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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 08:33

 

 Manfred-Gerstenfeld-telling-it-like-it-is (Copier)

Par Manfred Gerstenfeld, 

 

grâce à une première publication de Tundratabloïds :

http://tundratabloids.com/2013/03/reflections-on-muslim-antisemitism-in-dutch-society.html

 

 

Le 17 février, la chaîne de la télévision hollandaise : Nerdeland 2 a diffusé l’interview réalisée par Mehmet Sahin, un travailleur social bénévole auprès des jeunes Hollandais d’origine turque. Il essaie de rééduquer des adolescents d’Arnhem, une ville importante, à l’Est des Pays-Bas. Au cours de cette émission, les adolescents ont exprimé leur admiration pour Hitler et son rôle dans le massacre des Juifs durant la Shoah.

 

Pendant plus d’une semaine, on n’a relevé quasiment aucune réaction dans les médias hollandais. Neuf jours plus tard, une éditorialiste, Elma Drayer, a publié un article dans le quotidien Trouw, dans lequel elle dénonce ce silence scandaleux. Elle remarquait que si de jeunes Hollandais avaient osé dire que ce serait bien si tous les Musulmans étaient massacrés, y compris les bébés, cela aurait immédiatement déclenché des débats tumultueux sur le caractère monstrueux de ces allégations. Les organisations  hollandaises pro-islamiques auraient probablement organisé une grande manifestation, à laquelle se seraient joint un nombre conséquent de grandes figures du gauchisme. Drayer concluait son article en affirmant que la haine des Juifs aux Pays-Bas a atteint le niveau qui était le sien avant la Shoah.

 

Le Centre d’Information et de Documentation sur Israël (CIDI) qui observe les incidents antisémites aux Pays-Bas, a demandé au Ministre de l’Education de prendre l’initiative d’une grande enquête nationale sur les distorsions antisémites véhiculées parmi les élèves des lycées. Le CIDI a aussi mentionné qu’une étude de 2012, dans les lycées d’Amsterdam, a démontré que de tels préjugés sont en augmentation exponentielle. La plupart des lycéens n’approuvent pas ouvertement que les Juifs soient persécutés. Cela dit, ils pensent que les Juifs sont « riches » et « radins ». C’est à partir de cette perception qu’ils expliquent ou comprennent les raisons de la persécution des Juifs.

 

 

Le CIDI déclare aussi que ces points de vue antisémites , qu’on retrouve indifféremment chez les jeunes d’origine extra-européenne, aussi bien que chez les jeunes Hollandais « de souche », sont bien plus répandus qu’on ne l’a supposé, par le passé. Voilà bien le genre de conclusion qu’on aurait pu établir bien plus tôt. Au moins, en ce qui concerne les jeunes Musulmans, l’antisémitisme propagé parmi eux était un phénomène connu depuis de nombreuses années.


Il n’est toujours pas évident d’établir jusqu'à quel point les éloges d’Hitler et de la Shoah constituent des délits criminels, aux Pays-Bas. En ce moment-même, des procureurs enquêtent pour savoir s’il faut inculper les adolescents. Le CIDI a décidé de ne pas porter plainte auprès de la police dans le but de ne pas ruiner les efforts du bénévole. Cela semble être une décision erronée. Le programme télévisé auprès de ces jeunes Turcs n’est que le sommet de l’iceberg. Du fait de ses politiques d’immigration défaillantes, tout au long des dernières décennies- comme dans de nombreux autres pays européens – la Hollande a autorisé l’entrée d’un million d’immigrés sans le moindre discernement. Ils proviennent fréquemment de pays où l’antisémitisme se répand à satiété et où l’incitation contre Israël et les Juifs est un lieu commun à de nombreux segments de la société, à commencer par leurs élites.

 

Même si les autorités néerlandaises n’ont jamais enquêté sur ce point, il est clair que, concernant l’antisémitisme partagé chez les Musulmans des Pays-Bas [et d'ailleurs], trois conclusions sont parfaitement évidentes : la première est que l’antisémitisme qui règne parmi les immigrés musulmans et leur descendance est bien plus important que parmi la population hollandaise autochtone. La seconde, que les incidents antisémites violents commis par des Musulmans sont souvent plus graves que ceux commis par des Hollandais d’origine plus ancienne. Troisièmement, les dirigeants des organisations musulmanes gardent, habituellement, le silence quant à de tels agissements. Cela donne l’impression que « qui ne dit mot consent », ou à tout le moins, n'en a rien à faire. Il existe des exceptions à cette attitude, au sein de la communauté musulmane, mais elles sont relativement rares et assez mitigées.

 

Il y a plusieurs explications qui permettent de comprendre pourquoi les autorités néerlandaises n’ont pas pris l’initiative d’enquêter en détail sur l’antisémitisme musulman depuis si longtemps. Au cours d’une récente conversation que j’ai eue avec un homme politique hollandais ayant eu des fonctions importantes, notamment en tant qu'ancien Ministre, il m’a confié que c’était par crainte de la population musulmane et de la violence potentielle qui pourrait provenir de certaines de ses franges. Il y a, cependant, bien d’autres raisons. Certains partis, tel que le parti Travailliste bénéficient de nombreux suffrages musulmans et ne veulent pas contrarier une majeure partie de leur base électorale. Une autre raison provient du fait que les Pays-Bas ont pratiqué des formes graves de racisme dans ses anciennes colonies. De nombreux Hollandais éprouvent, aujourd’hui, un sentiment de culpabilité et prétendent, jusqu’à l’absurde, qu’il n’y a que les individus Blancs qui puissent être racistes. Par conséquent, ils préfèrent fermer les yeux face au racisme des minorités et à l’antisémitisme en particulier. En pratique, cela revient à ignorer, autant que possible, le caractère central de l’antisémitisme musulman.

 

On propage beaucoup d’autres idées fausses. L’une concerne le fait que les jeunes Turcs interviewés, au cours de l’émission de télé, étaient « des jeunes de la rue ». A chaque fois qu’ils ont, précédemment, écrit au sujet de l’antisémitisme musulman, les médias ont essayé de susciter l’impression que les petits voyous sont le seul segment de la communauté musulmane, chez lesquels on décèle des problèmes d’antisémitisme. C’est faux. On peut constater des expressions de négation de la Shoah et un antisémitisme enragé parmi un grand nombre d’autres Musulmans néerlandais, y compris des étudiants des universités, par exemple. Le silence des médias hollandais dans ce cas flagrant de déclarations antisémites extrêmes, produites par des adolescents musulmans, illustre, une fois de plus, le désir de tenir la prise de conscience sur ce sujet hors de la portée du public. Dans le même temps, cette vidéo de l’émission a, cependant, été téléchargée sur Internet avec des sous-titres en français.

 

 


Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 


 

       



 

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 14:26

 

 

9759144 p (Copier)

 

 

Par Manfred Gerstenfeld

Publié le 19/02, sur le Jerusalem Post : http://www.jpost.com/Opinion/Op-EdContributors/Article.aspx?id=303836 


Muslim anti-Semitism in Western Europe

 

Les gouvernements européens évitent, le plus souvent, d’évoquer publiquement la question de l’antisémitisme musulman. Durant l’époque coloniale, le racisme occidental surpassait de loin toute autre forme de discrimination. Du fait du sentiment de culpabilité qui en a découlé, il devient inacceptable d’accuser un groupe minoritaire immigré de contenir, en son sein,  un fort pourcentage de gens qui haïssent une autre minorité –en l’occurrence, les Juifs-. Ce phénomène est d’autant plus patent qu’il existe bien, également, une discrimination des Musulmans dans les sociétés occidentales. En outre, on considère qu’accuser de larges portions de la communauté musulmane d’antisémitisme risquerait de « troubler» la paix sociale.

 

Ainsi, les données détaillées sur l’antisémitisme musulman, en Europe de l’Ouest restent très circonscrites. Les quelques études existantes pointent toutes dans une seule et même direction. En 2011, Mark Elchardus, un sociologue belge, a publié un rapport sur les écoles primaires de langue flamande, à Bruxelles. Il a découvert que 50% des élèves musulmans de cours élémentaire 1 et 2 véhiculaient des stéréotypes antisémites, contre une proportion de 10% chez les autres élèves-1-. Du fait du jeune âge de ces enfants, il est logique de supposer que ce sont leurs parents qui les ont abreuvés d’une telle haine des Juifs.

 

La même année, Günther Jikeli a publié le résultat de ses recherches, à partir de 117 entretiens qu’il a menés, auprès de jeunes hommes musulmans, ayant 19 ans, en moyenne, à Berlin, Paris et Londres. Les différences qu’il constate, d’une ville à l’autre, restent minimes. La majorité des enquêtés ont exprimés certains, voire de forts sentiments antisémites. Ils les ont exprimés ouvertement et, parfois, de façon agressive-2-.

 

Dans 13 écoles de commerce d’Amsterdam, on a mené un projet-pilote, auprès d’étudiants marocains, au sujet de la Seconde Guerre Mondiale et du conflit au Moyen-Orient. L’objectif était de lutter contre leurs attitudes discriminatoires et, en particulier, les expressions antisémites. Les résultats démontrent une baisse conséquente de telles attitudes, à l'issue du projet. Auparavant, trente-deux pourcent de ces Marocains pensaient que les Juifs sont « des gens aussi estimables que les autres ». Après quoi, ce nombre s’est élevé jusqu'à 50%-3-.

 

En France, une étude de 2005 a démontré que le préjugé antisémite était particulièrement prévalant chez les Musulmans pratiquants. 46% d’entre eux éprouvaient des sentiments de cet ordre, comparés à 30% parmi les Musulmans non-pratiquants. On n’a trouvé que 28% des Musulmans, inscrits dans une pratique religieuse régulière, qui ne manifestent pas de tels préjugés, en France-4-.

 

Ces projets, ainsi qu’une information plus anecdotique, ont mis à jour que l’antisémitisme est plus fort, au sein de parties substantielles des communautés musulmanes, que parmi les populations locales. Tel que cela se manifeste, auprès d’un groupe d’âge très jeune, comme ci-dessus, il n’y a que les gens particulièrement crédules qui pourront croire que ce sentiment disparaîtra dans les décennies à venir.

 

Un deuxième aspect important, c’est que certains Musulmans se distinguent particulièrement, si on les compare aux autres antisémites locaux, par le fait de commettre des actes antisémites extrêmement graves. Cet état de fait est particulièrement criant en France. L’attentat de 1982, contre le restaurant juif Goldenberg, a été perpétré par des terroristes arabes venus de l’étranger. Six personnes y ont trouvé la mort-5-.  

