport sur l’Union des Organisations islamiques de France intitulé "Le vrai visage de l’UOIF", remis par le Centre Simon Wiesenthal en octobre 2004 au Ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin.

En 2005 est publié aux éditions du Rocher "Le Sabre et le Coran, Tariq Ramadan et les frères musulmans à la conquête de l’Europe", dont il dira dans une interview donnée à Roger Heurtebise le 21.10.08 : "Je me suis intéressé à l’islamisme après le 11 septembre 2001. J’ai voulu comprendre la genèse du phénomène Al-Qaïda, ce qui m’a conduit à étudier le mouvement des frères musulmans, leur histoire, leur stratégie et leur implantation en Europe …"

En 2007, les éditions du Rocher publient un second essai "Pour Allah jusqu’à la mort",  dans lequel Paul Landau ouvrira" des pistes de compréhension sur les causes de l’engagement" (article de J.F Chabot du 09.09.08) de plusieurs jeunes convertis à un islam radical à travers l’Europe, les Etats-Unis et l’Australie. Essai dont il fera une présentation détaillée lors d’une conférence donnée à l’Association France Israël le 16.06.09.

Dans la présente interview, Paul Landau nous livre ses analyses sur l’actualité de ces derniers mois en France et en Israël.

 

Bonjour Paul,

 

Bonjour Bonapartine,

 

Riposte Laïque : le 31 mai 2010, la marine israélienne a abordé l’un des six bateaux de la flottille qualifiée par Guy Millière de "Flottille de la propagande terroriste". Israël a dès lors été mis au banc des accusés par la communauté internationale, y compris en France où l’ensemble de la classe politique mais aussi les médias et un certain nombre de commentateurs ont violemment condamné l’intervention de l’armée israélienne sur le Marmara. J’imagine que les Israéliens doivent se sentir incompris, voire humiliés devant la violence des réactions de la communauté internationale. Quel regard portez-vous sur l’épisode de "La Flottille de Gaza" ?

 

Guy Millière a raison de parler de "flottille de la propagande terroriste". Tout le problème est que cette propagande, aussi énorme et monstrueuse soit-elle, fonctionne. Israël a été accusé par les médias et a même accepté (à tort à mon avis) de constituer une commission d’enquête, alors que les faits parlaient d’eux-mêmes. En réalité, nous avons eu affaire à une opération de djihad déguisée en opération humanitaire ….

Le plus humiliant pour les citoyens israéliens n’était toutefois pas tant la réaction internationale, qui était prévisible (nous avons une certaine expérience en la matière) que le fait que les échelons supérieurs de l’armée et du gouvernement aient envoyé les soldats de Tsahal affronter à mains nues des terroristes du djihad, dont on savait parfaitement qu’ils étaient armés et prêts à mourir … Je pense qu’il y a eu, plus qu’une négligence des Renseignements militaires, une erreur de conception, ce qui est encore plus grave.

 

Riposte Laïque : L’organisation JCall a lancé un "Appel à la raison" en vue, affirme-t-elle, de "promouvoir la paix au Proche-Orient". Sous couvert de nobles intentions, JCall n’alimente-t-elle pas en réalité les discours caricaturaux de ceux qui, en France, n’ont de cesse de dénigrer Israël ainsi que la politique de l’actuel gouvernement israélien ?

 

Absolument, JCall rend un bien mauvais service à Israël et à la démocratie en général, en prétendant imposer une "solution" à l’Etat hébreu, sous couvert de promouvoir la paix. Le discours de JCall, qui qualifie de "faute morale" la présence juive en Judée-Samarie (Cisjordanie), n’est pas tellement éloigné de celui des ennemis d’Israël. J’en donnerai pour preuve les divagations anti-israéliennes d’un Mohamed Sifaoui, signataire de JCall, qui reprend à son compte les accusations lancées par JCall contre le gouvernement de M. Nétanyahou, dans un style, il est vrai, beaucoup moins policé que celui des initiateurs de JCall. De même, lorsque Bernard-Henri Lévy laisse entendre, dans les colonnes de Ha’aretz (quotidien israélien de la "gauche caviar" équivalent du Monde), que les dirigeants  actuels ne sont pas intelligents et leur distribue des "notes" avec le mépris dédaigneux propre à l’intellectuel de Saint-Germain, Mohamed Sifaoui, lui, va encore plus loin en insultant Nétanyahou et Liebermann ainsi que tous ceux qui les soutiennent, dans un style qui rappelle un peu celui de Gringoire ou de Je suis partout ….

Bien entendu, on ne peut comparer les propos, encore relativement mesurés, de Bernard-Henri Lévy aux insultes de  Mohamed Sifaoui qui s’exprime comme une "racaille" de banlieue, mais dans le fond, leur discours est identique. Il exprime un mépris fondamental pour le gouvernement israélien et surtout pour le peuple d’Israël.

 

Riposte Laïque : nous assistons depuis un certain nombre d’années à une progression exponentielle d’un antisémitisme et d’un antisionisme à l’échelle mondiale : l’Affaire Al-Doura, le Rapport Goldstone, le boycott des produits israéliens, la "Semaine de l’Arpatheid d’Israël". Barcelone a de son côté accueilli "le Tribunal Russel". En France, les chiffres de l’antisémitisme progressent de nouveau et notre école laïque et républicaine observe également une recrudescence constante des comportements antisémites chez certains élèves. Comment expliquez-vous ce que Gilles William Goldnadel appelait dans un remarquable article publié sur son blog le 08 mars 2010 "Les silences du monde" face aux vagues d’antisémitisme et d’antisionisme observées à l’échelon planétaire ?

 

La vague actuelle d’antisémitisme s’inscrit dans le droit fil de celle qui a commencé il y a près d’une décennie, environ un an avant le 11 septembre, à Durban. Le silence des médias et d’une large partie de la classe politique (même si le ministre de l’Intérieur Hortefeux se distingue à mon avis par son attitude assez combattive sur la question) s’explique par la même configuration que le sociologue Shmuel Trigano avait dénoncée à l’époque, quand il avait été un des premiers à attirer l’attention sur ce phénomène. Les Juifs et Israël éprouvent aujourd’hui une terrible solitude, car non seulement ils ne sont pas soutenus (avec de rares exceptions) mais en outre, ils sont accusés d’être les responsables des maux qui les frappent.

