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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 08:09

 

 

Hessel : trop, c’est trop !

Dernière mise à jour Mercredi, 6 mars 2013 12:10Ecrit par Luc RosenzweigMercredi, 6 mars 2013 12:10

http://www.fmradiosjuives.com/hessel-trop-cest-trop/

 

 

Le tsunami d’hommages au défunt Stéphane Hessel dans la presse et les médias français est passablement écœurant. Autant il est convenable de saluer un défunt pour ce qu’il a accompli de son vivant, et d’oublier pour le temps du deuil, qu’il fut un homme, faillible comme les autres, autant il est indécent de canoniser ce personnage aussi prétentieux que cabotin que fut Stéphane Hessel dans les dernières années de sa vie. Un petit livre indigent fit de lui une idole de ceux qui préfèrent l’incantation à la réflexion. Il détourna, au seul profit de la gauche la plus extrême, l’héritage de la Résistance française à l’occupant nazi. En l’écoutant, on avait fini par oublier que cette résistance n’avait pas été le monopole d’une gauche largement dominée par les communistes.

  
Sa détestation d’Israël était infinie, au point d’avoir pris un tour quasi pathologique. Cet homme, toujours souriant et affable quand il était interrogé par les médias complaisants, clamait sa haine de l’Etat juif avec un rictus effarant dans les manifestations organisées par les amis français du Hamas. Cette obsession lui faisait perdre toute mesure, allant jusqu’à lui faire déclarer à un journal allemand que l’occupation israélienne de la Judée Samarie était pire que celle de la France par les nazis. Mais ce vieillard était devenu une telle icône de la gauche béate qu’on lui passait ces dérapages insensés.

 
Les rares voix qui s’élèvent pour ramener le public à plus de raison, comme celles de Richard Prasquier ou d’Alain Finkielkraut provoquent l’offuscation des dévots de la bonne pensée. L’offense réitérée de Stéphane Hessel aux sentiments des juifs de France devrait, selon ces mêmes dévots, être subie sans broncher. Eh bien non. Rien ne nous empêchera de dire qu’un homme qui nous a si bassement insulté ne mérite que notre oubli.

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 08:41

 

 

France 2 et ses déformations historiques et religieuses


A l’attention de Mme Arlène Tempier
 
Présentatrice de l'émission "Les chemins de la foi" sur France 2  
 
 
Chère Madame,
 
 
J’aimerais attirer votre attention sur quelques remarques au sujet de votre émission du Dimanche 17/2/2013  intitulée « Islam, Jérusalem cité de la foi ».
 
Il m’a certes été difficile de savoir si c’est une émission religieuse ou politique.
 
Mais dans chacun de ces deux cas il me semble que son niveau professionnel-journalistique et intellectuel laisse à désirer….c’est le moins que l’on puisse dire !
 
 
En effet si vous vouliez en faire une émission religieuse on se demande s’il n’y avait pas exagération et déformation historique de lier Jérusalem comme "cité de la foi islamique".
 
-  Vous n’ignorez sans doute  pas que Jérusalem n’est pas citée une seule fois dans le Coran.
 
-  Une étude sérieuse et objective, vous aurait dévoilé sans difficulté que la contestation arabo-islamique qui réclame une portion de Jérusalem et la Palestine est en contradiction avec ce qu’enseigne le Livre saint du Coran. 
D’ailleurs les constructions sur le mont du Temple, du Dôme du Rocher et de la mosquée al-Aksa, furent l’oeuvre de la dynastie illégitime des Omeyyades de Damas qu'a combattu Muhammad ibn al-Hanafiyah (638-700) ,le fils du 4eme khalife musulman, Ali ben Abi Talab.

Ce même Muhammad ibn al-Hanafiyah qui s'est distingué pour sa piété, sa droiture, son courage et son efficacité en temps de guerre a d’ailleurs affirmé sans ambages que "le prophète Muhammad n'est pas monté au ciel depuis la mosquée du Dôme (sur l'esplanade du Temple), que c'est là une fausse affirmation" dans le cadre de manipulations politiques pour servir un certain fanatisme qui désirait se servir d’Allah au lieu de le servir.
 
 
-  Pour ce qui est de votre affirmation qu’à Jérusalem le lieu saint de l’Islam est "l’Esplanade des Mosquées" et celui des Juifs est "le Mur des lamentations", je ne peux m’empêcher de vous demander si vous avez lu ce qu’en dit la Bible, pas seulement l’Ancien Testament mais également le Nouveau Testament (qui vous est sans doute plus familier) ?
 
Le nom du lieu en question est pour  le Monde Judéo-Chrétien tout entier, (et non seulement "pour les Juifs"), "Le Mont du Temple "  et non "l’Esplanade des Mosquées".

 
Faut-il vous citer le Nouveau Testament  (Matthieu 21-23 ou 24-1 , Jean 10-23 , etc,etc…) où le lieu en question est tout simplement, le Mont du Temple ?

 
 
-  Enfin ignorez-vous que le Ministre palestinien du culte, Mahmoud Al-Habbash, présenté dans votre émission comme "modéré et tolérant", a déclaré il y a quelques semaines à l'agence de presse officielle palestinienne Wafa : " Les récentes déclarations du Premier ministre israélien sur la propriété du mur occidental ne sont rien de plus qu'un non sens et une tentative de manipulation historique; ces déclaration n'ont aucun fondement historique, religieux ou juridique. Aussi bien Jérusalem, que le mur occidental relèvent du seul droit des Palestiniens".

 
 
Et maintenant au cas où vous désiriez faire un émission politico historique,il est choquant de constater que vous y parliez de Jérusalem comme "ville de confrontation" et "d’occupation sioniste" .Cela aussi bien pour ce qui est advenu en 1948 qu'en 1967 sans mentionner que dans les deux cas c’est une attaque arabe contre Israël pour la "rayer de la carte" qui, repoussée victorieusement  ,est présentée par les Arabes (ce qui normal ) comme "occupation sioniste" qualifiée d’injuste et responsable de tous les maux de la population arabe qui y habite.

 
…..Mais que l’Antenne de France 2, une Antenne occidentale, qui se veut sérieuse et objective se fasse également porte-parole de ces calomnies et de ces demi vérités (voir de ces mensonges)  politiques, me laisse moi, éduqué dans la francophonie, fils et petits-fils de combattants pour la France, abasourdie, révolté et surtout triste.
 
 
Bien à vous
 
Dr Zvi Tenney
Ambassador of Israel (ret)

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 08:19

 

Shmuel Trigano (Copier)

Une commémoration en forme d’aveu

Shmuel Trigano

dimanche 3 mars 2013  
- Lire la version pour téléphone mobile (iPhone, smartphone, etc.) -



Il est difficile, voire dangereux, d’intervenir lorsqu’un groupe humain est plongé dans un acte d’adoration. Toute vision du dehors, toute approche distancée et critique, tout regard sociologique sont perçus comme une violence.

Il y a tout de même de quoi s’étonner de voir cette dévotion unanime, du sommet de l’Etat au simple quidam, aller à une personnalité dont les traits sont bien flous quand on les mesure à l’aune de la réalité.  Des chercheurs ont montré que bien des traits de sa vie célébrés de toutes parts comme autant de preuves de son exceptionnalité sont ou bien faux ou bien déformés. Par exemple qu’il a contribué ou participé à la rédaction de la Déclaration des droits de l’Homme alors que lui même a reconnu dans un entretien avec Jean Daniel qu’il n’en était rien[1]. On apprend aujourd’hui qu’il n’aurait jamais été formellement « normalien » (diplomé). On savait qu’il n’était pas formellement juif, etc.

 

Néanmoins, même les croyances infondées constituent un indice de la réalité sociale et, d’un point de vue sociologique, doivent être tenues pour des choses très sérieuses.

