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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 09:22

 

 

 

 

Après Qousseir, le Hezbollah prêt à s'engager dans la bataille d'Alep ?

 
 
olj.com/AFP | 04/06/2013

 

Des soldats de l'armée syrienne lors d'une opération militaire dans le rif d'Alep (nord). REUTERS/George Ourfalian
Des soldats de l'armée syrienne lors d'une opération militaire dans le rif d'Alep (nord). REUTERS/George Ourfalian

Dans la presse Plus de 4.000 combattants du parti chiite libanais seraient déployés près de la grande ville du nord de la Syrie.

Plus de 4.000 combattants du Hezbollah libanais se trouvent dans la périphérie d'Alep, dans le nord de la Syrie, a révélé mardi le coordinateur politique et médiatique de l'armée syrienne libre (ASL, opposition) Louay Moqdad.
"Les combattants (du Hezbollah) ont pris position dans l'académie d'ingénierie militaire et s'apprêtent à entrer dans la ville d'Alep", a assuré Louay Moqdad dans un entretien avec le quotidien pan-arabe al-Sharq al-Awsat.


Lundi, une source au sein de l'opposition syrienne avait affirmé que des membres du Hezbollah se trouvaient dans le rif d'Alep et se préparaient à lancer un assaut sur cette ville dont la plupart des quartiers sont désormais sous contrôle rebelle.
Le même jour, le Washington Post a indiqué, citant un commandant au sein du parti chiite libanais, que le Hezbollah a envoyé dimanche "des milliers de ses combattants vers Alep".

(Reportage : Dans le caza de Baalbeck, presque chaque localité a perdu un combattant du Hezbollah à Qousseir)

"La bataille d'Alep a commencé sur une petite échelle ; on vient d'entrer dans le jeu", précise ce commandant dans un entretien à Beyrouth avec un correspondant du quotidien américain. "Nous allons attaquer les places fortes (des rebelles, ndlr), là où ils croient qu'ils sont en sécurité. Ils vont tomber comme des dominos", ajoute ce commandant, qui a participé aux combats à Qousseir (centre) selon le quotidien.

Selon lui, environ 2.000 combattants du mouvement chiite sont stationnés dans les villages chiites de Zahra et Nubol au nord d'Alep.

La puissant mouvement chiite est impliqué dans l'assaut lancé le 19 mai dernier contre Qousseir (centre), longtemps place forte de la rébellion. L'armée syrienne et le Hezbollah cherchent à prendre cette ville stratégique située près de la frontière libanaise pour ouvrir un passage sûr entre Damas et le littoral syrien, base arrière du régime.

(Pour mémoire : « Le Hezbollah perd du terrain au sein de la communauté chiite... »)

Avec l'implication du Hezbollah dans les combats en Syrie se multiplient les dérapages sécuritaires au Liban. Ces derniers jours ont été marqués par une multiplication des tirs d'obus de mortier syriens en territoire libanais, l'explosion de deux roquettes dans la banlieue-sud de Beyrouth, un regain de tension à Saïda et un renouveau des violences à Tripoli, sans compter quelques affrontements entre membres du Hezbollah et rebelles syriens dans la Békaa. Ces combats, près de la ville de Baalbeck ont fait plus de quinze morts, selon des sources de sécurité libanaises.

 

L'opposition syrienne a appelé plusieurs fois le Hezbollah à retirer ses forces de Syrie. Le chef du conseil militaire suprême de l'ASL, Salim Idriss, avait averti mardi dernier que si le Hezbollah n'arrêtait pas dans les 24 heures son "agression" en Syrie, les forces insurgées pourchasseraient les hommes du parti chiite "même en enfer".


Lire aussi
La paralysie des institutions libanaises, l’un des dommages collatéraux de la guerre en Syrie

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 08:31

 

 

 

 

 

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L’opposition affirme que Pyongyang envoie des officiers pour aider Assad à Alep. Des rapports indiquent l’augmentation de la participation du Hezbollah dans la guerre en Syrie, y compris que des combattants du groupe terroriste sont à la tête de convois de tanks dans la bataille de Qusayr.  

Roi Kais


 

Publié le : 

03.06.13, 17:43 / Israel News

 

 

 

Une organisation des droits de l’homme de l’opposition syrienne a affirmé, lundi, que des officiers de l’armée nord-coréenne aident les forces de Bachar al Assad à combattre les rebelles à Alep. Selon l’organisation, une poignée de combattants des milices civiles d’Assad a révélé la présence d’officiers nord-coréens dans les zones de guerre.  


Le régime syrien affirme depuis longtemps que, parmi les rebelles qui le combattent à travers toutle pays, il y a beaucoup de combattants étrangers, envoyés par « les ennemis de la Syrie », comme l’Arabie Saoudite, Israël ou les Etats-Unis. Assad ne nie plus que son armée est aidée par des milliers de combattants du Hezbollah, qui assistent l’armée syrienne à repousser les rebelles.  


Cependant, les rapports concernant des officiers nord-coréens sur le champ de bataille restent encore relativement rares. Lors d’une interview au journal Asharq Al-Awsat, le directeur d’un centre syrien pour les droits de l’homme, Rami Abed A-Rachman, a précisé que le nombre d’officiers nord-coréens en Syrie reste inconnu, mais qu’il y a au moins entre 11 à 15 officiers nord-coréens parlant l’arabe à Alep.  


Abed A-Rachman, dont l’organisation diffuse des rapports quotidiens sur les combats en Syrie, depuis que la guerre civile a éclaté, il y a plus de deux ans, a affirmé que « Les officiers Nord-Coréens sont disséminés sur de nombreux fronts, dont des usines de production du Ministère de la Défense syrienne d’Alep, et dans les centres de commandement des forces du régime, à Alep ». Il précise qu’ils ne prennent pas part au combat réel, mais pourtant, qu’ils fournissent un soutien logistique à l’armée d’Assad et batissent des plans opérationnels. « Ils supervisent, également, l’artillerie du régime dans la région », dit-il.


Ce n’est pas la première fois qu’on établit des liens entre le régime d’Assad et le régime nord-coréen, tous deux –avec le régime iranien- ayant été estampillés, par l’ancien Président américain George W. Bush, comme membres de « l’Axe du Mal ». Selon des rapports étrangers, la Corée du Nord a aidé Assad à construire le réacteur nucléaire qu’Israël est supposé avoir détruit, lors d’une frappe aérienne, en septembre 2007.


 Des batailles féroces, menées par les rebelles contre les combattants du Hezbollah et les forces d’Assad, font rage dans la ville stratégiquement importante d’al Qusayr. Des responsables de l’opposition témoignent que les forces d’Assad ont intensifié leurs attaques dans le but de reprendre le contrôle de la ville.


Selon l’opposition, les conditions humanitaires empirent dans la région, alors que le Hezbollah et le régime Assad continuent d’envoyer des renforts.


Les combattants du Hezbollah conduisent des tanks de l’armée syrienne.

Au même moment, il y a eu une nette escalade de la participation du Hezbollah dans la guerre civile en Syrie, puisque les troupes affiliées au groupe terroriste chi’ite opèrent, désormais à bord de tanks fournis par l’armée du régime Assad, durant leurs combats contre les insurgés, près de la ville de Qusayr, détenue par les rebelles, à l’ouest de la Syrie. Des sources arabes confient à Ynet que cela représente un précédent, pour le Hezbollah, alors qu’il poursuit le renforcement de son soutien au tyran syrien assiégé.



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Des combattants du Hezbollah à bord d’un tank syrien (Photo: Reuters) 


Des sources rebelles ont affirmé que des milliers (entre 2 et 4.000) combattants du Hezbollah sont en train de se rassembler, depuis dimanche, à l’extérieur d’Alep, ce qui a été confirmé par le Hezbollah lui-même.


“La Bataille d’Alep a débuté à une petite échelle, et nous ne faisons, maintenant, qu’entrer dans la partie, a déclaré, narquois, un supérieur du Hezbollah au Washington Post, en s’exprimant depuis Beyrouth. « Nous pénétrerons jusqu'au coeur de leurs bastions, où ils croient pouvoir se sentir à l’abri. Ils vont commencer à s’effondrer comme un château de cartes ».


Les tensions croissantes entre le Hezbollah et les rebelles tentant de renverser Assad sont saillantes, depuis l’offensive lancée par le régime contre les forces de l’insurrection qui contrôlaient Qusayr. L’implication du Hezbollah dans la bataille pour le contrôle de cette ville stratégique a démontré son rôle grandissant dans le conflit syrien, déclenchant les menaces des rebelles de prendre pour cibles des bases du Hezbollah au Liban.


On cite des sources de l’opposition dans la presse arabe, affirmant avoir observé au moins 15 tanks supplémentaires, dans cette zone, depuis le début de la semaine, en plus de nouvelles livraisons de missiles déployés par l’armée syrienne.


Les tanks conduits par les hommes du Hezbollah n’ont pas encore franchi la frontière vers le Liban. Les combats sont observés à la loupe par Tsahal qui perçoit les environs de Qusayr comme une route essentielle pour le transfert d’armes entre la Syrie et le Liban.


http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4387732,00.html  


Yoav Zitun a contribué à ce reportage.