Il y a là une inversion caractéristique qui n’est pas nouvelle : les Juifs, on le sait, ont toujours été accusés d’être coupables des crimes de leurs ennemis. Ce processus d’inversion remonte au Moyen-Age et il a été finalement analysé par Pierre-André Taguieff dans "La nouvelle propagande antijuive" (parue aux éditions PUF), étude dans laquelle il montre que les accusations actuelles (comme l’affaire Al-Dura) remettent au goût du jour des thématiques anciennes comme celle du Juif assassin d’enfant. Taguieff a d’ailleurs qualifié l’affaire Al-Dura de "premier crime rituel" contemporain …

 

Riposte Laïque : Le 18 juin 2010, Riposte Laïque a organisé un "Apéro saucisson pinard" interdit ensuite par la Préfecture de police qui le considérait "créateur de risques graves à l’ordre public". Après avoir suscité des réactions dans le monde entier, cette initiative a provoqué notamment en France un tollé politico-médiatique d’une violence inouïe. Que pensez-vous de cette initiative et des réactions souvent outrancières qu’elle a déclenchées ?

 

Je pense que cette initiative était tout à fait légitime et que ceux qui l’ont condamnée ont oublié le sens du mot démocratie. Mais votre question me permet de clarifier un point important. Nous devons lutter bec et ongle contre l’islam radical, contre l’islamisation de la société et contre tout discours islamiste anti-occidental ou antijuif. Je ne pense pas, comme Daniel Pipes, qu’on puisse affirmer que "l’islam radical est le problème et l’islam modéré la solution". Car l’islam modéré, pour autant qu’il existe, tarde à se manifester … Mais je pense, par contre, qu’il faut toujours restreindre la cible de notre combat pour ne pas faire le jeu des islamistes qui utilisent le sentiment de victimisation que peuvent éprouver certains musulmans. Exigeons des musulmans de France ce que le judaïsme et le christianisme ont accepté depuis longtemps : que la pratique de l’islam soit confinée à l’espace privé et non ostentatoire. C’est pourquoi je soutiens sans la moindre réserve le combat de Riposte Laïque contre les prières musulmanes dans les rues de Paris.

 

Riposte Laïque : Le 16.06.09, vous aviez donné une conférence à l’Association France Israël sur le thème de l’islamisation de l’Europe et vous y aviez présenté votre essai "Pour Allah jusqu’à la mort". A la fin de la conférence, je me souviens que vous étiez relativement optimiste sur la capacité de l’Europe à résister à l’islamisme. Aujourd’hui, afficheriez-vous le même optimisme ou diriez-vous, pour ne prendre que l’exemple de la France, que les élites françaises ont ou semblent avoir capitulé face à l’islamisme. Et si oui, pourquoi ?

 

Je maintiens mon appréciation relativement optimiste et je m’en explique. Il me semble qu’on assiste aujourd’hui à un réveil des peuples européens et des citoyens face à la vague d’islamisme conquérant et au silence des élites (lorsqu’elles ne sont pas complices). Riposte Laïque en est un exemple frappant, mais il n’est pas le seul. Une grande partie des élites ont certes capitulé, mais elles se sont ce faisant coupées de la majorité des populations européennes, qui subissent quotidiennement les effets de l’islamisation de l’espace public. Dans ces circonstances, je pense que les réactions de rejet et de résistance vont se multiplier et que l’enjeu capital est de parvenir à leur donner une expression politique durable.

Ce que les médias et les intellectuels bien-pensants (comme Caroline Fourest) appellent le "populisme" n’est que l’expression légitime du peuple, bâillonné par les grands médias et privé de ses droits fondamentaux par le recul de la démocratie concomitant à la construction européenne, qui favorise l’expansion de l’islamisme en Europe. C’est ce phénomène que dénonce Bat Ye’or dans son dernier livre, Le spectre du Califat (qui sort ces jours-ci aux éditions Les Provinciales). Je pense que le travail de Riposte Laïque et d’organisations similaires dans d’autres pays est en train de porter ses fruits.

 

Je vous remercie, Paul Landau, d’avoir répondu à cette interview.

 

Merci à vous, Bonapartine.

 

 

Bonapartine.

 

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 10:00

 

 

banner Bonapartine1

 

Que reste-t-il de la République française à l’heure de la fatwa du C.F.C.M ?

 

 

Selon l’article 2 de la Constitution française du 04 octobre 1958, la France "est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

 

La France est-elle encore une République laïque ? Permettez-moi d’en douter quand on voit que Monsieur Accoyer, président de l’Assemblée nationale et rien moins que le quatrième personnage de l’Etat français, semble avoir cédé au diktat du Conseil français du Culte musulman en annulant, la semaine dernière, une conférence intitulée "Immigration, islamisme, la France en danger", organisée dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

Monsieur Accoyer est-il, du reste, directement à l’origine de cette annulation ? Personne ne peut l’affirmer. Certes, il y a une forte présomption qui permette de le croire. Mais les présomptions, en droit français, ne font pas toujours la preuve. Pour autant, je note que le président de l’Assemblée nationale ne s’est toujours pas exprimé officiellement sur cette affaire depuis maintenant six jours. Pourquoi ce silence si lourd ? En s’enfermant dans un tel mutisme,  Monsieur Accoyer ne confirme-t-il pas être malgré tout à l’origine de cette décision si l’on suit le proverbe bien connu : "Qui ne dit mot consent" ?

 

La France est-elle encore une "République indivisible" ? Pas certain. Si elle l’est encore, ses représentants doivent alors se souvenir d’urgence qu’ils ne peuvent en aucun cas s’arroger le droit de bafouer :

 

·        Le monopole du Parlement, représentant de la souveraineté nationale. Qui me dira encore que la ou les personnes qui ont accepté de se coucher devant la fatwa du Conseil du Culte musulman sont encore dignes de garantir le monopole du Parlement au sein de la République française ?

 

·        Le principe d’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de couleur de peau ou de religion. Or, que se passe-t-il ici ? Nous sommes face à une association qui, en l’espèce, décrète que les personnes initiatrices ou associées à cette conférence, auraient été déchues de leur qualité de citoyen français dès lors qu’elle considère qu’elles ne sont pas ou plus dignes de s’exprimer dans le haut lieu de la République française qu’est l’Assemblée nationale.