 

Au cours de ce siècle, des musulmans vivant en France ont commis des meurtres atroces contre des Juifs. En 2003, Sébastien Selam, un disc-jockey juif, a été assassiné par son voisin, Adel Amastaïbou-6-. En 2006, un jeune homme juif, Ilan Halimi a été kidnappé et torturé durant 24 jours, puis laissé pour mort par un gang à majorité musulmane. Son chef, Youssouf Fofana, lorsque le procès a commencé, en 2009, s'est écrié : « AllahW’Akbar » (« Allah est Grand » -7-). L’an dernier, Mohamed Merah, un Français d’origine algérienne, a assassiné un enseignant et trois enfants, devant, puis jusqu'à l’intérieur de leur école juive-8-.

 

En 2009, durant l’opération “Plomb Durci”, à Gaza, les émeutes les plus graves de toute l’histoire norvégienne se sont déroulées à Oslo. Tous les participants étaient musulmans. Les agresseurs ont blessé un Chrétien qui participait à une manifestation pro-Israélienne. Des projectiles dangereux pour la vie humaine ont été lancés contre ces manifestants-9-.

 

Malmö,, la troisième ville de Suède par importance, est souvent citée comme « la capitale de l’antisémitisme européen ». Les auteurs de nombreuses attaques physiques et verbales qui s’y déroulent, sont tous ou presque tous, des Musulmans-10-. Un nombre record de plaintes à propos de ces crimes de haine dans cette ville, en 2010 et 2011, n’ont conduit à aucune condamnation-11-.

 

A Copenhague, la totalité des principales agressions contre les Juifs, ont été perpétrées par des Arabes. La communauté juive s’est plainte en vain de l’inaction des autorités-12-. En 2012, Stephan J. Kramer, Secrétaire Général du Conseil Central des Juifs d’Allemagne, a déclaré que : « la volonté de se montrer violent du côté musulman, est tout-à-fait comparable à celle qui est prégnante dans le camp de l’extrême-droite néo-nazie-13- ».

 

Un grand nombre de représentants des autorités publiques doivent être doublement tenus pour responsables de leur attitude envers les Juifs, dans ce domaine. Premièrement, ils permettent aux immigrés l’entrée dans leurs pays de façon indistincte, sans examiner les différences culturelles, ni même envisager de quelle façon ces personnes seront intégrées dans leur société. Elles auraient dû savoir que la promotion active de l’antisémitisme faisait partie intégrante de la culture des gens provenant de ces pays. On peut ainsi considérer que leur permettre de venir de manière non-sélective est un type indirect d’antisémitisme promu par l’Etat.

 

Deuxièmement, il est devenu clair, au fil des années, que bien que tous les Musulmans ne soient pas antisémites, un vaste pourcentage d’entre eux le sont, et depuis le plus jeune âge. Certains d’entre eux admettent ouvertement qu’ils ont la volonté de commettre des actes violents. Les autorités des pays européens ont, intentionnellement négligé d’enquêter sur ce registre en profondeur. L’immigration indistincte de Musulmans a été l’évolution la plus troublante pour les communautés juives d’Europe, au cours des cinquante dernières années. Ce n’est pas seulement la faute d’une partie des immigrés, mais aussi des autorités européennes.

 

Manfred Gerstenfeld est membre du Bureau et ancien Président du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il est lauréat du Prix pour la Réalisation d’une Vie (2012) du Journal d’Etudes de l’Antisémitisme (Journal for the Study of Anti-Semitism).

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 

 

-1-Nicole Vettenburg, Mark Elchardus, and Johan Put, eds., Jong in Brussel (Leuven, The Hague: Acco, 2011). [Dutch]  

-2-Günther Jikeli, Antisemitismus und Diskriminierungswahrnehmungen junger Muslime in Europa, Ergebnisse einer Studie unter jungen muslimischen Männern, (Essen: Klartext Verlag, 2012). [German]

-3-Tweede Wereldoorlog in Perspectief, 35 [Dutch]

-4-Cécilia Gabison, “Les musulmans pratiquants ont plus de préjugés,” Le Figaro, 7 December 2005. [French] 

-5-New York Times Service, “Terrorist Abu Nidal Reportedly Found Dead,” Baltimore Sun, August 20, 20012.

-6-Brett Kline, “Two Sons of France,” Jerusalem Post, January 21, 2010.

-7-“Trial Begins of French ‘Gang of Barbarians’ Accused of Killing Young Jew after 24-Day Torture,” Daily Mail, April 30, 2009.

-8-Murray Wardrop, Chris Irvine, Raf Sanchez, and Amy Willis, “Toulouse Siege as It Happened,” Telegraph, March 22, 2012.

-9-Eirik Eiglad, The Anti-Jewish Riots in Oslo, (Oslo: Communalism, 2010).

-10-Cnaan Liphshiz, “In Scandinavia, kipah becomes a symbol of defiance for Malmo’s Jews,” JTA, 24 September 2012.

-11-“In Malmo, record number of hate crimes complaints but no convictions,” JTA, 9 January 2013.

-12-Hannes Gamillscheg, Dänemark: Juden fühlen sich unter Druck, Die Presse, 1 January 2013. [German]

-13-“Hitler gefällt mir,” Zeit Online, 7 June 2007. [German]

 

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 11:40

 

 

 

 robert wistrich (Copier)

Robert Wistrich


Manfred Gerstenfeld interviewe Robert Wistrich

 

 

“ L’antisémitisme, au sein de l’élite intellectuelle de l’Antiquité païenne, a pris son essor, à Alexandrie, il y a plus de 2000 ans. Ce type d’antisémitisme – particulièrement vivace, parmi les cultures les plus élaborées, c’est-à-dire l’Egypte, la Grèce et Rome, s’est focalisé sur des sujets qui semblent connaître un écho pérenne. En particulier, l’accusation a continué de courir que les Juifs étaient antisociaux. Ils ne mangeaient ni ne buvaient en compagnie de leurs voisins, comme c’était de coutume, dans l’ethos des contrées méditerranéennes. Cette accusation antique d’exclusivisme et d’isolationnisme des Juifs a fourni la matière première de diverses accusations plus graves, construites au fil des millénaires.

 

“Le rôle-pivot des intellectuels antisémites s’est perpétué à travers les siècles. Les pères de l’Eglise, notamment au quatrième siècle de l’ère chrétienne, ont posé les bases de l’infrastructure idéologique, à partir de laquelle l’essentiel de la diabolisation des Juifs, du Judaïsme et du peuple juif a prospéré. Ils ont explicitement marqué les Juifs au fer rouge, en les désignant comme les assassins du Christ, un peuple déicide. Ces accusations font, déjà, leurs premiers pas dans les Evangiles. Les seuls et uniques intellectuels de l’Europe chrétienne, au cours du Moyen-Âge étaient les clercs de l’Eglise. Durant plus d’un millier d’années, de nombreux théologiens chrétiens dominants ont enseigné le mépris envers le peuple juif. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’auteur juif français Jules Isaac a décrit par le menu ce phénomène ».

 

Le Professeur Robert Wistrich est titulaire de la Chaire Neuberger, d’histoire juive et de l’Europe moderne à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Depuis 2002, il est directeur du Centre International Vidal Sassoon d’Etude de l’antisémitisme, au sein de cette université.

 

“La perception du caractère supposé satanique des Juifs s’est propagée à travers toutes les époques du Moyen-Âge. Plus tard durant cette période, les Juifs sont littéralement devenus une « abstraction démoniaque ». Presque tous leurs agissements n’étaient interprétés que comme le fruit d’une malice et d’une perversité extraordinaires. Le réformateur de l’Eglise Martin Luther était un homme d’une puissance intellectuelle considérable. Ses dénonciations contre les Juifs sont parmi les plus virulentes de toute l’histoire de la diffamation antisémite.

 

 

 

“ Dans l’univers des courants catholiques, chrétiens orthodoxes et protestants d’Europe de l’Est, l’antisémitisme s’est transformé en un phénomène en pleine expansion. Les Eglises définissaient les Juifs comme « les suppôts du Démon » et les ennemis de la Foi. Cette diabolisation s’est reportée pour devenir un Ethos postchrétien, rationaliste, acquérant une nouvelle vitalité laïque. Par exemple, le 18 ème siècle des Lumières a inscrit la révolte contre l’Eglise instituée tout en haut de ses oripeaux. Il a proclamé la souveraineté de la Raison, de l’Humanité et de la « tolérance » universelle. Pourtant, cela n'a pas empêché la tradition antisémite de se poursuivre sans relâche. Ses grands défenseurs intellectuels ont retourné leur antisémitisme contre l’Eglise catholique elle-même. C’est l’approche voltairienne contre les citadelles de la « Superstition » et, en particulier, celle de l’Eglise Catholique et des Ecritures Saintes. Cela comprend une attaque en règle et sans merci contre la Bible Hébraïque, le peuple juif et le Judaïsme, comme source de tout ce qui allait de travers. Lui et bien d’autres philosophes français du 18ème siècle n’ont eu de cesse de proclamer que le crime capital des Juifs était d’avoir inventé D.ieu et le monothéisme, la pire chose qui soit jamais arrivée à la civilisation. En d’autres termes, leur péché originel n’était plus tant d’avoir crucifié le Christ, que de lui avoir donné naissance.

 

 

La faute à Voltaire?

“Les grands philosophes idéalistes allemands du 18 ème siècle, de Kant en passant par Fichte et Hegel, étaient tous antisémites. Les intellectuels exceptionnels qui les ont suivi ou se sont opposés à eux, tels que Shopenhauer, Nietzsche et le jeune Karl Marx, trempaient dans les mêmes eaux. Bien que Nietzsche et Kant étaient nettement moins antisémites que les autres. Cette tradition a atteint son apogée avec Martin Heidegger, que beaucoup de gens considèrent que le philosophe prédominant au 20ème siècle. Son engagement dans le Nazisme  était très profond et a gravement affecté sa position à l’encontre des Juifs.

 

 

“Parmi les héritiers des traditions des Lumières, on trouve les socialistes français du 19ème siècle. A de rares exceptions près, ils ont préparé le terrain à l’antisémitisme français de la fin du 19ème siècle. Ce courant comprend Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon – le fondateur de l’anarchisme et personnage séminal du mouvement des travailleurs français – et Alphonse Toussenel. La personnalité à la tête de l’antisémitisme français, à l’époque de l’affaire Dreyfus était Edouard Drumont, auteur de l’œuvre à grand succès La France Juive. Avec approximativement 100 rééditions, elle surclasse les ventes de tous les autres livres du moment, dans la France Fin-de-siècle [en français dans le texte].