 

   

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

Les stratèges occidentaux, comme Israéliens, n'ont pas pris la mesure du retournement de situation stratégique qui s'opère, sous leurs yeux, en Syrie. Les atermoiements de l'Administration Obama, qui appelle de ses voeux à un nouveau round du "processus de paix" relèvent de la politique de l'autruche. La guerre ne viendra pas tant des territoires palestiniens que des hauteurs du Golan, lorsqu'Assad et ses supplétifs du Hezbollah, montés sur des chars, auront liquidé les poches de résistance, à l'intérieur de la Syrie. La bataille de Qusayr n'est que l'avant-goût de ce qui attend Homs, Alep et les autres bastions rebelles. Les déchirements entre l'Arabie Saoudite, la Jordanie, d'une part, le Qatar et la Turquie, d'autre part, les uns soutenant l'Armée Syrienne Libre, les autres les Frères Musulmans et le Jabhat al Nusra, ont fait long feu de l'union nécessaire au sein des forces rebelles, sous l'égide de chefs responsables pour l'après-Assad. La Russie a choisi de tenter d'intimider Israël par l'envoi de missiles anti-aériens et anti-marine, la Corée du Nord se joint au Bal des Maudits et Etats-Voyous de toute la planète, pour empêcher tout règlement du conflit et écraser le soulèvement. Les manifestations en Turquie ne sont que le symptôme du début de la fin, pour tout rôle régional turc, donc pour l'OTAN, le symptôme du double-jeu d'Erdogan, sous-traitant des Frères Musulmans pour une Administration américaine déconfite, prête à concéder des"parts de marché" à l'Islam radical, et qui ne sait plus ce que sont ses intérêts au Moyen-Orient. Obama a choisi de ne pas lever le moindre petit doigt pour réhabiliter l'ancienne "hyper-puissance" sous les coups de semonce de tous ses ennemis réunis. La situation en Syrie est l'ultime conséquence du discours du Caire de mai 2009 (rédigé par un conseiller Frère Musulman de l'Administration, le conseiller juridique Rached Hussein ) et de la non-stratégie indéfinie d'accommodement avec le pire. Les Barbares sont aux portes de Jérusalem. Il est minuit moins une. De toute évidence, l'évaluation de Moshé Ya'alon, affirmant que les rebelles tiennent encore 60% du territoire syrien, contre 40% à Bachar, relève de la surestimation.

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 17:04

 

 

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Point de vue de Dario S (Rome)

Turquie : après avoir soutenu les printemps arabes, l’AKP est-il victime du printemps turc ?

Habituée aux coups bas et frôlant le ridicule, la Syrie profite, dénonce l’usage de la force et appelle Erdogan à démissionner !!

 

 

http://mediarabe.info/spip.php?article2340

 

 


lundi 3 juin 2013 - 12h24

Logo MédiArabe.Info

Il ne fait pas de doute que Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, paie aujourd’hui le prix de ses hésitations dans le dossier syrien et récolte le fruit de son islamo-conservatisme arrogant. Le régime de Bachar Al-Assad, qui a longtemps menacé de déstabiliser la Turquie, souhaite aujourd’hui profiter du printemps turc.

 

 

En projetant la destruction d’un parc, l’abattage d’arbres et la construction d’une mosquée place Taksim, à Istanbul, le Premier ministre turc a ravivé la querelle opposant les partisans de la laïcité aux tenants d’une islamisation de la société. Le spécialiste de géopolitique de BFMTV, Harold Hyman, livre une analyse pertinente : « En annonçant dimanche son intention de construire une mosquée sur la Place Taksim d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a infailliblement rallumé la bonne vieille querelle entre laïcistes et islamisants, querelle qui couve sous la cendre depuis le tout premier jour de la création de la République de Turquie de Kemal Moustapha Atatürk en 1922 (…). L’hostilité anti-AKP qui s’exprime par des centaines de manifestations à travers le pays rassemble les opposants de tous bords aux grands projets d’urbanisme ».


Après avoir soutenu les printemps arabes, dans l’espoir d’exporter le modèle de l’AKP, ralliant l’islam, la démocratie et la modernité, Erdogan est victime du printemps turc. Selon Harold Hyman, « un printemps issu d’une cause culturelle : la transformation urbaine. Erdogan et la mairie d’Istanbul ont en effet lancé un programme de transformation urbaine pour faire de la ville – et dans une moindre mesure Ankara – une espèce de phare urbanistique mondial », estime Hyman. « Pour cela, ajoute-t-il, des espaces verts ont été ajoutés dans des lieux périphériques, et des centres commerciaux sont nés (…) avec les soupçons de favoritisme dans l’attribution des chantiers ! ».


L’analyste de BFMTV ajoute qu’Erdogan a eu la curieuse idée d’islamiser en même temps qu’il transforme. Il veut raser les arbres du parc Gezi, ces 6 hectares qui donnent de la dimension à l’emblématique Place Taksim. Beaucoup d’événements dramatiques s’y sont déroulés. Toute manifestation qui se respecte se rassemble là, et on se rappellera des bagarres lors du sommet de la Banque mondiale en 2009. Erdogan veut gommer cette société gauchiste. Non content d’un coup, il en livre un deuxième contre les kémalistes : il veut mettre un centre commercial figurant la réplique de l’ancienne caserne ottomane détruite sous Atatürk sur la place, et dimanche il a lâché le grand dessein : il veut y construite une mosquée. Et détruire le très kémaliste Centre culturel Atatürk qui borde le parc Gezi ».


« Erdogan a surjoué ses cartes, il va perdre la main. La gauche voudra sa place Taksim, les écologistes leur parc Gezi, les nationalistes leur Centre culturel Atatürk, les laïcistes modérés ne pourront pas plus tolérer une mosquée que les autres groupes politiques hors AKP. Le printemps sera le printemps laïc et écologique, contre Erdogan vu comme un autocrate islamisant. Explosif. C’est le début de la fin de l’islamo-ottomanisme, et préparons-nous à une longue convulsion » conclut Hyman.


Selon un autre spécialiste de la Turquie, Didier Billion, interrogé par « 20 Minutes », « la question du parc est secondaire mais elle cristallise des mécontentements qui n’arrivent pas à s’exprimer. Les manifestants ne supportent plus l’autoritarisme croissant du pouvoir ». L’exaspération est d’autant plus grande que le gouvernement a multiplié les lois restreignant les libertés individuelles. Dernier exemple en date : l’interdiction de vendre de l’alcool entre 22h et 6h, ce qui avait déclenché la polémique et alimenté, par la même occasion, les craintes de l’opposition laïque sur une islamisation de la société.


Le rôle régional de la Turquie en question


Le rôle régional de la Turquie s’en retrouve affecté par la crise qui affaiblit considérablement l’AKP. Certains analystes turcs affirmaient récemment que le premier ministre s’est lui-même placé entre le marteau syrien et l’enclume de ses opposants. Erdogan a trop longtemps hésité dans le dossier syrien, ou il s’est soumis aux pressions américaines, russes et iraniennes. Mais le résultat est le même : il a donné l’impression d’impuissance. Conjuguée aux menaces syriennes de déstabiliser la Turquie, soit par les partis de gauches soutenus par Damas, soit par le PKK kurde armé par Assad, l’impression d’impuissance d’Erdogan s’accentue aujourd’hui. Le régime syrien critique l’usage de la force par le gouvernement turc contre les revendications légitimes de la population ! Damas appelle aussi Erdogan à démissionner ! Le ministère syrien des Affaires étrangères a même atteint le comble du ridicule en déconseillant aux Syriens de se rendre en Turquie, en proie à l’insécurité !! Le message adressé par le président turc Abdallah Gül, lui aussi islamiste de l’AKP, aux manifestants, ce lundi, les invitant au calme et leur assurant que leur messages est bien arrivé, ne fait que confirmer la vulnérabilité de l’AKP.


Selon toute vraisemblance, Erdogan a longtemps joué au feu sans aller au terme de son engagement, notamment en Syrie. Il a alimenté l’hostilité syrienne et réveillé à Damas le souvenir d’Alexandrette, sans se donner les moyens de renverser Assad. Avec le retour de manivelle syrien, ou plutôt avec le retour de flammes syriennes, Erdogan risque de se brûler les doigts. Désormais, bien que spontané, comme toutes les révoltes arabes des dernières années, le soulèvement des Turcs peut profiter à la Syrie, à l’Iran et à la Russie. Ankara n’est plus la tête de pont de l’OTAN dans la région. Sa déstabilisation prive aussi et surtout les rebelles syriens d’un point d’appui, d’un fond stratégique et d’un couloir de ravitaillement. Les aides occidentales promises à l’Armée syrienne libre ne pourront pas leur être acheminées. C’est l’art des Occidentaux de se faire avoir et l’expression flagrante de leur masochisme.

Dario S.

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 10:09

Laïques contre islamistes : où un printemps turc pourrait-il mener le pays ?

 

 

 

 


En Turquie, deux jours de manifestations antigouvernementales particulièrement violentes ont fait plusieurs centaines de blessés et plus de 1 700 arrestations.

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/laiques-contre-islamistes-ou-printemps-turc-pourrait-mener-pays-alexandre-del-valle-744431.html?page=0,0

 

Alexandre Del Valle

 

 Alexandre del Valle est un géopolitologue renommé. Ancien éditorialiste à France Soir, il enseigne les relations internationales à l'Université de Metz et est chercheur associé à l'Institut Choiseul. Il a publié plusieurs livres sur la faiblesse des démocraties, les Balkans, la Turquie et le terrorisme islamique.

 

En Turquie, deux jours de manifestations antigouvernementales particulièrement violentes ont fait plusieurs centaines de blessés et plus de 1 700 arrestations

 

 

 

De violents affrontements ont opposé, de vendredi à dimanche, les forces de l’ordre turques aux manifestants laïques et de gauche qui dénoncent un projet de réaménagement urbain d’Istanbul visant à détruire le beau parc Gezi de la place Taksim pour y construire à la place la copie d’une ancienne « caserne ottomane ». Celle-ci abriterait un gigantesque centre commercial, un centre culturel... et une mosquée. Symbole de la Turquie moderne et laïque, la place et le quartier mythiques de Taksim, investis par des centaines de milliers « d’indignés », est devenue l’équivalent de place al-Tahir du Caire, le centre névralgique du « printemps turc ».