 

·          L’uniformité du droit applicable sur l’ensemble du territoire national. Quelle loi française permettrait à une association de violer impunément la loi de Séparation des Eglise et de l’Etat de 1905 en vertu de laquelle la république ne peut confondre la sphère du politique avec celle du religieux ? Que dirait-on si le Grand Rabbin de France donnait l’ordre au président de l’Assemblée nationale ou à tout élu d’interdire une conférence sur un thème qui ne lui conviendrait pas ? Nul ne doute que nous verrions alors la Ligue des Droits de l’Homme, S.O.S Racisme, l’Union des familles laïques et tous ceux qui ne manquent jamais une occasion de hurler avec les loups, s’ériger en défenseurs de la Loi de 1905. Et, une fois n’est pas coutume, ils auraient raison au nom du principe de la séparation du politique et du religieux. Mais dans ce cas, pourquoi n’entend-t-on pas les mêmes condamner la posture du Conseil du Culte musulman dans la présente affaire ? Le concept de laïcité n’interdit évidemment pas aux autorités religieuses de s’exprimer sur tel ou tel sujet de société. Mais le débat est une chose, la fatwa en est une toute autre !

·        L’emploi exclusif de la langue française. Les initiateurs et participants à cette conférence ne s’exprimaient-ils pas en français ? J’invite tous ceux qui en douteraient à regarder et à écouter la vidéo mise en ligne par Riposte Laïque vendredi dernier.

 

La France est-elle encore une République démocratique ? De moins en moins de toute évidence. Comment ne pas en être convaincu quand une association représentant les musulmans de France interdit l’organisation d’un débat démocratique ? Depuis quand le Conseil français du Culte musulman est-il habilité à dire aux représentants de la République française qui n’aurait plus le droit de s’inscrire et de participer à un débat démocratique, contradictoire et public ?  Heureusement que nous ne vivons pas en Iran car, à coup sûr, ceux qui étaient présents ce jeudi soir devant l’Assemblée nationale croupiraient à l’heure actuelle dans une geôle sordide ….. nourrissant en vain l’espoir d’en ressortir un jour !

 

Ce qui est très grave dans cette affaire, ce sont les conséquences qu’auront tôt ou tard les violations constantes aux principes fondamentaux inscrits dans la Constitution française. Vous savez, la Constitution voulue par De Gaulle puis conçue et rédigée par Michel Debré, celle dont nombre d’élus ne cessent de s’autoproclamer les garants de l’héritage gaulliste …

 

En vérité, à force de vouloir étouffer la parole citoyenne, à force de mépriser les citoyens de ce pays  qui veulent participer à des débats locaux qui ont des enjeux nationaux, à force de faire comprendre à des millions de Français qu’ils ne seraient pas des Français à part entière sous prétexte qu’ils veulent exprimer leur ras-le-bol face aux atteintes préoccupantes portées aux lois les plus élémentaires de la République française qu’ils constatent dans leur vie quotidienne, le Conseil du culte musulman vient en fin de compte de rendre un immense service à d’autres extrémismes qu’il prétend pourtant combattre.

Alors, vous savez ce qui va se passer, à ce rythme là ? Moi, je vais vous dire ce à quoi nous allons assister et peut-être probablement plus vite qu’on ne le croit : en 2012, le Front National sera présent au second tour et il pourra dire merci au Conseil français du Culte musulman de lui avoir servi si généreusement la soupe en lui permettant de trouver des arguments aisés pour démontrer que la France n’est plus ou ne sera bientôt plus une République laïque, démocratique et indivisible. Et à ce moment là, évidemment, nous verrons les mêmes, les associations droits-de-l’hommistes, les socialistes, les communistes, les trotskistes, les centristes, ceux de l’U.M.P qui jurent que jamais le Front national ne passera dans ce pays, supplier sur toutes les antennes de télévision et toutes les radios de France, leurs concitoyens de descendre de toute urgence et en masse dans la rue pour appeler à ne pas voter pour le Front national, oubliant allègrement le silence complice qui aura été le leur dans les décisions imposées ici ou là depuis des années par des autorités qui n’ont en aucun cas le droit d’empêcher les citoyens français de s’exprimer démocratiquement. Malheureusement, il sera trop tard, ce jour là, pour venir verser des larmes. Trop tard car une colère sourde monte dans ce pays. Elle ne vient pas seulement des banlieues. Non, elle trouve aussi ses racines en province, notamment dans ce monde paysan que nos élites parisiennes qualifient avec mépris de "France profonde". Comprenez donc de "France raciste" qu’elle n’est en aucun cas. C’est juste oublier le rôle qu’a joué cette France profonde quand il a été question de sauver des familles et/ou enfants juifs qui ne discutaient pas à manger du porc, des communistes mais aussi des Français qui n’étaient ni juifs ni communistes mais tout simplement des résistants qui avaient refusé de se soumettre à ce Pétain décidé à vendre ce pays à l’occupant. N’adoptez pas un esprit négationniste à son encontre car le silence de la France provinciale, des grandes villes de province jusqu’à la plus petite bourgade d’une centaine d’habitants, c’est un silence de résistance. Elle ne perd pas son temps dans de grands discours stériles et ennuyeux. Néanmoins, n’en doutez pas : elle écoute, entend et s’insurge, parfois du haut de son grand âge, de toutes les  meurtrissures qui blessent cette terre, ses usines, ses mines, ses écoles, les principes et symboles de cette république qu’elle a contribués, au fil des siècles, à mettre au monde et à façonner de ses mains. Le jour où cette France multiséculaire qui "tient l’avenir serré entre ses mains fines" (Jean Ferrat), née d’hommes et de femmes venus de tous horizons, si intime tant elle fait partie de nous tous, se mettra en colère, la classe politique française tremblera. Et, à mon avis, pas seulement la classe politique.

 

En conséquence, je demande à Monsieur Accoyer, président de l’Assemblée nationale, de bien vouloir revenir sur la décision d’annulation qui a été prise afin de permettre enfin la tenue de la conférence souhaitée par Riposte Laïque.

 

En la circonstance actuelle, chaque républicain élu digne de ce nom devrait se souvenir de ces paroles de Paul Eluard :

 

 

                                     "Et par le pouvoir d’un mot

                                       Je recommence ma vie

                                       Je suis né pour le connaître

                                       Pour te nommer"

                                       Liberté

 

Allez, ne bradons pas notre héritage culturel, Monsieur Accoyer. Il est déjà suffisamment abîmé, non ?

 

Bonapartine.

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 20:55

 

 

 

Lors de ce 8 ème et dernier entretien estival (mais, rassurez-vous, il y en aura beaucoup d'autres, l'automne ayant fait son entrée dans nos chaumières!), Bonapartine fait référence à deux précédents articles parus sur Lessakele : 

 

- notre première conversation, où il est fait référence au fameux "apéro saucisson-pinard" du 18 juin : 

 

1- « Conversations estivales » 

ICI

 

et à l'entretien que nous a accordé le Dr Emmanuel Navon, le 15 juillet dernier : 

 

http://lessakele.over-blog.fr/article-entretien-avec-emmanuel-navon-53972000.html

 

 

banner Bonapartine1

 

 

 

Certains de vos anciens « amis » politiques ne ménagent pas leurs efforts pour rallier le Hamas et tirer à boulets verts et rouges sur tout ce qui dévie de leur idéologie dominante au point de verser dans une propagande nuisible à Israël. Qu’est-ce que cela vous inspire ? D’où vient le litige ou le divorce ?

