Merci Alain,
Stéphane Hessel....Vieil homme indigne ?
Par Alain RUBIN
Pour © 2011 www.aschkel.info
Treize pages d’indignations ont donné lieu à des invitations sur tous les plateaux de télévision, sur les antennes radio et, plus récemment, à l’attribution d’un prix de l’Anti colonialiste exemplaire, remis à Stéphane Hessel.
Notre indigné a enthousiasmé tout le petit monde de l’antisionisme. Ce n’était pas bien compliqué, il suffisait qu’il dise : « méchant Israël », « apartheid, Israël », même si cela ne correspond à rien, même si l’information accusatrice est fausse, les applaudissements ne pouvaient que fuser.
Concernant le second point, notre indigné, pourtant un homme diplômé, que l’on pouvait penser être aussi un homme cultivé, instruit, un homme de réflexion, sachant comparer les choses et les qualifier avec exactitude, concernant le second point, disais-je, notre indigné a fait preuve d’une ignorance crasse combinée à la plus totale mauvaise foi.
Je n’aurai à ce sujet qu’une seule question à poser à notre indigné, qui a rencontré le chef de la dictature Hamas : dîtes-moi monsieur l’indigné, est-ce que vous connaissez, ou est-ce que vous avez entendu parler du député Ahmed Tibi ?
Pourquoi, me demanderez-vous ? Pourquoi ?
L’affaire n’est pas mystérieuse. Avec Massoud Ganaëm et le chef historique du MII, Ibrahim Sarsour, ce député, -ancien conseiller d’Arafat-, représente son parti à la Knesset. La Knesset est le parlement d’Israël. Ce parlement est un vrai parlement. Ce n’est pas un simulacre d’assemblée, comme le parlement français ou le parlement européen. Ses membres ne sont pas des élus sans réel pouvoir. C’est dire que Monsieur Tibi est un vrai député.
Avec Ibrahim Sarsour, le député Tibi représente, dans cette enceinte souveraine, un groupe dont est membre le MII.
Le MII, c’est le Mouvement Islamique Israélien. Son programme est simple, il se résume à une chose et une seule : détruire Israël, coûte que coûte, et chasser les Juifs.
Malgré ce programme de guerre politique et de guerre tout court, le député Tibi a pu devenir Vice-président de la Knesset.
Pas mal, quand même, pour une victime d’un pays d’apartheid, un « apartheid » qui ne ressemble pas à l’apartheid, contre lequel des organisations françaises ont convoqué deux semaines de mobilisation de l’opinion pour obtenir un isolement complet d’Israël…
Ouvrons ici une parenthèse, monsieur l’indigné : tout à côté d’Israël, il y a un pays, il paraît même qu’il est en « révolution ». C’est l’Egypte. Dans ce pays, il y a deux populations : d’un côté les égyptiens lambda, les égyptiens musulmans, devenus majoritaires, et les Coptes de l’autre.
Les Coptes ne sont pas qu’un courant religieux parmi les égyptiens. Ils sont les descendants physiques et linguistiques des Egyptiens de l’époque des pharaons et chrétiens de confession.
Les Coptes sont régulièrement victimes d’humiliations, de violences et même de pogromes, comme celui qui vient de voir 4000 égyptiens musulmans prendre d’assaut une bourgade copte et s’attaquer à 12000 d’entre eux tous coupables ! Tous coupables, parce que l’un d’entre eux avait osé porter les yeux sur une femme musulmane et que celle-ci avait été sensible à son intérêt. Résultat, un prêtre a été enlevé ou tué avec trois Diacres, six bonbonnes de gaz ont explosées dans l’église de la bourgade où habitait l’audacieux amoureux, église que les fanatiques ségrégationnistes ont juré qu’ils la raseraient entièrement pour venir faire leur prière sur ses ruines et en faire un lieu d’islam, définitivement.
Cette tragédie sanglante, que n’aurait pas imaginée Shakespeare, comme contexte pour l’amour de Roméo et Juliette, n’est-ce pas de l’apartheid pur jus ? N’est-ce pas une ségrégation qui laisse loin derrière elle les exploits du Ku Klux Klan et un apartheid que n’auraient pas imaginer les législateurs de l’ancienne république blanche d’Afrique du sud?
Une question, monsieur l’indigné : Vous pouvez imaginer que les Coptes puissent avoir un jour un ou deux députés pour dire leurs souffrances et leurs quotidiennes humiliations ? Vous imaginez qu’ils puissent, sans risquer leur vie, dire : nous Coptes, nous subissons des injustices, depuis des siècles ! Nous avons été dépossédé de notre pays, en avons assez, il faut que cela change ?
Quand leur église était en flamme, les pompiers venus pour éteindre le brasier n’ont même pas pu entrer dans la bourgade copte, assiégée par quatre mille musulmans fanatisés. Cela ne vous indigne pas, n’est-ce pourtant pas unapartheid chimiquement pur, dans cette Egypte qu’ici on nous dit ici être en « révolution » et en route vers plus de liberté ?
Vous êtes-vous indigné, monsieur l’indigné ?
Mais peut-être que le bien réel apartheid égyptien ne doit pas être dénoncé, parce qu’il montrerait que le prétendu apartheid israélien n’est qu’un pur et simple mensonge, une construction idéologique artificielle, qu’il n’est qu’une pure et simple diffamation pour camoufler l’hostilité envers le Juif ?
Revenons à nos députés arabes israéliens...
Outre l’islamiste Tibi, un autre Arabe israélien, Majalli Wahabi, a accédé à cette responsabilité et, en outre, est devenu ministre des Affaires étrangères de l’Etat mensongèrement accusé de pratiquer l’apartheid, et même un apartheid pire que l’original...
Mais il est vrai que lorsqu’on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Pour Israël, on dit qu’il pratique l’apartheid, et même un apartheid pire que celui qui régnait en Afrique du sud.
Dîtes-moi, monsieur l’indigné, vous en avez vu beaucoup des « apartheids » qui se traduisent par le fait qu’un député de la minorité exclue, discriminée et ségréguée, et même « apartheidée », qu’un député qui appelle à chasser la majorité « ségrégatrice », devienne le numéro deux de l’institution souveraine du système d’apartheid ? Curieux « quand même, cet « apartheid » qui ne montre aucun trait de l’apartheid...
Apartheid, le mot ne vient-il pas de la langue afrikaner ? Le concept ne se rapporte-t-il pas au régime de relations entre les Africain noirs et les blancs, spécifique à la république sud-africaine ?