Ce mégalomaniaque projet néo-ottoman de réaménagement de Taksim, voulu par la municipalité d’Istanbul, gérée par le parti islamiste au pouvoir, l’AKP, est vivement combattu par des urbanistes, des architectes, des associations écologistes et autres militants laïques anti-AKP. Ces derniers ont d’ailleurs remporté une première victoire vendredi dernier avec la décision d’un tribunal administratif d’Istanbul de suspendre le projet de « caserne ottomane »… Ameutés par les réseaux sociaux, les « Indignés » ont occupé durant trois jours le parc Gezi pour tenter d’empêcher les buldozers du chantier d’y déraciner 600 arbres. Depuis, la contestation, qui a gagné Izmir (ouest, autre bastion de la modernité et de la laïcité turques), Antalya (sud touristique), et même la capitale, Ankara (où des incidents ont opposé la police aux insurgés décidés à « marcher sur le Parlement »), cristallise le rejet de la politique autoritaire de l’AKP, accusé de vouloir instaurer petit à petit une « République islamique ». En toute logique, l'opposition incarnée par le parti kémaliste CHP, très laïque, et d’autres formations de gauche, a tenté de récupérer le « printemps turc », s'affichant massivement avec les manifestants. Et comme au début du « printemps arabe », la police turque semble être tombée dans le piège de la répression, déployant des blindés, brûlant les tentes et chassant les manifestants pacifiques à coups de gaz lacrymogène.


Ces images de violence policière ont fait le tour de la Turquie et du monde. Et elles ont indigné jusqu’aux pays alliés d’Ankara, à commencer par les Etats-Unis, ainsi que des organisations de défense des droits de l’homme. Comme dans les révolutions arabes à leur début, initiées par des militants laïques et progressistes, les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc) ont joué un rôle crucial dans l’insurrection. Décidés à défendre Istanbul, symbole de la Turquie européenne, prospère, laïque, et occidentalisée, et son quartier fétiche, Taksim, épicentre de la «movida» stambouliote et haut lieu, depuis les années 1970, des protestations anti-dictatoriales, jadis réprimées dans le sang par les militaires, les manifestants anti-islamistes se sentent proches des premiers web-révolutionnaires laïques du « printemps arabe » qui ont objectivement aidé les islamistes à arriver au pouvoir, face aux dictateurs militaires, au nom du respect de la démocratie électorale, mais qui ont été pays de retour par des restrictions de libertés et des répressions. Récemment, l’une de ces restrictions (sans précédents depuis 1923, date de la fondation par Atätürk de la Turquie moderne), a été l’interdiction partielle de la vente et de la consommation d’alcool. Les manifestants « indignés » dénoncent aussi les condamnations à de lourdes peines de prison pour « blasphème » du célèbre pianiste Fazil Say et de l’écrivain turc d’origine arménienne Sevan Nisanyan, également sans précédent dans ce pays supposé « laïque » ; sans oublier la destruction du mythique cinéma Emek de Beyoglu, autre quartier symbole du pluralisme turc.


Autre motif d’exaspération de l’opposition turque : le 1er mai dernier,  les syndicats et  partis de gauche n’ont pas été autorisés à se réunir place Taksim pour défile, l’interdiction ayant été interprétée comme une preuve supplémentaire du glissement autoritaire du pouvoir. Dans ce contexte hautement sismique, l’annonce de la destruction du parc de Gezi, lieu de promenade tant prisé par les jeunes stanbouliotes, a été un détonateur et a peut être été « la mesure de trop » du gouvernement Erdogan, devenu de plus en plus arrogant, et par conséquent de moins en moins prudent. Car en Turquie, si l’islamisme politique ne cesse de progresser politiquement et socialement depuis l’accès au pouvoir, en 2002, de l’AKP, les forces laïques et leurs alliés militaires, cibles de répressions, procès et chasses aux sorcières, n’ont pas dit le dernier. Et ils s’organisent, à l’instar des révolutionnaires laïques tunisiens ou égyptiens qui comptent reprendre le pouvoir après leurs défaites électorales face aux islamistes également de plus en plus arrogants. 

 

Erdogan- Hollande : même stratégie identique face aux contestations

 

Mais plus sûr de lui que jamais, Recep Taiyyp Erdogan a répondu aux acteurs du « printemps turc » qu’il ferait descendre un million de manifestants dans les rues  "si les « indignés" n’arrêtaient pas leurs manifestations place Taksim. Ignorant superbement « la rue turque », le néo-Sultan Erdogan a confirmé le projet d'aménagement du parc de Taksim à l’origine des protestations radicales. Tout comme Hollande en France face aux anti-mariage gay - donc certes dans un registre fort différent de celui de l’AKP homophobe ! – il a rappelé qu’il préfère satisfaire ses électeurs islamistes, majoritaires, plutôt que de céder aux pressions de la « rue » et de l’opposition anti-AKP, minoritaire électoralement depuis 2002. Une stratégie de fidélité et de refus de « l’ouverture » commune à la gauche française et aux islamistes turcs que les leaders de la droite française et tous ceux qui cèdent aux pressions des médias et des « indignés » devraient méditer…


Car la stratégie de Nicolas Sarkozy après son élection consistant à s’ouvrir à la gauche (quitte à revenir sur des pans entiers de ses promesses de campagne) a beaucoup fait rire tant les islamistes turcs que les socialistes français, qui savent très bien que lorsque l’on déçoit son propre noyau électoral en ralliant ses adversaires et en cédant aux pressions, on perd ses électeurs, donc les élections suivantes, sans pour autant rallier les électeurs du camp adverse, qui préfèreront toujours l’original à la copie et ne paient jamais de retour les main-tendues de l’adversaire, vécues à juste titre comme des marques de faiblesse idéologiques et psychologiques. Conformément à cette ligne cohérente électoralement, Erdogan a donc confirmé qu’une mosquée serait bien bâtie en pleine place Taksim, véritable défi aux forces laïques. Il est vrai que depuis qu’il est au pouvoir, R T Erdogan poursuit lentement mais sûrement son projet de réislamisation de la société turque, déjà “post-kémaliste” et donc en voie de « néo-ottomanisation ». Dans ce contexte, le parti AKP au pouvoir a censuré la presse anti-islamiste (journaux Cumhuriyet, Huriyet, Star, etc), réduit les libertés, faisant condamner et emprisonner des centaines de journalistes, militants des droits humains, militaires, leaders politiques, etc tous accusés de « fomenter un coup d’Etat » (procès ergenekon)... Rebaptisé «Tayyip le chimique» en réaction aux répressions des manifestants qui ont fait des centaines de blessés, Erdogan est devenu la cible des réseaux sociaux, des partis de gauche et des milieux kémalistes-laïques et libéraux qui ne lui pardonnent pas d’avoir fait adopter une loi restreignant la consommation et la vente d’alcool puis d’avoir qualifié Atatürk, « d’alcoolique »... Mais il n’en a cure, et peut être a-t-il raison de son point de vue...

 

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:04

 

 

In flames

 

Turquie : poursuite des manifestations anti-gouvernement à Ankara malgré l’intervention de la police

lundi 3 juin 2013 - 00h51
Logo MédiArabe.Info

Plusieurs milliers de personnes continuaient tard dimanche à manifester contre le gouvernement islamo-conservateur dans un quartier résidentiel d’Ankara après avoir été brutalement délogés plus tôt par la police d’une place de la capitale.

 

In flames


La police a tiré dimanche après-midi des dizaines de grenades lacrymogènes et fait usage de canons à eau pour disperser les protestataires rassemblés sur la place centrale de Kizilay, au troisième jour du mouvement de contestation contre le gouvernement turc.


Les forces de l’ordre sont intervenues à plusieurs reprises afin d’empêcher un millier de protestataires qui voulaient se diriger vers les bureaux du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.


Les tirs de grenades lacrymogènes ont visé sans distinction toute la foule venue sur les lieux pour manifester.


L’intervention est constante, la police n’arrête pas de repousser les manifestants qui ne les menacent absolument pas. Nous avons beaucoup de mal à respirer, a indiqué Gözde Özdemir, une secrétaire âgée de 27 ans.


Plusieurs personnes ont été blessées, a affirmé cette protestataire.

 

In flames


Selon l’agence officielle Anatolie, environ 200 personnes ont été interpellées et ont été amenées à bord d’autocars de la police à la direction de sûreté.


En début de soirée, les manifestants ont été délogés de cette place mais se sont dirigés cette fois vers un quartier résidentiel, Kavaklidere, situé à deux km plus loin pour continuer de manifester, a-t-on constaté.


Les protestataires ont érigé des barricades sur une avenue très fréquentée afin d’empêcher les véhicules blindées de la police d’y accéder, ont expliqué des manifestants à l’AFP.

Personne ne veut de toi Tayyip, scandaient les gens.


La police a tiré de nouveau des capsules de gaz lacrymogène sur les protestataires mais la foule campait sur les lieux. (AFP).

 

בכיכר המחאה הטורקית. ארדואן: "טוויטר הוא סכנה" (צילום: AFP)

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 14:25

 

 

 

Armes russes à la Syrie : après les missiles, les Mig-29 ?

 
OLJ/Agences | 31/05/2013

 

Moscou entend fournir 10 avions de chasse MiG-29 au régime de Damas et les détails de cette livraison font l'objet de discussions avec une délégation syrienne, a indiqué, le 31 mai 2013, l'agence de presse RIA. Krasimir Grozev/Creative Commons
Moscou entend fournir 10 avions de chasse MiG-29 au régime de Damas et les détails de cette livraison font l'objet de discussions avec une délégation syrienne, a indiqué, le 31 mai 2013, l'agence de presse RIA. Krasimir Grozev/Creative Commons

 

 

http://www.lorientlejour.com

 

Conflit L'opposition dit avoir réussi à envoyer des renforts à Qousseir

 

L’affaire des armes russes livrées au régime syrien devient de plus en plus opaque.

Vendredi, deux journaux russes ont indiqué que la Russie n'a pas encore livré de missiles sol-air S-300 à la Syrie contrairement à ce qu'a laissé entendre le président Bachar el-Assad la veille. Dans une interview à la chaîne Al-Manar du Hezbollah libanais diffusée jeudi, M. Assad, interrogé sur la livraison de ces missiles promis par Moscou, a répondu: "tous les accords passés avec la Russie seront honorés et une partie l'a déjà été dernièrement".