Dans l’Europe ouverte, quels comptes tente t- on de régler avec les questions nationales, à travers cette attitude de défiance envers l’Etat-nation d’Israël, en Orient ?

 

Des amis, oui, je pense qu’ils l’ont été par le passé. Ceci dit, quand vous dites "vos amis", il s’agit là d’anciens amis de Riposte Laïque, en aucun cas des miens dès l’instant où je n’ai pas personnellement vécu cette période qui fut probablement sereine entre Mohamed Sifaoui, Caroline Fourest et le journal en ligne, n’étant pas moi-même à l’époque contributrice de Riposte Laïque. Quant à dire que les amis en question auraient été pour autant des amis "politiques" de Riposte Laïque, çà je ne le garantirai pas forcément non plus. En effet, le journal est ouvert aussi bien aux républicains de gauche que de droite. Or, c’est un euphémisme que de dire que nombre de ceux qui se réclament "de gauche" aujourd’hui restent intellectuellement enfermés dans un clivage strict droite/gauche qui n’est pas forcément encore et toujours d’actualité dans le monde complexe et globalisé qui est le nôtre. Maintenant, il ne m’appartient pas non plus de me prononcer en lieu et place des rédacteurs, contributeurs ou sympathisants de Riposte Laïque sur le sujet. Je ne m’avance donc pas davantage sur ce terrain.

 

En tout état de cause, Mohamed Sifaoui par exemple, partage des idées politiques de gauche que je respecte profondément, mais qui ne correspondent pas aux miennes. Non pas que je rejette en quoi que ce soit les idées de gauche. Simplement, pour moi qui ait été élevée, et ce n’est du reste d’ailleurs pas le moindre des paradoxes, dans un milieu profondément nourri des idées et valeurs d’une gauche ultra laïque, rigoureuse pour ne pas dire rigoriste, mais où l’on n’omettait jamais en même temps de garder un œil ouvert sur ce qu’avait été l’œuvre de Bonaparte – c’est dire comme c’est déjà pour le moins on ne peut plus original ! -, je ne vous cache pas que la gauche française depuis 1981, toutes sensibilités confondues, ne reflète en rien les idéaux de gauche. Pour moi et sans nullement vouloir verser dans le registre passéiste aussi ridicule que désuet des inconsolables nostalgiques qui vous répètent à l’envie "En ce temps là, tout était parfait alors qu’aujourd’hui tout est nul", la gauche, c’est Jules Ferry, Emile Combes, Léon Gambetta, Aristide Briand, Jean Jaurès, Clemenceau, Léon Blum, Mendès France. Mais en tout état de cause, il est évident dans mon esprit que les François Mitterrand, Attali, Dumas, Martine Aubry, Ségolène Royal, Laurent Fabius, Rebsamen et Cie ne sont pas les dignes héritiers de la gauche dont je parle …. Quand j’entends, par exemple, Jean-Pierre Chevènement déclarer récemment au Centre culturel français d’Oran, au cours d’une conférence intitulée "République, laïcité et religions", que "si la laïcité est tolérante, l’Islam est à même de comprendre cela, ce qui n’est pas le cas du catholicisme". Etre laïc et de gauche consisterait-il donc à s’inscrire désormais dans une démarche plus sournoise qui serait de dresser une religion contre une autre ? Non, décidément, cette gauche fait honte à nombre de citoyens sincèrement attachés aux idéaux de gauche dans ce pays, a-fortiori quand ils sont catholiques et votent à gauche. Mais comment expliquer cela à un Jean-Pierre Chevènement qui n’a pas compris que les équilibres de ce monde ont été radicalement bouleversés, surtout depuis la Chute du Mur de Berlin ? Enfin, n’est-ce pas une forme de racisme que de rétrograder ainsi la religion catholique à qui on peut reprocher sans doute, comme à toute religion du reste, de ne pas vouloir ou de ne pas avoir la capacité d’évoluer avec son temps mais qui, elle, a au moins l’immense mérite de ne pas lancer régulièrement des appels au meurtre contre des personnes morales ou physiques sur la place publique d’une grande ville française ou par vidéos interposées !

Monsieur Chevènement appartient à autre époque, celle où les laïcs témoignaient majoritairement d’un anticléricalisme primaire. Mais ce temps-là est révolu et nous devons nous féliciter que l’Eglise catholique romaine ne soit plus dans une logique de guerre civile avec les laïcs de France. De fait, je crois très sincèrement que c’est être complètement à côté de la plaque que d’imaginer un seul instant que l’Eglise catholique romaine nourrirait un tant soit peu encore, en 2010, le rêve secret de remettre en cause la Loi de Séparation des Eglise et de l’Etat de 1905. Non, n’en doutez pas, l’Eglise n’est pas stupide au point de tenter de se convaincre qu’elle aurait, au jour d’aujourd’hui, un intérêt quelconque à réveiller les braises d’une guerre civile en France, de surcroît après avoir mis tant de décennies à coexister en bonne entente avec des laïcs et mis des siècles à vivre en bonne harmonie avec d’autres religions.

 

                    Revenons donc désormais à ceux que vous qualifiez, non sans une certaine ironie au demeurant justifiée, de nos "anciens amis". Il est vrai que nous avons, principalement depuis le mois de juin 2009, été attaqués par des personnes avec qui nous avions sans doute des divergences de points de vue mais que nous ne connaissions pas comme étant des adversaires prêts à lancer à notre encontre des fatwas d’une violence inouïe, notamment venant de Caroline Fourest, Caroline Brancher (Prochoix) ou de Mohamed Sifaoui.