 

Le personnage d’Hessel est une fabrication médiatique mais les qualités qui lui sont attribuées sont très significatives. Le directeur de LibérationNicolas Demorand,les a bien formulées : «J’aimais la gauche qu’incarnait Stéphane Hessel, forgée par la guerre, trempée dans les principes du Conseil national de la Résistance et l’esprit fondateur de l’ONU». Il « ne dérogea jamais». Rapporté par le même journal,Dominique Garaud dans la Charente Libre lui enchaîne le pas: « Résistant de la première heure, rescapé miraculé de Buchenwald, associé à la naissance de l'ONU, à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, diplomate promu à la dignité d'ambassadeur de France, médiateur pour les sans-papiers, perpétuel agitateur d'idées à gauche ».

 

Nous trouvons dans tous ces attributs l’écho des critères qui font la légitimité aujourd’hui : victime, mais résistant, survivant mais dévoué aux autres, fervent de la « communauté internationale », des « droits de l’homme », soutien aux « sans » de toutes sortes tandis que, selon la journaliste Hélène Pilichovsky, le fait que, quoique Juif, il a pris fait et cause pour les Palestiniens[2] constitue le côté le plus fort du personnage. Il faut donc rajouter à tous ces critères, la haine de soi, si typique despost-modernistes, dévorés de culpabilité envers « l’Autre ».

 

« Juif » donc mais contre soi et finalement pas tout à fait juif mais « Juif d’origine » , sous « les foudres des associations juives » (Le Monde), martyr donc, internationaliste, pour les droits de l’homme (et pas du citoyen), pro-immigré, pro-Palestinien, défenseur des damnés de la terre et donc anti-colonialiste, participant de la Déclaration des droits de l’homme, au sortir de la Shoah et des camps[3], contre Israël qui aurait trahi cet héritage etc. A cela s’ajoute ce qui, dans la culture démocratique de masse, vaut comme un signe de confirmation sociale : la vente de 5 millions d’exemplaires d’un « livre » de 15 pages au message typiquement « bobo » c’est à dire relayant une idéologie qui, depuis son « grand soir » de 1968, « se la joue » et vit en prenant des postures dans son fauteuil de direction… « Indignez-vous » mais… ne vous révoltez pas.

 

Même surfait, le mythe Hessel est efficace et fait du personnage une icône du bien,du légitime, du gracieux, de l’espérance, génératrices de charisme. Dans les faits, quand il y a pouvoir charismatique, l’important c’est moins le personnage charismatique que la croyance de ses disciples en sa personne tenue pour hors du commun, incarnant des valeurs qui intiment l’autorité.


C’est justement là, quand on considère la foule de ses adorateurs, que cet étrange unanimisme inquiète. Au creux de cet écrin délicat se niche en effet une haine d’Israël, une inimitié extrêmement profondes, qui se nourrissent de toutes ces qualités que l’opinion contemporaine tient pour positives et dont l’impact rejaillit d’autant plus négativement sur Israël et les Juifs, clairement identifiés comme hostiles. Peu importe, sur le plan du réel, l’inanité, les erreurs, les jugements péremptoires qui inspirent cette inimitié, ce qui compte c’est la puissance de l’émotion. Vu la place qu’occupe dans son « livre »[4] la dénonciation d’Israël, il est clair que dans tous les esprits énamourés qui se pâment devant son auteur, Israël et tout ce qui se rattache à lui incarnent le contraire absolu. Cela relève désormais de la croyance, de la foi, d’une forme de religiosité. Tous les problèmes de la terre qui doivent susciter « l’indignation » ont désormais le visage de l’Israël[5] honni et des Juifs qui le soutiennent.

 

L’encensement aberrant et immérité de ce « juste » (Libération dixit, mais aussi avec la confirmation ahurissante de l’État hollandais, lui conférant les honneurs militaires aux Invalides) nous donne un indice extrêmement sûr de l’épaisseur de l’inimitié envers Israël et les Juifs[6] qui a cours actuellement en France. Nous sommes dans une situation d’égarement moral et intellectuel maximal[7] où la compassion pour les victimes de Merah fait cause commune avec le discours qui justifie leur meurtre (rappelons nous que le terroriste voulait venger « les enfants de Gaza »[8]). Au fait, où était l’indignation de Hessel après Toulouse, pour ne pas parler de la Syrie[9] ?

 

Tout cela est éminemment inquiétant même si ces réalités restent pour l’instant « froides ». C’est un brandon pour le feu de demain.

 



[1] « Laissez-moi faire une petite rectification. Quand on dit que je suis corédacteur de la "Déclaration universelle des droits de l'homme", c'est très exagéré. A l'époque, j'avais 30 ans et n'étais qu'un jeune diplomate, chef de cabinet d'Henri Laugier, secrétaire général adjoint de l'ONU. Lors de l'élaboration du texte, j'étais assis à côté de gens aussi importants que René Cassin et Eleanor Roosevelt, qui, eux, rédigeaient la Déclaration alors que, moi, je les écoutais rédiger. »Cf.

http://tempsreel.nouvelobs.com/stephane-hessel/20130227.OBS0206/debat-stephane-hessel-et-jean-daniel-insurgeons-nous.html

[2]Le Match des éditorialistes de I-TV, le 27 février 2013.http://www.itele.fr/chroniques/le-match-des-editorialistes/le-match-des-editorialistes-43679;

«  où il était le plus séduisant et le plus crédible, à savoir quelqu’un d’origine juive qui défendait les Palestiniens et çà c’est quelque chose à louer… ». Le journaliste de Libération présent était parfaitement d’accord sur ce point là. Gauche et droite réunies !

[3] Le titre de Une de Libération, « Un juste », est une reprise, calculée ou pas, du titre de « juste des nations » conféré aux non Juifs qui ont sauvé des Juifs durant la Shoah. Ce phénomène est très intéressant car nous assistons là à une nouvelle étape du discours sur les Justes (on se souvient de leur célébration par Chirac au Panthéon) qui a ouvert la voie à la tentation d’aborder la mémoire des victimes par le biais de leurs sauveteurs, une approche déculpabilisante. Avec Hessel devenu un « juste », l’argument du « juste » peut être retourné contre ceux qui étaient identifiés aux victimes, les Juifs. En quoi serait-il un nouveau « juste » si ce n’est parce qu’il « sauve » les nouvelles « victimes », les Palestiniens, de nouveaux « bourreaux », les Juifs, pardon, les Israéliens...

[4] De façon très physique, la couture qui tient le livre passe juste au milieu du passage concernant Israël, de sorte qu’en l’ouvrant on tombe immédiatement sur son nom.

[5] Ce que j’ai vu de mes yeux sur la place de la République dans une manifestation en faveur des droits des handicapés, le slogan anti-israélien était présent…

[6]Évidemment, les Juifs qui ne se renient pas. Reste à remarquer que les Juifs qui dénoncent urbi et orbi les « mauvais » Juifs, alors qu’ils n’ont jamais pris part à quelque vie juive que ce soit, fournissent justement l’argument de la bonneconcience (« philosémite ») aux tenants de cette attitude.

[7] Mais très cohérente. Cf. S. Trigano, Les frontières d’Auschwitz. Le dérapage du devoir de mémoireBibio-Essais, Livre de Poche-Hachette, 2005.