 

 

“Le grand rival et adversaire de Proudhon, Karl Marx, a rédigé une œuvre que les Marxistes intègrent toujours au panthéon de ses écrits, Zur Judenfrage [Sur la Question Juive]. Parmi les nombreuses perles qui constituent l’inspiration de ce travail, on trouve des phrases, telles que : « Mammon [la richesse, la possession matérielle] est le dieu terrestre des Juifs », ou « le monde chrétien actuel, en Europe et en Amérique du Nord, a atteint le summum de cette évolution et s’est judaïsé de part en part ».

 

“L’antisémitisme n’est, en aucun cas, uniquement, l’apanage de l’ignorant et de l’homme non-cultivé. Les mouvements de masse, tels que le Nazisme et beaucoup d’autres formes de fascisme, de nationalisme et certains types de socialisme, comportent, effectivement, des composantes essentielles d’anti-intellectualisme. Pourtant, ces mouvements, qui sont, à la fois, anti-intellectuels et antisémites, disposent aussi d’un fondement intellectuel. Parmi les inspirateurs du fascisme européen, on trouve des penseurs, comme George Sorel, Giovanni Gentile, Ernst Jünger, Oswald Spengler et tant d’autres. « Les professeurs d’Hitler », pour paraphraser Max Weinreich, ont contribué à préparer le terrain conduisant au génocide nazi des Juifs.

 

 

La diabolisation intellectuelle des Juifs se poursuit, jusqu’à présent, en dépit des changements radicaux qui se sont instaurés sur les plans intellectuel, social et politique dans l’histoire européenne. Délégitimer Israël est, aujourd’hui, à la mode parmi les élites cultivées d’Europe. De nombreux écrivains, artistes, des journalistes et des universitaires prédominants sont à l’avant-garde, dans la diffusion d’odieuses comparaisons entre le Sionisme et le Nazisme et, d’Israël à l’égard de l’Allemagne hitlérienne. L’écrivain portugais, lauréat du Prix Nobel, José Saramago, n’a été que l’un d’entre eux. Pourtant, ils s'intègrent parfaitement dans une tradition de longue date de la haine intellectuelle des Juifs ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 12:15

 

 

 Dexter van Zile (Copier)

Dexter Van Zile

 

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Dexter van Zile

 

 

“En 1994, le Révérend Naïm Ateek a fondé le Centre Œcuménique Sabeel de Théologie de la Libération à Jérusalem. Ce prêtre anglican, qui détient la nationalité israélienne et ses associés, présentent les Palestiniens comme des victimes identiques à Jésus, à son époque. Dans un texte, publié en 2005, le Centre Sabeel a établi le parallèle entre la situation dans la bande de Gaza et celle du Christ cloué sur la croix. Il a comparé, à la crucifixion du Christ, la construction de la barrière de sécurité près de la Bande Occidentale, en Judée-Samarie. Sabeel fait aussi la promotion de l’idée qu’Israël est voué à répéter les mêmes péchés que les Israélites de l’antiquité, comme le détaillent les récits du Premier (« Ancien ») Testament.

 

“Ateek a créé une puissante infrastructure antisioniste internationale. En diverses occasions, il a pu influencer les assemblées bien plus vastes des Eglises aux Etats-Unis. Sabeel est parvenu à transformer l’antisionisme en une pratique religieuse concurrente, au sein des courants dominants des Eglises américaines et comme un facteur persistant de la pensée protestante. Cela s’est même produit dans un certain nombre de congrégations où, jusqu’à présent, les militants antisionistes ne constituaient pas la majorité au sein de leurs assemblées nationales ».

 

Dexter Van Zile est l’analyste des Media Chrétiens, au nom du Comité pour une Information Objective dans les Reportages sur le Moyen-Orient en Amérique (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America -CAMERA). Ses écrits sont parus dans de nombreux journaux juifs américains, aussi bien que dans le Jerusalem Post, Tendances Œcuméniques (Ecumenical Trends ) et le Boston Globe.

 

Il fait remarquer que : “En supplément de la publication des écrits de son fondateur, Sabeel diffuse son message à travers des conférences régionales aux Etats-Unis et des missions d’étude régulières en Israël. Les antisionistes de l’extrême-gauche américaine, et de groupes israéliens ou juifs offrent une place de choix dans leurs colonnes, aux conférences de Sabeel, où Israël est réduit à des normes de conduite strictement bibliques.

 

“Les ennemis musulmans d’Israël, y compris les terroristes, ne sont, par contre, tenus d’observer aucune norme particulière. Ateek et le Centre parlent très peu du Hamas et du Hezbollah. Pas plus, ils ne mentionnent les violations perpétrées contre les minorités religieuses et ethniques, dont de nombreux Chrétiens, de la part des majorités musulmanes dans les pays islamiques, à travers tout le Moyen-Orient.

 

“Sabeel publie une newsletter trimestrielle, Cornerstone. Ses militants –dont certains figurent sur les fiches de paie des principales congrégations américaines – accueillent des conférences internationales annuelles à Jérusalem et conduisent des « séjours de témoignage » réguliers en Terre Sainte, où des Pasteurs sont recrutés pour promouvoir la cause de l’Antisionisme. Selon les Amis de Sabeel en Amérique du Nord (FOSNA) Sabeel a accueilli environ trente « séjours de témoignage » en Israël et dans les territoires disputés. La page d’accueil de leur site les détaille, ainsi que l’emploi de guides parlant les langues vernaculaires, afin d’encourager les Chrétiens à tout savoir des « démons » qui hanteraient le régime Sioniste. En 2010, les militants de Sabeel à Washington DC ont également organisé une campagne de boycott, qui a, d'ailleurs, échoué, contre les produits Ahava, fabriqués en Israël, devant un salon de beauté du Maryland qui fournissait ces crèmes de maquillage.  

 

“Ces militants se perçoivent comme ceux qui osent faire face à des adversaires théologiques puissants et bien établis, comme les Chrétiens Sionistes, le “lobby israélien”, et les groupes d’opinion dominante parmi les Juifs Américains. Ils se comparent aux premiers Apôtres Chrétiens, entraînés dans des confrontations similaires, face à leurs adversaires, qui se sont traduites par la conversion de nombreux Juifs au Christianisme. De tels affrontements menés par ces groupes visent à convertir les gens à la cause millénariste et messianique de l’Antisionisme Chrétien -et laïc-.

 

“Ateek a formulé les idées qui l’ont conduit à la fondation de Sabeel, lorsqu’il étudait pour passer son Doctorat de Ministère du culte, au Séminaire Théologique de San Franscisco, au début des années 1980. Lors de la rédaction de son mémoire de Doctorat, en 1982, il a appelé à l’instauration d’un Centre Chrétien consacré à faire la paix, en Israël, qui permettrait aux Chrétiens palestiniens et à leurs partisans, à l’extérieur de la région, particulièrement aux Etats-Unis, de remplir leurs obligations pour mener à bien « leur ministère du culte, à l’égard de la prophétie et de la réalisation de la paix ».

 

“Dans sa dissertation, Ateek développe des arguments qui sapent les fondements de la légitimité de toute souveraineté juive. Son message et celui de son premier livre, affirment que le peuple juif ne peut être titulaire en propre d’un état souverain. Sa critique radicale d’Israël commence par une citation exhaustive de l’historien Arnold J. Toynbee. Ses diatribes extrêmement antisionistes s’en prennent, de manière impitoyable, à la façon dont l’Israël moderne a supplanté l’image d’Israël comme représentant le peuple de D.ieu, où l’appartenance était « conditionnée à notre obéissance des Commandants D.ivins ».

 

“Toynbee comparait aussi les Sionistes aux Nazis. Il a, en outre, déclaré que « les Juifs Sionistes sont un fragment de fossile issu d’un corps étranger ». Le philosophe israélien Nathan Rotenstreich a affirmé que l’antisionisme de Toynbee est clairement motivé par une animosité exclusive envers l’Etat d’Israël. La même chose se vérifie en ce qui concerne l’antisionisme d’Ateek.

 

“Le point de départ intellectuel de l’antisionisme d’Ateek est différent de celui des adversaires musulmans d’Israël. Pourtant, sa conclusion est presque identique : les Juifs ne sont pas une nation destinée à obtenir leur propre Etat souverain. Ce sont des « apostats religieux qui doivent accepter leur statut en tant que peuple assujetti » [équivalent à la dhimmitude des Musulmans]. Dans les écrits d’Ateek, la théologie de la Substitution chrétienne fusionne avec la théologie musulmane de la substitution au Moyen-Orient, pour former un front du mépris uni envers la notion même de souveraineté juive ».

 

Van Zile conclut : “ Sabeel et ses partisans occidentaux mettent en acte un drame théologique. Ils suggèrent à leurs disciples qu’ils sont engagés dans un bras de fer avec les forces d’Israël, incarnées par l’Etat d’Israël et ses partisans aux Etats-Unis. Cette scène contient des similarités troublantes avec le conflit entre l’Eglise et la Synagogue, qui remonte aux fondements du Christianisme, il y a deux mille ans et a constitué la racine originelle de l’antisémitisme massif qui s’est donné libre cours durant vingt siècles.

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 22:00

 

615085-soldat-tsahal-stationne-frontiere-entre (Copier)

 

La Religion : Un Thème Central des Elections Israéliennes


Par Manfred Gerstenfeld


 

La fragmentation du débat durant la campagne électorale – à laquelle un thème central a fait défaut – masque l’essentiel des sujets qui ont transpiré, à ce moment-là. Quand on essaie de hiérarchiser ce que furent les phases principales de cette campagne, on s’aperçoit que certaines deviennent évidentes, alors que d’autres restent dans l’ombre.

 

Un facteur déterminant de cette campagne relève de la décision du Likoud et d’Israël Notre Maison de s’y présenter conjointement. Cette démarche assurait que leur liste serait la plus large de toutes, sans contestation possible. On peut comprendre ce qui a motivé Israël est Notre Maison, et le Ministre des Affaires étrangères d’alors, Avigdor Lieberman, en soutenant cette manœuvre. Sa position de second sur la liste lui ouvrait une fenêtre d’opportunité pour devenir le dirigeant d’un grand parti à l’avenir. Ce jeu en valait, assurément, la chandelle, même s’il fallait faire les frais de quelques sièges perdus dans cette opération.