Riposte Laïque a du reste été également la cible de certains francs-maçons du Grand Orient de France, je dis bien "certains" car fort heureusement je suis loin d’ignorer qu’ils ne sont pas tous gangrénés par le politiquement correct ni envoûtés par les sirènes de la bien pensance de nature à les faire sombrer dans les écuelles de la diffamation gratuite, qui n’ont rien trouvé "de mieux", au début du mois de juin 2010, que de taxer Riposte Laïque de "site antisémite". Le comble du grotesque avait alors été atteint. Tellement atteint qu’aucun de ces charmants censeurs autoproclamés n’a jamais été en mesure d’apporter la moindre preuve d’antisémitisme sur Riposte Laïque. Et pour cause, il n’y en pas puisque, par définition, personne n’a jamais été victime d’antisémitisme sur l’équipe, aussi bien à l’encontre de rédacteurs que de contributeurs ou de quiconque d’autre. Non seulement je l’affirme mais j’en ai également les preuves. Donc, sur ce point, j’invite chacun de ceux qui s’aventureraient à l’avenir sur ce terrain par nature accidenté, francs-maçons ou pas, de bien vouloir calmer d’emblée leurs nerfs. Encore une fois, on peut avoir des différences d’appréciation, des divergences d’opinion, voire des conflits sur les alliances à nouer avec tel ou tel, ce qui fut mon cas et que je n’ai jamais caché puisque je l’ai exprimé sur votre blog dès le début de cet entretien au mois de juillet 2010 ((1 ICI) L’épisode de l’apéro saucisson-pinard) mais çà n’autorise pas pour autant à affirmer n’importe quoi, en se vautrant en prime dans le registre de l’infâme ! C’est avec ce genre de procédé on ne peut plus douteux que l’on ouvre les vannes des portes de l’impunité la plus complète aux pires extrémistes que compte hélas en son sein toute société, les vrais ceux-là, et qu’ensuite des personnes se retrouvent publiquement menacées de mort. J’en veux pour preuve encore récemment l’excité de barbu qui, à Limoges, n’a pas hésité à proférer, en place publique, des menaces contre Riposte Laïque, Christine Tasin puis, pour clore le tout, à piétiner à coups de pieds sur un trottoir le Code pénal français. De quoi tuer une seconde fois Napoléon Bonaparte. Mais c’est vrai que dans un pays, la France, où notre héritage culturel perd un peu plus chaque jour du terrain, sans doute tout ceci n’a-t-il, au fond, que bien peu d’importance aux yeux de ceux qui dépensent tant d’énergie à inverser les rôles : au rythme où vont les choses en effet, si cela continue, Riposte Laïque sera un journal définitivement catalogué de "néo-nazi" et les barbus deviendront les "authentiques" républicains et démocrates de France. Autant dire, le monde à l’envers ! Tellement le monde à l’envers qu’on se demande où était par exemple la police à Limoges pendant que ce fou d’Allah a foulé au pied et pendant un bon quart d’heure nos valeurs universelles, appelé à la haine envers les Juifs ("Nous sommes antisémites et fiers de l’être"), insulté le C.F.C.M, menacé la liberté d’expression dont use à juste droit un journal en ligne, enfin condamné ouvertement la politique menée par le gouvernement français en Afghanistan ? C’est quand même dire si le dossier est chargé ! Que fait par ailleurs le Culte musulman français ? On ne l’entend pas condamner cette vidéo. Pourquoi ce silence ? Et où sont tous les antiracistes de S.O.S Racisme ? Où est Mohamed Sifaoui qui s’échine à faire de la publicité pour son dernier ouvrage à paraître à la fin du mois de septembre "Al–Qaïda Maghreb islamique, le groupe terroriste qui menace la France" mais qui, dans le même temps, témoigne d’un attentisme effrayant devant l’expression d’un barbu qui ressemble à s’y méprendre à ceux qu’il pointe légitimement du doigt dans son dernier ouvrage ? Enfin, le plus grave à mon avis dans cette affaire : pourquoi la police n’a-t-elle pas bougé ?

 

Dans ces circonstances et devant la gravité du préjudice moral porté à Riposte Laïque, vous comprendrez que je ne puisse pas retracer l’évolution des discours et comportements haineux de chacun, au risque de leur accorder une place et une importance bien inutiles, voire déplacées. Néanmoins, permettez-moi de prendre un seul exemple afin de permettre aux lecteurs de comprendre les développements ultérieurs du présent article : celui de Mohamed Sifaoui. Les relations entre Mohamed Sifaoui et Riposte Laïque ressemblent à s’y méprendre à un mélodrame, pathétique par définition, mais dont Mohamed Sifaoui est hélas le principal initiateur. Voyons donc :

 

Ø Acte 1 - Le 09.12.06 : Michèle Vianès, présidente de l’Association "Regards de femmes", organise une manifestation contre la venue de Hani Ramadan prévue dans les locaux de la librairie Tahwid à Lyon. Très honnêtement, quand on écoute la vidéo de la conférence, le discours de Mohamed Sifaoui est non seulement en phase avec celui de Pierre Cassen, mais à bien des égards leurs discours respectifs sont complémentaires l’un de l’autre.

 

Ø  Acte 2 - Le 15.02.08, dans un article intitulé "Nécessaire mise au point", apparaît une première ombre au tableau. Mohamed  Sifaoui, sous prétexte d’être en désaccord avec le soutien ouvert et actif apporté par Riposte Laïque à Ayaan Hirsi  Ali, annonce en fait sa prise de distance et ses règlements de comptes à venir avec le journal : « Le site de "Riposte Laïque" animé par notre "ami" Pierre Cassen a donné son point de vue sur la soirée de soutien organisé en faveur d’Ayaan Hirsi Ali.  ……. Je l’ai écrit, dit et répété : Ayaan Hirsi Ali doit être soutenue. …… Je ne la soutiens pas enfin comme Rama Yade qui, tout en supportant un discours présidentiel inquiétant sur la question de la laïcité, voit dans la présence d’Ayaan Hirsi Ali à Paris le "coup de comm" qu’il ne faut surtout pas laisser passer.  ……. Ce qui me pousse à dire que tout ce que dit cette femme à l’égard de l’islam est d’une niaiserie rare …. » Monsieur Sifaoui recourt dès février 2008 à une technique d’expression qu’il n’abandonnera plus jamais : il cite un nom qui n’est autre qu’une cible, en l’occurrence l’"ami" Cassen pour ensuite, en vérité, taper sur d’autres personnalités ou d’autres manières de pensée. Ici, il s’en prend notamment à Rama Yade qu’il n’apprécie pas, non pas en raison de ses idées politiques ou du soutien apporté à Ayann Hirsi Ali, mais en réalité parce qu’elle appartient à un gouvernement dont il n’apprécie pas l’orientation politique. C’est par ailleurs le droit le plus absolu de Mohamed Sifaoui de ne pas soutenir l’orientation politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy. Et je le dis d’autant plus tranquillement qu’en 2007, je n’ai rien mis dans l’enveloppe déposée dans l’urne du bureau de vote au second tour de l’élection présidentielle.