[8] Il faudrait écrire ici aussi un article sur la propagande de guerre du Hamas sur l’état des choses à Gaza dont Hessel s’était fait le petit facteur. Voir déjà mon article dans Le Figaro (9 aôut 2010) sur cette question

http://www.debriefing.org/30456.html

[9] C’est vrai que le Hamas dont il s’était fait le porte-parole est dans le camp des ennemis des rebelles…

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 13:57

 

http://www.causeur.fr/israel-al-dura-enderlin-karsenty,21398


Comment France Télévisions a instrumentalisé la justice pour faire obstacle à la vérité

israel mohammed al dura

Lundi 16 janvier, devant la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, se tenait, pour la troisième fois, une audience où Charles Enderlin et France Télévisions demandaient à la justice française de condamner Philippe Karsenty, directeur de Médias-Ratings, un site web de notation des médias, pour diffamation dans l’affaire Al-Dura. Karsenty a mis en cause l’authenticité d’un reportage diffusé dans le JT de France 2, le 30 septembre 2000, dans lequel Charles Enderlin, directeur du bureau de France 2 à Jérusalem, commentait des images filmées à Gaza par le cameraman palestinien Talal Abou Rahma, collaborateur habituel de la chaîne publique française.  Dans le commentaire, Charles Enderlin affirme que ces images montrent la mort d’un enfant, Mohammed Al-Dura, victime de tirs de l’armée israélienne alors que son père, Jamal aurait, lui, été grièvement blessé.
Cette nouvelle audience devant la Cour d’appel de Paris faisait suite à l’annulation, par la Cour de cassation, de l’arrêt de cette même Cour d’appel, laquelle, en mai 2008, avait relaxé Philippe Karsenty du chef de diffamation, infirmant ainsi un premier jugement prononcé en sa défaveur par le tribunal de grande instance de Paris.
Quoique parfaitement fondé en droit, le motif de la cassation est pour le moins étonnant pour ceux qui se soucient de l’établissement de la vérité dans cette interminable affaire. La Cour a en effet considéré que l’arrêt de la présidente de la Cour d’appel ordonnant à France Télévisions de mettre à la disposition de la Cour les « rushes » (les images tournées, mais non diffusées) du reportage contesté était en contradiction avec les procédures judiciaires en matière de diffamation. Il appartient en effet au prévenu, et à lui seul, d’apporter à la justice les preuves et documents pouvant attester de sa bonne foi et de la véracité des accusations portées.
C’est pourtant cette divulgation publique qui permit, dans les mois qui suivirent, d’établir « beyond reasonable doubt » comme diraient les Américains, que ce reportage était une supercherie, voire une mise en scène pure et simple. C’est pourquoi, au cœur de ce deuxième procès en appel, Charles Enderlin et France 2 n’ont pas plaidé sur la véracité des faits rapportés, mais sur le fait que Philippe Karsenty, au moment où, en novembre 2004, il portait de graves accusations contre France 2, Charles Enderlin et Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaîne publique, ne répondait pas aux critères pouvant excuser la diffamation, notamment en matière d’enquête sérieuse et de prudence dans la formulation.  Comme ces subtilités sont difficilement perceptibles par le grand public, une condamnation définitive de Karsenty permettrait à Enderlin et à France 2 de clamer que l’affaire est close, et que la vérité  des faussaires  est devenue vérité judiciaire. Il n’en est évidemment rien, et c’est avec une parfaite placidité que je peux, aujourd’hui, réaffirmer que Charles Enderlin et France 2 se sont rendus complices d’un bidonnage éhonté commis par leur cameraman de Gaza, dont les conséquences furent dramatiques1. Je suis certain que France 2 ne poursuivra plus aucun de ceux qui partagent ce point de vue, comme la documentariste allemande Esther Schapira, le philosophe Pierre-André Taguieff2 ou tous ceux qui s’apprêtent à publier de nouveaux ouvrages ou à réaliser de nouveaux documentaires sur la question. Car l’affaire a tellement évolué, grâce notamment à la persévérance de Philippe Karsenty, que désormais tout procès en diffamation serait perdu par la chaîne publique. C’est pourquoi, pour les faussaires et leurs complices, il est essentiel d’obtenir, le 3 avril, un arrêt de la Cour d’appel en leur faveur. Cela leur permettra de continuer à s’appuyer sur la justice française pour empêcher l’émergence, en France, d’une vérité déjà largement admise dans d’autres pays, notamment en Israël, aux États-Unis et en Allemagne.
Pour avoir été, depuis mai 2004, partie prenante du débat sur ce sujet, j’ai pu observer comment Charles Enderlin et France 2 ont mis toute leur énergie à empêcher la vérité de surgir en instrumentalisant sans vergogne la justice française.
La mise en cause du reportage de France 2 commença, quelques semaines après sa diffusion, par une enquête lancée à la demande du général Yom Tov Samia, alors commandant les forces engagées à Gaza. Cette enquête, à laquelle participa le physicien israélien Nahum Shahaf, mit en lumière quelques éléments invalidant la thèse d’Enderlin, concernant notamment la provenance des tirs ayant prétendument tué l’enfant et grièvement blessé le père, et l’heure auquel le drame était censé s’être déroulé. À la suite de ces premières révélations, d’autres personnes enquêtent : le journaliste américain James Fallows, du prestigieux mensuel Atlantic Monthly, la documentariste allemande Esther Schapira, l’universitaire américain Richard Landes et le site d’information francophone israélien Mena, dirigé par Stéphane Juffa. Tous parviennent à la conclusion que la version présentée par France 2 ne tient pas. En 2003, un psychanalyste français, Gérard Huber, correspondant en France de la Mena, publiait un livre intitulé Contre-expertise d’une mise en scène qui synthétise tous les arguments étayant la thèse de la supercherie.
Le doute commence à se propager, et des journalistes reconnus sur la place de Paris se posent des questions. Raison pour laquelle la direction de France 2 invite trois d’entre eux, dont l’auteur de ces lignes, à visionner les « rushes » de Talal Abou Rahma au siège de la chaîne. Le principal effet de cette séance est de mettre en lumière les incohérences, contradictions  et mensonges de Talal Abou Rahma et de Charles Enderlin dans leur défense de l’authenticité des faits rapportés. Au lieu d’accepter ma suggestion de mettre un terme définitif aux interrogations de ceux qui doutent en demandant à Jamal Al-Dura de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, France 2 envoie Talal Abou Rahma filmer les cicatrices, bien réelles, que le père de l’enfant prétendu mort porte sur tout le corps. Ces images seront présentées à la presse lors d’une projection d’où sont exclus tous les médias jugés défavorables à la thèse de France 2. On verra plus loin que ce film, qui persuada la plupart des journalistes présents de la bonne foi de France 2, allait se retourner contre elle. Sûre de son fait, la chaîne publique se lance alors dans un combat judiciaire pour écraser définitivement ses contradicteurs. France 2 cependant, n’attaque pas en diffamation ceux qui sont directement à l’origine de sa mise en cause : la Mena, Gérard Huber ou Esther Schapira, qui, dans un premier film, conclut que l’enfant est bien mort, mais exonère les soldats israéliens de la responsabilité de ce drame. Elle choisit, à dessein, de traîner devant les tribunaux des sites internet qui n’ont fait que reprendre ces informations.  Ce choix n’est pas le fruit du hasard, mais vise à éviter que le tribunal reconnaisse aux critiques de Charles Enderlin l’excuse de la bonne foi et d’un travail d’enquête réel. Dans la ligne de mire de la chaîne se trouvent Pierre-Itzhak Lurçat, un Franco-Israélien qui anime le site de la Ligue de défense juive, Charles Gouz, un médecin retraité qui dirige le site Désinfos.com, et Philippe Karsenty de Médias-Ratings. Le premier est relaxé pour des raisons de procédure : il n’a pas pu être établi qu’il était l’administrateur du site concerné. En revanche, Charles Gouz et Philippe Karsenty sont condamnés en dépit d’une demande de relaxe de l’avocat général, le tribunal estimant que les critères juridiques de la diffamation s’appliquent en la matière : enquête insuffisante, manque de prudence dans la formulation etc…En prime, le tribunal avalise le refus de France 2 de rendre publics les « rushes » du cameraman sous le fallacieux prétexte de la protection des sources, totalement inadéquat en l’espèce. Forte de ses condamnations, France 2 mobilise alors le ban et l’arrière-ban de la profession pour dénoncer la « campagne de calomnies » dont serait victime son correspondant à Jérusalem.