 

Il reste, cependant, moins clair de comprendre ce qui a pu motiver le dirigeant du Likoud, dans l’adoption de cette stratégie. A-t-il cru, alors, en la prophétie du Gourou Républicain, Arthur Finkielstein – qui affirmait que le liste conjointe obtiendrait plus que les 42 sièges qu’ils détenaient déjà dans la précédente Knesset, même si cette prévision était contre-intuitive, au regard de toutes les expériences vécues, lors des élections passées ? Est-ce que sa principale préoccupation concernait l’éventualité que s’instaure un mega-parti du Centre-Gauche, qui aurait pu menacer la position du Likoud, en tant que parti le plus représentatif, et, de fait, ses propres prétentions à redevenir Premier Ministre ? Saurons-nous vraiment  jamais ce qui lui est alors passé par l’esprit ?

 

De l’autre côté, un sujet largement ignoré par les analystes concerne le rôle prépondérant que la religion a joué au cours de cette élection. Beaucoup d’éléments disparates ont conduit à laisser cet aspect dans l’ombre. Pourtant, il continue d’être un thème central, dans la cadre des négociations en vue de former la future coalition. La plupart des partis juifs non-religieux ont placé sur leurs listes des candidats religieux en position d’éligibilité. C’était vrai, non seulement, pour le Likoud et Israël Beitenou, mais aussi bien pour le parti « Il Existe Un Avenir », de Yaïr Lapid et le Mouvement (Hatnua) de Tsipi Livni. Au moins 38 députés religieux ont été élus, excédant de loin leur nombre au cours de toute élection précédente-1-.

 

La campagne ne s’est pas beaucoup souciée de problèmes idéologiques. L’appel à l’égalité dans la répartition des charges liées au service militaire ou civil, pour le secteur ultrareligieux est un de ces rares sujets qui s’est attiré une attention durable. Plusieurs partis, en particulier « Il Existe un Avenir », ont fait campagne en faisant du service militaire ou civil pour les ultrareligieux un problème important. Une nouvelle législation, d’une portée bien plus large, concernant ce service, était l’une des principales exigences du Parti, dès les premières discussions post-électorales, entre Netanyahou et Lapid-2-, afin de former la coalition. Livni a aussi mentionné l’égalité dans la distribution de cette charge, comme l’une de ses conditions, en vue de rejoindre le gouvernement-3-.

Le retour à l’avant-scène du secteur national-religieux, en tant que force dans la sphère politique israélienne, est un résultat important de ces élections. Il s’était vu de plus en plus marginalisé, au cours des précédentes élections. Le « Foyer Juif » a obtenu douze sièges, plus que tous les partis nationaux-religieux n’ont jamais obtenu par le passé. Le parti a, ainsi, attiré de nombreux électeurs laïcs et dispose d’un électorat relativement jeune-4-. Son nouveau jeune dirigeant Naftali Bennett a joué un rôle central dans la campagne et a pu rapidement devenir une personnalité réputée sur le plan national. Le fait que le « Foyer Juif » ait placé une femme, candidate non-religieuse, au sommet de sa liste a constitué une innovation. Pour Bennett et son parti, un partage plus égalitaire du « fardeau » dans l’armée est également un problème de premier plan-5-.

Dès les résultats des sondages, le parti ultrareligieux Shas a, très vite, pris conscience que le « Foyer Juif » pouvait devenir, non seulement un concurrent sérieux, mais qu’il pourrait même le remplacer en tant que parti religieux le plus important. Shas a alors commencé à l’attaquer, en plusieurs occasions, en distillant des remarques diffamatoires sur son observance religieuse. Son guide spirituel et ancien Grand Rabbin, le Rav Ovadia Yosef s’est demandé tout haut : « Est-ce qu’il s’agit-là de gens qui se disent religieux ? ». Il a fait remarquer que : « Ils sont venus pour déraciner la Torah. Quiconque vote pour eux nie la Torah. Ah, il s’agit d’un « Foyer Juif” ? En vérité, c’est un Foyer Juif pour les Goyim!”. Le Rabbin n’a pas fait dans la subtilité, en ajoutant encore qu’il était interdit de voter pour eux-6-.

L’un des nombreux sujets sur lequel Bennett s’est attiré les foudres des dirigeants du Shas concernait sa critique de la corruption au sein de l’institution religieuse, où ses adhérents jouent un rôle de tout premier plan. Un autre correspond à son désir de trouver une solution dans le processus de conversion-7-. Désormais, la lutte engagée est plus que probable, entre les deux partis pour la prise de contrôle du Grand Rabbinat.

La tentative avortée du dissident du Shas, le Député et Rabbin Haïm Amsalem, d’entrer à la Knesset avec un nouveau parti, « Israël Tout Entier », a aussi, contribué à amener les questions religieuses au centre du débat. Il a déclaré que les dirigeants du Shas ne servaient pas les intérêts de leurs électeurs, alors que lorsqu’ils vivaient dans leurs pays d’origine, ils ont toujours été des modérés. Amsalem a ajouté que seule une poignée d’étudiants brillant par leur excellence, devraient être autorisés à consacrer tout leur temps aux études juives, alors que tous les autres devraient servir dans l’armée.

Il a encore ajouté que les Israéliens auraient beaucoup à apprendre de l’expérience des communautés, aujourd’hui, éteintes d’Afrique du Nord. Les Rabbins d’alors, a affirmé Amsalem, étaient suffisamment intelligents pour accepter tous les Juifs dans leurs communautés orthodoxes, quel que soit leur niveau de pratique religieuse-8-. Après les attaques massives du Shas, son appel à la modération traditionnelle n’a pas été entendu par la plupart du public et sa liste n’a pas franchi le seuil requis.


Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 


Notes : 


-1-Lahav Harkov, “Record number of female, religious MKs in Knesset,” The Jerusalem Post, 23 January 2013.

-2-Jonathan Lis, “As coalition talks begin, Yesh Atid presents its list of demands to Netanyahu,” Haaretz, 3 February 2013.

-3-Moran Azulay, “Lapid sets agenda for next government,” Ynet, 23 January 2013.

-4-Gil Hoffman, “Bayit Yehudi gains 3 seats in a week, ‘Post’ poll finds,” Jerusalem Post, 28 December 2012.

-5-Moran Azulay, “Lapid sets agenda for next government,” Ynet, 23 January 2013.

-6-Yair Ettinger, “Feud between Shas and Habayit Hayehudi heats up,” Haaretz, 20 January 2013.

 -7-Ibid.

 -8-Matti Friedman, “A party of one,” The Times of Israel, 4 December 2012.

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 13:01

 

 

 

 

Par Manfred Gerstenfeld   


sunday times netanyahu cartoon (Copier)

Le dernier dessin incriminé en date.

 

 

Les excuses présentées par l’hebdomadaire britannique, The Sunday Times à cause d’un dessin antisémite publié le jour même de la commémoration de la Shoah, ne répond qu’à un seul aspect de ce problème, même si cela paraît essentiel. Le journal a déclaré que la publication de cette illustration « constituait une erreur et qu’elle avait franchi la ligne rouge du mauvais goût ». Il a admis que la caricature de Gérald Scarfe reflétait « une iconographie historiquement située, de nature persécutrice, voire carrément antisémite-1- ». Le dessin montrait le Premier ministre israélien, Binyamin Netanyahou en train de bâtir un mur en utilisant comme ciment ce qui apparaissait être le sang des Palestiniens. La légende indiquait : « Est-ce que l’effort visant à cimenter la paix va se poursuivre ? ».

 

L’importance de présenter des excuses, réside, en général, dans le fait que l’offenseur et la victime sont d’accord pour dire que ce qui a eu lieu était déplacé. Dans ce cas, cependant, les excuses soulignent la nécessité de se poser, en corollaire, plusieurs autres questions. L’un des problèmes qui n’est pas résolu, c’est que le dessin inversait le sens de la vérité, plutôt qu’il ne l’exagérait. Scarfe suggérait que ce qui reste principalement une barrière de sécurité – présentée ici comme un mur- était destinée à tuer les Palestiniens. En réalité, elle a été construite dans le but d’empêcher les assassins palestiniens d’entrer en Israël pour tuer des civils israéliens.

 

En outre, le dessin illustre un thème antisémite déterminant, qui prend sa source originelle en Grande-Bretagne –l’accusation de crime rituel. A cette époque, on prétendait mensongèrement que les Juifs avaient tué un enfant chrétien de 12 ans, appelé William, dans un but rituel. La légende s’est alors propagée aux alentours. Quelques décennies plus tard, comme en beaucoup d’autres endroits d’Angleterre, tous les Juifs de Norwich furent massacrés. Depuis la Grande-Bretagne, l’accusation de crime rituel s’est répandue dans d’autres pays chrétiens.

 

Une autre importante question vient ensuite : mais, où sont donc passées les excuses concernant d’autres dessins employant une iconographie qui rappellent l’accusation de crime rituel, aussi bien en Angleterre que partout ailleurs ? La caricature la plus connue, dans le même genre, est, probablement, celle publiée dans le quotidien britannique The Independent. Dave Brown y avait représenté le Premier ministre israélien d’alors, Ariel Sharon en dévoreur d’enfant. Ce quotidien n’a jamais présenté la moindre excuse pour cette illustration antisémite.



En réponse aux protestations, la Commission des plaintes de la presse du Royaume-Uni a disculpé le dessin de Brown. Il l'a même, plus tard, « normalisé », puisqu’il a remporté le « Prix de la meilleure caricature politique de l’année 2003 » remis par la Société du Dessin Politique. Le prix a été remis à Brown en novembre 2003, dans les bureaux du prestigieux hebdomadaire The Economist, par la Députée travailliste et ancienne Ministre de la coopération à l’étranger, Clare Short-2-.

 

Clare Short

 

A cette époque, l’Ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni était Zvi Shtauber. Il m’a, plus tard, confié que : « Simon Kelner, le rédacteur en chef de The Independent est Juif. J’ai alors demandé à Kelner si jamais The Independent avait déjà publié une caricature de ce genre à l’encontre d’une personnalité publique. Il a dû retourner dix-huit ans en arrière pour en retrouver une de ce tonneau. Tim Benson, le Président de la Société des Dessinateurs Politiques… ne voyait rien qui cloche dans le fait qu’un dessin raciste remporte ce prix -3-».