 

Ø Acte 3 - Fin juin 2009 : Caroline Fourest lance une charge virulente, sous la plume de Caroline Brancher, dans un numéro de Prochoix sous le titre "Riposte Laïque : analyse d’une stratégie", puis une seconde salve tout aussi virulente, en juin 2010, dans un numéro intitulé "Apéro Saucisson, Les liaisons dangereuses". A partir de septembre 2009, il semble qu’il y ait, à l’analyse objective des écrits de Mohamed Sifaoui que j’étudie avec beaucoup de sérieux, de rigueur et d’acuité, un calque quasi parfait, voire une influence directe du discours de Caroline Fourest sur celui de Mohamed Sifaoui. Mohamed Sifaoui ne manquant d’ailleurs jamais une occasion de passer dans chacun de ses écrits, un peu plus à chaque fois, la brosse à reluire à Caroline Fourest.

 

Ø Acte 4 - Survient alors l’épisode de l’arraisonnement du Mavi Marmara par l’armée israélienne, en mai 2010, dont chacun sait que les occupants étaient loin d’être tous des humanitaires inoffensifs. A partir de là, Mohamed Sifaoui rédige un article d’une violence jamais égalée, "Le petit Netanyahu" (1er juin 2010) dans lequel il fait porter l’entière responsabilité de "l’interception meurtrière de la flottille"  au Premier ministre de l’Etat d’Israël. Que devient dans l’histoire, Ehud Barak, pourtant Ministre de la Défense ? On ne sait. Monsieur Sifaoui ne prend pas même soin de le citer, ce qui démontre bien, une fois encore, l’orientation parfaitement calculée de Mohamed Sifaoui qui inscrit l’acte d’écriture et donc sa démarche de pensée non pas dans le cadre d’un débat basé sur un raisonnement argumenté, mais qui s’enferme systématiquement dans les seules frontières du réquisitoire dressé contre une personne en particulier, dont l’objectif est d’attirer l’attention d’une certaine caste de pensée qui consacre les ¾  de son temps à dicter à qui veut l’entendre comment chacun de nous doit penser, ce qu’il doit penser de qui et de quoi, ce que nous devons manger, comment nous devons nous habiller, qui nous devons fréquenter, où et quand et, à ce rythme là, ce seront bientôt les mêmes qui nous dicteront encore des codes de conduite pour nous dire qui nous devons aimer, où, voire comment nous devons aimer …… Cela, Mohamed Sifaoui l’a très bien compris. Il en use et en abuse. Personne n’ignore en effet qu’un journaliste, un intellectuel, un artiste ne risquent rien à cogner sur Israël en France, en 2010, mais qu’à l’inverse, il serait bien plus risqué de s’aviser à contester la politique de l’Algérie par exemple à l’encontre des Chrétiens. Alors, que fait Monsieur Sifaoui ? Il attire l’attention sur lui en écrivant sur des "thèmes porteurs" en France !

 

Chacun de nous peut aisément l’observer et vous avez, à ce titre, entièrement raison de préciser dans votre question initiale que ceux qui tirent à boulets rouges sur des interlocuteurs qui ne pensent pas exactement comme eux ou sur Israël, "rallient le Hamas". Effectivement, à force de dénigrer un Etat démocratique, Israël, qui ne compte pas se laisser dicter sa conduite par quiconque d’autre que par lui-même en matière de lutte contre le terrorisme, on finit par se radicaliser au point de ressembler à ceux que l’on prétend combattre en qualité de "musulman modéré". Ce qui est le cas de Mohamed Sifaoui. Prenons un exemple concret sur ce point précis : le Likoud vu par Mohamed Sifaoui.

Le Likoud, c’est par définition le monstre à abattre aux yeux de Mohamed Sifaoui. Il n’a, à l’évidence, que de vagues connaissances sur l’histoire de ce parti politique israélien. Mais peu importe, il le voit partout même là où il n’est pas, tout comme jadis les nazis ou les pétainistes imaginaient des Juifs partout et surtout dans des endroits où ils n’étaient pas. Mieux si j’ose dire, le Likoud vu par Sifaoui aurait en quelque sorte le visage d’une bête immonde, à en croire ses écrits. Mais d’une bête immonde qu’il cite malgré tout rarement expressément. Mohamed Sifaoui préfère privilégier le recours au terme vague de "l’extrême-droite" israélienne, faute d’avoir une idée précise de la réalité que recouvre la dite extrême-droite israélienne.

 

Monsieur Sifaoui suit-il au moins un instant l’actualité politique en Israël, condition la plus élémentaire, me semble-t-il, pour disposer de tous les outils nécessaires à l’analyse d’un dossier, quel qu’il soit ?

Et dans l’hypothèse où Mohamed Sifaoui aurait eu la présence d’esprit de se pencher un tant soit peu sur l’actualité politique israélienne, la comprend-t-il ? Non. Pourquoi ? Un seul exemple illustratif pour en témoigner : la candidature d’Emmanuel Navon, candidat à la Knessetinscrit sur la liste du Likoud en vue de représenter la communauté francophone présente en Israël et forte d’un demi- million de personnes.

Né à Paris en 1971, Emmanuel Navon a fait son alyah en Israël en 1993. Il a occupé un poste au Ministère des Affaires étrangères français ainsi qu’au Ministère du budget. Enseignant en relations internationales à l’Université de Tel Aviv, également diplômé de l’Université hébraïque de Jérusalem, expert d’un cabinet de conseil, vice-président d’une société d’investissement où il a contribué à renforcer la présence des francophones, Emmanuel Navon a donné une interview au blog Lessakele au début de l’été (2 : http://lessakele.over-blog.fr/article-entretien-avec-emmanuel-navon-53972000.html).

 

Je ne vais pas ici reprendre tous les propos d’Emmanuel Navon, au risque d’allonger inconsidérément le présent article et afin de ne pas me détourner du sujet d’origine. Je consacrerai prochainement un très long article à la candidature d’Emmanuel Navon.

Non, dans l’immédiat, je me limite à ne citer qu’un seul exemple illustratif de ce que Mohamed Sifaoui considèrerait probablement comme "futur potentiel candidat fasciste". Jugez plutôt par vous-même.

Parmi les principaux sujets abordés par Monsieur Navon se trouve celui du projet maintes fois évoqué, notamment par Ben Gourion mais jamais réalisé en Israël et pourtant fondamental pour l’avenir du pays : la réforme du système électoral qui permettrait de passer d’un système d’élection à la proportionnelle à un scrutin majoritaire.