La Cour d’appel, en 2008, infirme le jugement, et c’est ce qui permet, pour la première fois, à tout un chacun de se faire une idée de ce qui s’est réellement passé le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Des experts en balistique et de médecine légale, totalement indépendants, à qui les images sont projetées, concluent que la version présentée par Enderlin est contraire à toute vraisemblance (absence de sang sur les vêtements des victimes, impossibilité que les traces de balles sur le mur puissent provenir de la position israélienne etc.). De plus, après avoir longuement hésité à rompre le secret médical, un chirurgien israélien déclare que les cicatrices présentes sur le corps de Jamal Al-Dura sont la conséquence de blessures à l’arme blanche subies par ce dernier lors d’une rixe à Gaza en 1994, et de l’intervention chirurgicale qu’il avait réalisée pour greffer des tendons sur sa main. Le CRIF, resté jusque-là très en retrait dans cette affaire, interpelle alors France 2 et le CSA pour que la lumière soit faite au plus vite. Il y a donc le feu à la maison France 2, et son président d’alors, Patrick de Carolis, accepte une médiation entre la chaîne publique et le CRIF, confiée à la LICRA. Celle-ci propose de faire venir Jamal Al-Dura à Paris pour qu’il se soumette à une expertise médico-légale confiée à des médecins  légistes désignés par les deux parties.
Dans un premier temps, Charles Enderlin se réjouit, sur son blog, de cette initiative, dont il affirme qu’elle lui rendra, enfin, justice. Les semaines et les mois passent, et France 2, qui était chargée d’organiser le voyage en France de Jamal Al-Dura, est aux abonnés absents. Interrogés par Richard Prasquier, président du CRIF, les dirigeants de France Télévisions répondent que le blocus de Gaza par Israël empêche Jamal Al-Dura de se rendre à Ramallah, en Cisjordanie, pour renouveler son passeport périmé. Cette version est immédiatement contredite par le ministère israélien des Affaires étrangères qui se dit prêt à accorder,  à tout moment, un sauf-conduit à Jamal Al-Dura pour se rendre à Ramallah, et une autorisation de prendre l’avion pour Paris à l’aéroport de Tel Aviv. Quelques jours plus tard, on apprend que Jamal Al-Dura, de sa propre initiative (!) a décidé de porter plainte en diffamation contre Actualité juive, un hebdo communautaire paraissant à Paris, qui avait publié un entretien du Dr Yehuda David, réalisé par Clément Weill-Raynal,  rédacteur en chef adjoint à France 32. Cela fournit à France 2 un nouveau prétexte − « ne pas interférer dans une procédure en cours » − pour se tirer du mauvais pas de l’accord passé avec le CRIF. Cela permet surtout de gagner du temps, en attendant que la Cour de cassation se prononce sur l’arrêt de la Cour d’appel favorable à Philippe Karsenty. Parallèlement, France Télévisions exerce des pressions sur l’ARD, première chaîne de télévision allemande, pour qu’elle renonce à la diffusion et à la vente à l’étranger du nouveau film d’Esther Schapira, qui conclut, cette fois-ci, à la très grande probabilité d’une mise en scène de la mort d’un enfant. France Télévisions menace même de rompre ses accords de coopération avec l’ARD. Contrairement à la plupart des médias français, la télévision allemande ne se laisse pas intimider, diffuse le film, et le vend dans plusieurs pays, dont Israël.
Nous en sommes là. L’opinion publique s’est, depuis longtemps, désintéressée de l’affaire. Les juges de la Cour d’appel de Paris pourront, certes, infirmer l’arrêt de leurs collègues en se drapant dans une interprétation littérale du droit en matière de diffamation. Summum jus, summa injuria (« Justice excessive devient injustice ») disaient sagement les Anciens. Sur l’attitude de France 2, et de l’ensemble des appareils de pouvoir venus à sa rescousse, l’Histoire jugera.
Douze années de polémiques…
30 septembre 2000. France 2 diffuse, au « 20 heures », un reportage, commenté par Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant palestinien, Mohammed Al-Dura, tué intentionnellement par des balles de l’armée israélienne dans les bras de son père.
3 octobre 2000. Talal Abou Rahma, le cameraman, déclare sous serment au « Palestinian Centre for Human Rights »  de Gaza que les Israéliens ont tué l’enfant intentionnellement.
4 octobre 2000. Jamal Al-Dura est hospitalisé à l’hôpital d’Aman, où il recevra la visite du roi de Jordanie.
12 octobre 2000. Deux réservistes israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Dura ! ».
19 octobre 2000. Le chercheur israélien Nahum Shahaf demande, en vain, l’accès aux « rushes » de France 2.
25 octobre 2000. Dans Télérama, Charles Enderlin affirme avoir coupé l’agonie de l’enfant au montage.
Février 2002. Le journaliste du Wall Street Journal, Daniel Pearl, est décapité pour venger la « mort » du petit Mohammed.
18 mars 2002. La chaîne publique allemande ARD diffuse Drei Kugeln für ein todes Kind (« Trois balles pour un enfant mort ») d’Esther Schapira.
Janvier 2003. Gérard Huber publie, aux éditions Raphaël Contre-expertise d’une mise en scène.
Octobre/décembre 2003. Richard Landes, professeur à l’université de Boston, rencontre Charles Enderlin qui lui permet de visionner les « rushes ».
21 octobre 2004. Daniel Leconte, Denis Jeambar et Luc Rosenzweig visionnent les « rushes » avec Arlette Chabot.
18 novembre 2004. Arlette Chabot organise une conférence de presse pour communiquer ses « preuves ».
22 novembre 2004. Philippe Karsenty, de Media-Ratings déclare :« Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement. »
19 octobre 2006. Philippe Karsenty est condamné pour diffamation contre France 2 et Charles Enderlin, bien que le procureur ait demandé sa relaxe. Philippe Karsenty fait appel.
10 septembre 2007. L’armée  israélienne envoie une demande officielle à France 2 « en vue de communication des rushes ».
19 septembre 2007. Ouverture du procès en appel en diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin contre Philippe Karsenty.
3 octobre 2007. La présidente de la Cour, Laurence Trébucq, ordonne officiellement à France 2 de présenter les « rushes ». Charles Enderlin et France 2 se pourvoient en cassation.
12 décembre 2007. Le Dr  Yehuda David révèle que les cicatrices de Jamal Al-Dura ne datent pas du 30 septembre 2000.
21 mai 2008. Philippe Karsenty gagne en appel le procès pour diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin contre lui.
27 mai 2008. Le Nouvel Observateur publie la pétition « Pour Charles Enderlin ».
Juin 2008-septembre 2008. Le président du CRIF, Richard Prasquier, obtient de France Télévisions la création d’une commission d’enquête, mais elle ne verra jamais le jour…
4 mars 2009. La chaîne publique allemande ARD diffuse un nouveau documentaire d’Esther Schapira, L’Enfant, la mort et la vérité, qui démonte la mise en scène diffusée de France 2.
14 juillet 2009. Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, fait attribuer la Légion d’honneur à Charles Enderlin.
Mai 2010. Pierre-André Taguieff publie, aux PUF, La Nouvelle propagande antijuive qui consacre 100 pages à l’affaire Al-Dura.
7 Octobre 2010.  Charles Enderlin publie un livre sur l’affaire Al-Dura :Un enfant est mort.
21 octobre 2010. Le bureau du Premier ministre israélien émet un communiqué contredisant la version de France 2.
28 février 2012. La Cour de Cassation annule la relaxe de Philippe Karsenty, contre l’avis de l’avocat général, et ordonne que l’affaire soit rejugée par la Cour d’appel de Paris.
16 janvier 2013. Lors du nouveau procès en appel, le procureur « s’en remet à la sagesse de la Cour », qui prononcera son arrêt le 3 avril 2013.