 

The Independent n’était pas l’unique journal se prétendant “progressiste” à imprimer des dessins d’accusation de crime rituel. Au beau milieu de la décennie précédente, un Juif, Michaël Howard était, à l’époque, dirigeant du Parti Conservateur, alors dans l’opposition. En avril 2005, The Guardian a publié un dessin de Steve Bell faisant le portrait d’Howard avec des dents de vampire dégoulinant de sang, et tenant à la main un verre rempli de sang. La légende ironisait : « Buvez-vous ce que nous buvons ? Votez Conservateur ! -4- ». Afin d’ajouter l’insulte à l’affront, Annabel Crabb, de la Corporation des Programmes australiens, a fait son éloge, lors d’une interview télévisée, pour avoir réalisé ce dessin-5-. Bell a donc continué à dessiner un peu partout, Howard avec des dents de vampires-6-.

 

 

Le chercheur en sciences politiques belge, Joël Kotek, dispose d’une collection de milliers de caricatures de haine anti-israélienne et antisémite, provenant aussi bien des médias occidentaux que du monde arabe. Il en a publié une sélection dans son livre : Cartoons and Extremism [Dessins et Extrémisme]. Il suffit, tout simplement, de comparer les caricatures britanniques qu’on vient de mentionner ci-dessus, avec cette large collection en provenance, principalement, du monde arabe et certaines, de la période nazie, pour comprendre à quel point leur illustration convient parfaitement pour y prendre toute sa place-7-.  

 

Une étude de l’Université de Bielefeld, conduite pour la fondation Friedrich Ebert, un Social-Démocrate, a découvert, en 2011, que 42% des Britanniques – un pourcentage similaire à celui d’autres pays européens – pensent qu’Israël mène une guerre d’extermination contre les Palestiniens-8-. On devrait, alors, se poser une question essentielle : qui a bien pu semer les germes de cette vision du monde extrême et antisémite dans les esprits des Britanniques ? Ces dessins ne sont ainsi que le sommet de l’iceberg d’une question  infiniment plus profonde qui concerne les autorités britanniques et leur population dans son ensemble.

 

Les excuses d’un journal sont justes, lorsqu’elles déclarent : “L’image que nous avons publiée de Binyamin Netanyahou… apparaissait le montrer comme un consommateur du sang des Palestiniens ». Une question qu’on peut se poser, maintenant, c’est : quels hommes politiques, médias, ONG, universitaires et syndicalistes britanniques ont, de façon régulière et constante, contribué à renforcer l’image « génocidaire » qui vient immédiatement à l’esprit de tant de Britanniques, dès qu’il s’agit d’Israël ? Le fait de générer cette vision du monde était bien plus qu’une simple « erreur ». C’est un crime. Ici, des lignes d’une amplitude bien plus vaste qu’une seule caricature publiée, précisément, le Jour de la commémoration internationale de la Shoah, ont été franchies.

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 

-1-“Sunday Times apologizes for Netanyahu cartoon,” 3 February 2013.   

-2-www.politicalcartoon.co.uk/html/exhibition.html.

-3-Manfred Gerstenfeld, interview with Zvi Shtauber, “British Attitudes toward Israel and the Jews,” Europe: An Expanding Abyss,? (Jerusalem: Jerusalem Center for Public Affairs and Konrad Adenauer Stiftung, 2005), 188.

-5-http://www.abc.net.au/insiders/content/2005/s1357217.htm

-6-http://www.guardian.co.uk/cartoons/stevebell/0,,1319967,00.html

-7-Joël Kotek, Cartoons and Extremism, (Middlesex: Vallentine Mitchell, 2009).

-8-library.fes.de/pdf-files/do/07908-20110311.pdf.

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 09:06

 

Epstein (Copier)

Simon Epstein

Manfred Gerstenfeld interviewe Simon Epstein

 

« Depuis de nombreuses années, la France s’est distinguée par de fréquentes diatribes intellectuelles de nature antisémite et par une couverture médiatique hostile à Israël. Les origines de l’antisionisme intellectuel français remontent, pour ainsi dire, à la création de l’Etat juif. Si l'on veut obtenir une mise en perspective des problèmes actuels, on doit chercher à mieux comprendre l’évolution historique et la nature de l’intellectualisme français ». 


Simon Epstein enseigne à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il est l’ancien directeur de son Centre International Vidal Sassoon d’Etudes de l’Antisémitisme. Depuis 1982, Epstein a publié divers livres et articles traitant de l’antisémitisme et du racisme.


« Il faut distinguer entre deux sources de l'antisémitisme intellectuel d'extrême gauche en France, celui des communistes et celui des trotskistes. En ce qui concerne les communistes: en novembre 1947, aux Nations Unies, l’Union Soviétique a voté en faveur de la création de l’Etat Juif. Par conséquent, les intellectuels communistes français ont, à l’origine, adopté une attitude positive envers Israël. Quand, quelques années plus tard, l’Union Soviétique a adopté des positions antisionistes et antisémites, le point de vue des communistes français a naturellement suivi ce revirement.

 

« En janvier 1953, le quotidien La Pravda a révélé la nouvelle de l’inculpa­tion de neuf médecins, en grande majorité juifs. Ils étaient accusés d’avoir provoqué la mort de hauts dirigeants soviétiques par des traitements inappropriés et de planifier d’autres ‘assassinats’... On assista alors à un déchaînement de violence verbale de la part du parti communiste français, qui participa avec enthousisasme et détermination à l'intense campagne dénonçant les «crimes» des médecins juifs soviétiques. Le parti mobilisa ses militants dans la dénonciation con­jointe du ‘cosmopo­litis­me juif’ et du ‘sionisme’.


« Les intellectuels communistes français convoquèrent un rassemble­ment de solidarité de grande ampleur, à Paris, pour soutenir la position offi­cielle soviétique contre le ‘complot des Blouses Blanches’. Les organisa­teurs firent en sorte qu'il y ait de nombreux Juifs sur la tribune.  Le message véhiculé par les orateurs était aberrant. Beaucoup d’entre eux expliquaient qu’il était parfaitement logique de considérer que des médecins juifs soient capables d’empoisonner les gens – il suffisait seulement de se souvenir du rôle joué par Mengele à Auschwitz. S’il a pu faire tout ce qu’il a fait, pourquoi, diable, d’autres praticiens n’utiliseraient-ils pas eux aussi le poison ? Un médecin juif était parmi ceux qui ont défendu publiquement ce point de vue. En tant que docteur en médecine, il authentifiait que l’accusation, en soi, n’avait rien d’absurde. Il fondait son raisonnement sur la conduite criminelle des médecins allemands  au cours de la Seconde Guerre mondiale, en déclarant qu’on ne pouvait exclure que des Juifs et, a fortiori, les ‘sionistes’, aient décidé d’empoisonner les dirigeants soviétiques. Quelques années plus tard, il regrettera amèrement ses paroles. Quant aux médecins accusés, ils seront libérés et réhabilités après la mort de Staline, en 1953.


« On peut conclure que les intellectuels juifs communistes, tout particulière­ment, se sont montrés plus obéissants et plus complai­sants que ja­mais, comme le confirme, à titre d'exemple, le rôle qu'un Maxime Rodinson joua dans cette sinistre campagne de janvier et février 1953...


 

« La veulerie de ces ‘témoignages’ était d’autant plus grave que la France, à la différence de l’Union Soviétique, était un pays libre. Les ora­teurs s’exprimaient de leur plein gré. Les organisations communistes mirent, également, au point une vaste campagne médiatique. Des intellec­tuels rédigeaient des articles sur les ‘médecins criminels’ ou signaient des pétitions contre eux. Les organisations juives communistes, telles l'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide (UJRE) se sont, bien sûr, mobilisées contre ‘le complot des Blouses Blanches’.


La manipulation dénoncée.


« De nombreux slogans antisémites utilisés au début des années 1950 ont refait surface, lors de campagnes ultérieures, à la suite de la Guerre des Six Jours de 1967. Au fil des ans, les communistes français se sont alignés, ce qui n'avait rien d'étonnant, sur la politique étrangère so­viétique. Sans contester ouvertement le droit d'Israël à l'exis­tence, ils ont multiplié les campagnes hostiles en 1967 et en 1973, puis en 1982, lors de la première guerre du Liban, et en 1988, lors de la première Intifada.

 

 « Or c'est au cours de ces années 1980 et 1990 que se produisit la diminu­tion spectaculaire de l'influence poli­tique des com­munistes français. Ceci, sous le double ef­fet d'un facteur intérieur (la restaura­tion de la préémi­nence du parti socialiste, consécutive à l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981) et d'un facteur ex­terne (l'effondre­ment de l'empire soviétique en 1990). Réduit à l'état de petit parti, le parti communiste a accentué son antisionisme en application d'une stratégie de survie dont il n'est pas difficile de saisir l'objectif essentiel : séduire ce qui constitue, à ses yeux, le nouveau prolétariat français, à savoir les fils et petit-fils de la grande immig­ration islamo-maghrébine des années 1960 et 1970.

 

« Pour ce faire, les communistes se sont livrés à une surenchère d'anti­sionisme fondée sur la diffusion des affabu­lations les plus primaires, les plus grossières et les plus aptes à soulever l'indignation de la communauté au sein de laquelle ils s'effor­çaient de prendre souche. Leur journal, L'Humanité, propagea avec discipline, dans le passé, toutes les aberrations de l'ère stalinienne : il n'a aucune difficulté, aujourd'hui, à exploiter son expérience ‘an­tisioniste’ passée et à profiter de son savoir-faire en la matière pour déverser sa virulence sur l'Etat juif, sur ses habitants et sur ceux qui, juifs ou non juifs, le soutiennent. En complé­ment, les com­munistes ne cessent de vitupérer le racisme anti-arabe et ‘l'islamo­phobie’ qui, selon eux, me­na­cent de submerger la société française. Ils prêchent l'in­dulgence judiciaire à l'égard de la criminalité qui fait rage dans les banlieues et les quartiers problématiques. Ils prônent l'aug­mentation des verse­ments sociaux à des­tina­tion des populations issues de l'immigration et situées, bien sûr, au plus bas de l'échelle sociale. Enfin, pour ne pas heur­ter les coutumes et les tra­ditions en vigueur au sein de ces populations, ils se livrent à de scabreux compromis idéo­logiques portant sur le principe d'égalité de l'homme et de la femme, ou sur d'autres prin­cipes fondamentaux qu'ils va­lorisaient autre­fois... Au to­tal, l'anti­sionisme radical n'est pas le seul élément de cette entreprise complexe visant à la con­quête de l'électorat mu­sul­man, mais c'est un élément cen­tral. »

 

Epstein ajoute: « Une deuxième source d'antisionisme mili­tant est à cher­cher dans la progression électorale des trot­skistes au cours des vingt dernières années. Plus les com­mu­nistes déclinent, et plus les trotskistes sont en hausse... Ils ont bénéficié d'une surprenante phase d'expansion, au point qu'ils for­ment au­jour­d'hui, en dépit de leurs divisions, la com­po­sante la plus importante de l'extrême gauche fran­çaise.