Vous imaginez, vous, Monsieur le pourfendeur d’indignité « sioniste raciste », que Steve Bicko, le fondateur du mouvement de la Conscience noire, ou que Nelson Mandela, le leader de l’ANC, aient pu devenir vice-président du parlement des blanc ?
Je dis parlement des blancs, parce que dans le régime d’apartheid il existait trois élections, pour désigner les membres qui siégeraient à l’un ou l’autre des trois parlements. Il y avait les électeurs noirs et leurs candidats noirs pour le parlement des Noirs, les électeurs métis pour élire des métis pour le parlement des métis et, enfin, les électeurs blancs pour élire des blancs au parlement des blancs, le seul qui avait un pouvoir décisionnaire.
Dans « l’apartheid israélien », un apartheid très à part, très spécial, tellement spécial qu’il ne ressemble en rien à ce qui existait en république sud-africaine : des jeunes femmes arabes sont devenues Miss Israël, un arabe est général de Tsahal, d’autres sont officiers, voire officiers supérieurs, un autre est ministre des affaires étrangères, et des centaines d’arabes de religion musulmane ont épousé des Juives israéliennes. Apartheid ??
Tout, dans cet « apartheid » est aux antipodes du système sud-africain.
Il n’existe qu’un parlement, pour lequel votent tous les citoyens, hommes et femmes, et les prétendus ségrégués au même titre que les prétendus ségrégateurs. Au moins deux israéliens arabes en ont été vice-président. Les candidatures ne dépendent pas de l’allégeance au système politique.
En Israël, un homme (ou une femme) égale une voix, qu’il soit Juif ou Arabe. Apartheid ?
C’est ainsi, qu’un libre Citoyen d’Israël, libre de ses mouvements et libre de sa parole, c’est ainsi qu’un Arabe israélien,- membre dirigeant d’un mouvement voulant établir sur le territoire d’Israël une république islamique qui se fonderait dans l’Oumma musulmane-, s’est présenté au suffrage de tous les israéliens et a été élu.
Cet homme a été élu député, il a pu prononcer devant ses collègues juifs des discours enflammés, leur prédisant la fin proche d’Israël et du sionisme ainsi que leur expulsion (comme on a expulsé ou poussé dehors un million de Juifs des pays d’islam, les Juifs d’Egypte, d’Irak, de Syrie, de Lybie, d’Algérie du Yémen et de quelques autres pays qualifiés « d’arabo-musulmans »).
Et ce député, qui conteste la légitimité de ses collègues juifs ou arabes non antisionistes (cela existe, puis que deux tiers des arabes israéliens pensent qu’Israël est le meilleur pays où vivre pour eux, qu’il en existe qui sont officiers supérieurs de Tsahal, voire même généraux ou ministre...), a pu se faire élire vice-président du parlement d’Israël, la Knesset.
Curieux quand même, cet apartheid qui serait pire que celui qui a tenu enfermé plus de vingt ans Mandela et presque trente ans le Président de l’AZAPO, alors que ni l’un ni l’autre n’avait de sang sur les mains ni appelé à tuer les enfants des blancs du pays, alors qu’ils n’avaient pas non plus menacé de les chasser du pays.
Monsieur l’indigné, laissez moi vous dire : ou vous ne saviez pas ou vous avez menti à vos lecteurs?
A l’entendre, l’indigné, il n’y a sur cette planète qu’un objet de scandale et d’opprobre, Israël.
Cette affirmation ressassée, cette indignation bien délimitée, cette indignation réduite à un objet unique, aurait du permettre à notre diplomate en retraite de faire une seconde carrière. Cette fois, ce serait une carrière presque de bénévole, en imaginant que les droits d’auteur de sa plaquette (vendue à plus d’un million d’exemplaires dit-on) soient entièrement versés à son parti (« Europe écologie »).
Mais, comme l’écrira en 1927 le bolchevik Joffé, ami de Léon Trotski, pour résumer Staline et son régime de satrapes : « le Pouvoir rend fou, et le Pouvoir absolu rend absolument fou ».
Pour notre vieil indigné, on pourrait paraphraser Joffé et dire ici que : si la flagornerie des médias peut faire tourner et gonfler les têtes, la flatterie et la flagornerie poussées aux extrêmes, dont il a été l’objet, -destinées à faire prendre treize pages insignifiantes et/ou mensongères pour le nouveau manifeste communiste du 21ème siècle-, ont effectivement commencé à faire perdre la tête à notre indigné qui se prend pour le messie.
Son tout récent propos en Allemagne, portant sur la Shoah et les sur effets de l’occupation nazie en Europe, témoigne de ce que l’homme se croit désormais autorisé à tout dire, à tout salir, à réécrire l’histoire, sous prétexte qu’il serait super monsieur propre, monsieur Super indigné.
On sait que monsieur l’indigné a eut beaucoup de chance, quand il s’est retrouvé interné en sa qualité de tout jeune résistant. Il l’a lui-même expliqué : il a été pris sous sa protection, par un déporté faisant parti de l’appareil qui faisait fonctionner le camp. On sait que les internés politiques, essentiellement les militants du Parti communiste allemand, avaient réussi à s’emparer de l’appareil qui permettait aux nazis de faire tourner leur machine d’enfermement avec un minimum de leurs hommes.
On peut croire que le jeune homme n’a par conséquent pas vu grand-chose de la douleur de l’internement dans les camps de concentration, mais quand même ?
Dans les années soixante, Jean Pierre Chabrol nous a appris comment on traitait les prisonniers de guerre soviétiques dans les camps de prisonniers. Il donnait ce témoignage d’un soldat russe témoignant qu’un des mets de choix des prisonniers russes affamés, c’était d’aller récupérer la « cervelle » des fusillés, pour améliorer leur ordinaire. Comme on le voit avec cet exemple, il n’était pas si terrible que cela le régime d’occupation nazie... n’est-ce pas monsieur l’indigné ?
Dîtes-moi, monsieur l’indigné, si vous avez déjà vu des prisonniers palestiniens, vous croyez qu’ils avaient besoin de dévorer leurs propres frères, pour apaiser leur faim ?
Ne saurait-il pas, notre diplomate en retraite, que le régime « allemand » d’occupation, le nazisme en action, c’est bien sur la Shoah : d’abord les six mois de fusillades ininterrompues de la Shoah par balles (1,5 à 1,8 millions de Juifs fusillés dans les parties orientales de la Pologne, l’Ukraine, les Pays baltes, la Biélo Russie), la Shoah des camions servant de chambres à gaz ambulantes, puis la Shoah des camps d’extermination.