 

Voici donc ce que dit Monsieur Navon :

 

« … je ne crois pas aux petits partis. Je crois qu’Israël souffre d’un système politique qui est trop écartelé politiquement. Nous avons trop de partis à la Knesset et cela est crée par la fait que nous avons un système électoral proportionnel pour un système aberrant qui ne fonctionne nulle part …….Je pense qu’il faut passer à un système comme dans presque tous les pays démocratiques au monde, d’élection majoritaire pour avoir deux ou trois partis au maximum à la Knesset ….. Je crois qu’on ne peut gouverner aujourd’hui que par l’intermédiaire de grands partis. Le Likoud est à la fois un parti qui a une tradition libérale et nationale. C’est un parti qui regroupe de nombreuses franges de la société israélienne. C’est un véritable parti populaire …. »

 

En résumé, Emmanuel Navon propose tout simplement qu’Israël abandonne un mode de scrutin qui n’a fait ses preuves nulle part dans le monde, à commencer par la France où il a conduit à créer une instabilité politique chronique sous les IIIème et IVème Républiques. Très objectivement, c’est là le discours d’un démocrate que j’espère voir élu à la Knesset d’ici quelques mois. En aucun cas le discours d’un "extrémiste de droite". Mais allez donc savoir si, en lisant l’extrait choisi précédemment de l’interview d’Emmanuel Navon, Monsieur Sifaoui ne confonde "parti populaire" avec "un courant populiste" …

 

                                Alors, quelle analyse peut-on avoir de l’évolution de discours intellectuellement déviants qui, à un moment ou à un autre et à force d’être assénés à longueur de colonnes et d’antennes télévisées ou radiophoniques, finiront par mettre éventuellement en danger la vie d’autrui ?

 

Dans une interview donnée à Radio Chalom Nitsan le 1er juillet 2010,       Paul Landau répondait, à la question "Qu’est-ce qu’il y a, selon vous, qui a fait qu’aujourd’hui Sifaoui a non pas peut-être changé de bord parce qu’il a toujours été de ce bord là mais en tout cas, il s’est lâché comme on peut dire, il laisse parler son cœur …." :

 

« Oui, alors écoutez, il y a plusieurs éléments de réponse. Il y a sûrement des éléments personnels parce que c’est vrai, c’est pas facile d’être un musulman anti-islamiste ; c’est quasiment une position intenable pour résoudre cette contradiction, il faut soit abjurer l’islam et c’est très mal vu, on le sait dans l’islam ; ce qu’ont courageusement fait d’ailleurs beaucoup, enfin beaucoup, quelques musulmans qui sont véritablement des militants anti-islamistes qui ont abjuré leur foi …… Maintenant, il y a un problème de fond sur lequel je m’étais penché déjà il y a plusieurs années quand j’avais commencé mes recherches sur l’islamisme en Europe ; c’est le fait que beaucoup d’islamologues en France ne sont pas favorables à Israël, c’est le moins que l’on puisse dire. Et en général, je dirais qu’Israël, c’est un petit peu le point noir dans leur attitude, dans leur raisonnement ou dans leurs recherches. Si vous lisez les travaux de Gilles Kepel ou Olivier Roy, vous constatez que tout en étant très lucides sur le phénomène islamiste, notamment dans le cas de Kepel qui est sans doute l’un des plus grands islamologues français, dès qu’il est question d’Israël ou du Hamas, alors là tout de suite çà dérape. Soit c’est un silence gêné soit ce sont des remarques qui sont tout à fait désobligeantes ….. dès qu’il s’agit d’Israël et des Juifs, alors les islamologues français et c’est le cas aussi dans d’autres pays, tout d’un coup abandonnent leur objectivité …. c’est un peu le même problème que l’on retrouve chez Caroline Fourest et Mohamed Sifaoui, c’est-à-dire que ce sont des gens qui combattent l’islamisme, qui sont connus comme des combattants anti-islamistes et soudain quand apparaît la question d’Israël, alors là tout d’un coup ils changent tout à fait d’attitude. …. Aujourd’hui et d’ailleurs c’est aussi une raison pour laquelle j’ai contribué au site Riposte Laïque alors qu’au départ, j’étais plutôt, si vous voulez, je m’intéressais à l’islamisme en tant qu’idéologie et pas au problème de l’islam en tant que tel, j’ai considéré que malgré tout, on ne pouvait faire l’impasse, c’est-à-dire qu’on ne pouvait considérer qu’il y avait uniquement un problème islamiste comme c’était d’ailleurs un petit peu mon cas il y a quelques années en distinguant soigneusement l’islam en tant que religion et civilisation, et puis l’islamisme en tant qu’idéologie politique alors. Aujourd’hui, on voit bien que les choses sont quand même plus complexes et on voit bien ce qui est en train de se passer en France dans les rues de Paris, tous les vendredis et pas seulement de Paris, une islamisation progressive de la société française et face à çà, très peu de résistance. On voit aussi des gens comme Sifaoui et Fourest qui critiquent l’islamisme mais qui se gardent bien de critiquer l’islamisation. Au contraire, ils réservent leurs attaques les plus virulentes aux gens qui s’opposent à l’islamisation, par exemple comme les gens de Riposte Laïque ….. »

 

Un peu plus tard, à la question portant sur les raisons de la négation de cette islamisation par les pays européens, Paul Landau résumera la situation de la sorte :

 

«  La raison de cette négation … ce sont les gens qui en sont les acteurs, qui refusent de nommer les choses ; çà fait partie, je dirais, du phénomène de ce nouveau langage politiquement correct, quasiment totalitaire dans lequel on ne peut pas désigner les choses. Si vous parlez d’Eurabia, alors vous êtes un adepte de la théorie du complot. Si vous parlez d’islamisation, alors vous êtes un islamophobe ou un ennemi des musulmans, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, il y a certains mots qu’on n’a plus le droit d’employer en France.  »

 