 

« Ils pro­pagent un antisionisme qui remonte aux années 1920 et qui n'a jamais été tempéré par les phases de pro-israélisme que les communistes ont connues en 1947 et 1948. Ils sont historiquement libres, peut-on dire, de toute expression de soutien à l'Etat d'Israël dont ils n'ont jamais accepté l'exis­tence. Comme les com­munistes, et pour des raisons analo­gues, ils pratiquent une course effrénée en direction des secteurs arabo-musulmans de la société fran­çaise. Leur but est clair : remplacer une classe ouvrière qui est en voie de disparition sociologique et qui, dans ses frac­tions résiduelles, est de plus en plus attirée par l'extrême droite et le Front national. Cette stratégie est génératrice d'un antisionisme véhément qui souvent dépasse en férocité celui des commu­nis­tes.

 

« Il est toutefois un facteur qui sépare les communistes des trotskistes et d'autres composantes de l'extrême gau­che française. Ce sont leurs rapports à la Seconde Guerre mondiale et à la Shoah, et ces rapports méritent qu'on les observe en détail.

 

«Les communistes restent attachés à un narratif histo­rique qui, dans ses fondements constitutifs, est un narratif antinazi. Il est vrai que ce narratif passe sous silence les deux années séparant la signature du pacte germano-soviétique (août 1939) de l'agression allemande contre l'URSS (juin 1941). Il est vrai, aussi, que ce narratif a sou­vent tendance à évoquer les ‘vic­ti­mes du fascisme’ en termes généraux sans mentionner que ces victimes étaient juives. Il n'en reste pas moins que l'antinazisme, dans tou­tes ses implications, fait partie de l'héritage idéologique et culturel de plusieurs générations de communistes fran­çais. Nul n'oublie, ainsi, que c'est sur l'initiative d'un député com­muniste, Jean-Claude Gayssot, que fut votée, en 1990, une loi permettant la répression judiciaire de la négation de la Shoah.

 

« Il en va différemment des trotskistes. Ceux-ci sont restés fidèles, pour l'essentiel, au principe de neutralité qui dicta l'attitude du trotskisme français pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce principe de neutralité découlait de l'idée que le prolétariat n'avait pas à prendre parti dans la lutte titanes­que opposant deux impérialismes aussi détes­tables l'un que l'autre : l'impérialis­me allemand et l'impé­rialisme anglo-américain. ‘Ils se valent!’ titra le principal journal clan­des­tin trotskiste lors du débar­quement allié en Nor­man­die, le 6 juin 1944. Cette idée de l'équiva­lence des deux camps en guerre conduisit les trotskistes, dans leur grande majo­rité, à rester à l'écart de la résistance antinazie et à s'ab­stenir de toute activité de lutte contre l'occupant. Certains trotskistes - parmi ceux qui n'étaient pas juifs - versèrent dans la collaboration et le nazisme. Quant à la Shoah, le mathéma­ticien Laurent Schwartz confir­mera, dans ses Mémoires, que les trotskistes furent totale­ment - et même démonstrativement! - indiffé­rents au sort des Juifs en Europe occupée-1-.

 

« Après la guerre, le narratif trotskiste – toutes tendances confondues –restera fidèle à cette thèse de la parité des deux camps impérialistes qui se sont affrontés. Pour que cet­te thèse - dont l'absurdité saute aux yeux - soit cré­dible, pour pouvoir prétendre que Roosevelt et Churchill ne va­laient pas mieux que Hitler et Mussolini, les trotskistes s'interdiront tou­te référence au massacre des six mil­lions de Juifs ainsi qu'aux autres atrocités nazies. Auschwitz, en effet, ruine la thèse de l'équivalence, et la solution sera, tout sim­plement, de faire comme si Auschwitz n'avait pas existé... C'est la raison principale pour laquelle la Shoah - dans les années 1950, 1960, 1970, 1980 - ne figure ni dans les discours, ni dans la presse, ni dans les publications, ni dans les program­mes de formation militante, ni dans les commé­morations des diver­ses frac­tions trotskistes. La Shoah et les hor­reurs hitlé­rien­nes resteront délibérément ignorées des trotskistes, les­quels, en revan­che, n'auront pas de mots as­sez durs pour flétrir - dans les années 1960 - les ‘crimes impardonnables’ com­mis par l'impérialisme américain aux quatre coins du monde...

 

« Il existe une raison secondaire à cette occultation de la Shoah par les trotskistes. Elle découle du fait qu'un nombre impressionnant de dirigeants trotskis­tes - jusque dans les années 1980 - sont eux-mêmes juifs. Ils essaient bien sûr de faire oublier leur iden­tité première en adoptant des patronymes français, mais ces patronymes n'empêchent pas cette réalité d'être connue de tous : des sympathisants comme des enne­mis, des journa­listes comme des politiques. S'abstenir de toute évocation du malheur juif les aide - pensent-ils - à camoufler leur origine et à se poser en authentiques mili­tants interna­tiona­listes... Il n'empêche que l'occultation de la Shoah par les trotskistes répond avant tout à des considérations doctrinales : elle tient à ce que le souvenir d'Auschwitz nuit gravement à leur analyse ‘paritai­re’ et ‘équilibrée’ de la Seconde Guerre mondiale. Certains courants négationnistes seront d'ailleurs originaires de l'ex­trême gauche, et l'extrême droite n'aura pas le monopole - loin de là! - de la négation de l'Holocauste.

 

« Mais attention! Quand elle le juge nécessaire, ou quand le besoin s'en fait sentir, l'extrême gauche française est prête à introduire le génocide hitlérien dans ses thé­matiques et dans ses campagnes publiques. Observons deux cas, lourds de si­gni­fication l'un comme l'autre, et qui procèdent d'une même logi­que.

 

« Le premier cas s'est manifesté lors la réémergence élec­torale de l'ex­trême droite française, dans la foulée des suc­cès initiaux du Front national de Jean-Marie Le Pen, en 1984. La réaction de l'extrême gauche fut d'autant plus vé­hé­­mente que le Front national, tout en déco­chant ses ‘pe­tites phrases’ contre les Juifs, menait cam­pagne contre l'im­migration arabo-musulmane. Plusieurs méthodes furent mi­ses en œuvre pour mobiliser l'opinion contre Le Pen, mais la stratégie qui fut jugée la plus effi­cace, au plan mé­diati­que, et la plus justifiée, au plan poli­tique, fut d'évoquer la Se­conde Guerre mondiale. Le mas­sacre des Juifs fut donc uti­lisé dans l'idée que son souvenir conduira la jeunesse française à comprendre les dangers liés à l'essor d'un parti d'extrême droite. Auparavant indifférents au malheur juif et insensibles à la Shoah, certains intellectuels se mirent soudain à s'indi­gner des atrocités hitlé­riennes, dans le but - fondamental à leurs yeux - de combattre le racisme anti-arabe... Dans l'esprit des trotskistes, et plus géné­ralement dans l'esprit de l'extrême gauche fran­çaise, la Shoah avait enfin trouvé son utilité historique. Elle per­­mettait de flétrir l'ignominie du racisme et donc de pro­téger les com­munautés afro-maghré­bines contre l'ex­trême droite française.

 

« Une deuxième occasion d'exhumer la Shoah de sa non-existence antérieure et de l'introduire dans l'arsenal argu­men­taire trotskiste fut fournie par la première et surtout par la deuxième Intifada. Cette fois, il s'agissait de donner libre cours à un antisionisme radical en expliquant que les Isra­éliens font aujourd'hui aux Palestiniens, en gros, ce que les nazis firent aux Juifs pendant la guerre... Les atrocités nazies remplirent ainsi une nouvelle fonction historique, qui justifiait pleine­ment que la presse d'extrême gauche et les rhétoriques pro-palestinien­nes les évoquent publi­quement, à haute voix et avec toute l'émotion qui s'impose. Elles per­mettaient de retourner la Shoah con­tre les Juifs et de démo­niser les Israéliens, tout en diffusant une vue aberrante et fantasmée du conflit proche-oriental...  L'évocation de la Shoah sert, ici, à défendre les Arabes de Palestine autant qu'elle visait, dans l'exem­ple précé­dent, à proté­ger les Arabes de France. Dans les deux cas, les souffrances juives sont instru­men­­ta­lisées au ser­vice d'une stratégie de com­plaisance à l'égard de la popu­lation arabo-musulmane de France. »


Epstein explique que : « La fascination que le Marxisme a exercé sur des secteurs importants de la gauche française attirait un pourcentage bien plus étendu d’intellectuels que n’importe où ailleurs, à l’Ouest, à l’exception probable de l’Italie. Les innombrables déviances de l’intellectualisme français découlent de ses caractéristiques générales, c’est-à-dire, de sa propension à l’extrémisme. L'intellectualisme français prétend incarner une moralité absolue. Il a le sentiment que son analyse est la seule juste. Sa parole se doit d’être radicale et conflictuelle, elle doit désigner des ennemis, elle sait où est le Bien et où est le Mal. Elle n'a ni le sens des positions inter­médiaires ni celui des équilibres nuancés - sauf, nous l'avons vu,  quand elle traite des Allemands et de leurs "équivalents" américains pendant la Seconde Guerre mon­diale.


« Une autre caractéristique concerne la façon dont s’exprime l’intellectuel. Le langage qu’il emploie doit être complexe et multiplier les tournures rhétoriques de haute voltige. La pensée décolle de la réalité et s’incarne dans des constructions théoriques qui n'ont plus rien à voir avec la logique des choses. La combinaison de ces particularités génère les déformations et les falsifications intellectuelles les plus grossières. Cet hyper-intellectualisme mène en droite ligne aux stupidités les plus affligeantes.


 « Au cours de ce siècle, l’explosion de l'antisémitisme intellectuel s’est grandement élevée en intensité. Le «silence assourdissant» qui entourait au départ, en l'an 2000 et 2001, les incidents antisémites violents, s’est accompagné d'une floraison  d’attaques verbales contre Israël. Celles-ci ne font que recycler d’anciennes formules éculées, tirés des campagnes antisionis­tes des périodes précédentes. Des intellectuels réputés ‘modérés’ ont comparé Sharon à Milosevic; les extrémistes l'ont assimilé, purement et simplement, à Hitler. De nos jours, pour traiter du  ‘nouvel antisémitis­me’, il est indispensable de se référer à ces nombreuses décennies d’histoire ».