Pas si terrible, fortement exagérées, les conséquences de la Shoah... c’est ce que, comme vous, continue d’affirmer un homme qui regrette qu’Hitler ne l’ait pas menée jusqu’au bout, la Shoah, vous savez, celui qui est sur la liste des prochains tyrans à être renversés de leur trône, Ahmadinejad.
Il ne sait pas, notre indigné qui trouve somme toute pas si terrible le régime d’occupation militaire allemand, qu’outre les six millions de Juifs, cette occupation « pas si dure » a coûté la vie à presque autant de Polonais non juifs, qu’elle s’est traduite par l’enfermement de millions de soldats soviétiques laissés sans soins ni nourriture, qu’elle a dévasté la Pologne et la partie occidentale de l’URSS, qu’elle a coûté vingt millions de vies humaines à ce pays.
J’ai presque honte de rappeler ces quelques faits connus, à notre indigné qui paraît désormais donner dans le genre provocateur vicieux, allant jusqu’à nier des vérités établies et incontestables, pour tenter de faire passer Israël pour le sommet vertigineux du régime oppresseur.
Monsieur l’indigné, vous en connaissez beaucoup des prisonniers de l’Allemagne nazie sortant de prison, après plusieurs années, y ayant appris les sciences, les langues, y ayant quotidiennement fait du culturisme, comme Kuntar, cet assassin, ce « résistant » palestinien accueilli en héros à Beyrouth par le Président Sleimane, après son échange contre les dépouilles mortelles de trois soldats israéliens tués par le Hezbollah?
Cet assassin, souvenez-vous, ce « résistant » selon votre point de vue, était emprisonné après un jugement, parce qu’il avait assassiné toute une famille israélienne. Avec ses parents, il avait tué une fillette de trois ans, en lui fracassant le crâne avec la crosse de son arme.
Ce « résistant », selon votre cœur, -un tueur résistant à votre unique objet d’indignation et d’exécration-, a déclaré devant une foule enthousiaste rassemblée par le Hezbollah, que :
S’il fallait le refaire, il le referait, il fracasserait une seconde fois le crâne d’une fillette sioniste, et qu’il invitait son auditoire à faire ce qu’il avait fait.
Cela, monsieur l’indigné, cela ne vous indigne pas. Vous êtes donc de ces hommes qui, suivant les préceptes guerriers de Staline, lançaient le mot d’ordre « à chacun son boche ». Seriez-vous comme ces hommes du stalinisme, selon lesquels : il n’y avait de bon allemand, que mort, et qui traitaient « d’hitléro trotskistes » les militants ouvriers qui voulaient distinguer entre l’appareil nazi et le peuple allemand?
Monsieur l’indigné, Vous ne devez par conséquent, certainement pas être ému par la magnifique chanson interprétée par Léo Ferré, vous savez, « l’affiche rouge ». En l’écoutant, vous devez rester de marbre, lorsque le chanteur libertaire reprend ces paroles d’un fusillé, ce sont les derniers mots de la lettre d’adieu d’un authentique résistant, Manouchian je crois, qui se termine en disant à sa fille : « je meurs sans haine pour le peuple allemand ».
Vous, monsieur l’indigné, vous semblez désormais vivre, haïssant le peuple juif d’Israël...
Vous, monsieur l’indigné, vous n’avez jamais été placé par des bourreaux devant le canon des fusils, pointés sur votre poitrine, et vous débordez d’une haine inextinguible et calomniatrice contre le peuple d’Israël. Elle vous fait oser écrire que, somme toute, le régime d’occupation allemand n’était pas si terrible, si on le compare au régime israélien...
Jusqu’où vous abaisserez vous, dans la voie du mensonge et de la calomnie ?
Honte sur vous monsieur l’indigné, ou plutôt monsieur le vieillard indigne.
Pas si terrible, -moins terrible que les actions israéliennes-, la razzia des produits industriels et agricoles, le rationnement, les rafles et les fusillades d’otages au Mont Valérien et au fort de Romainville ? Moins terrible, Oradour sur Glane ? Moins terribles les dizaines d’Oradour sur Glane réalisés en Yougoslavie, par les Waffen SS du Mufti de Jérusalem, les sinistres Anschar ?
Je l’ai déjà dit, j’ai presque honte d’avoir à rappeler ces faits qui doivent vous être connus, dont vous seriez bien en peine de trouver le millième de l’équivalent, et encore moins de trouver pire, même lorsque les israéliens ont eu affaire avec des attentats dans les autobus, réduisant en charpies humaines des dizaines d’écoliers, ou des attentats dans les files d’attente des bus menant au travail, dans les restaurants ou dans les allées des marchés...
« Anti colonialiste exemplaire », monsieur Hessel ?
Là, vous avez fait très fort, monsieur l’indigné : devenir l’anticolonialiste exemplaire !! Si cela a un sens, c’est de montrer à la jeune génération vos actions, en tant que référence, en tant que modèle.
Question : Qu’avez-vous fait après l’échec des négociations de Fontainebleau (1947) ? Rien, semble-t-il.
Alors, qu’êtes-vous vraiment ?
Indigné ou indigne vieux diplomate, contraint à un « douloureux » silence par son devoir de réserve et par la gestion de sa carrière... Mais peut-être utilisiez-vous un pseudonyme, pour exprimer votre indignation anticolonialiste exemplaire ?
Anticolonialiste exemplaire, monsieur Hessel ?
Tiens, monsieur Hessel, vous qui auriez rédigé la charte des droits de l’homme, qu’avez-vous dit et fait après les évènements algériens de Sétif ? Avez-vous été voir ce qui s’y était réellement passé?
Le fondateur, l’animateur, l’âme du mouvement national algérien, Messali Hadj passera la majorité de sa longue vie militante en prison, ou en résidence surveillée. Cela vous a-t-il indigné ?
Etes-vous intervenu pour que lui soit restitué sa liberté de mouvement ?
Pourtant, c’est en se réclamant de Messali que se sont formés en 1954 la majorité des groupes de combattants algériens, en particuliers les maquis de Kabylie.
Monsieur l’Ambassadeur, vous qui vous indignez et qui appelez à s’indigner : Comment vous êtes-vous alors indigné ?
Qu’avez-vous dit ou fait pour réclamer la liberté de mouvement et de parole pour le fondateur et le leader du mouvement national du peuple d’Algérie ?
Rien, vous n’avez rien dit ni rien fait ?
Alors, monsieur l’Ambassadeur Hessel, vous l’anticolonialiste exemplaire, qu’êtes-vous réellement : indigné ou indigne ?