  1. La diffusion de ces images provoqua, début octobre 2000, des émeutes dans les villages arabes d’Israël, qui provoquèrent 13 morts, et servirent de prétexte aux djihadistes pakistanais pour exécuter, devant  une caméra, le journaliste américain Daniel Pearl. 
  2. Yehuda David et Clément Weill-Raynal ont été condamnés en première instance. La Cour d’appel relaxe Yehuda David, mais maintient, sur un point de détail,  la condamnation de Clément Weill-Raynal, qui s’est pourvu en cassation. 

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 09:04

 

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Chers amis,

Après le procès qui m’a opposé à Charles Enderlin et France 2 le 16 janvier dernier, de très nombreuses informations ont été diffusées au sujet de l’affaire al Dura ; la grande nouveauté est qu’ils l’ont été en dehors des médias communautaires.


En voici une sélection :

- La guerre encourage-t-elle un certain laisser-aller journalistique ? (Mediapart)

- Philippe Karsenty en Cour d’appel : le procès d’une déontologie (Juriguide)

- Philippe Karsenty en Cour d’appel : que disent les experts ? (Juriguide)

- Affaire al-Dura : les images parlent d'elles-mêmes (Juriguide)

- Affaire al-Dura : nombreuses incohérences autour du reportage de France 2 (Juriguide)

La journaliste allemande de la télévision publique allemande, ARD, a publié une lettre ouverte à Charles Enderlin à laquelle ce dernier a répondu sur son blog.

Cette lettre ouverte a aussi été publiée en anglais :

- Al-Dura Exclusive: Esther Schapira’s Open Letter to Charles Enderlin

Pour ma part, j’ai récemment donné une conférence en anglais pour la Conférence des Présidents des Principales Organisations Juives Américaines.

Voici le lien pour la visionner (20 minutes).

J’ai aussi donné une conférence en français lors de la Convention nationale du CRIF du 13 janvier dernier.
Voici le lien pour la visionner (je parle à partir de la 35ème minute).

Comme certains d’entre vous le savent déjà, l’élection législative à laquelle j’ai été candidat en juin 2012 a été annulée.

Dès que cette information a été rendue publique, j’ai publié ce communiqué :

- Annulation de l’élection législative : pourquoi je ne serai pas candidat

De nombreux candidats se sont déjà fait connaître et je tiens à les féliciter.

Je suivrai avec attention le déroulement de cette élection.

Amitiés, bonne fête et à bientôt,

Philippe Karsenty

Retrouvez-moi sur: http://www.karsenty.fr

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:35

 

 

Lettre des familles des victimes de l’école Ozar Hatorah au président de France Télévision

http://www.crif.org/fr/actualites/lettre-des-familles-des-victimes-de-l%E2%80%99%C3%A9cole-ozar-hatorah-au-pr%C3%A9sident-de-france-t%C3%A9l%C3%A9vision/35303

 

 

 

 

 

Les avocats des familles des victimes de l’école Ozar Hatorah ont appris que France 3 souhaite commémorer les un an de la tuerie de Toulouse en donnant la parole à la mère et à la soeur de Mohamed Mérah:

 

http://www.coulisses-tv.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=6839:Soir

 

Ci-contre, en PDF, la lettre qu’ils ont adressée à Rémy Pfimlin, président de France Télévision.

« France 3 souhaite commémorer les un an de la tuerie de Toulouse en donnant la parole à la mère et à la soeur de Mohamed Mérah »

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 17:53

 

De la pénurie d’images du Mali à la mise en garde d’Envoyé spécial par le CSA : que peut-on montrer de la guerre ?


http://www.atlantico.fr/decryptage/penurie-images-mali-mise-en-demeure-envoye-special-csa-que-peut-on-montrer-guerre-jean-marie-charon-alain-marsaud-et-jean-bernar-611326.html?page=0,0


Le patron de l'information de France Télévisions, Thierry Thuillier, a protesté contre la mise en garde du CSA à la suite de la diffusion le 7 février du magazine Envoyé spécial consacré aux exactions commises au Mali et s'est demandé "qui décide de ce qu'on peut montrer d'une guerre".

 

Cacher les images peut permettre de maintenir le moral de l’opinion dans le pays, y compris parmi les proches, les familles des combattants, qui seraient traumatisés par les images

Cacher les images peut permettre de maintenir le moral de l’opinion dans le pays, y compris parmi les proches, les familles des combattants, qui seraient traumatisés par les images Crédit Reuters



Jean-Marie Charon - Alain Marsaud - Jean-Bernard Pinatel

 

 

Jean-Marie Charon est sociologue, spécialiste des médias et chercheur au CNRS. Il a dirigé avec Arnaud Mercier l'ouvrage : « Armes de communication massive – Informations de guerre en Irak :1991-2003 », aux éditions CNRS, 2004.

Alain Marsaud est  député de la 10e circonscription des Français de l'étranger. Ancien magistrat, il a aussi occupé le poste de chef du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris.

Jean-Bernard Pinatel est Général (2S), et un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique. Il a dirigé le Service d'information et de relations publiques des armées (SIRPA) et est l'auteur de "Russie, Alliance vitale" paru dernièrement aux éditions Choiseul.


En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/penurie-images-mali-mise-en-demeure-envoye-special-csa-que-peut-on-montrer-guerre-jean-marie-charon-alain-marsaud-et-jean-bernar-611326.html#Jip8wkSTvg217D0K.99 

Atlantico : Au Mali, certains journalistes se plaignent de voir leur accès restreint à certains endroits, comme sur les bases aériennes. Selon Laurent Gervereau interrogé par Le Monde, "cette mise à distance des médias existe depuis la guerre du Golfe pour des raisons de propagande". A quoi peut servir de montrer les images du front ? Existe-t-il une réelle nécessité de les diffuser ?


Jean-Marie Charon : Prétendre que le contrôle de l’information et tout particulièrement des images par les armées serait un phénomène récent est faire preuve d’une sérieuse cécité historique. Depuis que la presse existe les militaires redoutent la transparence, et tout particulièrement les français qui ont en mémoire la défaite de Sedan durant la guerre de 70, où l’armée prussienne aurait été aidée par les informations fournies par la presse française. Cette même armée française sera la dernière à accepter la présence de journalistes dans les tranchées lors de la 1ère guerre mondiale en 1917 !

Plus récemment, l’armée américaine reste convaincue d’avoir perdu la guerre du Vietnam à cause des médias, singulièrement de la télévision. Elle refusera la présence de tout journaliste lors de l’intervention à la Grenade, tout comme les britanniques cantonneront les journalistes sur un bateau à distance lors de la guerre des Malouines. En fait, la guerre du Golfe, puis celle d’Irak marqueront un infléchissement visant à accepter la présence des journalistes, mais « embedded », embarqués. Sinon, il faut se souvenir du tir sur l’hôtel Palestine, à Bagdad, où se trouvait précisément les journalistes de médias ayant refusé ce mode de traitement des combats.

Pourquoi cette frilosité des armées, y compris dans les pays démocratiques, à l’égard d’une transparence dans le traitement des combats ? Les arguments restent toujours les mêmes. Au premier rang de ceux-ci figure l’obligation de protéger ses propres troupes en ne révélant rien qui puisse aider l’adversaire.

En second lieu, il s’agit également de maintenir le moral de l’opinion dans le pays, y compris parmi les proches, les familles des combattants, qui seraient traumatisés par les images de soldats tués, mutilés, etc. En troisième lieu il y aussi la ressource de pouvoir y compris intoxiquer l’adversaire, comme en 1991 où des images d’entrainement au débarquement étaient sensées tromper Saddam Hussein alors que l’offensive effective allait être terrestre et aucunement maritime. Il ne faut pas non plus sous-estimer la bonne vieille propagande visant à motiver l’opinion, doper le moral de l’arrière disait-on jadis.

Alain Marsaud : La guerre est une réalité colportée par l’ensemble des médias radio, télé et autres. Nos compatriotes ont connaissance de l’engagement de nos forces armées en tel ou tel points des territoires. On peut imaginer à revenir à la situation de la 1ère guerre mondiale où les Etats-majors mentaient y compris au Gouvernement, l’autorité militaire s’appropriant le droit de transformer la vérité à l’égard des citoyens permettant ainsi toute manipulation. On assistait donc, en temps de guerre, à un transfert de pouvoir de l’autorité politique au profit de l’autorité militaire. La question qui se pose donc : « doit-on tout dire pour échapper au mensonge » ?