 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Simon Epstein & Marc Brzustowski.

 

-1-Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle, Odile Jacob, 1997, p.217.

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 19:36

 

 

 Jikeli (Copier)

Günther Jikeli


 

Manfred Gerstenfeld accueille Günther Jikeli

 

 

“L’antisémitisme, répandu parmi les jeunes musulmans en Europe, possède des caractéristiques spécifiques qui le distinguent de la haine des Juifs présente au sein de la population générale, dans les sociétés qui les environnent. Pourtant, il existe aussi des points communs. De nombreuses affirmations passe-partout, concernant l’origine de l’antisémitisme musulman en Europe, sont sans fondement. Il n’existe, notamment, aucune preuve que cette attitude haineuse soit fortement influencée par la discrimination que les jeunes musulmans subissent dans les sociétés occidentales.

 

“J’ai mené 117 entretiens auprès de jeunes musulmans, dont la moyenne d’âge était de 19 ans, à Paris, Berlin et Londres. La majorité a fait part de certains sentiments antisémites, avec plus ou moins de virulence. Ils expriment ouvertement leurs points de vue négatifs envers les Juifs. C’est souvent dit avec agressivité et parfois, ces prises de positions incluent des intentions de commettre des actes antisémites ».

 

Le Dr Günther Jikeli est un chercheur non-Juif travaillant sur les questions d’antisémitisme au Centre Kantor de l’Université de Tel Aviv et il a été lauréat du Prix Raul Wallenberg. Il a obtenu son Doctorat, au Centre de Recherche sur l’Antisémitisme de Berlin, en 2011. De 2011 à 2012, il a été Conseiller de l’OSCE-ODIHR (Office des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme) sur les sujets de lutte contre l’antisémitisme. Son livre rédigé en allemand, expose le fruit de ses recherches. Son titre peut être traduit par : L’Antisémitisme et autres Observations sur la Discrimination, parmi les Jeunes Musulmans en Europe-1- (anglais : Anti-Semitism and Observations on Discrimination among Young Muslims in Europe)

 

“Beaucoup de jeunes auprès desquels j’ai enquêté, ont exprimé des stéréotypes antisémites « traditionnels ». Les théories de la Conspiration et les stéréotypes qui associent les Juifs à l’argent sont les plus fréquents. Les Juifs sont souvent réputés comme riches et avares. Ils ont aussi fréquemment perçus comme formant une même entité ayant, parce que Juifs, un intérêt commun malfaisant. Ces stéréotypes archétypaux renforcent une image négative et potentiellement menaçante « des Juifs », dans la mentalité de ces jeunes.

 

“Habituellement, ils ne différencient absolument pas les Juifs des Israéliens. Ils utilisent leur perception du conflit au Moyen-Orient comme une justification de leur attitude globalement hostile envers les Juifs, y compris, bien sûr, envers les Juifs allemands, français et britanniques. Ils proclament souvent que les Juifs ont volé les terres des Arabes Palestiniens ou, alternativement, des Musulmans. C’est une assertion essentielle, pour eux, qui leur suffit à délégitimer l’Etat d’Israël, en tant que tel. L’expression « Les Juifs tuent des enfants » est aussi fréquemment entendue. C’est un argument qui sert de clé de voûte pour renforcer leur opinion qu’Israël est fondamentalement malfaisant. Puisqu’ils ne font aucune distinction entre les Israéliens et les Juifs en général, cela devient une preuve supplémentaire du « caractère foncièrement cruel » des Juifs. Et c’est aussi ce qui les rend particulièrement émotifs.

 

“L'hypothèse d’une hostilité générale, et même éternelle entre les Musulmans (ou Arabes) et les Juifs est très répandue. C’est souvent exprimé dans des déclarations telles que : « Les Musulmans et les Juifs sont ennemis », ou, par conséquent : « Les Arabes détestent les Juifs ». Cela rend très difficile, pour des jeunes qui s’identifient fortement comme Musulmans ou Arabes, de prendre leurs distances à l’encontre d’une telle vision.

 

“Nous savons que l’antisémitisme n’est jamais rationnel. Pourtant, certains jeunes musulmans n’essaient même pas de justifier leur attitude. Pour eux, si quelqu’un est Juif, c’est une raison suffisante pour qu'il suscite leur répugnance. Des déclarations formulées par les enquêtés, il ressort que les attitudes négatives envers les Juifs sont la norme au sein de leur environnement social. Il est effrayant de constater qu’un grand nombre d’entre eux expriment le désir d’attaquer physiquement les Juifs, lorsqu’ils en rencontrent dans leurs quartiers.

 

“Certains d’entre eux racontent les actes antisémites commis dans leur environnement, et dont les auteurs n’ont jamais été pris. Plusieurs interviewés approuvent ces agressions. Parfaitement au courant du fait que d’autres, issus de leur milieu d’origine sociale, religieuse et ethnique, s’en prennent à des Juifs, ne font pas l’objet d’arrestation et n’ont pas clairement été condamnés, ne fait que renforcer la normalisation de la violence contre les Juifs dans leurs cercles de relations ».

 

Jikeli ajoute : “Les différences entre les enquêtés des trois pays, concernant leurs points de vue antisémites, restent, de façon surprenante, extrêmement ténues. On perçoit quelques divergences dans leur argumentation. Les Musulmans allemands mentionnent que les Juifs contrôlent les médias et les manipulent dans l’unique but de dissimuler les supposées « atrocités » d’Israël. En France, les interviewés disent souvent que les Juifs jouent un rôle prédominant dans les médias nationaux et la télévision. Au Royaume-Uni, ils mentionnent principalement l’influence des Juifs dans les programmations américaines, aussi bien que dans l’industrie cinématographique qui provient des Etats-Unis.

 

“Des non-Musulmans emploient, également, le mot “Juif” de façon péjorative, en Allemagne et en France. En Grande-Bretagne, ce phénomène est, généralement, moins perceptible, parmi les sondés musulmans, notamment. Certains jeunes musulmans affirment que c’est faux de prétendre que les Juifs auraient une vie meilleure en France que les Musulmans. Il est possible que cela découle du fait que les Juifs de France sont souvent plus visibles que ceux d’Allemagne et de Grande-Bretagne et, en outre, que de nombreux Juifs de France sont aussi des immigrés d’Afrique du Nord, ce qui alimentee un certain sentiment de concurrence à leur égard.

 

“En Allemagne, certains individus interrogés emploient souvent des arguments particuliers qu’ils ont empruntés à la société dans son ensemble, tels que les remboursements et restitutions compensatrices, supposées trop élevées, versées à Israël, du fait de la Shoah. Un autre argument fréquemment proposé, auquel ils croient, est que les Juifs, à la lumière de la Shoah, « devraient être des gens bien meilleurs que les autres, alors qu’Israël incarnerait exactement l’inverse ».

 

“Pourtant, il existe, aussi, heureusement, de jeunes musulmans qui prennent leurs distances avec l’antisémitisme. Cela arrive, même s’ils ont d’abord été largement influencés par des points de vue antisémites, de la part de leurs amis, de leur famille et des médias. Cela prouve, une fois encore, qu’on ne devrait pas généraliser , dès qu'il s'agit de telle ou telle population ».

 

Jikeli conclut : “L’antisémitisme peut encore être renforcé [chez eux] en se référant à une attitude générale négative, portée par la communauté musulmane envers les Juifs. Les références au Coran ou aux Hadiths peuvent être utilisées avec, pour implication que D.ieu lui-même serait d’accord avec ce point de vue. Pourtant, on ne doit pas se laisser induire en erreur par la conclusion de sens commun, que l’antisémitisme musulman est le produit exclusif de la haine d’Israël, ou de l’antisémitisme occidental « classique », ou encore des enseignements de l’Islam, ou de leur identité musulmane. La réalité est bien plus complexe ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

-1- Günther Jikeli, Antisemitismus und Diskriminierungswahrnehmungen junger Muslime in Europa, Ergebnisse einer Studie unter jungen muslimischen Männern, (Essen: Klartext Verlag, 2012). [German]

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 16:58

 

 

Nidra Poller

 

Poller, Nidra 5 (Copier)

 

Manfred Gerstenfeld interviewe Nidra Poller

 

“Il me semblait, au début des années 2000, que l’antisionisme systématique des medias s’expliquait par l’influence, certes insidieuse, du gouvernement sur la presse française. Je me suis ravisée en voyant l’ample expression, y  compris dans l’audiovisuel public, d’un rejet exagéré du président Sarkozy pendant les cinq années de son mandat et jusqu’à l’échec de sa campagne pour sa réélection.


“En même temps, ce parti-pris gauchiste, tiers-mondiste et antisioniste s’est généralisé dans les médias du monde libre, nourri des convictions personnelles mal dissimulées des journalistes qui, à de rares exceptions près, manquent d’intégrité. Quant au journalisme français, le soutien indéfectible à Charles Enderlin, douze ans après la diffusion de la mise en scène de la « mort en directe » de Mohamed Al-Dura, nous montre les graves conséquences d’un journalisme sans scrupule ».


 aldura18 2 (Copier)

[Voir la vidéo : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=ijkDgnLtdAY

Charles Enderlin est-il un homme aussi intègre et respectable qu’il le prétend?]

Nidra Poller observe la France à travers sa propre expérience : Ecrivain américaine vivant en France depuis 1972, elle se consacrait à son œuvre littéraire tout en travaillant pendant une trentaine d’années comme traductrice du français en anglais avant de se tourner, au début du 21e siècle,  vers le journalisme. Ses articles sont publiés régulièrement dans la presse écrite et en ligne.

 

“Choquée par les réactions françaises lors de la guerre/Intifada lancée contre Israël en 2000 et, suite à l’attentant du 11 septembre un an plus tard, par le torrent d’anti-Américanisme déversé, j’ai cherché des explications dans la culture et l’histoire françaises. Ayant côtoyé les deux langues, français et anglais, en tant que traductrice, je pensais trouver dans la langue française et sa configuration philosophique les sources de cette vision perverse de l’actualité. Je voyais alors les Etats-Unis comme un pays puissant, hautement développé et la France comme une nation en déclin, trop lâche pour se défendre».