Tout l’automne et l’hiver 1961, contre la poursuite de ce que beaucoup de jeunes de ce pays considéraient comme la sale guerre coloniale, nous serons des milliers à descendre, à plusieurs reprises, dans les rues parisiennes. Les quartiers situés autour des lieux de convocation des manifestations seront régulièrement quadrillés par des gendarmes mobiles casqués et armés de mousquetons, pour empêcher les manifestants de se regrouper.
Le 19 décembre 1961, pour disperser la foule défilant à plusieurs milliers boulevard de Sébastopol, le préfet Papon la fera charger avec des véhicules de police. J’y étais. Comme beaucoup d’autres, j’ai détalé, quand un car de police nous foncera dessus. Et vous, monsieur l’indigné, vous étiez où, vous disiez quoi à cette époque?
Monsieur l’indigné, vous avez laissé dire que vous étiez un des rédacteurs, un des pères en quelque sorte, de la Charte des Droits de l’Homme des Nations-Unies. Honnête, modeste, vous avez cependant, mais tardivement, admis que l’on vous avait peut-être attribué un mérite qui ne vous revenait pas.
A ce titre, les Droits de l’Homme reconnus par les Nations-Unies, en novembre 1956, lorsque la bureaucratie de Moscou a envoyé les chars, les artilleurs et les snippers, les aviateurs pour bombarder et canonner les quartiers ouvriers de Budapest, lorsque les soldats soviétiques, trompés, mystifiés par des mensonges comme ceux que vous-mêmes proférés pour justifier la destruction d’Israël, quand ces mêmes troupes emmenèrent dans le goulag des dizaines de milliers de travailleurs hongrois, les pères, les mères, les enfants, où étiez-vous ?
Qu’avez-vous dit et fait, vous l’homme des Droits de l’Homme sur toute la Planète, vous l’indigné ?
Alors, monsieur Hessel, indigné ou mystificateur indigne ?
Toujours à ce titre, lorsque le tyran Pol Pot, l’émule cambodgien de Staline, a enfermé plus de la moitié de son propre peuple derrière des barbelés et des miradors dans la jungle tropicale, et qu’il l’a faite mourir d’humiliation, de sévices corporels, de sous-alimentation et de travail harassant destiné à tuer en « rééduquant », vous étiez où ? Vous avez fait quoi ? Qu’avez-vous dit ? Rien ? Pourquoi ?
Une mauvaise cause, La cause du pacifique peuple cambodgien ?
Monsieur l’Ambassadeur, au terme d’une vie confortable de diplomate, n’ayant jamais eu à perdre ne serait-ce qu’une journée de salaire pour obtenir une mince augmentation, n’ayant jamais été contraint de défiler ni pour défendre votre retraite, ni pour obtenir la création des caisses de retraite complémentaire et des caisses de chômage, où étiez-vous, que disiez-vous en 1967 ?
Que disiez-vous, lorsque le chef d’Etat d’alors, le Général de Gaulle, se fit -au mois de mai de cette année là- donner les Pleins Pouvoirs, aux fins d’édicter rapidement des ordonnances que tout le mouvement syndical, sans exception, qualifiera « d’ordonnances anti sociales », en particulier celles du 21 août 1967.
Ce sont ces dernières qui se déclinent depuis ces dernières années, depuis le Plan Seguin de 1986 et surtout depuis 1994-95, dans toutes les mesures restreignant la couverture sociale par l’assurance maladie.
Où étiez-vous, que disiez-vous, monsieur l’indigné ?
Vous ne pouviez rien dire ? Vous ne vouliez rien dire ? L’assurance maladie progressivement amoindrie, ce n’était pas pour vous une cause d’indignation ?
Avant que ne commence le printemps de 1968, dans les derniers jours de janvier, lorsque les autorités préfectorales enverront des forces de police briser par la force la grève des ouvriers de la SAVIEM à Caen, lorsque de jeunes ouvriers seront matraqués sur leur lieu de travail qu’ils occupaient pacifiquement, -à la façon des grandes grèves de juin 36 qui produisirent les accords Matignon et les lois sociales organiques présentées par le socialiste Léon Blum-, lorsque ces jeunes, -étant sortis manifester avec des centaines d’autres jeunes et moins jeunes de Caen et sa banlieue, pour protester contre l’atteinte au droit de grève-, lorsqu’ils furent présentés en comparution immédiate et lourdement condamnés, où étiez-vous ?
Qu’avez-vous fait ou dit ? Rien ?
Protestant contre des salaires ridiculement bas, protestant contre de rudes et humiliantes conditions de travail et défendant leur droit de grève, ces jeunes ne méritaient-ils pas votre intérêt d’indigné ?
Vous n’étiez pas au courant de ce qui s’était passé à Caen, en cette fin du mois de janvier 1968, dans votre confortable bureau d’ambassadeur ?
Mais, peut-être, en fin de compte, que comme certains « résistants »,-ceux notamment qui se signaleront en organisant les honteuses séances de tontes publiques des cheveux de femmes qui avaient aimé des allemands-, n’êtes-vous qu’un indigné de la vingt-cinquième heure ?
Procès d’intention, accusation injuste ? Questions déplacées ?
Nous allons voir si mes premières questions sont déplacées et si mes éléments de conclusions sont infondés.
Insistons. En mai 1967, huit mois avant la répression de la grève de la SAVIEM de Blainville sur Orne, les ouvriers grévistes du bâtiment de Guadeloupe, se rassembleront à Ponte à Pitre. Ils manifesteront pacifiquement, à l’appel de leur syndicat Fraternité Ouvrière.
Mais au lieu d’une négociation de leurs modestes revendications salariales, ils recevront de la mitraille, ils eurent droit aux tirs de mousquetons des « képis rouges ».
Monsieur l’indigné, Vous étiez où ? Vous avez dit quoi ?
Monsieur l’ambassadeur, vous n’allez pas encore me dire que vous ne saviez pas ?
Vous n’allez pas encore me dire, vous, un anticolonialiste exemplaire, que quelques dizaines d’ouvriers grévistes guadeloupéens tués, parce qu’ils exerçaient sans violence leur droit de grève, ce n’était pas une cause d’indignation ?
Mes collègues, dans mon centre de sécurité sociale, quand je les en ai informés, ont tous été indignés, eux. Ils ont immédiatement signé et envoyé une pétition, qu’ils ont demandé à notre syndicat de l’époque de transmettre aux autorités et d’appeler tous les collègues à faire comme nous.
Nous, nous étions indignés, et nous avons réagi sans tarder !