A un moment où les jeux vidéo sont d’une extrême cruauté donnant à nos enfants la capacité d’être eux-mêmes acteurs des pires excès, certains prétendent vouloir nous priver du droit à l’image. Notre société devrait être responsable de tout le déroulement des événements du monde en matière économique, sociale, politique mais devrait s’imposer un bandeau lorsqu’il s’agit d’acte de guerre.

Cela est peut-être et même vraisemblablement un recul de la démocratie. Par le vote et le suffrage universel, le peuple s’engage sur les moyens de fonctionnement des institutions militaires d’une part, mais aussi de leur engagement. Allons jusqu’au bout, il doit savoir que les budgets, et notamment de la défense, entraînent violence, horreur, meurtre planifié…  C’est vrai que cela est difficile après, de vendre des images balnéaires du « club méditerranée » dans ces régions.

Jean-Bernard Pinatel : Oui, montrer les images de la guerre est une nécessité absolue car en démocratie, il n’est de légitimité que reconnue par l’opinion publique. Lorsque je dirigeais de 1985 à 1989 le SIRPA et aujourd’hui DICOD, j’ai toujours défendu que nous ne pourrions gagner  « la guerre sur le terrain » que si nous gagnions aussi la « guerre des images ». Car, dans la guerre asymétrique à laquelle nous sommes confrontés, nos adversaires sont des spécialistes de la manipulation de l’opinion. Cette politique a été soutenue par 4 ministres successifs Charles Hernu, Paul Quilès, André Giraud et Jean-Pierre Chevènement parfois même contre la hiérarchie militaire.

Qui doit en décider ? Sur quel(s) élément(s) doivent se baser le choix de montrer des images, ou non ?


Jean-Marie Charon : Journalistes, militaires et pouvoirs politiques ne sauraient avoir la même approche de la question de ce qui peut être montré et il y aura toujours débat et tension sur le sujet. Le principe en démocratie serait que cette décision revienne en dernier ressort aux hiérarchies rédactionnelles, à qui il revient de peser ce qui est supportable du point de vue de l’éthique, de la sensibilité du public et de ce qui doit malgré tout être dit ou montré pour ne pas laisser s’imposer une représentation faussée de la réalité, y compris avec des considérations propagandistes de la part des autorités.

Alain Marsaud : A l’exemple de ce que l’on a vu en Algérie, à la suite de la prise d’otages où les images montrées en boucle par nos médias consistées à regarder des alignements de chars d’assauts couverts de bâches. J’aurais préféré que CNN soit sur les lieux, quitte à interviewer quelques djihadistes en mal d’exhibitions. Il appartient aux médias de se débrouiller pour être en pointe sans solliciter les autorisations, mais cela a donné parfois l’occasion à ceux-ci de transformer la vérité dans le but d’orienter l’opinion publique. Je préfère les images de CNN ou de BBC NEWS à celles des autorités Moyen-orientales ou Maghrébines.

Jean-Bernard Pinatel : Il faut permettre à des journalistes d’accompagner nos forces à la seule condition qu’ils ne mettent pas en danger nos soldats par leurs reportages et donc qu’ils respectent certains embargos. Par exemple pour l’Armée de l’Air, ils ne doivent pas rendre compte du décollage de nos avions pour une mission de bombardement jusqu'à ce que ces derniers soient rentrés sain et sauf à leur base. Il ne faut pas non plus montrer l’ensemble de notre dispositif à un endroit précis ou ne pas faire des zooms sur les antennes de nos moyens de détection électroniques, etc.

C’est pour cela qu’il faut des journalistes accrédités Défense, c'est-à-dire des journalistes spécialisés ayant acquis une formation de base sur les questions militaires, pour qu’ils soient en mesure de réaliser eux-mêmes cette autolimitation nécessaire à la sécurité de nos forces. C’est la seule contrainte que doivent accepter les rédacteurs-en-chef : avoir dans leur rédaction suffisamment de journalistes accrédités s’ils veulent être autorisés à couvrir les opérations militaires. »

Le nouveau visage de la guerre, qui s'exerce à travers des prises d'otages, les opérations par les services de renseignement,... oblige-t-il à restreindre la diffusion de certaines informations, comme on aurait pu le faire pour l'otage Denis Allex, dont le corps exhibé à la télévision s'est révélé ne pas être le sien  ? 


Jean-Marie Charon : Le terrorisme s’est toujours nourri de son accès aux médias. Il n’a pas d’efficacité militaire dans l’absolu, ses capacités offensives étant toujours limitées sur le plan militaire. L’impact des actes terroristes est totalement proportionnel à la capacité à impressionner l’opinion. D’où la tentation des autorités à contrôler, voire empêcher de montrer. Ce qui devient un leurre face à la circulation des images sur les réseaux.



 

Alain Marsaud : La mort en direct, cela existe et doit peut-être être montré pour responsabiliser ceux qui le décident. Il n’est pas nécessaire pour autant de montrer les visages et de faire partager la souffrance.

Jean-Bernard Pinatel : La prise d’otage n’a rien avoir avec la guerre. En guerre on fait des prisonniers et c’est régit par la convention de Genève.


Le règne de l'Internet dans le monde des médias change-t-il la donne ? Pousse-t-il les pouvoirs publics à davantage de vigilance ?


Jean-Marie Charon : Internet modifie complètement la donne en matière d’information de guerre ou de situation de crise aigües, comme l’ont montré les révolutions arabes ou encore la guerre civile syrienne. Il est vain désormais de prétendre cacher les morts, les destructions, les actions de violence, puisque celles-ci circulent sur les réseaux sociaux, soit parce que l’un des protagonistes au conflit le souhaite, soit parce qu’un simple témoin entend faire savoir l’horreur d’une situation. C’est toute la relation des armées face aux médias qui se repense au travers de cet état de fait inusité.

Alain Marsaud : La photographie par Smartphone permet à chacun de se transformer en titulaire du prix Pulitzer. Il n’existe plus de sanctuaire à l’abri d’une transmission, il faut s’y faire, quoi qu’il en soit on n’y peut rien même si tel ou tel pouvoir peut en rêver. Même chez la Syrie d’Assad, les photos sont volées et transmises, peut-être seront-elles un jour en provenance des salles de tortures.

Jean-Bernard Pinatel : Oui car toute information ou message est capté immédiatement et mondialement y compris par l’adversaire.  Les militaires ont l’habitude de tourner 7 fois leur langue dans la bouche avant de parler. C’est aux hommes politiques de faire preuve de vigilance et de ne pas faire des déclarations contraires aux buts politiques, stratégiques ou militaires qu’ils poursuivent. Ainsi lorsque le 9 octobre 2012 à l’ONU, François Hollande déclare que le soutien de la France au Mali  sera « logistique », « politique » et « matériel », il envoie le message implicite aux rebelles et aux djihadistes: vous pouvez attaquer le Sud Mali, vous ne risquez pas une intervention militaire de la France.

Entre la méthode algérienne qui consiste à ne laisser filtrer aucune information, et la transparence totale, où faut-il placer le curseur ?

Jean-Marie Charon : Il n’y a pas dans l’absolu de principe simple quant à la transparence ou au filtrage des images. Une chose est certaine la « méthode algérienne », et de beaucoup d’autres pays de par le monde, ne saurait convenir à la démocratie.

Alain Marsaud : C’est un problème de souveraineté, certains pays ont choisis l’opacité la plus totale d’autres l’ouverture à l’extrême. En général, les premières appartiennent à la catégorie des dictatures, les secondes sont parfois des démocraties imprudentes, cela relève du choix des gouvernements d’une part mais aussi de la capacité des voleurs d’images d’autre part. Voilà où est le curseur.


En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/penurie-images-mali-mise-en-demeure-envoye-special-csa-que-peut-on-montrer-guerre-jean-marie-charon-alain-marsaud-et-jean-bernar-611326.html#W0Fax06x05pRTWky.99 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 14:38

 

Chevalier à la triste figure, pourfendeur de moulins à vent.

 

 

Analyse librement reproductible, impérativement accompagnée de la mention de l’url suivante : http://victor-perez.blogspot.co.il/2013/02/lobsession-anti-israelienne-de-pascal.html

Victor PEREZ ©

L’obsession anti-israélienne de Pascal Boniface


Le Directeur de l’IRIS a rédigé un article qui règle ses comptes avec Caroline Fourest : « Fourest et les complotistes : posons les bonnes questions sur la manipulation de l'info » (1). S’il ne s’agit pas ici de se positionner sur cette querelle, il est en revanche intéressant de s’arrêter sur la ‘’réflexion’’ de Pascal Boniface quant aux « théories du complot » qu’il juge « ineptes » car étant « la contrepartie des multiples manipulations de l'information de la part des gouvernements, des services, des officines. Cette guerre de propagande est bien plus grave pour l'information du public, vu les moyens dont ils disposent, que quelques complotistes égarés ».

Pour cet ‘’expert’’, Caroline Fourest prend « un fait condamnable ou gênant » et lui donne « une importance sans commune mesure avec sa réalité, en évitant toute mise en perspective et contextualisation. Elle grossit un danger et se pose en héroïne déterminée à le combattre ».

Pas au point, tout de même, de réfléchir, dit-il, à la « théorie du complot (…) qui accuse Charles Enderlin d'avoir mis en scène la mort du petit Mohamed Al Durah, qui serait toujours vivant. Vu l'impact de cette polémique, on s'étonne que Caroline Fourest ne s'y soit pas attardée ». Par ailleurs, la diatribe de celle-ci, nous apprend-il, est « toujours centrée contre ceux qui mettent en cause les politiques américaine et israélienne ». Chacun en déduira donc que l’envoyé permanent de France 2 à Jérusalem n’est pas un critique de la politique israélienne ! Ceux lisant le blog (2) de celui-ci y trouveront un large démenti.

Mais là n’est pas le plus important !

La première rectification que l’on se doit de rappeler est que nul n’accuse Enderlin d’avoir « mis » en scène la mort de Mohamed Al-Dura mais d’avoir diffusé son annonce sans enquête sérieuse préalable et de surcroît basée sur des images plus que douteuses. Enquête qu’il refuse encore actuellement. Par ailleurs, lorsque l’on sait que le rush de « l’agonie » de l’enfant n’existe pas, selon les propres aveux récents d’Enderlin qui l’avait brandi à toutes occasions, on s’étonnera sur le silence de Pascal Boniface et de sa grave carence à poser les bonnes questions sur la manipulation de l’information de la part du professionnel de France 2.

‘’L’expert’’ qu’il prétend être aurait-il des oublis partisans ?

D’autre part, si les médias nationaux n’ont évidemment pas vocation à répandre les « complots », il ne s’interrogera pas plus sur le black-out total de la part de tous les médias français sur ce qui est devenu l’Affaire Al-Dura et principalement la version de Philippe Karsenty, alors qu’à l’extérieur des frontières et notamment en Allemagne la grande chaîne nationale ARD a diffusé les documentaires d’Esther Shapira consacré à ce sujet !

Alors, « théorie du complot » en France mais pas ailleurs ou manipulation de l’information par France télévisions mais pas par les chaînes allemandes ?

Grave interrogation ! D’autant plus lorsque Boniface accorde, dans son texte, aux Indigènes de la République, malgré qu’ils soient à ses yeux « trop radicaux », le droit à la parole alors qu’à ce jour il n’a pas commis un seul texte réclamant ce même droit pour Philippe Karsenty ayant gagné le premier procès en appel que France 2 et son journaliste lui ont imposé.

Le fera t-il si le verdict du trois avril prochain penche en sa faveur ? Chacun en doutera !

La deuxième idiotie que l’on soutire du texte de Boniface est celle de croire que Caroline Fourest serait notamment une ‘’inconditionnelle’’ de la politique israélienne car s’attaquant, à travers la dénonciation des « théories des complots », à ceux qui mettent en « cause la politique israélienne ».

Ceux l’ayant déjà lu ou entendu en resteront ébahi !

Pascal Boniface étant lui-même un des plus virulents damnateurs de l’Etat d’Israël chacun comprendra mieux qu’il se sente visé. Il ne peut accepter que soient amalgamées les dénonciations des complots farfelus et celles des politiques israéliennes. Des politiques qu’il ne cesse de blâmer jusqu’à plus soif et qui le font qualifier à son tour de théoricien du complot américano-israélien.

Rudy Reichstadt, animateur du site Conspiracy Watch et mis en cause dans l’article, a, dans une réponse intitulée « Caroline Fourest, les obsédés du complot et l'inquiétante obsession de Pascal Boniface » (3), posé une bonne question. Il semble, dit-il, « que, pour Pascal Boniface, le problème est que ni Caroline Fourest ni moi ne nous levons chaque matin en nous demandant de quelle manière nous allons pouvoir critiquer la politique israélienne. Que voulez-vous : à chacun ses marottes ! »

La marotte de Pascal Boniface est effectivement abjecte !

Victor PEREZ ©

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 23:28

 

 

La guerre encourage-t-elle un certain laisser-aller journalistique ?

 

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/jacques-oligano/110213/la-guerre-encourage-t-elle-un-certain-laisser-aller-journalistique

 

 

 

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La guerre a beau être, selon un mot de l'écrivain futuriste Fillippo Tommaso Marinetti, la "seule hygiène du monde", il n'empêche qu'elle s'assimile assez souvent à un joyeux foutoir, une boucherie géante charriant des corps en lambeaux dans le désordre le plus complet. Hygiénique peut-être, c'est à voir, chaotique sûrement, il n'est pas permis d'en douter.

 

Ce désordre ambiant fait qu'il est parfois difficile de s'y retrouver, de collecter suffisamment de sources concordantes pour établir un fait. Les journalistes, censés éclairer leurs congénères sur la réalité des zones de conflit, participent dans certains cas de cette confusion générale, en oblitérant, tronquant, voire même créant les faits dans le sens qu'ils estiment le plus arrangeant. Ah bon ? Oui, ces petits ajustements de la réalité existent et, même s'ils sont rares, ont tendance à se manifester plus souvent en période de guerre.

 

L'exemple le plus connu est peut-être celui de la Révolution roumaine de 1989. Le renversement du régime de Nicolae Ceausescu est entouré d'un halot de mystère qui a fait germer nombre de fantasmes dans les cerveaux, sous l'impulsion de médias plutôt enclins à alimenter la machine à indignation.

 

On est ici en présence d'un paradoxe édifiant. Première révolution à être retransmise en direct sur les TV du monde entier, la révolte roumaine est aussi une de celles, dans l'histoire de l'humanité, dont les circonstances exactes nous restent les plus obscures. De là à affirmer que les médias ont ici participé d'une certaine désinformation, il n'y a qu'un pas, que nous ne franchirons pas, mais enfin c'est un doux euphémisme que de dire qu'ils n'ont pas aidé à clarifier les choses.

 

Ainsi, en décembre 1989, alors que la Révolution touche à sa fin, les télévisions françaises font état de centaines, puis de milliers de morts. C'est un peu la foire à l'empoigne, sinistre concours où le gagnant serait celui qui dénombre le plus de cadavres. A ce petit jeu, TF1 sort grand vainqueur : 70 000 morts dans les "charniers" de Timisoara. Pas mieux. La première chaîne de France ajoute même : « Ceausescu, atteint de leucémie, aurait eu besoin de changer son sang tous les mois. Des jeunes gens vidés de leur sang auraient été découverts dans la forêt des Carpates. Ceausescu vampire ? Comment y croire ? La rumeur avait annoncé des charniers. On les a trouvés à Timisoara. Et ce ne sont pas les derniers ». On tremble dans les chaumières.