 

Mais selon des sources au sein du complexe militaro-industriel russe, citées par les quotidiens Vedomosti et Kommersant, ces missiles n'ont pas encore été livrés. Selon Vedomosti, il n'est même pas certain que ces systèmes d'armes prévus dans un contrat signé en 2010 et s'élevant à un milliard de dollars seront livrés cette année. "La livraison de six S-300 prévus dans un contrat signé en 2010 n'aura lieu qu'au deuxième trimestre 2014", écrit pour sa part Kommersant.

Six mois seront en outre nécessaires pour former le personnel syrien et tester les missiles avant qu'ils ne soient opérationnels.

 

La Russie ne devrait pas être en mesure de livrer les missiles avant l'automne, a rapporté, de son côté, l'agence de presse Interfax citant une source au sein de l'industrie militaire russe. On précise de même source que la date de livraison de ces armes qui inquiètent les gouvernements occidentaux dépendra de l'évolution de la situation en Syrie.

 

Moscou avait défendu mardi la livraison à Damas de S-300, des systèmes sol-air sophistiqués capables d'intercepter en vol des avions ou des missiles téléguidés, comme un facteur de dissuasion contre une intervention extérieure en Syrie. La source citée par Vedomosti a toutefois indiqué que même si les autorités russes insistaient officiellement sur leur volonté d'honorer ce contrat, cela ne signifiait pas que les livraisons auraient forcément lieu.

 

Aujourd’hui, en sus des missiles, les avions de combats Mig-29 MM2 sont entrés dans la danse. Selon le directeur du constructeur, Sergueï Korotkov, cité par les agences russes, la Russie pourrait livrer à la Syrie dix de ces avions de combats. "Une délégation syrienne est actuellement à Moscou, les détails du contrat sont en train d'être définis. Je pense que les avions seront livrés", a dit M. Korotkov.

L’affaire est d’autant plus importante que l’aviation est la "colonne vertébrale du régime", comme l’indiquait à Lorientlejour.com, Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et professeur à l’université d’Edinburgh.

 

Les livraisons d'armes au régime syrien par la Russie ne contribuent pas à régler la crise en Syrie, a déploré jeudi le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague. A Washington, la porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC) a mis en garde la Russie sur de nouvelles livraisons d'armes à Bachar el-Assad, affirmant qu'elles ne feraient "que prolonger la violence". Elle a estimé que la Russie devait plutôt "convaincre Assad de nommer une équipe dotée de pouvoirs réels pour négocier le transfert total de ses pouvoirs exécutifs à une instance gouvernementale de transition".

 

 

Des renforts à Qousseir

Sur le terrain, l'opposition syrienne a affirmé vendredi avoir réussi à envoyer des renforts, appartenant principalement à un groupe proche des Frères musulmans, dans la ville de Qousseir, assiégée par les troupes gouvernementales et le Hezbollah. Le chef par intérim de la Coalition de l'opposition, George Sabra, a annoncé à la fin d'une réunion d'une semaine à Istanbul que "quelque 1.000 combattants de toute la Syrie" avaient réussi à pénétrer dans cette place forte de la rébellion, située au centre-ouest du pays.

Vendredi sur sa page Facebook, le groupe armé de Liwa al-Tawhid, proche des Frères musulmans et soutenu par le Qatar, affirme que "ses combattants sont arrivés à Qousseir" et publie la photo de son porte-parole Abou Firas al-Halabi avec le militant de Qousseir Hadi al-Abdallah.

 

Sur cette photographie postée ce vendredi sur la page Facebook de Liwaa al-Tawhid, le directeur du bureau d’information de ce groupe rebelle, Abou Fares al-Halabi ainsi qu’un autre insurgé de Qousseir, Hadi al-Abdallah.

 

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a confirmé l'arrivée de "centaines de combattants" qui ont réussi à ouvrir une brèche du côté du village de Chamsinne au nord-est de Qousseir. "Il y a eu jeudi un affrontement dans ce secteur au cours duquel onze rebelles ont été tués mais les autres ont pu s'infiltrer", a déclaré à l'AFP le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

"Je ne sais pas si cela peut influer le cours des combats, car le problème crucial ce ne sont pas les combattants mais les armes", a-t-il ajouté. L'Observatoire compte un important réseau d'informateurs parmi les services médicaux et militants à travers le pays.

 

 

 


 

 

  Sur cette vidéo postée vendredi sur la page Facebook du groupe Liwaa al-Tawhid, des rebelles sur le front de Qousseir.

 

 

(Eclairage : Que change la levée par l'UE de l'embargo sur les armes destinées aux rebelles syriens ?)

 

 

M. Sabra avait appelé mercredi tous les rebelles à prêter main forte aux combattants de Qousseir et appelé la communauté internationale à ouvrir un corridor humanitaire. "Accourez, bataillons de la révolution et de l'Armée syrienne libre (ASL), pour sauver Qousseir et Homs", avait lancé le dirigeant par intérim de la Coalition de l'opposition et chef du Conseil national syrien (CNS), principale composante de cette Coalition.

 

Washington a exigé mercredi "le retrait immédiat" du Hezbollah de Syrie, au moment où l'armée syrienne, épaulée par ce mouvement libanais, a annoncé s'être emparée de l'aéroport de Dabaa, prémices d'une offensive tous azimuts contre le dernier carré de rebelles à Qousseir.

 

Jeudi, dans son interview avec al-Manar, le président syrien a reconnu pour la première fois que le Hezbollah combattait aux côtés de ses troupes à Qousseir.

Il a répété être "très confiant" dans la victoire de ses troupes face aux rebelles et n'a pas écarté de se présenter à la présidentielle de 2014. Et agitant la menace de l'ouverture d'un front avec Israël, qui a mené trois raids près de Damas contre des cibles militaires, M. Assad a dit qu'"il y a une pression populaire manifeste pour ouvrir le front de résistance au Golan". M. Assad a également prévenu que son régime allait "riposter à toute agression israélienne la prochaine fois".

 

Par ailleurs, trois Occidentaux, dont une Américaine et un Britannique musulmans, ont été tués par l'armée syrienne mercredi dans le nord-ouest de la Syrie, a rapporté jeudi l'OSDH, précisant qu'ils étaient vraisemblablement en train d'aider la rébellion.

"Ils ont été tués par balles au cours d'une embuscade dans la région d'Idleb et l'armée a retrouvé avec eux des cartes de positions militaires", a indiqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. Selon Reuters, l'Américaine était âgée de 33 ans et s'appelait Nicole Mansfield. Originaire du Michigan, cette mère célibataire d'une fille de 18 ans s'est convertie à l'islam il y a environ cinq ans.

 

 

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 10:34

 

 

 

 

 

 

 

Rebelles syriens à Alep, le 22 mai 2013. AFP/Ricardo Garcia Vilanova

 

Rebelles syriens à Alep, le 22 mai 2013. AFP/Ricardo Garcia Vilanova

 

http://www.lorientlejour.com

 

Eclairage


Les 27 dirigeants européens se sont mis d’accord lundi pour lever l’embargo sur les livraisons d’armes à destination des rebelles syriens. A l’heure où les soldats d'Assad progressent sur le terrain, cette décision peut-elle encore changer la donne ?



"Comme moyen de pression (sur le régime syrien, ndlr), ce n'est vraiment pas très ambitieux", souffle Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et professeur à l’université d’Edinburgh, joint par Lorientlejour.com. Le 27 mai, après douze heures de discussions qualifiées de "difficiles" par les diplomates, l’Union européenne a pris sa première décision importante depuis près d’un an et demi au sujet de la guerre en Syrie. "Ce soir, l’UE a décidé de mettre fin à l’embargo sur les armes pour l’opposition syrienne et de maintenir les autres sanctions contre le régime syrien", a déclaré le ministre britannique William Hague à l’issue de la réunion, au milieu de la nuit.

 

 

Des armes, oui. Mais pas tout de suite.


 Mais l'annonce européenne laisse l’Armée syrienne libre (ASL) dubitative. "On espère que ce sera une décision effective et non pas des paroles", réagit Kassem Saadeddine, porte-parole du commandement militaire supérieur de la rébellion. Prenant acte d’un pas certes "positif", la coalition nationale de l’opposition syrienne juge néanmoins la levée de l'embargo "insuffisante" et trop tardive.

 

Pour la majorité des observateurs, la levée de l'embargo n’aura que peu d’impact sur le terrain, du moins dans l’immédiat. La décision de l’UE "a un poids davantage diplomatique que militaire", estime David Hartwell, spécialiste du Moyen-Orient pour Jane's, maison d'édition spécialisée dans les questions militaires. De fait, la levée de l'embargo ne signifie pas automatiquement que les pays européens prendront la décision d’acheminer du matériel militaire aux rebelles. "Rien ne garantit pour le moment que des armes soient livrées à l’opposition", poursuit David Hartwell, auteur d'une note sur le sujet.

 

S'ils ont levé l'embargo, les 27 ont en effet convenu qu’aucun pays membre ne fournirait dans l’immédiat d’armes aux rebelles. L’Union "réexaminera sa position avant le 1er août sur la base d'un rapport établi par le Haut représentant de l'UE aux affaires étrangères", a déclaré la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui souhaite donner toutes ses chances aux négociations entamées par la Russie et les Etats-Unis pour la tenue d'une conférence internationale sur la Syrie.

 

Début mai, Washington et Moscou ont lancé l’idée d’une conférence internationale, afin de trouver une issue au conflit syrien. Mais les discussions achoppent aujourd’hui sur de nombreux problèmes, de la participation iranienne, rejetée par certains pays, à celle de l'opposition. Or le 30 mai, l'opposition a exclu toute participation à quelque conférence que ce soit tant que "des militants iraniens et du Hezbollah envahissent la Syrie".

"Cela s’annonce plus que mal", commente Thomas Perriet.

 

Anticipant l’échec du sommet, le ministre britannique des Affaires étrangères a affirmé que son pays n’excluait pas de livrer des armes à l’ASL avant le mois d’août. Le Quai d’Orsay a, pour sa part, indiqué que sa décision "dépendra des évolutions en cours sur le terrain et des évolutions diplomatiques."

 

 

Une traçabilité compliquée à mettre en oeuvre

La grande crainte de certains pays européens, est que les armes puissent tomber entre les mains de djihadistes radicaux. "Le Royaume-Uni et la France étaient bien seuls" lors des négociations du 27 mai, rappelle David Hartwell. "Beaucoup d’Etats membres, dont l’Autriche et l’Allemagne, continuent de se montrer très réservés à propos du bien fondé d’armer les factions rebelles", ajoute-t-il.

"Le vrai sujet est celui de la traçabilité des armes", a insisté mardi le porte-parole du Quai d’Orsay. "Si nous décidions de livrer des armes, ce serait à des groupes que nous voulons voir promus dans la Syrie de l'après-Assad", a-t-il ajouté.

 

 Or les derniers mois du conflit ont été marqués par une montée en puissance des organisations rebelles jihadistes. Parmi elles, le Front jihadiste al-Nosra, en première ligne dans le combat contre le régime de Bachar el-Assad, qui a prêté allégeance, en avril dernier, au chef d’el-Qaëda Ayman al-Zawahiri. Une déclaration qui avait jeté un froid, au sein de la communauté internationale, quant à la question de l'armement des rebelles syriens.

 

Or selon Joseph Henrotin, chargé de recherches à l'Institut de Stratégie et des Conflits (ISC), la traçabilité des armes légères est tout sauf aisée. "On peut les marquer au laser, un "code barre" très difficile à faire disparaître", explique le spécialiste à Lorientlejour.com. Mais rien n’empêche un rebelle "mal intentionné" de transmettre ses armes à quelqu’un d’autre. Celles-ci "peuvent disparaître extrêmement vite", estime l'expert.  

 

 

Quelles armes livrer aux rebelles ?

Ni la France ni la Grande-Bretagne  n'ont encore annoncé quel type d'armes elles pourraient envisager de livrer à l'opposition syrienne. L'affaire est d'autant plus complexe que, comme l’a rappelé Catherine Ashton, la fourniture d’armes sera strictement "destinée à la protection des civils" et soumise à un certain nombre de conditions. Les Etats devront prendre des "garanties suffisantes", en particulier sur "les informations concernant la destination de l'utilisateur final et définitif de la livraison". Ils seront contraints de se conformer à la Position Commune adoptée par les 27 en 2008 "définissant des règles communes régissant le contrôle des exportations de technologie et d’équipements militaires". Le document stipule notamment que tout pays européen se doit de refuser la livraison d'équipements militaires "s’il existe un risque manifeste" que ceux-ci "servent à commettre des violations graves du droit humanitaire international". 

 

D’ores et déjà, certaines demandes présentées par l'opposition se heurtent au refus catégorique des occidentaux. En premier lieu, les missiles anti-aériens, trop dangereux pour la sécurité des avions civils.

De même, les Américains ne souhaitent en aucun cas que soient livrés des lance-missiles sol-air à courte portée de type Stinger. Ces derniers avaient été abondamment offerts par les Etats-Unis aux moudjahidines afghans dans les années 80 pour lutter contre l'invasion soviétique. L'arme fut d'une efficacité redoutable -333 hélicoptères russes furent détruits grâce à elle selon un rapport du Foreign Military Studies Office-, mais se trouva très rapidement revendue sur les marchés du Moyen-Orient. "Les Américains ont du les racheter pièce par pièce !, explique Joseph Henrotin. Aujourd'hui, ils ne souhaitent pas renouveler l'expérience, AQMI (El-Qaëda au Maghreb islamique, organisation islamiste armée d'origine algérienne, ndlr) serait trop heureux de pouvoir se procurer ces armes"

 

La rébellion a pourtant cruellement besoin de matériel pour lutter contre les blindés et l’aviation, "colonne vertébrale du régime", selon Thomas Pierret.

Pour Joseph Henrotin, la solution idéale résiderait dans la livraison de lance-roquettes anti-char. Ceux-ci "ne peuvent pas atteindre les avions en vol, ne nécessitent pas de longues formations pour en apprendre le fonctionnement, et la maintenance n’est pas très compliquée non plus", argumente-t-il.

 

 

 

Lance-missile antichar Milan français, en 2007 (Wikicommons/davric)

 

 

 

Des armes qui pourraient changer la donne dans le Nord et l'Est du pays

Mais des livraisons d’armes seraient-elles encore capables de modifier le rapport de force en Syrie, alors que le régime progresse sur le terrain, aidé notamment en cela par son allié du Hezbollah ? "Oui, mais essentiellement dans les provinces périphériques du Nord et du Nord-Est", estime Thomas Pierret. "Dans ces zones, il faudrait peu de chose pour que les rebelles l’emportent. Aujourd'hui, si ces derniers ne réussissent pas à l’emporter, c’est essentiellement parce qu’ils sont mal armés pour attaquer les bases militaires du régime", explique le spécialiste.

 

A l’inverse, les provinces centrales, autour de Damas et de Homs, seraient bien plus compliquées à libérer, même en cas de livraisons massives d’armes par les occidentaux. "Près de 60% de l’armée syrienne est concentrée à Damas, et de l’artillerie lourde, très difficile à déloger, est installée sur les collines alentours", rappelle Thomas Pierret. Équipée de matériel militaire plus performant, la rébellion pourrait, au mieux, espérer progresser dans la banlieue damascène. 

 

"Livrer des armes ne réglera pas tous les problèmes, loin de là !", insiste Joseph Henrotin. "Les rebelles sont aujourd’hui gazés, encerclés, divisés, sans unité de commandement et sans plan précis pour l’après-guerre…", rappelle ce spécialiste en stratégie militaire, pour qui "la qualité de l’armement " n’est qu’un des nombreux paramètres permettant à l’opposition de l’emporter.

 

 

Pour mémoire

Armes chimiques en Syrie : un état des lieux

Les leçons de la Syrie, commentaire de Anne-Marie Slaughter

Dans le caza de Baalbeck, presque chaque localité a perdu un combattant du Hezbollah à Qousseir

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:23

 

 

Les leçons de la Syrie

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Anne-Marie Slaughter | 29/05/201

 

Anne-Marie Slaughter, ancienne directrice du centre de prospective du département d’État américain (2009-2011), est professeure de politique et en affaires internationales à l’université de Princeton.
Anne-Marie Slaughter, ancienne directrice du centre de prospective du département d’État américain (2009-2011), est professeure de politique et en affaires internationales à l’université de Princeton.

Alors que les États-Unis et la Russie tentent de mettre sur pied une conférence qui réunirait les parties prenantes du conflit syrien autour de la table de négociations, les pays participants occidentaux potentiels pourraient, à tout le moins, réfléchir aux implications plus vastes qu’a ce conflit pour les dictatures et les démocraties dans le monde. En voici les premières leçons :


Les méchants aident leurs amis. Les Russes et les Iraniens sont prêts à tout pour maintenir le président Bachar el-Assad au pouvoir. Le Hezbollah, appuyé par l’Iran, s’est maintenant ouvertement engagé dans le conflit aux côtés du régime Assad. La Russie et l’Iran ont fourni des armes lourdes et d’autres formes d’assistance militaire au gouvernement syrien, dont une livraison par la Russie de missiles antinavires sophistiqués, équipés de systèmes de radar avancés, qui devraient permettre à M. Assad de repousser ses ennemis et de se replier dans un mini-État alaouite comprenant le port de Tartous qui abrite une base navale russe. La diplomatie sans la menace crédible d’un recours à la force sonne creux. « Parlez doucement et portez un gros bâton », conseillait Theodore Roosevelt. Le président Barack Obama préfère à juste titre que les États-Unis prennent la tête des affaires mondiales grâce à leur entregent civil plutôt qu’à leur puissance militaire. Il sait que les solutions militaires aux problèmes de politique étrangère sont extrêmement coûteuses et souvent contre-productives en termes de la sécurité et de la prospérité à long terme des États-Unis. Mais la stratégie de M. Obama relative à la Syrie semble être de « parler fort et de jeter son bâton ». Il a fait savoir à de multiples reprises (tout comme le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen) qu’il ne souhaite pas d’intervention militaire en Syrie. Et quelle a été la réaction américaine à la dernière livraison de missiles par les Russes ? « Je crois avoir très clairement fait comprendre que nous préférerions que la Russie ne fournisse aucune assistance (à la Syrie) », a dit le secrétaire d’État John Kerry.


En éliminant la possibilité d’une intervention, l’administration Obama a renoncé à l’un de ses instruments-clés de politique étrangère, incitant le gouvernement syrien et ses partisans à continuer à se battre jusqu’à ce qu’ils soient dans la position la plus avantageuse possible pour négocier un accord, cela étant, dans la mesure où ils ont un intérêt à négocier.


Si vous être un dictateur confronté à des manifestations prolongées, soyez aussi brutal que possible et encouragez les tueries de caractère confessionnel. Le drame syrien tient en partie à la nature prévisible du conflit. Entre mars et décembre 2011, des centaines de milliers de Syriens ont manifesté tous les vendredis, aspirant à la même libéralisation politique que revendiquaient les Tunisiens, les Égyptiens, les Yéménites, les Bahreïnis, les Jordaniens et d’autres peuples du Moyen-Orient et d’Afrique lors de ce qui a été appelé, de manière optimiste, le « printemps arabe ». Alors qu’ils n’étaient pas armés, les manifestants se sont fait tirer dessus par la police antiémeute et des snipers du régime, jusqu’à ce qu’ils finissent par se constituer en petites milices locales pour se protéger des milices qui se sont progressivement associées en une fédération informelle de forces connues aujourd’hui sous le nom de l’Armée syrienne libre.


Bachar el-Assad n’a cessé de dire que les violences étaient le fait de terroristes et d’extrémistes sunnites cherchant à assujettir les citoyens appartenant aux confessions minoritaires alaouites, druzes, kurdes, chrétiennes et autres. Il a assidûment attisé les flammes de cette guerre civile, réussissant à un point tel que la principale raison pour ne pas intervenir pour mettre fin au massacre est qu’il est impossible de le faire efficacement dans ce contexte de violence sectaire.


Les organisations régionales sont toujours incapables de résoudre les problèmes régionaux sans le concours des grandes puissances. La Turquie agite des menaces et appelle à l’action militaire depuis dix-huit mois, mais les autorités américaines estiment que les Turcs ne sont en fait pas prêts à aller au-delà d’un soutien aux réfugiés et aux combattants de l’opposition. Le Qatar et l’Arabie saoudite envoient aussi des armes aux groupes de l’opposition syrienne, mais la Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe sont paralysés. Sans une grande puissance prête à la fois à prendre l’initiative et à œuvrer en coulisses pour faire avancer la situation, les organisations régionales ne peuvent gérer leur propre voisinage.


Les souffrances humaines, même à une échelle massive et déstabilisante, n’inciteront pas la communauté internationale à agir. Lors d’une conversation que j’ai eue récemment à propos de la Syrie avec deux experts en politique étrangère connus, l’un d’eux a suggéré que les frontières actuelles du Moyen-Orient, héritées de l’époque coloniale, ne pouvaient durer et devaient être redessinées. J’ai évoqué la possibilité d’un embrasement du Moyen-Orient équivalent à la guerre de Trente Ans en Europe, au cours de laquelle la moitié, voire les trois quarts de la population de certains pays belligérants sont morts. L’un de mes interlocuteurs a convenu que c’était possible, mais que rien ne pouvait être fait pour le prévenir parce que « nous sommes dans cette période-là de l’histoire ».


Malgré les vœux pieux du « jamais plus », issus de l’Holocauste, les atrocités à grande échelle ne motivent presque jamais une intervention étrangère. Il est étonnant de penser que la communauté internationale s’est immédiatement mobilisée pour expulser l’Irak du Koweït en 1991, mais qu’elle tergiverse depuis plus de deux ans pendant que meurent des dizaines de milliers de Syriens, et que leur pays, un berceau de la civilisation, est dévasté.


L’intervention « humanitaire », une action motivée par notre souci quant au sort d’autres êtres humains, est souvent décrite comme étant le résultat d’une « préoccupation morale ». Mais combien de guerres faut-il pour comprendre que des meurtres ne génèrent toujours que plus de meurtres ? Ceux et celles qui voient leurs parents et enfants massacrés, le viol de leur femmes, sœurs et filles, et la destruction gratuite de leur foyer et de leurs moyens de subsistance, n’oublient pas. La vengeance est ancrée dans leur cœur, génération après génération, jusqu’à ce qu’un semblant de justice soit fait, nourrissant leur ressentiment sous forme de conflits gelés qui bloquent la croissance économique, empêchent la formation d’un capital social et paralysent les institutions politiques.


Lorsque aucune des parties n’a de raisons de cesser de se battre, une conférence de paix est vouée à l’échec. Dans le cas de la Syrie, les arguments moraux, stratégiques et politiques vont tous dans le sens d’une action décisive pour mettre fin aux massacres, si ce n’est pour toujours, au moins pour le moment, pour donner une chance à la paix. Mais s’il faut en croire les leçons des deux dernières années, les violences ne cesseront pas de sitôt.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin
©Project Syndicate, 2013.

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 11:50

 

 

 

 

 

 

 

Opposition syrienne : rien ne va plus

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OLJ/Agences | 29/05/2013

 

A Istanbul, où l'opposition syrienne est réunie depuis une semaine, des militants s'écharpent, le 26 mai 2013, devant l'hôtel où se déroulent les négociations, une image qui symbolise les divisions traversant la Coalition nationale de l'opposition syrienne.  AFP / OZAN KOSE
A Istanbul, où l'opposition syrienne est réunie depuis une semaine, des militants s'écharpent, le 26 mai 2013, devant l'hôtel où se déroulent les négociations, une image qui symbolise les divisions traversant la Coalition nationale de l'opposition syrienne.  AFP / OZAN KOSE

 

 

 

Conflit Renforts du Hezbollah et de la garde républicaine pour une "opération d'envergure" à Qousseir.

Quatre mouvements syriens hostiles au régime du président Bachar el-Assad et l'opposant historique Michel Kilo ont dénoncé mercredi la paralysie de la Coalition nationale de l'opposition syrienne réunie à Istanbul.

 

"Il n'est pas contestable que les responsables (de la Coalition) ont échoué à prendre leurs responsabilités et à incarner la révolution engagée par le grand peuple syrien d'un point de vue organisationnel, politique ou humanitaire", ont déploré ces quatre groupes dans un communiqué publié au septième jour de la réunion de la Coalition.

 

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Réunie depuis le 23 mai dans un hôtel de la mégapole turque, l'opposition syrienne ne parvient pas à s'accorder sur son élargissement à de nouveaux membres et à adopter une position commune sur sa participation à la conférence internationale de paix que souhaitent organiser en juin la Russie et les Etats-Unis.

 

"Les forces révolutionnaires qui ont signé cette déclaration ne peuvent plus longtemps reconnaître de légitimité à un groupe politique qui trahit la révolution ou ne parvient pas à prendre en compte les sacrifices du peuple syrien", ajoute le texte. Cette déclaration a été signée par les Comités locaux de coordination, la Commission générale de la révolution syrienne, l'Union des coordinateurs de la révolution syrienne et le Conseil suprême pour la direction de la révolution syrienne, quatre groupes à l'origine des premières manifestations contre le régime du président Assad en mars 2011.

Elu pour entrer dans la Coalition, Michel Kilo, un intellectuel marxiste et laïque, a dénoncé lui aussi l'incapacité de l'opposition à prendre des décisions. "Le véritable problème est au sein de la Coalition", a déclaré mardi M. Kilo sur la chaîne Al-Arabiya, démentant toute intervention de l'Arabie saoudite en sa faveur.

Selon des participants et des observateurs, la guerre que se livrent l'Arabie saoudite et le Qatar pour contrôler l'opposition syrienne est la principale cause de la paralysie de la coalition.

 

La présidence syrienne a, de son côté, indiqué que Bachar el-Assad sera interviewé jeudi par Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah. L’interview est prévue à 21H00 heure de Damas (18H00 GMT).

 

 

Dimension confessionnelle

Pendant ce temps, sur le terrain, le Hezbollah libanais et les forces spéciales de la garde républicaine syrienne, les mieux entraînées des troupes de Assad, ont envoyé des renforts vers Qousseir pour prendre le dernier carré de cette ville défendu avec acharnement par les rebelles, selon une ONG syrienne. "Les préparatifs montrent qu'ils préparent une opération d'envergure", a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). "Cela prend de plus en plus une dimension confessionnelle" entre sunnites et chiites, a-t-il dit.

Une source proche du Hezbollah a affirmé samedi que Qousseir était contrôlée à 80% par l'armée syrienne et le parti libanais.

 

(Lire aussi : « Le Hezbollah perd du terrain au sein de la communauté chiite... »)

 

Le contrôle de Qousseir est essentiel pour les rebelles, car cette ville se trouve sur le principal point de passage des combattants et des armes en provenance et en direction du Liban. La ville est également stratégique pour le régime car elle est située sur la route reliant Damas au littoral, sa base arrière.

Qousseir est au cœur d’un projet de résolution sur lequel le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU va se pencher mercredi. Ce projet de résolution, déposé par les Etats-Unis, la Turquie et le Qatar, condamne "l'intervention de combattants étrangers" à Qousseir et vise notamment le Hezbollah, sans le nommer. Il sera présenté au cours d'un débat en urgence devant le Conseil des droits de l'Homme, dont les résolutions n'ont toutefois pas de caractère contraignant.

 

(Lire aussi : L’ultimatum de l’ASL : Nous poursuivrons le Hezbollah « jusqu’en enfer... »)

 

 

Systèmes de défense anti-aériens russes

Parallèlement, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné à ses ministres de ne pas s'exprimer sur la Syrie et la possible livraison de missiles russes à ce pays, a indiqué mercredi la radio publique. Cette consigne a été transmise à la suite des déclarations jugées menaçantes vis-à-vis de Moscou du ministre de la Défense Moshé Yaalon, a ajouté la radio. Israël "saura quoi faire" si la Russie livre des systèmes de défense anti-aériens de type S-300 à la Syrie, avait affirmé mardi M. Yaalon. Selon les médias israéliens, M. Yaalon faisait ainsi allusion à de nouveaux raids aériens que pourrait lancer Israël, comme il l'a déjà fait au début du mois près de Damas. Ces attaques visaient, selon des responsables israéliens, à empêcher des transferts d'armes au Hezbollah.

Moscou a défendu mardi la livraison à Damas de S-300, des systèmes sol-air sophistiqués capables d'intercepter en vol des avions ou des missiles téléguidés, comme un facteur de dissuasion contre une intervention extérieure en Syrie.

 

(Pour mémoire : Armes chimiques: Paris analyse les échantillons rapportés de Syrie)

 

La déclaration moscovite intervenait après la décision de l'Union européenne de lever l'embargo sur les armes pour les rebelles, une mesure "soutenue" par Washington mais critiquée par Moscou. Les 27 sont cependant convenus de ne pas livrer d'armes aux rebelles dans l'immédiat pour ne pas nuire aux efforts de règlement politique, notamment à l'organisation de la conférence internationale de paix, initiée par Moscou et Washington et prévue à Genève. Le Royaume-Uni et la France n'ont toutefois pas exclu mardi d'armer les rebelles avant le prochain sommet des chefs de la diplomatie européenne prévu le 1er août, tout en précisant ne pas avoir encore pris de décision sur la question.

 

Les rebelles ont accueilli avec circonspection la décision de l'UE. Louay Safi, un porte-parole de la Coalition nationale de l'opposition, l'a qualifiée de "pas positif" tout en disant craindre qu'elle ne soit "insuffisante et qu'(elle) n'intervienne trop tard". Le ministère syrien des Affaires étrangères a en revanche estimé qu'elle constituait "un obstacle aux efforts internationaux pour obtenir une solution politique à la crise", selon un communiqué publié par l'agence officielle Sana.

 

Lire aussi

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Le Futur dénonce l’action « criminelle » du Hezbollah en Syrie

 

Les leçons de la Syrie, le commentaire d'Anne-Marie Slaughter

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 07:45

 

 

 

 

 

 

Guerre chimique en Syrie - Sur le front de Damas 1/5

LE MONDE | 27.05.2013 à 05h58 • Mis à jour le 27.05.2013 à 21h22

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Jobar (Damas, Syrie), envoyé spécial. Une attaque chimique sur le front de Jobar, à l'entrée de la capitale syrienne, cela ne ressemble d'abord à rien. A rien de spectaculaire. A rien, surtout, de détectable. Tel est le but recherché : lorsque les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) les plus avancés dans Damas comprennent qu'ils viennent d'être exposés à des produits chimiques par les forces gouvernementales, il est trop tard. Quel que soit le gaz utilisé, il produit déjà ses effets, à quelques centaines de mètres seulement d'habitations de la capitale syrienne.


Au début, il n'y a eu qu'un bruit modeste, un choc métallique, presque un cliquetis. Et dans le fracas des combats du jour dans le secteur "Bahra 1" du quartier de Jobar, cela n'a d'abord pas attiré l'attention des combattants de la brigade Tahrir Al-Sham ("Libération de la Syrie"). "On a pensé à un obus de mortier qui n'avait pas explosé, et personne n'y a vraiment fait attention", explique Omar Haidar, responsable opérationnel de la brigade, qui tient ce secteur avancé, à moins de 500 mètres de la place des Abbassides.


PAS D'ODEUR, PAS DE FUMÉE

 Les combattants de la brigade Tahrir Al-Sham viennent de subir une attaque aux gaz toxiques le 13 avril 2013 à Jobar, à l'entrée de la capitale syrienne. | Laurent van der Stockt pour Le Monde

Cherchant ses mots pour décrire ce son incongru, il le compare à "une canette de Pepsi qui tomberait par terre". Pas d'odeur, pas de fumée, pas même un sifflement indiquant l'éjection d'un gaz toxique. Puis sont apparus les symptômes. Les hommes toussent violemment. Les yeux brûlent, les pupilles se rétractent à l'extrême, la vision s'obscurcit. Bientôt, surviennent les difficultés respiratoires, parfois aiguës, les vomissements, les évanouissements. Il faut évacuer les combattants les plus touchés, avant qu'ils n'étouffent.


De cela, les envoyés spéciaux du Monde ont été témoins plusieurs jours d'affilée dans ce quartier à la sortie de Damas, où la rébellion a pénétré en janvier. Depuis, l'enjeu de Jobar est crucial pour l'ASL comme pour le pouvoir. Mais, au cours d'un reportage de deux mois dans les environs de la capitale syrienne, nous avons réuni des éléments comparables dans une couronne beaucoup plus large. La gravité des cas, leur multiplication, la tactique d'emploi de telles armes montrent qu'il ne s'agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d'une autre classe, bien plus toxiques.


 "Les gens qui arrivent ont du mal à respirer. Ils ont les pupilles rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort", témoigne un médecin. | Laurent van der Stockt pour Le Monde

 

Sur le front enchevêtré de Jobar, où les lignes ennemies sont si proches qu'on s'y insulte parfois presque aussi volontiers qu'on s'y entretue, les scènes d'attaque au gaz apparaissent ponctuellement courant avril. Pas de diffusion massive, sur des kilomètres, mais un usage occasionnel et localisé par les forces gouvernementales, visant les points de contact les plus durs avec un ennemi rebelle tout proche. Le secteur est le point d'entrée le plus en profondeur dans l'intérieur de Damas des groupes de l'ASL. Une guerre sans merci s'y déroule.


 PREMIÈRE ATTAQUE EN AVRIL


Dans le secteur "Bahra 1", l'un des plus avancés en direction de la grande place stratégique des Abbasides, l'un des verrous de Damas, les hommes d'Abou Djihad, dit "Arguileh" ("narguilé"), ont subi leur première attaque de cette nature le soir du jeudi 11 avril. Tous ont d'abord été pris au dépourvu. Ils avaient entendu parler des "gaz" utilisés sur d'autres fronts, dans d'autres régions de Syrie (notamment à Homs et dans la région d'Alep) au cours des mois écoulés, mais que faire, une fois confronté au phénomène ? Comment se protéger sans abandonner les lieux et offrir une victoire facile à l'ennemi ? "Certains hommes ont évacué, d'autres sont restés paralysés par la panique. Mais la position n'a pas été abandonnée. On ordonnait aux soldats montant au front de se munir de foulards mouillés pour se protéger le visage", explique un combattant.


 

Dans la foulée, une poignée de masques à gaz ont été distribués, destinés en priorité aux hommes qui tiennent des positions fixes, là où un simple mur marque parfois la limite du territoire rebelle. D'autres se contentent de la protection dérisoire de masques chirurgicaux.


 Dans le quartier de Jobar, le 4 avril 2013, les combattants de la brigade Tahrir Al-Sham ("libération de la Syrie", en français) progressent vers la ligne de front. | Laurent Van der Stockt pour Le Monde

Les hommes commandés par "Arguileh" ne sont pas les seuls à avoir subi une attaque au gaz dans les parages. Plus près du marché à la viande voisin, où sont stationnés des chars du gouvernement, les "forces spéciales" des rebelles de la Liwa Marawi Al-Ghouta ont été exposées à des concentrations – sans doute plus importantes encore – de composés chimiques, à en juger par les effets produits sur les combattants. Nous les retrouverons dans les heures suivantes dans les hôpitaux, luttant pour survivre.


 DES HOMMES REVÊTUS DE COMBINAISONS


A Jobar, les combattants n'ont pas déserté leurs positions, mais ceux qui restent sur les lignes de front, pupilles rétractées, la respiration sifflante, sont "terrorisés et essaient de se calmer par des prières", admet Abou Atal, l'un des combattants de Tahrir Al-Sham. Un homme d'une autre brigade est mort dans un secteur voisin. Il s'appelait Ibrahim Darwish. Il est décédé le 18 avril.


Dans la partie nord de Jobar, également visé par une attaque similaire, le général Abou Mohammad Al-Kurdi, commandant de la 1re division de l'ASL (qui regroupe cinq brigades), affirme que ses hommes ont vu des militaires gouvernementaux quitter leurs positions, avant que ne surgissent des hommes "portant des combinaisons de protection chimique", lesquels auraient ensuite disposé sur le sol "des sortes de petites bombes, comme des mines", qui se seraient mises à diffuser un produit chimique dans l'atmosphère.


Ses hommes, affirme-t-il, auraient tué trois de ces techniciens. Où sont les combinaisons de protection saisies sur les cadavres ? Nul ne le sait... Les soldats exposés ce soir-là parlent d'une forte panique, d'une ruée vers l'arrière. Ce ne sont pas les civils ou les sources indépendantes qui risquent d'infirmer ou de corroborer ces affirmations : plus personne ne vit à Jobar, en dehors des combattants imbriqués dans les différents fronts du quartier.

 Un combattant de la brigade se faufile, le 3 avril 2013, dans des tranchées entre les maisons situées en face de la place stratégique des Abbasides, l'un des verrous de Damas. | Laurent van der Stockt pour Le Monde

Cela n'empêche pas de constater l'effet ravageur des gaz employés par le gouvernement syrien aux portes de sa propre capitale. Un jour d'attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril, le photographe du Monde a vu les combattants qui font la guerre dans ces maisons en ruine commencer à tousser, puis mettre leurs masques à gaz, sans hâte apparente, mais en réalité déjà exposés. Des hommes s'accroupissent, suffoquent, vomissent. Il faut fuir immédiatement le secteur. Le photographe du Monde souffrira, quatre jours durant, de troubles visuels et respiratoires. Ce jour-là, pourtant, les émanations de gaz avaient été concentrées dans un secteur voisin.


 LIGNE ROUGE


Faute de témoignages indépendants, de nombreux doutes ont plané sur la réalité de l'emploi d'armes chimiques, en général, par les forces gouvernementales, qui en possèdent de très importants stocks, notamment de gaz neurotoxiques, comme le sarin. Plusieurs pays : les Etats-Unis, la Turquie et Israël, ont déclaré posséder des éléments matériels indiquant l'utilisation d'armes de ce type, mais n'ont pas communiqué la nature exacte de leurs preuves, ni décidé si, comme l'avait promis le président Obama en août 2012, le recours à de telles armes par le pouvoir de Damas constituerait le franchissement d'une "ligne rouge" susceptible d'entraîner une intervention étrangère en Syrie contre le régime.


Le pouvoir accuse de son côté l'ASL d'utiliser également des armes chimiques, augmentant la confusion. Pour se convaincre de la réalité de l'emploi de ces composés par l'armée syrienne sur certains fronts, il faut alors interroger les médecins qui, sur place, tentent de soigner ou de sauver les combattants exposés à des gaz. Le 8 avril, à l'hôpital Al-Fateh de Kafer Battna, le plus important centre médical de la région de la Ghouta, large poche rebelle à l'est de Damas, les médecins montrent des enregistrements, sur des téléphones, de scènes de suffocation. Un raclement terrible sort de la gorge d'un homme. C'était le 14 mars et, selon le personnel médical, il venait d'être exposé à des gaz à Otaiba, une ville à l'est de la Ghouta, où le gouvernement syrien mène depuis la mi-mars une vaste opération pour encercler les forces rebelles et couper leur principale route d'approvisionnement.

 Un combattant de la brigade Tahrir Al-Sham est traité après avoir été touché par des gaz chimiques, le 16 avril 2013. | Laurent van der Stockt pour Le Monde

L'un de ces médecins, le docteur Hassan O., décrit soigneusement les symptômes de ces patients : "Les gens qui arrivent ont du mal à respirer. Ils ont les pupilles rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort." Cette description correspond en tous points à celles faites par les autres médecins rencontrés en l'espace de plusieurs semaines dans les alentours de Damas. A quelques variantes près. Selon les endroits, les combattants qui en ont été les victimes affirment que les produits ont été diffusés par de simples obus, par des roquettes, voire par une forme de grenade.


Sur le front de Jobar, à la cinquième attaque de ce type, le 18 avril, les combattants de l'ASL, commandés par Omar Haidar, disent avoir vu tomber, à leurs pieds, un grand cylindre équipé d'un dispositif d'ouverture, d'une longueur d'environ 20 centimètres. S'agissait-il d'armes chimiques, et dans ce cas, diffusant quel type de substances ? Pour répondre avec précision à cette question, il faudrait établir un protocole d'enquête que les conditions du conflit rendent difficiles. Procéder à des prélèvements sur des combattants exposés aux émanations au point de décéder ou d'avoir été obligés d'être hospitalisés, puis les confier à des laboratoires spécialisés à l'étranger. Un certain nombre d'entre eux   ont été réalisés et sont en cours d'étude.


 UNE ÉTRANGE ROUTINE


Depuis, à Jobar, des masques à gaz ont été distribués, ainsi que des seringues et des ampoules d'atropine, un produit injectable qui contrecarre les effets des neurotoxiques comme le sarin. Les médecins de la Ghouta suspectent l'utilisation de ce neurotoxique inodore et incolore, dont l'effet coïncide avec les observations faites sur place. Selon une source occidentale bien informée, cela n'empêche pas le pouvoir syrien d'avoir recours à des mélanges de produits, notamment avec des gaz anti-émeutes (lacrymogènes), pour brouiller les pistes et l'observation des symptômes.


Car l'enjeu est de taille, dans le cas où la preuve d'utilisation d'armes chimiques par les troupes de Bachar Al-Assad serait établie. La dissimulation est donc de rigueur. Les gaz utilisés sur les fronts le sont de manière ponctuelle, évitant des épandages massifs qui constitueraient facilement des faisceaux de preuves irréfutables. Il n'en demeure pas moins que le phénomène se répète : jeudi 23 mai, les rebelles affirment qu'une nouvelle attaque aux armes chimiques a eu lieu à Adra, zone d'affrontements très durs entre le pouvoir et les rebelles au nord-est de Damas.


Dans la seconde moitié d'avril, les attaques au gaz sont presque devenues une étrange routine, à Jobar. Sur les lignes de front, les rebelles de l'ASL avaient pris l'habitude de conserver soigneusement leur masque à proximité. On organisait des séances de lavages d'yeux réguliers, avec des seringues remplies de sérum physiologique. L'effet recherché par ces attaques semblait essentiellement tactique, correspondant à ce stade à une tentative de déstabilisation des unités rebelles dans des quartiers où les soldats gouvernementaux ne sont pas parvenus à les déloger, en même temps qu'un test. Si les forces armées syriennes osent ainsi utiliser des armes chimiques dans leur propre capitale, sans déclencher de réaction internationale sérieuse, n'est-ce pas une invitation pour poursuivre l'expérimentation un peu plus largement ?


Jusqu'ici, les cas d'utilisation de gaz n'ont pas été isolés. Le seul ophtalmologue de la région, formé à l'étranger, consulte dans un petit hôpital de Sabha dont il souhaite qu'on dissimule la localisation exacte. A lui seul, il a dénombré 150 personnes touchées en l'espace de deux semaines. Près des zones touchées par les gaz, il a organisé des douches pour que les combattants exposés aux produits chimiques puissent se laver et changer d'habits pour éviter de contaminer ensuite les personnels des centres de soins.


 REMÈDE DE CHEVAL


Pour sauver les soldats dont les problèmes respiratoires sont les plus graves, il faut les porter dans le long dédale à l'intérieur de maisons dont les murs ont été percés, franchir les tranchées et tunnels creusés pour éviter les tireurs ennemis, pour arriver à une ambulance de fortune, garée sur une placette un peu en retrait, et foncer dans des rues exposées aux balles et aux obus, pied au plancher, pour atteindre un hôpital du front avant que les combattants ne meurent, étouffés.


A l'hôpital islamique de Hammouriya, installé dans un hangar discret, le docteur assure, le 14 avril, avoir reçu, deux heures auparavant, un combattant du front de Jobar, en grande difficulté respiratoire, avec un rythme cardiaque "devenu fou". Pour le sauver, il dit avoir effectué quinze injections successives d'atropine, ainsi que de l'hydrocortisone. Un remède de cheval, pour un cas désespéré.


La veille, dans la nuit, l'une des ambulances qui tentait d'évacuer des hommes gazés a été touchée par les tirs d'un sniper. Le chauffeur a été blessé. Le lendemain matin, les ambulanciers sont parvenus à passer la route à vitesse maximale, sous le tir d'un tank, et ont atteint cette zone du front, où une nouvelle nappe de produits chimiques venait d'être répandue. "Lorsqu'on est arrivés, on a trouvé tout le monde par terre", témoigne un infirmier d'un autre centre hospitalier de Kaffer Batna, qui ne peut donner son nom de peur des représailles contre sa famille installée en zone gouvernementale.


Au cours de la matinée, dans la cour de cet hôpital installé dans un parking en sous-sol pour se protéger des tirs des Mig ou de l'artillerie gouvernementale, le chaos règne. Les soldats sont allongés aux côtés de cinq aides soignants contaminés à leur tour à leur contact. On n'a pas terminé le décompte des soldats, qui arrivent au fil des transferts depuis le front, et sont déjà quinze au total. On court dans les salles de fortune, pour distribuer l'oxygène, réaliser des injections.


 DES MÉDICAMENTS DE PLUS EN PLUS RARES


Le docteur Hassan, responsable de l'hôpital, est allongé dans son minuscule bureau avec un masque à oxygène, tandis qu'on lui administre de l'atropine. Il se consacrait à ces urgences depuis une heure lorsqu'il a perdu connaissance et a commencé à suffoquer. Cet homme lutte depuis des mois pour maintenir en activité son centre de soins, aidé par des volontaires dont certains sont de simples lycéens, alors que le blocus de la région par les forces gouvernementales a pour conséquence de rendre les médicaments de plus en plus rares. Les anesthésiques manquent, les chirurgiens improvisés en sont réduits à utiliser des produits vétérinaires, comme la kétamine. La morphine a disparu. Et les stocks d'atropine ne devraient pas durer très longtemps. Le docteur a réalisé des prélèvements d'échantillons qui ont été, à travers mille difficultés, sortis en contrebande de la région. Il faudra encore quelques semaines pour connaître le résultat de leur analyse.

 Selon les endroits, les combattants victimes des gaz chimiques affirment que les produits ont été diffusés par de simples obus, par des roquettes, voire par une forme de grenade. | Laurent van der Stockt pour Le Monde

En se rendant dans huit centres médicaux de la partie est de la Ghouta, les envoyés spéciaux du Monde n'ont trouvé que deux établissements dont les responsables médicaux déclaraient ne pas avoir reçu de combattants ou de civils touchés par des attaques au gaz. A Nashibiyya, les médecins ont reçu jusqu'à soixante cas en un seul jour, en provenance du front d'Otaiba, le 18 mars. La modeste structure n'avait pas les moyens de faire face à cet afflux, manquant en particulier d'oxygène. Il y a eu cinq morts, par étouffement. Quelques jours plus tard, conscients de la gravité de la situation, les médecins ont fait exhumer les dépouilles de ces victimes en présence d'autorités locales et religieuses, et ont procédé à des prélèvements de tissu qu'ils ont tenté d'expédier vers un pays voisin. Certains de ces échantillons ont été confiés à un petit groupe de combattants qui a tenté de briser l'encerclement de la région par les forces gouvernementales. A ce jour, les médecins de Nashibiyya disent ignorer si les prélèvements sont arrivés à bon port.


 "LES MALADES DEVENAIENT COMME FOUS"


A une dizaine de kilomètres, à l'hôpital de Douma, sous contrôle de la brigade Al-Islam, les médecins disent avoir reçu 39 patients après l'attaque chimique du 24 mars sur la ville d'Adra. Deux hommes sont décédés dans les locaux. L'un des médecins note qu'au bout de deux jours, "les malades devenaient comme fous". Marwane, un combattant présent sur les lieux de l'attaque d'Adra, affirme avoir vu "des roquettes arriver sur le front et dégager une lumière orange", et que, lors de son propre transfert à l'hôpital, il a vu "trois hommes mourir dans les véhicules sur la route". Dans le contexte de chaos qui règne dans la région de la Ghouta, civils et militaires meurent souvent avant d'avoir pu atteindre un centre médical.


Adra, Otaiba et Jobar sont les trois points où l'utilisation de gaz est décrite par les sources locales de la région depuis le mois de mars dans la région de Damas. Une différence émerge : à Jobar, les produits ont été utilisés de manière plus prudente et plus localisée. En revanche, sur les fronts plus éloignés, comme Adra et Otaiba, les quantités estimées par rapport au nombre de cas arrivés simultanément dans les hôpitaux sont plus importantes.


Mais les attaques chimiques ne sont pas la seule activité des hôpitaux de la région. Deux heures avant l'arrivée des envoyés spéciaux du Monde, quatre enfants aux corps lacérés, déchiquetés par des bombes de Mig, avaient été amenés en urgence à Douma. A peine stabilisés, ils ont dû quitter l'hôpital, sans espoir d'être évacués de Syrie. Sans doute, comme beaucoup, sont-ils morts en route. Les infirmiers ont filmé ces corps martyrisés, ces hurlements de douleur. "Ça, vous voyez, c'est tous les jours, et pour nous, c'est encore plus grave que les attaques chimiques : on en est arrivés là", commente, avec un regard anéanti, le médecin, qui ne peut, lui non plus, dire son nom.


Jean-Philippe Rémy


http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/27/syrie-le-monde-temoin-d-attaques-toxiques_3417225_3218.html

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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