Et lorsque Valentino, le député de Pointe à Pitre, vint témoigner pour la Défense, au procès des militants du GONG que les autorités accusaient d’être la cause d’une pacifique manifestation syndicale finissant en tuerie, où étiez-vous, qu’avez-vous dit et fait ?
Dites moi, pour un anticolonialiste exemplaire, quelle cause anticolonialiste avez-vous effectivement soutenue en payant de votre personne ? Quand et comment ?
C’est un secret d’état, on ne peut pas savoir ?
Mais peut-être qu’on ne peut pas savoir parce que l’anticolonialiste exemplaireque vous seriez n’a pas d’autre action « anticolonialiste » à son actif et à son palmarès que les accusations mensongères contre Israël, qui ont fait de vous un hôte du Kadhafi de Gaza, un invité spécial du sieur Hanyeh, ci-devant chef de la dictature Hamas qui vient de dépenser plusieurs centaines de milliers de dollars pour le mariage de sa fille ?
Au fait, monsieur l’invité du Hamas, avez-vous reproché à son chef les persécutions des chrétiens de Gaza, l’assassinat du libraire chrétien qui avait osé continuer de vendre des Bibles dans sa boutique et persistait à refuser la conversion à l’islam ? Non ? C’était une mauvaise cause, peut-être ?
Au fait, vous l’homme des Droits de l’Homme, ça ne vous choque pas que le gouvernement de votre hôte fasse défiler ses milices le bras tendu, à l’hitlérienne, en marchant au pas de l’oie ?
Il ne vous a pas fait assister à ces manœuvre style défilés SS et SA à Nuremberg en 1938, votre bon ami monsieur Hanyeh ?
Ça ne vous choque pas non plus les enfants de sept, huit ans, les adolescents, défilant armés de kalachnikov parfois plus grandes qu’eux, la taille entourée d’une ceinture explosive, la tête ceinte d’un bandeau sur lequel figure le slogan du djihad, le mot d’ordre mortifère de la « guerre sainte » ?
Non, des enfants tous soldats, à Gaza, cela ne vous choque pas ?!
Rien que de très normal, de développer les capacités physiques du futur combattant et la haine de l’ennemi chez des enfants et des adolescents... C’est vrai que ces ennemis, ce sont ces pelés et ces galeux de Juifs, qui formaient en 1695 les cinq cents habitants qui constituaient la totalité de Gaza.
Monsieur l’Ambassadeur, rien que de très légitime, bien peu digne d’être relevé, cette vidéo officielle du Hamas, en date du trois décembre dernier. Prenez-en connaissance, vous qui, avec le chef du Hamas, n’avez pensé rencontrer qu’un agneau résistant. Ecoutez-le, le message de ce « résistant », il mérite qu’on s’y attarde. Et puis ça ne sera pas long, écoutez le, le message de votre bon ami Hanyeh :
« Allah, tue les Chrétiens et les Juifs jusqu’au dernier
Allah, ô notre Seigneur, bats tes ennemis,
Les ennemis de la religion, en tous lieux
Allah, frappe les Juifs et leurs sympathisants
Les chrétiens et leurs partisans
Les communistes et leurs adhérents
Allah, compte-les et tue-les jusqu’au dernier,
Et n’en laisse aucun en vie. »
(Al Aqsa TV du 3 décembre 2010- Source, Palestinian média Watch)
Monsieur l’indigné, qui êtes allé faire ami-ami, avec le chef du gouvernement qui a, par définition, la haute main sur ce média de masse (la TV Al Aqsa), vous n’avez pas parlé avec lui de ces paroles de haine furieuse ?
Peut-être, me direz-vous, qu’il ne s’agit que d’une bavure, pas d’un véritable appel à réaliser jusqu’au bout ce que Adolphe Hitler a commencé, ni un appel officiel du Hamas, invitant à mener jusqu’au bout les meurtres d’arabes chrétiens et de non croyants.
Bavure ? Un communiqué Hamas de ces derniers jours demande aux Nations-Unies, qui scolarisent aux frais des contribuables des différents pays, dont le notre, deux cent mille enfants de Gaza, d’arrêter immédiatement d’enseigner la Shoah. En effet, déclare le communiqué du Ministère des réfugiés du gouvernement du Hamas: « cela empoisonne les esprits des enfants palestiniens »
Faire l’autruche, vous pensez que ce doit-être le choix d’un homme appelant à s’indigner ?
Mais peut-être n’êtes-vous pas indigné par ces appels au djihad final ?
Mais depuis 1695, de l’eau a coulé sous les ponts et les Juifs ne sont plus considérés comme autochtones dans leur pays et n’y seraient nulle part légitimes. Alors, fouler les droits de l’enfance, faisant l’objet de règlement et de conventions des Nations-Unies, quelle importance n’est-ce pas ? Enrégimenter l’enfance, en faire une génération de Shahid, rien que de très normal, rien à y redire, n’est-ce pas, monsieur l’indigné ?
Je veux reposer ma question : Monsieur l’Ambassadeur Hessel, indigné ou indigne ?
Qu’êtes-vous en vérité ??
Anticolonialiste exemplaire ?
Combattant des Droits de l’Homme, de ses Droits Politiques et de ses Droits Sociaux ?
Indigné ou indigne et simulateur ?
Vous aimez les Droits de l’Homme. Vous les aimez pour tous les hommes, pour toutes les femmes, pour tous les jeunes. C’est ce que beaucoup de gens, qui auront acheté vos treize pages de slogans indignés, penseront probablement de vous, surtout avec toutes ces émissions courtisanes, avec ces multiples présentations-dédicaces.
Monsieur Hessel, Vous aimez à laisser dire que vous êtes Juif.
Curieux Juif, que vous seriez, ne trouvez-vous pas ?
Je ne vous chercherai cependant pas querelle sur ce point. Je ne vous questionnerai pas pour déterminer ce qui dans la judéité, la votre en particulier, serait héritage physique, national, provenant des gènes d’ancêtres ayant quitté l’ancienne Judée à un moment ou un autre, -comme on peut descendre des amérindiens, des Papous ou des chinois-, et ce qui est plus strictement juif au sens culturel et/ ou religieux.
Mais le fait est que vous en parlez ou laissez parler, pour réfuter l’accusation d’antisémitisme et de mauvaise foi de votre part, dans ce que je ne peux qualifier autrement, contre Israël, que de : harcèlement, acharnement, méchante polémique, utilisation de fausses informations, suffisance façonnée par la morgue bureaucratique du vieux diplomate jouant au révolté (comme la Reine Marie Antoinette jouait à la fermière).