S’agissant de la presse française, Poller déclare : “Un Israélien, un Juif quelconque qui dit du mal d’Israël sera le chouchou des élites et les médias français. Certains, comme Michel Warshawski,  sont à peine connus en Israël, d’autres sont plus familiers, Ilan Pappe et Shlomo Sand par exemple. Ils sont invités à s’exprimer partout comme s’ils étaient la voix d’Israël. Au sommet on trouve les Stars: David Grossman, Amos Oz et A.B Yehoshua. L’étalon or, consultés comme des oracles aux moments clefs du « Conflit ».


Les médias, dit N. Poller, se servent de divers manœuvres pour faire passer la désinformation : “Si des humanitaires israéliens volent au secours d’un pays frappé par un tremblement de terre, ce sera soit ignoré, soit minimisé, ou bien on trouvera le moyen d’en dire du mal. Des soi-disant « documentaires » véhiculent des récits grotesques du conflit « israélo-palestinien ». Des photos trafiquées d’atrocités attribuées aux soldats ou aux « colons » israéliens figurent à la une des journaux et aux JT de 20 heures. Quand le démenti tombe, quelques jours plus tard, ce n’est même pas cité dans les médias».


Lentement mais sûrement, remarque N. Poller, l’opinion publique est formée voire déformée. « Avec des médias vraiment pluralistes on mobiliserait une partie plus importante de la société modestement pro-israélienne. Souvent les gens ont honte de s’exprimer s’ils pensent que tout le monde est contre eux et que ce serait mal vu.


“Avec des services étrangers sérieusement réduits, les médias comptent en large partie sur l’Agence France Presse pour des informations internationales. L’AFP, une agence dont le gouvernement est actionnaire, est incontestablement hostile à Israël. Ceci est signalé, souligné, analysé et dénoncé à longueur d’années, en vain.


« Qu’est-ce qui explique cet état des choses ? C’est la peur croissante, en France, des réactions des Musulmans.


« La désinformation n’est toutefois pas limitée à des sujets concernant Israël ou les Juifs, elle est généralisée.

 

“On trouve peu d’esprit critique envers la société française dans les médias nationaux. Il s’agit là, je crois, d’un problème profond d’ordre culturel, lié probablement à l’éducation française. Les parents n’ont de cesse de critiquer  leurs enfants et c’est pareil à l’école. Il se peut que les Français, à force d’être harcelé ainsi dans leur enfance, soient tellement vulnérables au moindre signe de désapprobation qu’ils ne peuvent pas l’entendre.


“On voit paraître des signes de dysfonctionnement de la société française. De plus en plus d’enseignants subissent la violence des élèves. Les voyous tirent à balle réelle sur la police. Les Tribunaux ont tendance à faire des criminels de pauvres victimes innocentes. On hésite à les envoyer dans des prisons surpeuplées.


« Les Juifs sont touchés par la violence ambiante en tant que citoyens et, de façon plus dramatique, en tant que Juifs ». N. Poller raconte des conversations avec des Juifs français dont beaucoup se demandent s’il y un avenir pour les Juifs en France. « Mais, comme les décisions sont prises, comme toujours dans l’histoire des hommes, à titre individuel. Certains diront : « Je resterai encore un peu», ou, « Ce n’est pas si grave qu’il  paraît, je resterai », ou encore : « Ce sont nos enfants qui s’en iront ».

« Les Juifs français ont de plus en plus tendance à sortir leurs enfants de l’école publique pour les mettre dans le privé. Par ailleurs, l’alyah est constante, mais pas massive. Endormis par toute baisse du taux d’agressions antisémites, les Juifs sont de temps à autre brutalement réveillés par des crimes sauvages motivés par la haine génocidaire: le meurtre de Sébastien Selam, Ilan Halimi et maintenant les victimes de Mohamed Merah --Jonathan Sandler, ses fils Aryeh et Gavriel, et la petite Miriam Monsenego. La crise est à son comble avec la hausse vertigineuse du nombre d’actes antisémites dans le mois suivant le massacre à Toulouse. Les Juifs français ne peuvent plus se satisfaire des cérémonies larmoyantes de deuil public.

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation par Nidra Poller.

 

 

 

 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 21:16

 

Fjeld (Copier)

 

Manfred Gerstenfeld Interviewe Ivar Fjeld

 

 

“Le 22 juillet 2011, le terroriste néo-fasciste norvégien Anders Behring Breivik a tué 69 adolescents, sur le camp de l’AUF, le mouvement de jeunesse du Parti Travailliste – le parti qui dirige le gouvernement- dans l’île d’Utoya. Ce camp était un point de rassemblement servant à inculquer l’idéologie du parti dans l’esprit de jeunes de 14 ans et plus. Plus tard, le monde a appris qu’une partie de cette formation s'articulait autour de la promotion de sentiments anti-israéliens ».

 

Ivar Fjeld est un journaliste norvégien et n'est pas Juif. Autrefois, c’était un dirigeant local de l’AUF et un conseiller en relations avec les médias, auprès de l’homme politique Olaf Akselsen, du parti travailliste, lorsqu’il était ministre du pétrole et de l’énergie, en 2001. Son livre, The Red and Green Terror Island [L’île Rouge et Verte de la Terreur] a été publié au début 2013. Il relate l’histoire de ce qui s’est passé sur l’île d’Utoya-1-.

 

“J’ai été élevé au sein d’une famille norvégienne traditionnelle et laïque. Jusqu’en 2004, à l’époque où  j‘ai redécouvert nos origines chrétiennes, j’étais un fervent admirateur de Yasser Arafat. Nous restions, cela dit, des modérés et n’avons jamais soutenu l'idée que l’emploi de la violence soit une arme politique. A un certain moment, en 2006, l’AUF a rompu avec ses traditions modérées et a pris un virage nettement à gauche.

 

“L’AUF possède l’île d’Utoya et ses installations. En tant que dirigeant local de l’AUF, j’ai participé à ces camps en 1986 et 1987. Même à cette période, des participants palestiniens s’y rendaient. Ils consommaient des drogues et les partageaient avec les jeunes norvégiens. Nous nous en étions plaints auprès du Secrétaire Général de la Jeunesse du Parti Travailliste, M. Stale Dokken, mais ses collègues et lui-même ont préféré étouffer l’affaire.

 

“En 2007, l’AUF a commencé à louer les installations d'Utoya. En tant que mouvement idéologique, ils auraient dû être vigilants et sélectifs, quant à l’orientation des clients au nom desquels ils voulaient mettre les lieux à disposition. Cela dit, une des organisations à laquelle on l’a louée, était le mouvement de jeunesse du petit parti communiste Rouge (Rodt). Ses membres comprenaient des Léninistes, des Marxistes et des Maoïstes.

 

“Le mouvement de jeunesse Rouge a invité des jeunes du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) à participer à leur camp. Le FPLP est sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis, de l’Union Européenne, du Canada et du Royame-Uni. Le camp a servi à collecter de l’argent pour le FPLP. Je dispose de documents et de photos qui le prouvent.

 

“L’AUF était déjà entré dans un programme éducatif officiel avec la Jeunesse du Fatah depuis 2006. On y appelait cet organisme palestinien « notre organisation-sœur ». Les membres de la Jeunesse du Fatah étaient les invités habituels des camps d’Utoya.

 

“En 2010, au camp d’Utoya, l’AUF a voulu établir “l’Etat de Palestine”. Ils ont ainsi disposé des barrières autour d’une zone et dressé un mur de séparation. Ils ont confié à certains jeunes la mission d’en être les gardes-frontières. Le Secrétaire Général du parti travailliste, Raymond Johansen s’est rendu en visite à Utoya. Il voulait visiter la « Palestine ». Les gardes lui ont, alors, demandé de leur montrer sa « carte d’identité ». A l’intérieur de la zone « Palestine », on trouvait une bannière sur laquelle était écrit : « Montrez du mépris pour les actions d’Israël et libérez Gaza ».


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Le Ministre des A.E, Jonas Gahr Stoere, passant ses troupes en revue.


“Au camp d’Utoya de 2011, on y a, également, diabolisé Israël. C’était le rôle des dirigeants de l’AUF et de conférenciers anti-israéliens invités. Une bannière était disposée, appelant au boycott d’Israël. Il existe de nombreux pays pour lesquels ils auraient pu appeler à les boycotter, de façon bien plus justifiée, mais comme d’habitude, ils ont préféré choisir Israël. Lorsque le Ministre des affaires étrangères de l’époque, Jonas Gahr Stoere, s’est rendu à Utoya en visite, il s’est exprimé comme étant opposé au boycott, pourtant il a été photographié juste devant la bannière appelant au boycott. Stoere a déclaré que la barrière de sécurité d’Israël devrait être démantelée, sachant pertinemment que cela ne conduirait qu’à accroître les attentats terroristes.

 

“Il y a eu des rapports non-confirmés affirmant qu’on apprenait aux jeunes d’Utoya comment les « combattants de la liberté » palestiniens sont entraînés pour manœuvrer face aux soldats israéliens.

 

“Il y a eu de nombreuses rumeurs en Norvège concernant ce qui se passait réellement à Utoya. J’ai fait une recherche détaillée pour documenter les activités des groupes invités sur l’île. Je veux que les gens connaissent les faits. Il semble que la ligne qui sépare l’expression « montrer du mépris » pour les Israéliens et l’emploi de la violence systématique contre des civils innocents à l’intérieur même d’Israël reste des plus floues. Les camps d’été sur Utoya ont encore plus alimenté les sentiments anti-israéliens déjà très répandus en Norvège.

 

“Des membres de la coalition du centre-gauche qui tient les rênes du gouvernement en Norvège, ont accepté des terroristes sur le sol norvégien. Ces gens utilisent la violence comme un outil politique et tuent des civils innocents dans le cadre de leurs activités. Le terrorisme et les assassinats commis par ces individus n’ont même pas heurté la sensibilité des Norvégiens. Ils ont principalement agi au Moyen-Orient et en Israël, en particulier, en prenant des civils israéliens pour cibles. Il existe des preuves que le bureau du Premier ministre est bien au courant et partisan d’une attitude accueillante envers les terroristes.

 

“Je ne peux qu’espérer que mon livre puisse conduire la Norvège à fermer ses frontières aux terroristes de tout acabit. Ensuite, que les groupes qui cultivent le terrorisme soient aussi interdits de séjour dans les ateliers politiques et les camps d’été idéologiques, comme ceux dont nous avons été témoins à Utoya. C’est un triste témoignage pour la Norvège que nous ayons dû attendre les massacres horribles commis par Breivik, pour pouvoir apprendre tout ce qui concernait ces activités anti-israéliennes, qui, pour l’essentiel, reste la part inconnue de l’histoire d’Utoya ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 

 

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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