 

Mais Libération, Le Monde, la Cinq et tant d'autres ne sont pas non plus en reste. Partout, on parle de boucherie, de charniers. La vérité, si elle reste atroce, est tout autre. On a en fait exhumé les corps du cimetière de la ville pour les présenter aux journalistes. Quant à savoir si ces derniers étaient au courant de la supercherie, difficile à dire. Il est en tout cas certain qu'ils n'ont pas manqué de monter "l'information" en épingle, d'exagérer les "faits". Pierre Bourdieu appellera ce phénomène d'amplification "la circulation circulaire de l'information". Jurisprudence était faite.

 

Dix ans plus tard, une autre affaire fait couler beaucoup d'encre. Carrefour de Netzarim, Bande de Gaza, 30 septembre 2000. Un père de famille palestinien courbe l'échine sur son fils pour tenter de le protéger des rafales israéliennes qui les prennent pour cibles. En vain. Le jeune Mohamed al-Dura, criblé de balles, n'en sortira pas vivant. Un caméraman est présent, immortalise la scène. Le reportage, commenté par Charles Enderlin, journaliste émérite, sera diffusé le soir même sur France 2, puis repris à l'international dans la même version. Une version montée qui laisse place au doute. Tant et si bien qu'un certain nombre de personnalités, Philippe Karsenty en tête, n'hésiteront pas à l'estimer monté de toutes pièces. Treize ans plus tard, au rythme des procès qui égrainent son parcours, ce dernier continue de relever dans les tribunaux les incohérences qui constellent ce petit reportage : incohérences balistiques, morphologiques, contradictions dans les heures, présentation du corps d'un autre enfant comme étant celui de Mohamed al-Dura à la morgue...

 

Pour Karsenty et ses soutiens, les conclusions s'imposent d'elles-mêmes : par souci de sensationnalisme, les journalistes présents ce jour là au carrefour de Netzarim ont mis en scène un certain nombre d'exactions. Les palestiniens, moins que des victimes, sont ici des figurants. D'autres vidéos tournées le même jour, où l'on voit certains d'entre eux, exposés aux tirs ennemis et donc susceptibles de se faire tuer d'un instant à l'autre, fumer des cigarettes et boire du jus d'orange comme si de rien n'était, tendent à attester cette version, même s'il est difficile de trancher dans un sens plutôt qu'un autre.

 

Que ce reportage soit factice ou non, il atteste une nouvelle fois de la difficulté de distinguer le vrai du faux en période de guerre. Cette complexité s'explique en fait assez facilement. Elle trouve sa justification à la jonction de deux motifs : celui, d'une part, d'infléchir l'information dans le sens de la victimisation du camp désigné comme souffre-douleur, pour susciter pitié et indignation chez le téléspectateur, d'autre part, de ramener de l'image, du contenu à tout prix. Dans la plupart des cas, ces images témoignent d'une réalité tangible, tant il est vrai que la guerre est avant tout un désastre humain. Tangible mais pas toujours accessible pour les médias, danger oblige, d'où la tentation de palier ce manque par des constructions scénarisées.

TOUS LES COMMENTAIRES

Voici quelques liens :

1/ pour voir le film d'Esther Schapira sur l'affaire al Dura :

https://vimeo.com/59475901

Le film analyse la thèse de la mise en scè,ne

2/Lire sa lettre ouverte à Charles Enderlin:

http://blogs.mediapart.fr/blog/lucas-martin/070213/vous-saviez-que-l-enfant-n-etait-pas-mort?onglet=commentaires#comment-3110892

3/ Lire les deux réponses de Charles Enderlin

http://blog.france2.fr/charles-enderlin/2013/02/11/esther-schapira/

http://blog.france2.fr/charles-enderlin/category/al-dura/

4/ A propos du charnier de  Timisoara Le film de l'INA "Roumanie, une révolution dans l'oeil des media

http://www.ina.fr/media/presse/video/CPD09007592/roumanie-une-revolution-dans-l-oeil-des-medias.fr.html

5/L'artielede Serge Halimi dans Acrimed sur Timisoara

http://www.acrimed.org/article1.html

Il me semble à moi que les corps avaient été volés à la morgue et que c'était des corps autopsiés.

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 21:10

 

 

Les théories de conspiration sont triomphantes en Turquie

par Daniel Pipes
4 février 2013

http://fr.danielpipes.org/blog/2013/02/theories-conspiration-turquie

Version originale anglaise: Conspiracy Theories Triumphant in Turkey
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

J'ai écrit dans The Hidden Hand, (la main cachée) mon livre de 1996 qui étudie les théories du complot au Moyen-Orient, que

La Turquie et Israël se distinguent comme étant les deux seuls pays du Moyen-Orient où les dirigeants sont pleinement responsables devant leur électorat, où l'Occident est considéré davantage comme un allié que comme un ennemi, et où les théories du complot ont relativement un rôle mineur dans la vie publique. Peu de leaders politiques, intellectuels ou religieux ordinaires [en Turquie] prennent part à la pensée conspirationniste, qui existe surtout en marge de la bonne société.

Comme les choses ont malheureusement bien changé ces dernières années. Voici un exemple tiré d'un grand nombre d'exemples, et pas plus flagrant que d'autres, mais plus spectaculaire que la plupart:

Le contexte: Le 30 janvier, des avions de guerre israéliens ont frappé des cibles en Syrie. Une semaine plus tard, les détails des informations demeurent troubles, mais cela concernait le transfert d'armements de pointe par le régime syrien au groupe terroriste Hezbollah au Liban. On pourrait s'attendre à ce que les autorités turques applaudissent à cette démarche, parce que cela a causé des dommages à ce régime qu'Ankara désire renverser et parce que ces armements de pointe pourraient potentiellement être utilisés contre les intérêts turcs. Mais non, le gouvernement et l'opposition communiste se sont mis à élaborer des théories de complot peu convaincantes sur le raid israélien.

  • Le gouvernement: le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a critiqué le gouvernement syrien pour ne pas avoir répondu à l'attaque israélienne et a parlé d'un accord secret. «Pourquoi l'armée syrienne, qui a attaqué son propre peuple avec des avions de combat et des chars pendant 22 mois, n'a-t-elle pas répondu à cette opération israélienne? Pourquoi [Bachar al-Assad] ne lance pas une [seule] pierre aux avions israéliens alors qu'ils volent au-dessus de son palais et insultent l'honneur de sa nation? Pourquoi ne fait-il rien contre Israël, alors qu'il fait pleuvoir des bombes sur le peuple innocent de son pays? Y a t-il un accord secret entre Israël et Assad?»Il a suggéré que les frappes aériennes israéliennes servent les intérêts du gouvernement syrien, soutenant qu'Assad «exploite»l'attaque israélienne pour augmenter son soutien parmi les musulmans.

  • L'opposition: SANA, l'agence arabe syrienne d'informations, cite Bülent Esinoglu, vice-président du Parti travailliste turc (EMEP), disant que le gouvernement de l'AKP en Turquie "a coopéré avec Israël dans son agression" contre la Syrie. Il continue en prétendant que Davutoğlu a fermé les yeux sur cet événement et que "le gouvernement turc était au courant de l'agression à l'avance."

En bref, le gouvernement a [la théorie conspirationniste] Assad coopérant avec Israël et les communistes ont [la théorie conspirationniste]le Premier ministre Erdoğan coopérant avec Israël.

Commentaires: (1) Ce type de raisonnement peut rapidement vous prendre la tête. (2) Avec les théories ineptes de complot faisant des allers-retours, la population ne sait plus où elle en est, la vie publique est avilie, et les présages pour la Turquie s'avèrent sombres.

Thèmes connexes: Théories de la conspiration, Turquie Il est permis de reposter ou de faire suivre ce texte pour autant qu'il soit présenté dans son intégralité et accompagné de toutes les informations fournies à propos de son auteur, de sa date et son lieu de publication et de son URL originale.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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