Je ne suis pas à l’intérieur de votre tête. Mais ce qui ressort, c’est : l’ignorance manifeste des faits, la mauvaise foi, le recours aux faux arguments ainsi qu’aux montages artificiels ; tout cela pour accabler Israël et tenter de le présenter mensongèrement comme l’Etat délinquant, comme l’objet légitime d’opprobre et de scandale universel.
Le fait que vous laissiez alléguiez une part de judéité devrait, me semble-t-il, vous rendre sensible aux mesures frappant des Juifs parce que Juifs ? Non ? Manifestement, ce n’est pas le cas.
Procès d’intention, nous allons voir que non.
Dîtes moi, mon bon monsieur le diplomate, quand la répression s’est déchaînée au printemps de 1968 contre les étudiants polonais –étudiants qui avaient osé protester contre l’interdiction de la pièce de théâtre « les aïeux », parce que ce classique de la culture polonaise dénonçait l’oppression d la nation polonaise par l’empire tsariste- cela ne vous a pas un peu touché, cela ne vous a pas indigné que commence ainsi et pour ce motif culturel et national polonais une chasse aux sorcières contre les « éléments juifs cosmopolites », contre les « agitateurs sionistes » ?
Cela ne vous a pas scandalisé, cela ne vous a pas indigné, que quelques milliers des trente mille derniers Juifs restant encore en Pologne (sur les 3,5 millions qui vivaient dans ce pays avant la shoah, dont deux cent mille y survivront) aient dû se résoudre, eux aussi, à prendre le chemin d’un nouvel exil, après plus d’un millénaire passé en Pologne ?
Non, à vous, monsieur l’indigné, cela ne vous a rien fait ? Mais peut-être vous fais-je, à ce propos, une critique infondée? Alors, je vous écoute.
Vous vous souvenez certainement d’Henry Krasucki, l’ancien secrétaire général de la CGT, membre aussi du bureau politique du PCF. Sa famille, enfin ce qu’il en restait en Pologne, après la shoah, Y subira ces brimades, vexations, interdictions multiples et variées ; elle devra se résoudra à venir en France. Vous avez dit quoi, de ces persécutions antisémites, à l’encontre des survivants, monsieur l’indigné qui serait « Juif » ??
Ce n’était pas une bonne cause, défendre ces survivants et leurs enfants ?
Ce, n‘était pas une cause digne de votre indignation et encore moins digne de l’indignation de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté ces campagnes mensongères contre les « Juifs cosmopolites », contre les « agitateurs sionistes », menées par les autorités staliniennes en Pologne?
Dîtes-moi, monsieur l’ambassadeur, quand le 21 août 1968 la bureaucratie moscovite enverra six cent mille hommes en armes s’occuper de la Tchécoslovaquie, quand elle les expédiera mettre fin au « socialisme à visage humain », vous faisiez quoi ? Quand la bureaucratie parasitaire et totalitaire les fera installer le régime de la « normalisation », pour briser les aspirations démocratiques d’une nation toute entière, pour finir avec les espoirs et les ambitions d’une petite nation, qui montrait à tous la voie d’une économie mieux organisée, associée au pluralisme politique, vous avez dit quoi ?
Quand la répression appelée normalisation cherchera à effacer ce printemps tchécoslovaque qui voulait dans la vie quotidienne, conjuguer la socialisation des moyens de production et la liberté de penser et de s’exprimer, sans censure, sans police politique, sans brutalité, vous étiez où, vous avez dit quoi ?
Quand le jeune étudiant Juif, Jan Pallach, s’est immolé par le feu, le 18 janvier 1969, sur la place Venceslas à Prague, pour protester à la face du monde contre l’arrogance totalitaire foulant les droits des nations tchèque et slovaque, écrasant les droits élémentaires de libre organisation du mouvement ouvrier et d’une société toute entière, vous avez dit quoi, vous avez fait quoi, monsieur l’indigné ?
Vous n’avez pas entendu les cris de douleurs du jeune homme donnant sa vie, dans ces conditions terribles, pour que le monde se dresse et vienne en aide à la nation Tchécoslovaque, objet des soins du totalitarisme staliniste, après l’avoir été trente ans plus tôt de ceux du totalitarisme hitlérien pour lequel bat le petit cœur de midinette de votre bon ami Hanyeh, vous savez, le chef du gouvernement du Hamas, l’homme qui vous a reçu en grandes pompe à Gaza il y a quelques mois ?
Alors, permettez-moi d’insister monsieur l’indigné : vous avez dit quoi après le sacrifice de Jan Pallach ? Rien, parce que vous ne pouviez pas ? Rien, parce que vous n’avez pas su ce que tout le monde a appris le 19 janvier 1969?
Et quand la normalisation s’est appesantie, lorsque le communiste Pachman s’est trouvé exclu du PCT, lorsqu’il a été licencié, puis jeté en prison, vous avez fait quoi ?
Mais peut-être que pour un indigné de toujours, les Tchèques et les Slovaques, les militants de la Charte 77,-parce qu’ils se heurtaient au stalinisme, ce stalinisme considéré « globalement positif » par vos amis du PCF, vos alliés dans la détestation d’Israël-, mais peut-être que ces deux petits peuples ne méritaient pas qu’on les défende et qu’on aille voir les ambassades pour exiger que l’on fasse sortir des geôles du KGB tchèque les hommes qui disaient tout haut ce que tous pensaient tout bas pour un combat qui trouvera sa concrétisation avec la victoire de Vaclav Havel ?
Mais peut-être vous fais-je un procès d’opinion ?
Si c’est le cas, dîtes-nous : que faisiez vous pendant tous ces longs mois, quand mes collègues mi-amusés, mi sérieux, m’avaient baptisé « Pachman », parce qu’il ne se passait pas une semaine sans que je ne vienne leur « casser les pieds » et leur demander, qui une signature, qui un peu de soutien, qui une participation à une délégation ou à un meeting, pour sortir Pachman et les autres militants du printemps de Prague des griffes du stalinisme se croyant triomphant pour toujours.
Vous faisiez quoi, vous, l’indigné ?
Vous le diplomate, vous l’ambassadeur, vous l’assistant témoin de la rédaction de la Charte des Droits de l’Homme des Nations Unies, vous faisiez quoi pour le peuple et les hommes du printemps de Prague ? Vous faisiez quelque chose ou cela ne vous préoccupait pas, vous l’indigné ?
Indigné ou indigne ?
Lorsque le « socialisme réel » en Pologne, lorsque le stalinisme « globalement positif », -selon vos bons amis du PCF, avec lesquels vous vous apprêtez à inciter des jeunes gens, trompés par vos mensonges, à aller s’affronter avec des militaires israéliens, au mois de mai prochain, en les envoyant sur un navire forceur de « blocus » partant de France-, lorsqu’en décembre 1970, les travailleurs des chantiers navals et des ports de Szczecin, Gdynia, Gdansk et Sopot, se mettront en grève, lorsqu’ils éliront un comité de grève interentreprises, commun à toutes les entreprises de ce que les Polonais appelaient la « triville », lorsque la milice stalinienne, la Zomo, viendra rétablir l’ordre policier à l’aide des mitrailleuses, lorsque des centaines d’ouvriers, les mains nues, simplement en grève pour un meilleur ravitaillement, seront fusillés dans les rues puis enterrés dans des fosses communes à l’insu des leurs, vous direz et ferez quoi ?
Vous ne saviez toujours pas ? Vous ne pouviez toujours rien faire, devoir de réserve et carrière diplomatique obligeaient ??
Et après le 13 décembre 1981, lorsque le libre syndicat de dix millions d’ouvriers librement syndiqués sera déclaré hors la loi, que la loi martiale permanente sera décrétée dans toute la Pologne, vous direz et ferez quoi, vous l’indigné ?
Vous venez de recevoir un prix de l’anticolonialiste « exemplaire ».
Un prix pour l’exemplarité de votre anticolonialisme… J’ai cherché à comprendre pourquoi. J’avoue ne pas encore en avoir trouvé la raison. Mais, je cherche, je cherche, je cherche. Peut-être trouverai-je, qui sait ??
Est-ce parce qu’en 1984, lorsqu’il se produisit cette fusillade de la grotte d’Ouvéa, dans laquelle Eloi Machoro et quelques autres militants indépendantistes Kanaks trouveront une mort violente, vous auriez remué ciel et terre et dénoncé le théâtre d’hypocrisie télévisée auquel eurent droit les Français, lorsque Jacques Chirac voulu à ce sujet, parler à François Mitterrand, « les yeux dans les yeux » ?
Si ce n’est pas pour la cause canaque, pour quelle cause mériteriez-vous un prix de l’anticolonialisme exemplaire ?
Surement doit-on aller chercher assez loin dans le passé ces actes exemplaires pour lesquels on vient de vous décerner un prix : du côté des mouvements d’indépendance nationale du peuple d’Algérie ?
Mais on vient de voir que non, alors pourquoi, pour le soutien de quel combat ?
Pour nous autres, citoyens français, l’Algérie, celle d’avant 1962 et celle d’après, cela nous interpelle.
Les jeunes qui arrachent le drapeau tricolore, au fronton du Capitole toulousain, qui le brûlent et lui substituent le drapeau de l’Algérie arabo-musulmane, ou ceux qui sifflent la Marseillaise, sont là pour nous le rappeler.
Nous avons évoqué Messali Hadj, l’homme de la glorieuse Etoile Nord Africaine (ENA), à l’origine du PPA, puis des Amis du Manifeste et enfin du MTLD, dont sont sortis MNA et FLN.
Je voudrai ici évoquer un drame historique, qui nous interpelle, nous Français, et qui est actuel. L’Algérie, c’est aussi la question berbère. Cette question, c’est comme pour la Turquie, l’Irak, la Syrie, l’Iran, avec ce qu’est la question kurde.
Dîtes-moi, monsieur l’indigné, lorsqu’en 1988 des milliers et des milliers de Kabyles, des jeunes le plus souvent, mais pas seulement, sortiront dans les rues des villes et des villages de Kabylie, pour demander le respect de leur culture, pour réclamer le droit de parler et d’employer leur langue librement, sans crainte, langue plus ancienne que l’arabe venu avec la conquête, lorsque le dictateur militaire Boumedienne, le Kadhafi algérien, venu au pouvoir en renversant le populaire Ben Bella, lorsque le chef de la bureaucratie « socialiste » issue de l’ALN de l’extérieur fit mitrailler ces foules pacifiques, laissant la terre d’Algérie jonchée de centaines de cadavres de jeunes Kabyles, qu’avez-vous dit ? Qu’avez-vous fait, monsieur l’ancien « résistant », monsieur l’anticolonialiste exemplaire, monsieur « l’indigné » ?
Présentement, la Kabylie bouge. Elle s’est organisée. Elle dispose de plusieurs partis ? Elle s’est même dotée d’un gouvernement en exil, demandant son autonomie. Vous dîtes quoi à ce sujet? Rien ? Ce n’est pas une bonne cause, ce n’est pas une cause méritant votre indignation la cause Kabyle ? Pourquoi ?
Alors, monsieur l’indigné, en dehors d’un blocus alimentaire et médical qui n’existe pas, en dehors d’un blocus destiné aux matériels de constructions civiles à Gaza qui n’existe pas lui non plus, -les constructions de villas de l’élite Hamas et d’un centre commercial dernier cri en témoignent-, qu’est-ce qui vous indigne dans le monde ?
Qu’est-ce qui justifie votre colère et vos déplacements incessants ? Rien d’autre ? Curieux cette unique source de colère, ne trouvez-vous pas ?
Mais peut-être que si je vous parle des tribus Papoues du Timor occidental dont le mode de vie, la tenue, l’alimentation, déplaisent si fort aux autorités islamiques de Djakarta qu’elles leur envoient des missionnaires armés, j’aurai enfin votre oreille.
Vous n’ignorez pas, vous l’anticolonialiste indigné exemplaire, que c’est la colonisation européenne qui a mis les petits clans de mélanésiens papous dans l’escarcelle des autorités de Djakarta ?
C’est peut-être un bon colonialisme, le colonialisme islamique de Djakarta ?
En effet, il procure à l’Indonésie les ressources en bois pour pâte à papier, en bois pour meubles d’exportations à bon marché ou, au contraire, en bois provenant d’essences rares, pour mobilier luxueux payé à prix fort, le tout en provenance des forêts primaires tribales dont les clans papous sont expropriés ?
Il lui permet, ce bon colonialisme, à Djakarta et à ses missionnaires armés, d’apporter la bonne religion à des impies qui croyaient et croient toujours, comme leurs cousins Kanaks, à l’esprit des arbres ??
Peut-être que le diplomate indigné n’a pas lu toutes les dépêches tombant sur son bureau :
plusieurs dizaines de milliers de Papous ont perdu la vie, massacrés par les missionnaires armés envoyés par Djakarta pour les convertir et pour s’approprier leurs forêts tribales remises à des groupes formés à partir de capitaux indonésiens et étrangers. Vous l’ignoriez, monsieur l’indigné ?