Sur la première partie de cette interview radiophonique, j’avoue avoir une approche différente de celle de Paul Landau. En effet, je pars du principe qu’un être humain qui a échappé à un attentat terroriste puis a été ensuite capable de surmonter le choc produit par une scène d’horreur et la perte de collègues journalistes à Alger, est d’autant plus armé, une fois arrivé et installé en France, pour affronter certains des dictateurs autorisés de la pensée musulmane qui exercent des pressions intolérables à l’encontre de ceux qui affirmeraient leur anti-islamisme. Donc, moi, je ne crois pas du tout en l’argument du terrorisme intellectuel exercé par l’islam en France quand on a soi – même déjà affronté le terrorisme tout court dans son pays d’origine. En revanche, je pense que derrière le comportement d’un Mohamed Sifaoui, il y a aussi, indépendamment des questions liées à l’islam, des ambitions personnelles de carrière. On sait que certains êtres humains, aussi bien hommes que femmes (contrairement à ce que racontent certaines féministes qui tenteraient de nous persuader que les femmes auraient une propension en quelque sorte naturelle à "être moins carriéristes et/ou moins arrivistes"), ne peuvent pas résister à ce que j’appelle "la Jet set médiatique" qui vous propulse sous les feu de la lumière ô combien si trompeusement enivrante des projecteurs, font de vous un personnage public et vous donne le sentiment gratifiant "d’être quelqu’un", d’être reconnu pour ce que vous dites ou ce que vous paraissez être et donc l’impression d’exister réellement au travers de l’image que vous renvoyez. Ce n’est pourtant qu’un miroir, parfois un mirage dans une vie, et lorsque les projecteurs s’éteignent, le réveil peut s’avérer douloureux. La chute fracassante. Aussi, quand l’heure d’affronter la réalité des conséquences cruelles du fascisme islamique qui croît chaque jour en Europe et qui explique d’ailleurs, pas seulement mais en grande partie, la montée progressive des extrêmes-droites en Europe, à ce moment-là, il sera trop tard pour comprendre enfin que la lumière des projecteurs avait aveuglé ceux qui s’en étaient abreuvé sans compter pour duper l’opinion publique.

 

Maintenant, en ce qui concerne la seconde partie du raisonnement de Paul Landau sur les raisons de la négation de la montée des situations qui témoignent dans notre pays et en Europe de la progression de l’islamisation, je partage entièrement son point de vue.

 

Simplement et dans la mesure où vous me demandez, à juste titre, quels comptes tente-t-on de régler avec les questions nationales au regard de cette attitude de défiance envers l’Etat d’Israël, je vais me permettre de compléter ici l’opinion de Paul Landau.

 

J’y ai fait allusion dans la première partie du présent article : nous vivons à l’heure de la globalisation. Les flux de personnes, de capitaux, de marchandises, des moyens de communication s’opèrent à l’échelle mondiale. Et qu’on le veuille ou non, bien-sûr, nous raisonnons en termes de continents, d’Etats mais paradoxalement, la notion de "frontières" tend à perdre toute sa signification originelle. Par ailleurs, quand vous écoutez certaines personnalités, de France ou d’ailleurs dans le monde occidental, issues de ce que j’appelle "la gouvernance mondiale de la pensée autorisée", qu’il s’agisse du milieu politique, artistique, sportif, industriel, d’un grand nombre d’intellectuels, à les entendre, on  se demande encore si chacun de nous n’aurait pas la faculté de se pourvoir de bottes de sept lieues pour  voyager d’un continent à l’autre. En d’autres termes, ces gens vous diront toujours que la globalisation, "c’est vraiment génial, il n’existe plus de différences entre les peuples, tout le monde peut aller chez tout le monde, tout le monde peut aimer tout le monde, tout le monde peut manger ce que mange votre voisin à l’autre bout de monde ….". Bref, pour ne prendre que l’exemple de la France, la globalisation serait synonyme de bonheur absolu, dans le genre "tout baigne et vive la conversion à la gouvernance mondiale, quitte à ce que nous soyons des millions, des milliards d’individus dans cinquante ans à perdre notre âme, notre capacité à conserver la maîtrise de nos destins en tant que peuples ; allons-y néanmoins de bon cœur, n’hésitons pas à préparer le terrain de la disparition des fondements judéo-chrétiens et pour grande partie gréco–romains de notre civilisation, comme tant d’autres avant nous avaient à leur tour disparu."

 

Alors, vous allez me faire remarquer : quel est le lien avec Israël ?

 

C’est très simple : je pense qu’Israël est encore un des rares Etats-nation qui ose s’affirmer en tant que tel dans le concert des Nations et, de surcroît, le revendique. D’où, à mon avis, le malaise palpable que l’on ressent dans l’assemblée lorsqu’Israël intervient à la tribune du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies par exemple. De toute évidence, Israël reste et demeure un Etat qui dérange parce qu’il a la capacité, lui et donc son peuple, de renvoyer l’image aux "élites mondiales" - ou du moins supposées l’être – d’un pays qui défend encore des valeurs que la plupart des nations occidentales n’ont plus, depuis parfois déjà trop longtemps, la volonté de partager et surtout de défendre. Si vous prenez l’exemple du mot "patriotisme", c’est encore un mot qui a un sens en Israël. La différence avec Israël, c’est que si vous avez "le malheur" de prononcer le mot "patriotisme" en France, l’idéologie dominante des "élites gauchistes" qui sévissent par exemple au cœur de S.O.S Racisme vous insultent immédiatement et vous taxent de "fasciste", "pétainiste", "néonazi", "lepéniste". C’est juste oublier qu’un grand écrivain, en tout cas un de mes écrivains préférés, en l’occurrence Roman Kacew dit Romain Gary, a dit un jour : "Le patriotisme, c’est l’amour des siens ; le nationalisme, c’est la haine des autres." Et autant que je me souvienne de ce que me racontait mon arrière-grand-mère alors que j’étais encore enfant, Roman Kacew, jeune russe arrivé avec sa mère dans la France des années 1930 où s’amoncelaient déjà dans le ciel les nuages sombres annonciateurs des crimes que le nazisme allemand allait engendrer en Europe, le jeune Roman Kacew n’hésitera pas, tout juste naturalisé, à rejoindre la France libre en 1940 où il ira servir dans les Forces aériennes françaises libres. Donc, par définition, la phrase de Romain Gary, précitée plus haut, n’était pas du tout celle d’un "fasciste, pétainiste, néonazi" et autres noms d’oiseaux en tous genres que l’on pourrait entendre aujourd’hui. Mais au fond, cela aussi est symptomatique d’une époque : c’est le signe que la France est en perte complète de repères, ne se bat plus pour défendre ses valeurs. Pire : elle s’acharne à se suicider en laissant désormais croire à ses enfants que certains mots, tel celui de "patriotisme", seraient devenus des mots grossiers. Malheureusement, un pays qui perd la mémoire de sa culture, fut-elle littéraire, est un pays voué à disparaître. Et je suis convaincue que c’est en partie cela que le monde reproche à Israël, ouvertement ou pas, souvent sournoisement en préférant mettre en avant des prétextes fallacieux : Israël ne veut pas disparaître, ni en tant qu’Etat ni en tant que peuple. Et il a bien raison  de se battre à cette fin !

 

Bonapartine.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis