Le journal israélien Globes débriefe cette semaine Yaïr Shamir, le patron d’Israel Aerospace Industries (IAI) qui ne pratique pas la langue de bois.  Oui une privatisation d’IAI (*) dans les 5 ans est possible.  Non IAI ne peut pas s’offrir le luxe de lier ses contrats à des fluctuations politiques. Les drones d’IAI ont par exemple été livrés à la Turquie après  la détérioration des relations, question de réputation. Les contrats avaient été passés, l’Etat n’interdisait pas les livraisons, il fallait donc les honorer.  Shamir pense toutefois qu’Israël a “perdu la Turquie” qui voit désormais sa place au sein du monde arabe. 

La Colombie, confrontée au Venezuela et à l’Equateur est en revanche présentée comme un partenaire fiable. Même si les colombiens achètent plus aux américains ils obtiennent auprès des israéliens de meilleurs prix et … un meilleur traitement selon Shamir.

La Russie est présentée comme un marché “vierge” pour IAI.  Pas de gros contrats jusqu’ici, seulement des relations avec des ingénieurs russes.  Mais les choses vont changer avec le contrat sur les drones d’un montant de 400 millions de dollars. La Russie reste certes un marché particulier puisqu’elle vend des armes aux ennemis d’Israël mais Shamir voit dans le marché des drones l’opportunité d’entamer des coopérations plus vastes, au delà du secteur de l’armement.

Pour ce qui est des risques liés aux fuites technologiques Shamir fait remarquer que la question se pose également avec l’Inde et que les coopérations s’effectuent dans des limites claires et sous stricte supervision gouvernementale.

Le gros morceau reste les Etats-Unis avec 1 milliard de ventes annuelles aux américains dont un tiers de contrats militaires sur des composants et des sous-traitances. Même s’il  estime que Washington ne taillera pas dans son budget de défense à court terme, Shamir exprime son inquiétude face à la montée du “Tea Party” qu’il définit comme un mouvement isolationniste. 

 Un danger pour le monde selon lui. Du point de vue d’Israël notamment, une Amérique isolationniste constituerait un “problème difficile”.  Il note au passage que si Israël se retrouvait en situation de pouvoir se passer de l’aide américaine, ce ne serait pas plus mal. Toute aide est corruptrice assène-t-il. Sa suppression profiterait à l’industrie israélienne.

En conclusion, l’avenir d’IAI passe par les marchés civils.  Aujourdh’ui 70% de l’activité est militaire, mais sur les marchés civils selon lui: “le ciel est la limite”. IAI souhaite donc aller vers de grands projets civils à fortes barrières d’entrées  financières et requérant des compétences humaines élevées. Energies renouvelables, usines de dessalement, turbines etc. Shamir voit donc l’avenir d’IAI en vert.

 (*) IAI est la plus grande entreprise technologique israélienne (au coude à coude avec Teva) avec près de 17000 employés répartis en 20 divisions. IAI présente sur les marchés civils et militaires est notamment spécialisée dans l’aéronautique, le spatial , la sécurité intérieure, la défense (air, terre, mer, espace, cyberespace). Son chiffre d’affaires est d’environ 3 milliards de dollars (en 2009) dont 80% réalisés à l’export. Avec un bénéfice net l’an dernier de 61 millions de dollars. Plus de 4% du montant des ventes (soit 122 M$) ont été consacrés l’an dernier à la R&D. Le carnet de commande serait   aujourd’hui légèrement inférieur à 9 milliards de dollars.

 

Dominique Bourra, CEO NanoJV.

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