On le voit, c’est sur : Vous êtes un anticolonialiste exemplaire,
Ça doit bien être vrai, puisqu’on vous a remis un prix à cet effet.
Au risque de me répéter, j’insisterai sur ce point : Le Timor occidental est une partie de l’île de Bornéo. Bornéo, c’est la terre de ces noirs mélanésiens connus comme étant les Papous. L e colonialisme européen avait partagé leur île en deux parties : l’une rattachée à l’Australie pour le compte du Royaume Uni, l’autre incorporée à l’Indonésie.
Cela ne vous choque pas ? Cela ne vous indigne pas ?
Les tueries continuent, bien que les Papous n’aient jamais envoyé quiconque poser des bombes à Djakarta ou ailleurs, même pas dans les villes (les colonies indonésiennes) installées sur leurs terres. Cela ne vous indigne pas, monsieur l’indigné ?
Je n’ai surement pas fait le tour de toutes ces questions que vous avez laissé dans l’ombre, une ombre étonnante et si vaste, pour un esprit qui aurait les prétentions que vous affichez et que les médias vous ont unanimement reconnues. Nous aurions pu vous demander comment vous vous êtes indigné contre la guerre faîte aux Soudanais du sud ? Cette guerre, parce qu’ils refusaient d’être soumis à la charia, leur coûta plus de deux millions de tués par l’armée des djihadistes de Khartoum.
J’aurai pu vous questionner sur les tueries dont sont victimes les Pygmées, qui, au vu des effectifs de ces aborigènes d’Afrique, prennent les allures d’un nouveau génocide. Cela non plus, manifestement, ne semble pas interpeler votre indignation.
J’en arrêterai donc là.
Peut-être, si ces questions vous parviennent, aurai-je vos réponses. Peut-être nous prouverez-vous que ce que vous reprochez à Israël n’était en fin de compte que le résultat du fait que vous, un diplomate*, n’êtes pas beaucoup mieux informé que beaucoup de nos concitoyens et que vous avez, vous aussi, à votre grand regret, fait confiance à des personnes qui ont abusé de votre bonne foi et accusé injustement… On peut toujours rêver.
En attendant, à vous-même et à nos concitoyens abreuvés de vos slogans sommaires, je pose encore la question vous concernant : Stéphane Hessel, indigné ou vieil homme indigne ?
Alain Rubin
*PS
A l’été de 1980, J’aurai l’occasion de m’entretenir avec Edmund Baluka, l’ancien Président du comité interentreprises de grève des chantiers navals des ports de la Baltique, lors de la grève de décembre 1970 qui provoquera la chute de Gomulka.
Edmund Baluka m’expliquera le fonctionnement du système bureaucratique polonais, au quotidien. Il m’expliquera, comment il était bâti sur le mensonge généralisé, sur un système du mensonge permanent qui descendait du haut vers le bas de la société pour camoufler les privilèges de la bureaucratie et faire croire qu’une juste société s’édifiait en Pologne. C’était aussi un système du mensonge défensif, qui remontait aussi du bas vers le haut de la société: Un mensonge des ouvriers, mal payés, voir pratiquement pas payés, qui se disaient que pour un « faux salaire » ils n’avaient pas à fournir un vrai travail. La classe ouvrière avait appris à ruser avec les contrôleurs qui venaient vérifier l’exécution du plan, avec ses normes décrétées par la bureaucratie.
Les travailleurs achetaient les vérificateurs venus de Varsovie. Le plan était déclaré réalisé, quand en vérité il ne l’était pas. Dans l’atelier d’Edmund Baluka, qui produisait des gouvernails, il y en avait des vrais, des opérationnels, c’est ceux là que le contrôleur vérifiait, et il y avait les autres, tous ceux fabriqués à la va comme j’te pousse et incapables de fonctionner. Ces derniers n’étaient évidemment jamais vérifiés par l’homme de Varsovie.
Le mensonge était tellement dans les mœurs, et à tous les niveaux, et dans tous les sens que, quelques jours avant sa chute, Wladislav Gomulka se croyait toujours populaire.
Les échelons de la bureaucratie, le côtoyant, lui faisaient écrire et imprimer un exemplaire unique du journal officiel du POUP. C’était un journal rempli de résolutions toutes enthousiastes, mais votées par d’imaginaires réunions de cellules ou assemblées d’usines. Ces réunions n’avaient pas eu lieu, les votes n’avaient pas eu lieu ; mais Gomulka pensait que tout cela était bien réel et il se croyait toujours populaire…
Avec l’indigné et son hôte, le chef du gouvernement de la dictature à Gaza, on entre dans le même registre. Quand l’indigné était diplomate, peut-être (ce serait son excuse) que les services du Quai d’Orsay fonctionnaient-ils pour informer les Ambassadeurs à la manière des échelons de la bureaucratie « socialiste » en Pologne?
Peut-être que notre brave indigné aurait donc tout ignoré des événements successifs dont je parle plus haut, sans quoi c’est sur, parole de scout, foi d’indigné, il aurait tonné, il aurait bousculé son devoir de réserve, notre diplomate, il n’aurait pas été entravé par des considérations carriéristes pour protester.
Ce matin, 28 février, on me rapporte les derniers propos de l’indigné. On se souvient des paroles de Jean Marie Lepen, qui avaient provoqué un tollé justifié, je pense à ceux concernant le caractère somme toute peut pénible du régime d’occupation militaire allemand dans notre pays. L’indigné fait mieux.
C’est ainsi qu’il a déclaré en Allemagne que : « la politique d’occupation allemande était, si on la compare avec la politique d’occupation de la Palestine par les israéliens, une politique relativement inoffensive, si l’on fait abstraction d’éléments d’exceptions comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol des œuvres d’art ».
Ces dernières paroles ne méritent pas d’autres commentaires que le mépris.
L’homme est-il devenu fou ou est-il un ignoble provocateur, à la manière du financeur et fournisseur en armements du Hamas, je veux parler d’Ahmadinejad ?
Anticolonialiste exceptionnel, monsieur Hessel ??
Peut-être faut-il prendre cette récompense comme une moquerie, comme une sorte de prix citron, comme une façon roublarde de souligner que cet homme n’aura jamais rien fait durant toute sa longue vie, qu’il aura attendu d’avoir 92 ans pour s’indigner là où il n’y avait pas lieu et ne s’était jamais indigné quand il y avait eu tellement d’occasions d’avoir à le faire.
Alain Rubin